{"id":43609,"date":"2023-03-04T16:47:24","date_gmt":"2023-03-04T15:47:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=43609"},"modified":"2023-03-04T20:22:18","modified_gmt":"2023-03-04T19:22:18","slug":"les-corneilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=43609","title":{"rendered":"Les corneilles du septi\u00e8me ciel (1)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 7 minutes bien tass\u00e9es<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Il y a quelques ann\u00e9es, deux, deux et demi peut-\u00eatre, et pendant quelques mois, le Journal des Coutheillas avait pris l\u2019habitude de lancer des jeux cens\u00e9ment litt\u00e9raires. Cette habitude s\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent perdue car l\u2019heure n\u2019est plus aux jeux : il sont faits, rien de va plus.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Pendant cette heureuse p\u00e9riode de confinement, le jeu de l\u2019incipit avait connu un certain succ\u00e8s de participation, au point de permettre la construction d\u2019une histoire, celle d\u2019Annick et de Fran\u00e7oise, en quelques chapitres plus ou moins coh\u00e9rents malgr\u00e9 leurs paternit\u00e9s vari\u00e9es. Au sixi\u00e8me chapitre, Lariegeoise avait habilement et bri\u00e8vement ferm\u00e9 le ban et tout le monde croyait \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de cet Oulipo d\u00e9cadent.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">Eh bien non, et voila Lorenzo qui relance le schmilblick \u00e0 lui tout seul pour un nombre de chapitres ind\u00e9termin\u00e9. Le titre, c\u2019est \u00ab\u00a0<b>LES CORNEILLES DU SEPTIEME CIEL\u00a0\u00bb. <\/b>\u00c7a promet !<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"color: #0000ff;\">Voici le premier chapitre :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<h3 style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><em><strong>LES CORNEILLES <\/strong><\/em><em><strong>DU SEPTIEME CIEL<\/strong><\/em><\/h3>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>\u00a0<\/em><em>A Philippe Cyrano de Couteillac<br \/>\n<\/em><em>Qui nous sauva de la d\u00e9pression<br \/>\n<\/em><em>Pendant les confinements<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>NDLR\u00a0: Toute ressemblance avec des personnages du JdC pourrait ne pas \u00eatre fortuite.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><em>\u00a0<\/em>Chapitre I<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce soir-l\u00e0, en quittant l\u2019immeuble aussi cossu que les honoraires de son m\u00e9decin, Fran\u00e7oise Maignan se demanda si elle avait fait le bon choix \u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Elle venait de passer \u00e0 Paris ce qu\u2019elle appelait avec humour sa lune de miel en compagnie d\u2019Annick Cottard rencontr\u00e9e l\u2019hiver pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019UCPA de Font-Romeu. Malgr\u00e9 son surpoids et ses grosses lunettes en \u00e9caille, Annick l\u2019avait conquise par sa gait\u00e9 et sa d\u00e9rision qui lui donnaient un charme irr\u00e9sistible.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">D\u00e8s son retour \u00e0 Poitiers, et malgr\u00e9 son idylle r\u00e9cente, une inqui\u00e9tude croissante <!--more-->avait envahi chacune de ses nuits. La raison en \u00e9tait le souvenir d\u2019un homme assis devant son portable \u00e0 la terrasse ensoleill\u00e9e du Surcouf o\u00f9 elle attendait Annick retard\u00e9e pour des raisons professionnelles. El\u00e9gant, le visage avenant, la fixant avec une insistance qui par instants la g\u00eanait, celui qu\u2019elle imaginait \u00eatre un romancier maudit avait quelques ann\u00e9es de plus qu\u2019elle, la cinquantaine au minimum. Son \u00e2ge avanc\u00e9 n\u2019emp\u00eacha nullement le trouble qu\u2019elle ressentit. Au contraire, elle d\u00e9cela chez lui une bienveillance qui lui avait tant manqu\u00e9 pendant son enfance solitaire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est cette instabilit\u00e9 sentimentale