{"id":44193,"date":"2023-04-30T16:47:14","date_gmt":"2023-04-30T14:47:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44193"},"modified":"2023-05-01T20:36:50","modified_gmt":"2023-05-01T18:36:50","slug":"corneilles-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44193","title":{"rendered":"Les corneilles du septi\u00e8me ciel  (19)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 4 minutes<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Ce qui comblait Annick chez son nouveau compagnon ne relevait pas de ses prouesses techniques\u00a0: elle avait enfin rencontr\u00e9 un homme affectueux, bienveillant et g\u00e9n\u00e9reux. Il s\u2019agissait \u00e0 son avis des meilleures qualit\u00e9s disponibles sur le march\u00e9. Lui revenait souvent cette citation d\u2019Agatha Christie dont elle v\u00e9rifiait chaque jour la justesse\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui est bien quand on vit avec un arch\u00e9ologue, c\u2019est que plus on vieillit, plus on l\u2019int\u00e9resse\u00a0\u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Chapitre XIX<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au moins, en voil\u00e0 un qui a encore des cheveux sur la t\u00eate, se dit Fran\u00e7oise. Heureusement pour lui, et pour elle, Lorenzo n\u2019avait pas que ces vertus capillaires. Bien que n\u2019\u00e9tant ni psychanalyste, encore qu\u2019\u00eatre <em>fils de<\/em> \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la moiti\u00e9 du chemin parcouru, ni \u00e9crivain, quoi que, \u00e0 l\u2019occasion, il ne lui d\u00e9plaisait pas de manier la plume, Lorenzo d\u00e9bordait de qualit\u00e9s s\u00e9duisantes et pas <!--more-->seulement pour une provinciale. (<em>Si, c\u2019est vrai, NDLR<\/em>).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Aux yeux de Fran\u00e7oise, il r\u00e9unissait ce qu\u2019elle appr\u00e9ciait chez chacun de ses deux autres\u00a0pr\u00e9tendants : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la bienveillance et le go\u00fbt des arts de l\u2019\u00e9crivain et, de l\u2019autre, la rigueur et la curiosit\u00e9 du psychanalyste. Lass\u00e9e de leurs patronymes indigestes et pour se simplifier la vie, elle d\u00e9cida d\u2019attribuer \u00e0 ces derniers des noms plus faciles \u00e0 glisser dans une conversation et sur son agenda t\u00e9l\u00e9phonique. Bien que n\u2019ayant aucune nostalgie de l\u2019ancien r\u00e9gime, elle rempla\u00e7a \u00ab Mon ex-psy\u00a0\u00bb et \u00ab le Faux Blonde \u00bb par Philippe I er et Philippe II. Elle avait un temps h\u00e9sit\u00e9 avec deux autres possibilit\u00e9s mais ni Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine ni Richard C\u0153ur de Lion ne pr\u00e9sentaient de r\u00e9el avantage phon\u00e9tique. Pendant qu\u2019elle y \u00e9tait, elle affubla le photographe d\u2019un Philippe III d\u2019autant plus inappropri\u00e9 qu\u2019il ne lui parlait que du troisi\u00e8me Henri et jamais du troisi\u00e8me Philippe. Lorenzo reconnaissait au dernier Valois le m\u00e9rite d\u2019avoir \u00e9vit\u00e9 la partition de la France entre catholiques et protestants, \u00e0 l\u2019inverse de ce qui se produisit dans les Flandres avec la naissance de deux \u00e9tats, les Pays Bas protestants et le Belgique catholique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand elle en re\u00e7ut un exemplaire, Fran\u00e7oise resta dubitative devant la photo prise par Lorenzo. D\u2019abord, elle et son amie n\u2019\u00e9tant pas reconnaissables de dos, elle ne put envisager de la mettre sur son bureau puisque personne n\u2019en aurait compris la raison. Sur le plan esth\u00e9tique, elle n\u2019en voyait pas non plus l\u2019originalit\u00e9 ni la qualit\u00e9,\u00a0\u00e0 part, peut-\u00eatre, la composition. Quand elle demanda \u00e0 Lorenzo ce qu\u2019il lui trouvait, elle ne fut pas d\u00e9\u00e7ue par sa r\u00e9ponse et encore moins par sa longueur. Elle eut droit \u00e0 un cours dont elle ne retint que des bribes\u00a0:<br \/>\n&#8211; Il y a deux choses en art\u00a0pictural : la vision et la lecture, comme le style et l\u2019histoire en litt\u00e9rature. L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre et inversement.