{"id":44246,"date":"2023-05-02T16:47:32","date_gmt":"2023-05-02T14:47:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44246"},"modified":"2023-05-03T07:54:26","modified_gmt":"2023-05-03T05:54:26","slug":"44246","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44246","title":{"rendered":"Les  corneilles du septi\u00e8me ciel (20)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008080;\"><em>temps de lecture : 7 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) A l\u2019\u00e9vidence, Lorenzo ignorait la critique dithyrambique de ce film r\u00e9dig\u00e9e par Philippe pour la revue T\u00e9l\u00e9rama \u00e0 laquelle il collaborait depuis ses derniers succ\u00e8s litt\u00e9raires. La grande Fabienne Pascaud avait condescendu \u00e0 lui octroyer un sourire plus ambigu qu\u2019admiratif auquel il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 insensible malgr\u00e9 tout le mal qu\u2019il avait d\u00e9vers\u00e9 sur elle et son journal. D\u2019ailleurs, cet hebdomadaire \u00e0 la mode, il le trouvait plus gauchiste que chr\u00e9tien, ce qui ne constituait en rien une excuse.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Chapitre XX<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A la terrasse ensoleill\u00e9e du Cyrano, Fran\u00e7oise demanda \u00e0 Lorenzo\u00a0ce qu\u2019\u00e9tait la photo. Sa r\u00e9ponse emprunta des chemins plus tortueux que convaincants dont lui-m\u00eame doutait de la pertinence\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0\u00ab\u00a0Longtemps je me suis r\u00e9veill\u00e9 de bonne heure avec une sacr\u00e9e migraine, cette maladie vieille comme le monde, certes b\u00e9nigne mais fort handicapante au quotidien, d\u00e9crite <!--more-->au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier par un ami de mon grand-p\u00e8re, le c\u00e9l\u00e8bre professeur Garcin, l\u2019anc\u00eatre de l\u2019animateur d\u2019une \u00e9mission radiophonique fort \u00e0 la mode, qui en avait alors d\u00e9montr\u00e9 l\u2019origine g\u00e9n\u00e9tique autosomique dominante mais que des esprits contemporains, malveillants, retors ou chagrin, et parfois les trois \u00e0 la fois comme on le constate \u00a0avec amertume encore de nos jours au sein de certaines \u00e9lites intellectuelles de notre pays, s\u2019acharn\u00e8rent \u00e0 vouloir inclure parmi les affections du cerveau aux jolis noms de fleurs, comme la n\u00e9vrose et l\u2019hyst\u00e9rie, \u00e0 la r\u00e9probation offusqu\u00e9e de bien des familles respectables min\u00e9es par des crises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es parfois \u00e0 raison de plusieurs par semaine et touchant de pr\u00e9f\u00e9rence les femmes, constatation \u00a0\u00e9vidente mais n\u00e9anmoins contest\u00e9e par un f\u00e9minisme naissant, au d\u00e9triment de leurs devoirs et de leurs obligations familiales de m\u00e8res de famille la plupart du temps nombreuse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ses migraines, dont la fr\u00e9quence avait atteint son apog\u00e9e \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 les activit\u00e9s professionnelles emplissent la vie de tous les m\u00e9nages et diminua \u00a0ensuite comme cela \u00e9tait connu des sp\u00e9cialistes et du bon sens populaire aux pr\u00e9mices de la m\u00e9nopause pour les unes et de l\u2019andropause pour les autres, l\u2019obligeaient \u00e0 se lever de bonne heure, sans faire le moindre bruit qui eut r\u00e9veill\u00e9 sa charmante \u00e9pouse et ses adorables enfants, \u00e0 pr\u00e9parer dans la petite cuisine sombre le caf\u00e9 noir indispensable au d\u00e9roulement normal de sa journ\u00e9e, \u00a0puis \u00e0 quitter son foyer douillet pour s\u2019en aller errer au hasard des rues d\u00e9sertes encore plong\u00e9es dans l\u2019obscurit\u00e9 glac\u00e9e d\u2019un matin d\u2019hiver sinistre, tel un vagabond sans le moindre but mais avec un objectif et peu importait lequel, argentique ou num\u00e9rique pour vivre avec son temps et b\u00e9n\u00e9ficier, il faut bien l\u2019admettre, des progr\u00e8s r\u00e9cents de la technologie aux retomb\u00e9es multiples et surtout financi\u00e8res avec ses cons\u00e9quences avantageuses au vu de ses charges de famille dont la liste d\u00e9j\u00e0 impressionnante ne cessait de cro\u00eetre et embellir avec les ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au cours de ses longues promenades solitaires parfois enchant\u00e9es par la neige venue ennoblir sa ville et la nimber d\u2019une lumi\u00e8re aussi irr\u00e9elle que le silence inhabituel en ces lieux parcourus d\u2019habitude par des engins motoris\u00e9s et sonores, s\u2019affin\u00e8rent peu \u00e0 peu ses convictions artistiques si tant est que la photographie faisait partie du monde de l\u2019art ce qui ne tombait pas sous le sens d\u2019un scientifique comme lui. Il avait conclu que la photographie, \u00e0 l\u2019image de la chanson qu\u2019un auteur compositeur populaire avait rejet\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres des arts