{"id":45008,"date":"2023-05-25T07:47:31","date_gmt":"2023-05-25T05:47:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=45008"},"modified":"2023-05-26T07:53:54","modified_gmt":"2023-05-26T05:53:54","slug":"reflexions-a-travers-les-ages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=45008","title":{"rendered":"R\u00e9flexions \u00e0 travers les  \u00e2ges"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008080;\"><em>temps de lecture : 5 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00ab\u00a0<em>Le matin, je me l\u00e8ve en chantant <\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Et le soir, je me couche en dansant\u00a0!<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Entre temps je fais la sieste\u2026<\/em>\u00ab\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce que chantait Guy B\u00e9art, Ing\u00e9nieur Civil et D\u00e9voy\u00e9 des Ponts et des Chauss\u00e9es. Je l\u2019ai beaucoup chant\u00e9, moi aussi, cet hymne \u00e9picurien, du temps de ma jeunesse o\u00f9 rien, rien n\u2019\u00e9tait jamais s\u00e9rieux ni d\u00e9finitif. Plus tard, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 le fredonner, mais plut\u00f4t par d\u00e9rision de ma r\u00e9alit\u00e9. A pr\u00e9sent, je ne me souviens plus que des trois premiers vers de cette ode \u00e0 la paresse. Le reste est tomb\u00e9 dans l\u2019oubli. Mais je suis quand m\u00eame pratiquement s\u00fbr qu\u2019avec le refrain revenait ce conseil de sagesse : \u00ab <em>On ne se soigne jamais assez<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je dois reconnaitre que, depuis un certain temps, le matin, je ne fais plus du tout comme Guy B\u00e9art, plus du tout. Moi, le matin, je me l\u00e8ve en pensant : \u00ab\u00a0Saperlipopette ! <!--more-->80 ans et demi, c\u2019est tr\u00e8s contrariant ! \u00a0\u00bb En fait, pour \u00eatre tout \u00e0 fait franc, ce que je pense, c\u2019est plut\u00f4t \u00ab Ben m\u2026. alors ! 80 balais et une balayette ! Fait ch\u2026, p\u2026 ! \u00bb Pour \u00eatre encore plus franc, je ne fais pas que le penser, je le dis tout haut ; parce que je parle de plus en plus souvent tout haut et tout seul ! Et de plus en plus souvent, je me dis tout haut, tout seul : \u00ab Tu parles encore tout haut et tout seul ! Arr\u00eate, connard ! Ce sont les vieux qui font \u00e7a ! \u00bb (Quand je me parle \u00e0 moi-m\u00eame, tout haut et tout seul, je fais souvent preuve d\u2019une grande franchise.)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ensuite, poursuivant la r\u00e9flexion, je passe au mode in petto et, in\u00e9vitablement, je me dis : \u00ab\u00a0Bon, de toute fa\u00e7on, je n\u2019y crois pas ! Je n\u2019ai pas 80 ans ! En fait, je n\u2019ai pas d\u2019\u00e2ge, ou plut\u00f4t\u00a0: j\u2019ai le m\u00eame \u00e2ge qu\u2019il y a dix ans, ou vingt ans, ou plus encore\u2026 Je suis pareil, ni plus ni moins savant, ni plus ni moins b\u00eate\u00a0: je pense pareil\u00a0! \u00a0Je pense pareil, donc je suis pareil. <em>Cogito ipse, ergo sum ipse<\/em>\u00a0( <i>Ipse cogito, ipse ergo sum<\/i> ? ) \u00a0Et l\u00e0, tout de suite, \u00e7a va mieux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c7a va mieux jusqu\u2019\u00e0 ce que je me l\u00e8ve ; parce qu\u2019au-del\u00e0 de dix bonnes heures de lit, \u00e7a devient dur de se lever : les articulations sont prises en masse, il faut \u00eatre prudent, d\u00e9nouer tout \u00e7a doucement, sinon \u00e7a se bloque\u2026 la cheville, le dos, l\u2019\u00e9paule, c\u2019est selon. Et l\u00e0 je les reprends tous, mes 80 balais, en plein dans la figure, en plein dans le miroir de la salle de bain ! Mais il y a autre chose qui me les confirme, tous ces balais, c\u2019est la journ\u00e9e qui s\u2019\u00e9tale devant moi : tout \u00e0 l\u2019heure, un rendez-vous m\u00e9dical tout ce qu\u2019il y a de banal, ensuite un peu de gym au club, un sauna et\u2026 et\u2026 et quoi ? Ben, rien\u2026 Me promener, regarder les petits bateaux du bassin du Luxembourg, un caf\u00e9 ici, une pression ailleurs\u2026 rien. C\u2019est normal, c\u2019est l\u2019\u00e2ge o\u00f9 un seul rendez-vous, une seule chose \u00e0 faire remplit votre agenda \u00e0 d\u00e9faut de votre journ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je sors de chez le m\u00e9decin, et, comme dit l\u2019autre, \u00ab\u00a0<em>jusqu\u2019ici, \u00e7a va<\/em>\u00a0\u00bb. Alors pourquoi pas un petit caf\u00e9 \u00e0 emporter au Luxembourg avant la gym ?