qui avait conduit Fran\u00e7oise chez un psychanalyste de Poitiers sp\u00e9cialis\u00e9 en sexologie. Comme le lui pr\u00e9cisa le docteur Philippe C., la premi\u00e8re s\u00e9ance, interminable, n\u2019avait eu pour but que de faire connaissance. Il ajouta que la suite de sa th\u00e9rapie n\u2019en comporterait que deux par semaine de cinquante minutes seulement ce qu\u2019elle trouva exag\u00e9r\u00e9 mais n\u2019en dit rien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bien que sa d\u00e9marche courageuse lui en cout\u00e2t, et pas seulement sur le plan p\u00e9cuniaire, Fran\u00e7oise ne pouvait se satisfaire d\u2019une situation qui, \u00e0 cette \u00e9poque, lui interdisait tout espoir de maternit\u00e9. Son d\u00e9sir d\u2019enfants \u00e9tait d\u2019autant plus surprenant que cette fille unique n\u2019avait jamais connu la folle ambiance r\u00e9gnant dans les familles nombreuses de ses cousins et cousines \u00e9loign\u00e9s aux quatre coins du Massif Central.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ses parents ayant d\u00e9nich\u00e9 une officine \u00e0 Joigny-le-Pont, un bourg agricole non loin de Poitiers, ils quitt\u00e8rent assez t\u00f4t et sans regrets les monts lugubres du Cantal. Ce qui distinguait leur terre d\u2019accueil de leur pays d\u2019origine, ce n\u2019\u00e9tait pas tant le relief que le climat autrement plus cl\u00e9ment dans le Poitou.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Situ\u00e9e au carrefour de deux nationales, Joigny-le-Pont n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 proprement parl\u00e9 une cit\u00e9 radieuse. A leur arriv\u00e9e, il ne restait d\u00e9j\u00e0 plus dans la rue des Loges qu\u2019un boulanger, un charcutier-boucher, une \u00e9picerie-mercerie-bazar, deux bars-tabac, le caf\u00e9 du Commerce et le bar des Sports, deux boutiques de v\u00eatements, un bureau de Poste et une \u00e9cole communale exsangue. Ces commodit\u00e9s rendaient possible, mais pour combien de temps encore, la vie ou plut\u00f4t la survie de ses habitants en majorit\u00e9 retrait\u00e9s, de quelques agriculteurs des environs et d\u2019ados d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s que les institutions religieuses et complaisantes du d\u00e9partement avaient n\u00e9anmoins renvoy\u00e9s dans leurs foyers. Pas de quoi s\u2019enthousiasmer, m\u00eame apr\u00e8s avoir r\u00e9chapp\u00e9 du Massif Central.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lorsque les Maignan s\u2019y install\u00e8rent, la circulation charriait \u00e0 longueur de journ\u00e9es d\u2019\u00e9normes semi-remorques qui \u00e9branlaient tout Joigny. La d\u00e9viation tant esp\u00e9r\u00e9e apporta enfin le calme mais aussi la d\u00e9solation dans la rue principale dont tous les commerces d\u00e9p\u00e9rirent \u00e0 vue d\u2019\u0153il. Pour Fran\u00e7oise, la fermeture de l\u2019Ecole Communale eut un effet b\u00e9n\u00e9fique : ses parents avaient \u00e9t\u00e9 contraints de la mettre en pension au coll\u00e8ge Sainte C\u00e9cile \u00e0 Poitiers o\u00f9 cette enfant dou\u00e9e, intelligente et travailleuse d\u00e9couvrit que la vraie vie n\u2019\u00e9tait pas celle de Joigny-le-Pont de plus en plus cachectis\u00e9 par un exode rural inexorable.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La pharmacie de ses parents donnait sur la place triangulaire du village avec \u00e0 son sommet l\u2019\u00e9glise dont seul le porche, moins laid que le reste du b\u00e2timent, \u00e9tait d\u2019origine. Manquant de s\u2019\u00e9crouler, elle avait \u00e9t\u00e9 reconstruite peu apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale et, p\u00e9riode oblige, la municipalit\u00e9 en avait profit\u00e9 pour \u00e9difier devant son entr\u00e9e un monument aux morts de taille disproportionn\u00e9e. Allong\u00e9s sur un socle de marbre noir, trois poilus gisaient \u00e0 moiti\u00e9 ensevelis dans un terrain mar\u00e9cageux et un quatri\u00e8me, couch\u00e9 lui aussi, mais le buste relev\u00e9, tendait le bras pour implorer le secours des passants. Ce qui choquait les plus sensibles, ce n\u2019\u00e9tait pas tant la couleur verd\u00e2tre des soldats que la grossi\u00e8ret\u00e9 de leurs traits \u00e9voquant le faci\u00e8s inexpressif des bestiaux en route pour l\u2019abattoir. L\u2019auteur de l\u2019ouvrage, un sculpteur autodidacte originaire des environs, n\u2019avait d\u2019ailleurs pas persist\u00e9 dans cette voie. Il s\u2019en \u00e9tait retourn\u00e9 apr\u00e8s l\u2019inauguration, un soir de novembre sous une pluie glaciale, r\u00e9parer des tracteurs dans un garage pr\u00e8s de Poitiers.