mineurs, mais des arts tout de m\u00eame, ne pouvait pas appartenir elle non plus au domaine des arts majeurs dans la mesure o\u00f9 elle ne partait pas <em>de rien<\/em> comme la peinture, la musique, la sculpture, l\u2019architecture, les arts de la sc\u00e8ne et la litt\u00e9rature\u00a0: elle ne faisait que reproduire une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 existante mais elle ne naissait pas en totalit\u00e9 de l\u2019imagination de son auteur m\u00eame si elle l\u2019embellissait ou lui conf\u00e9rait une signification originale. Par un curieux paradoxe, le cin\u00e9ma, bien qu\u2019issu de la photo et contrairement \u00e0 elle, \u00e9tait un art car la combinaison d\u2019un sc\u00e9nario, de sc\u00e8nes film\u00e9es et de musiques provenait uniquement de l\u2019imagination de son auteur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Oui, c\u2019est bien joli tout \u00e7a mais \u00e7a ne me dit toujours pas ce que c\u2019est que la photo\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sans tenir compte de l\u2019impatience ou de l\u2019exasp\u00e9ration de Fran\u00e7oise, Lorenzo resta un long moment silencieux puis reprit son propos avec une concision inattendue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; La photo, c\u2019est d\u2019abord voir ce que les autres ne voient pas et ensuite \u00e9liminer de la composition tout ce qui est inutile. Il reconnaissait qu\u2019une troisi\u00e8me d\u00e9finition qu\u2019il trouvait tr\u00e8s belle, fl\u00e2ner sans but mais avec un objectif, ne correspondait pas \u00e0 toutes les formes de photographies mais au moins \u00e0 la sienne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; D\u2019accord, mais en pratique, \u00e7a veut dire quoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il tenta d\u2019\u00eatre plus clair en lui racontant que lors d\u2019un voyage en Egypte ses compagnons affirm\u00e8rent qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas all\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 il avait fait ses photos \u00a0alors qu\u2019il ne les avait jamais quitt\u00e9s d\u2019une semelle. Dans un portrait, la photo peut saisir involontairement gr\u00e2ce \u00e0 la vitesse de sa technologie une expression si fugace que personne ne la voit en temps r\u00e9el, pas m\u00eame son auteur. Il se souvenait du visage lugubre de son filleul saisi par un clich\u00e9 alors que cet enfant de cinq ans affichait dans la vie une ga\u00eet\u00e9 permanente. Eliminer du champ de la photo tout ce qui \u00e9tait inutile \u00e9tait une r\u00e8gle incontournable qu\u2019un ami espagnol, peintre puis photographe pour gagner sa vie apr\u00e8s avoir \u00e9migr\u00e9 en France, avait fid\u00e8lement traduite dans cette m\u00e9taphore qui opposait ses deux m\u00e9tiers :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><em>\u00a0<\/em><em>Le peintre doit remplir un espace vide<br \/>\n<\/em><em>et le photographe doit vider un espace rempli<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lorenzo \u00e9tait bien conscient que des exemples concrets auraient \u00e9t\u00e9 plus d\u00e9monstratifs que ses propos mais le R\u00e9dacteur en Chef de la revue o\u00f9 \u00e9taient publi\u00e9s ses \u00e9crits interdisait la reproduction de photographies autres que les siennes. Juste retour des choses, ses sup\u00e9rieurs \u00e0 T\u00e9l\u00e9rama, des lib\u00e9raux honn\u00eates et sans pr\u00e9jug\u00e9s, lass\u00e9s de son dirigisme outrancier, finirent par l\u2019exiler dans le bas de l\u2019Aisne, un d\u00e9partement plus sinistr\u00e9 que lui (le d\u00e9partement), \u00e7a n\u2019existe m\u00eame pas dans les films d\u2019horreur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A l\u2019occasion d\u2019une f\u00eate \u00e0 Chant de F\u00e9es o\u00f9 les Crandaret avaient convi\u00e9 tous leurs amis, l\u2019horreur fut au rendez-vous. Arriv\u00e9e par la micheline de 18h27, Fran\u00e7oise disparut entre la petite gare et leur modeste demeure avec douves et pont-levis situ\u00e9e un peu en dehors du village. Le dernier \u00e0 l\u2019avoir vue \u00e9tait leur voisin, monsieur Minette, qui allait prendre son ap\u00e9ritif au caf\u00e9 du Commerce comme tous les soirs. L\u2019inspecteur responsable de l\u2019enqu\u00eate raisonna de fa\u00e7on pragmatique\u00a0mais \u00e0 ce moment-l\u00e0 il ne voyait pas \u00e0 qui pouvait bien profiter le crime. Sophie, l\u2019\u00e9pouse d\u2019Edward, lui fit remarquer que le corps de Fran\u00e7oise n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, elle n\u2019\u00e9tait pas encore morte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong>FIN DE LA DEUXIEME EPOQUE<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 7 minutes\u00a0 (&#8230;) A l\u2019\u00e9vidence, Lorenzo ignorait la critique dithyrambique de ce film r\u00e9dig\u00e9e par Philippe pour la revue T\u00e9l\u00e9rama \u00e0 laquelle il collaborait depuis ses derniers succ\u00e8s litt\u00e9raires. 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