<br \/>\n\u00ab Bonjour ! Pour vous, ce sera un double sans sucre et avec un couvercle, c\u2019est bien \u00e7a ? me dit le jeune homme \u00e0 tablier de toile et bonnet de carton \u00bb \u00c7a doit bien faire quatre ans que je fr\u00e9quente de fa\u00e7on tr\u00e8s irr\u00e9guli\u00e8re cette petite \u00e9choppe du bas de la rue Soufflot, et \u00e0 chaque fois le gentil serveur me reconna\u00eet. Pourtant, l\u2019hiver, je n\u2019y viens jamais et quand il fait mauvais non plus ; pourtant, le gars me reconna\u00eet \u00e0 chaque fois. Ce doit \u00eatre parce que je ne change pas. Je plaisante un moment avec le jeune homme et je sors au soleil. Ce badinage m\u2019a fait diviser mon \u00e2ge par deux, comme \u00e7a, paf ! Quarante !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le gobelet de caf\u00e9 est bien chaud entre mes mains ; au Luxembourg, il fait frais, mais grand soleil ; mon banc luit \u00a0encore de ros\u00e9e ; mon sac de gym me permet d\u2019en essuyer quelques d\u00e9cim\u00e8tres carr\u00e9s ; je m\u2019assieds ; deux jeunes filles passent en discutant ; elles vont \u00e0 la Fac de Droit ; je les regarde, sans insistance, naturellement, comme un \u00e9tudiant d\u2019aujourd\u2019hui, un \u00a0qui aurait cours de maths dans une demie heure \u00e0 Saint-Louis.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je viens encore de diviser mon \u00e2ge par deux. Paf ! Vingt ans ! Je suis l\u00e9ger, sans souci. Mais \u00e0 vingt ans, est-on vraiment jamais l\u00e9ger, sans souci ? C\u2019est l\u2019avantage de cette ambigu\u00eft\u00e9 : j\u2019ai cet \u00e2ge sans tout \u00e0 fait l\u2019avoir. \u00c7a me fait penser \u00e0 mon p\u00e8re demandant \u00e0 une dame qui minaudait lors de son anniversaire \u00ab Mais, madame, quel \u00e2ge avez-vous <em>exactement<\/em> ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce matin, ce jardin est trop beau pour aller tout de suite au club de gym. Je vais rester un peu. Comme c\u2019est une semaine de vacances scolaires, malgr\u00e9 l\u2019heure pr\u00e9coce, il y a d\u00e9j\u00e0 des voiliers sur le bassin et des enfants autour. L\u2019\u0153il attendri, je les regarde courir, glisser sur les graviers, tomber, repartir, pousser fort leur bateau vers un canard hautain, se d\u00e9sesp\u00e9rer de voir leur voilier encalmin\u00e9 sous le jet d\u2019eau\u2026 Mais l\u2019\u0153il attendri sur des enfants, ce n\u2019est pas vraiment un regard de vingt ans. Ce serait plut\u00f4t un regard de quatre-vingt.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Vous m\u2019avez vu venir depuis longtemps et vous pensez que je vais poursuivre ma r\u00e9gression et encore diviser mon \u00e2ge par deux pour atterrir ainsi dans l\u2019archipel des dix ans. Il est vrai que d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je suis assez syst\u00e9matique et rationnel \u2014 on me le reproche assez (<em>ah\u00a0! c\u2019est vrai que tu as fait ing\u00e9nieur, toi\u00a0!<\/em>) \u2014 et une nouvelle division par deux pourrait donc tr\u00e8s bien s\u2019envisager. Mais l\u00e0, non ; il ne faut quand m\u00eame pas exag\u00e9rer et c\u2019est avec un \u0153il de vingt ans que je contemple maintenant le jardin. Vingt ans&#8230; Le soleil a s\u00e9ch\u00e9 les fauteuils m\u00e9talliques et je m\u2019installe face \u00e0 lui. Vingt ans&#8230; Et si j\u2019en restais l\u00e0 ? Et si je restais l\u00e0, si je s\u00e9chais le cours de maths de Monsieur Fontaine ? Le soleil chauffe doucement mon visage. Je ferme les yeux. Je somnole.<br \/>\nBruit de glissade sur le gravier. J\u2019ai dix ans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2537\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Bateaux-Luxembourg-960x721.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"454\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Bateaux-Luxembourg-960x721.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Bateaux-Luxembourg-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 5 minutes\u00a0 \u00ab\u00a0Le matin, je me l\u00e8ve en chantant Et le soir, je me couche en dansant\u00a0! 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