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de la d\u00e9viation ne furent r\u00e9alis\u00e9es que trop tard par les \u00e9lus locaux plus attentifs aux cours des c\u00e9r\u00e9ales qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir du petit commerce. Quand ils se r\u00e9veill\u00e8rent, le mal \u00e9tait fait et ils ne parvinrent m\u00eame pas \u00e0 se mettre d\u2019accord sur l\u2019implantation d\u2019une sup\u00e9rette dans les locaux d\u00e9saffect\u00e9s de l\u2019\u00e9cole communale. En dehors de ce b\u00e2timent sans charme, Joigny ne comptait que cinq ou six b\u00e2tisses que seules leurs dimensions rendaient remarquables. A mi-chemin entre le baroque d\u00e9cadent et le directoire kitch, ces anciennes demeures de riches agriculteurs et de notables vivant d\u00e9sormais \u00e0 Poitiers restaient closes \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e et leurs jardins d\u00e9p\u00e9rissaient. La rue des Loges jadis anim\u00e9e par les habitants du village et des alentours \u00e9tait d\u00e9serte du matin au soir et ses magasins ferm\u00e9s sans le moindre espoir de r\u00e9ouverture n\u2019\u00e9taient m\u00eame plus entretenus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2018est l\u00e0 que Fran\u00e7oise avait grandi. De la fen\u00eatre de sa chambre, la vue donnait sur le monument aux morts et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur le visage agonisant du futur cadavre. Cela n\u2019incitait gu\u00e8re \u00e0 l\u2019optimisme ni \u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019art. Pendant les week-ends pass\u00e9s chez ses parents, elle retrouvait des camarades de son \u00e2ge employ\u00e9s dans les fermes alentour. L\u2019exploit dont se vantait le plus t\u00e9m\u00e9raire, un certain Bernard, avait \u00e9t\u00e9 de voler une tablette de chocolat \u00e0 l\u2019\u00e9picerie de la M\u00e8re Clabeau. Il \u00e9tait convaincu, \u00e0 tort, que personne \u00e0 Joigny ne s\u2019\u00e9tait aper\u00e7u de son forfait. Ce m\u00eame Bernard lui avait fait des avances dans la grange obscure du P\u00e8re M\u00e9nard alors qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient \u00e2g\u00e9s que de douze ans. Il ne lui r\u00e9cita aucun po\u00e8me mais ouvrit sa braguette. L\u2019objet qu\u2019il en extirpa d\u00e9plut \u00e0 Fran\u00e7oise\u00a0: il \u00e9tait gris et flasque comme un pis de vache apr\u00e8s la traite. Bernard lui demanda de le tripoter, ce qu\u2019elle trouva peu hygi\u00e9nique et refusa de faire. En rentrant chez elle, Fran\u00e7oise passa s\u2019agenouiller \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour demander pardon au Seigneur de son involontaire m\u00e9saventure. Elle Lui demanda aussi pourquoi Il n\u2019avait pas mieux fait son travail en affublant les gar\u00e7ons d\u2019un instrument aussi laid.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce que Fran\u00e7oise avait racont\u00e9 \u00e0 son psychanalyste lors des premi\u00e8res s\u00e9ances. Bien qu\u2019il en ait vu d\u2019autres et de pires, ce dernier pr\u00e9f\u00e9ra ne pas se prononcer sur le nombre de s\u00e9ances \u00e0 pr\u00e9voir pour sa gu\u00e9rison.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 7 minutes bien tass\u00e9es Il y a quelques ann\u00e9es, deux, deux et demi peut-\u00eatre, et pendant quelques mois, le Journal des Coutheillas avait pris l\u2019habitude de lancer des jeux cens\u00e9ment litt\u00e9raires. 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