{"id":44081,"date":"2023-04-16T16:47:20","date_gmt":"2023-04-16T14:47:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44081"},"modified":"2023-04-17T00:49:37","modified_gmt":"2023-04-16T22:49:37","slug":"les-corneilles-du-septieme-ciel-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=44081","title":{"rendered":"Les corneilles du septi\u00e8me ciel (15)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 4 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Elle constata aussi que ses hypoth\u00e9tiques pr\u00e9tendants pr\u00e9nomm\u00e9s Philippe avaient tous les deux un \u00e2ge et une calvitie avanc\u00e9s. Cette derni\u00e8re curiosit\u00e9 l\u2019intrigua et elle se promit d\u2019en demander la signification \u00e0 son ex-psy qui la courtisait, lui aussi, depuis qu\u2019elle \u00e9tait chef de clinique en Neurologie au CHU de Poitiers. Dans son escarcelle de pr\u00e9datrice, elle envisagea de mettre une troisi\u00e8me victime, un photographe rencontr\u00e9 sur les quais. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Chapitre XV<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-44090\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Corneilles-240x300.png\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Corneilles-240x300.png 240w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Corneilles.png 247w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sur cette photo prise par Lorenzo, le photographe en question, \u00e9l\u00e8ve d\u2019Henri Cartier-Bresson, le plus grand de tous d\u2019apr\u00e8s lui, les deux jeunes femmes, Annick \u00e0 gauche et Fran\u00e7oise \u00e0 droite, se baladent dans Paris un jour de pluie. Comme il tenait \u00e0 leur offrir les clich\u00e9s qu\u2019il venait de prendre d\u2019elles, il les invita \u00e0 la terrasse du Voltaire, un caf\u00e9 sur le quai du m\u00eame nom, pour \u00e9changer leurs adresses et continuer leur conversation. Lorenzo pr\u00e9tendait avoir \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin dans le pass\u00e9 mais ni Fran\u00e7oise ni Annick n\u2019en semblaient convaincues.<!--more--><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait un dr\u00f4le de type, un grand \u00e9chalas aux cheveux bruns et longs qui avait lu Didier Blonde et connaissait aussi son sosie dont Fran\u00e7oise avait cru bon d\u2019\u00e9voquer un de ses romans pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, Le Chant des F\u00e9es, une d\u00e9licate prose empreinte de nostalgie qui se passe dans une campagne de l\u2019est de la France ravag\u00e9e par les combats sanglants de la derni\u00e8re guerre. Sans qu\u2019elles en comprennent la raison, leur interlocuteur sauta ensuite, non pas du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne, mais de Philippe Coutheillas \u00e0 Valery Larbaud, dont le roman, Fermina Marquez, ne pr\u00e9sentait \u00e0 son avis aucune similitude avec le Grand Meaulnes contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirmaient les manuels de litt\u00e9rature. Plus tard, elles comprirent que malgr\u00e9 ses cheveux blancs cet adolescent attard\u00e9 n\u2019avait jamais quitt\u00e9 la Sologne d\u2019Alain-Fournier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et puis, il se mit \u00e0 parler de lui, de sa vie et de ses d\u00e9ceptions. Par la force des choses, il avait connu les gens de peu, \u00e0 la campagne comme \u00e0 la ville, et, de ces rencontres, il n\u2019avait conserv\u00e9 que le souvenir d\u2019un ennui infini d\u00e9pourvu de la po\u00e9sie des romans de C\u00e9line. Non, il n\u2019avait rien vu de cela chez eux. Cette exp\u00e9rience malheureuse avait d\u00e9truit sa vie et il ne parvint pas \u00e0 en faire le r\u00e9cit, m\u00eame pessimiste car, d\u00e9cid\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait trop triste. Lorenzo leur cita un aphorisme de Valery Larbaud\u00a0qui r\u00e9sumait ses propres d\u00e9ceptions de m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0: \u00ab\u00a0Une fois de plus mon exp\u00e9rience d\u00e9ment tout ce que m&rsquo;avaient dit mes instituteurs : je n&rsquo;ai trouv\u00e9 d&rsquo;esprits fins et d&rsquo;\u00e2mes d\u00e9licates que chez les riches et parmi les grands\u00a0\u00bb. Il en \u00e9prouvait plus d\u2019amertume que de culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019ambiance en fut affect\u00e9e d\u2019autant qu\u2019il continu\u00e2t dans le m\u00eame registre. Il \u00e9voqua sa jeunesse, une \u00e9preuve dont il r\u00e9chappa de justesse, la faute \u00e0 un p\u00e8re ignorant le besoin d\u2019amour de ses enfants. Celui sans limite de sa maman puis de sa femme lui permirent de s\u2019en sortir indemne ce que contestait un de ses bons copains psychanalyste. A sa premi\u00e8re lecture du Grand Meaulnes vers l\u2019\u00e2ge de quinze ans, il s\u2019\u00e9tait invent\u00e9 une enfance imaginaire dans un monde merveilleux, la Sologne, que la vie aura la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de lui offrir par la suite. Ce n\u2019est pas \u00e0 Augustin Meaulnes qu\u2019il s\u2019\u00e9tait identifi\u00e9, mais au narrateur, Julien Seurel, d\u2019une timidit\u00e9 et d\u2019une passivit\u00e9 aussi d\u00e9mesur\u00e9es que les siennes. La conclusion de cette histoire d\u2019amiti\u00e9, et non d\u2019amour comme on le croit \u00e0 tort, ne lui apparut ni \u00e0 la premi\u00e8re lecture, ni aux suivantes. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 qu\u2019il comprit le message d\u2019Alain-Fournier\u00a0: il n\u2019y a pas d\u2019espoir aux r\u00eaves des adolescents. Et, en toute logique, l\u2019auteur ayant perdu ses illusions perdit aussi la vie sur un champ de bataille en 1914.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En l\u2019\u00e9coutant, Fran\u00e7oise r\u00e9alisa que son enfance \u00e0 elle, qu\u2019elle avait toujours jug\u00e9e sinistre, ne l\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas autant que d\u2019autres comme celle de ce photographe. Annick, de son c\u00f4t\u00e9, consid\u00e9ra que cet ahuri en rajoutait un peu pour se mettre en valeur. Comme elles en discut\u00e8rent plus tard ensemble, il n\u2019y avait pas de r\u00e9ponses \u00e0 leurs interpr\u00e9tations\u00a0divergentes : aucune preuve ne pouvait d\u00e9montrer la validit\u00e9 de l\u2019une ou de l\u2019autre. Telles sont les vies des gens\u00a0: elles n\u2019expriment pas toujours leurs propres diff\u00e9rences mais les diff\u00e9rences entre ceux qui les voient et les jugent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 4 minutes\u00a0 (&#8230;) Elle constata aussi que ses hypoth\u00e9tiques pr\u00e9tendants pr\u00e9nomm\u00e9s Philippe avaient tous les deux un \u00e2ge et une calvitie avanc\u00e9s. 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