<br \/>\n&#8211; Est-ce que l\u2019importance du petit mur jaune de Vermeer pourrait avoir un \u00e9quivalent en peinture non figurative\u00a0?<br \/>\n&#8211; Qu\u2019est une \u0153uvre d\u2019art\u00a0? Ce que l\u2019auteur a voulu montrer (la beaut\u00e9) et exprimer (le message), ou bien ce que les spectateurs ont per\u00e7u de sa beaut\u00e9 et de son message ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Leur deuxi\u00e8me rencontre eut lieu \u00e0 la terrasse du Cyrano, un caf\u00e9 que Lorenzo affectionnait parce qu\u2019il lui rappelait un ami ancien \u00e9l\u00e8ve des Ponts \u00a0avec lequel il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s li\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que, suite aux al\u00e9as de la vie professionnelle, ce dernier \u00e9migre d\u2019abord au Kenya, puis aux Maldives, une enclave fiscale \u00e9chappant \u00e0 l\u2019imp\u00f4t sur le revenu. L\u00e0-bas, il n\u2019avait pas perdu son temps en d\u00e9nichant la compagne de ses r\u00eaves, une jolie petite blonde p\u00e9tillante dont une des qualit\u00e9s, et pas la moindre, \u00e9tait d\u2019\u00eatre facile \u00e0 retrouver dans une foule aux cheveux uniform\u00e9ment noirs.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A cette description flatteuse, Fran\u00e7oise reconnut imm\u00e9diatement son prince charmant num\u00e9ro 2. Ainsi donc, Edward, le Rom\u00e9o des Ponchos, comme ses potes du bistrot l\u2019avaient surnomm\u00e9, \u00e9tait revenu en France\u00a0? Vex\u00e9, Lorenzo se demanda pourquoi il ne l\u2019avait pas averti alors que cette Fran\u00e7oise \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au courant. L\u2019attitude de son ami lui \u00e9voqua <em>The Banshees of Inisherin<\/em>, un western irlandais qui se voulait \u00eatre une fable sur l\u2019amiti\u00e9 dont les ficelles n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9es par les plus grands po\u00e8tes, romanciers et trag\u00e9diens du monde. Non, vraiment, l\u2019id\u00e9e de se couper les doigts pour emp\u00eacher votre ex-meilleur copain de venir vous faire la bise avait quelque chose de pas imaginable m\u00eame pour des esprits aussi tordus que ceux des Ing\u00e9nieurs. A l\u2019\u00e9vidence, Lorenzo ignorait la critique dithyrambique de ce film r\u00e9dig\u00e9e par Philippe pour la revue T\u00e9l\u00e9rama \u00e0 laquelle il collaborait depuis ses derniers succ\u00e8s litt\u00e9raires. La grande Fabienne Pascaud avait condescendu \u00e0 lui octroyer un sourire plus ambigu qu\u2019admiratif auquel il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 insensible malgr\u00e9 tout le mal qu\u2019il avait d\u00e9vers\u00e9 sur elle et son journal. D\u2019ailleurs, cet hebdomadaire \u00e0 la mode, il le trouvait plus gauchiste que chr\u00e9tien, ce qui ne constituait en rien une excuse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 4 minutes (&#8230;) Ce qui comblait Annick chez son nouveau compagnon ne relevait pas de ses prouesses techniques\u00a0: elle avait enfin rencontr\u00e9 un homme affectueux, bienveillant et g\u00e9n\u00e9reux. Il s\u2019agissait \u00e0 son avis des meilleures qualit\u00e9s disponibles sur le march\u00e9. 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