{"id":4328,"date":"2015-09-25T07:07:09","date_gmt":"2015-09-25T05:07:09","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=4328"},"modified":"2015-09-25T08:42:19","modified_gmt":"2015-09-25T06:42:19","slug":"bande-a-part","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4328","title":{"rendered":"Bande \u00e0 part  (Critique ais\u00e9e 60)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #000080;\">Critique ais\u00e9e n\u00b060<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Le livre le plus connu de Jacques Perret est sans aucun doute le Caporal \u00c9pingl\u00e9. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion d&rsquo;en parler dans le JdC.<br \/>\nQuand, vers l&rsquo;\u00e2ge de dix-sept ans, j&rsquo;ai fini d&rsquo;avaler le Caporal pour la premi\u00e8re fois, on m&rsquo;a aimablement signal\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre \u00e9vad\u00e9 pour la quatri\u00e8me ou cinqui\u00e8me fois, apr\u00e8s \u00eatre rentr\u00e9 rue de la Cl\u00e9 au petit matin et y avoir embrass\u00e9 sa femme, Jacques Perret n&rsquo;avait pas tra\u00een\u00e9 longtemps dans le cinqui\u00e8me arrondissement. Selon mon informateur, il s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 dans la r\u00e9sistance, avait rejoint le maquis pour finalement regagner ses p\u00e9nates sain et sauf \u00e0 la fin de la guerre pour y \u00e9crire, bien s\u00fbr, Le Caporal \u00e9pingl\u00e9 (1947) puis Bande \u00e0 part (Prix Interalli\u00e9 1951). Je me suis donc jet\u00e9 sur le bouquin.<br \/>\nC&rsquo;est sa r\u00e9sistance que Perret raconte dans Bande \u00e0 part. On y rencontre des imparfaits du subjonctif, de l&rsquo;argot parisien, des combats contre les allemands, de grands moments de plaisir campagnard (comme disait Desproges, prendre le maquis, d&rsquo;accord, mais fallait vivre \u00e0 la campagne), de l&rsquo;amiti\u00e9 et aussi la mort. Pour moi, le meilleur passage est celui que vous allez lire maintenant. Un tr\u00e8s grand moment d&rsquo;humanisme.<br \/>\nTout d&rsquo;abord, le contexte :<br \/>\nPerret et son copain Polard se sont post\u00e9s en franc-tireurs au-dessus d&rsquo;une petite route de montagne. Ils sont allong\u00e9s au milieu des sapins et attendent qu&rsquo;un objectif ennemi se pr\u00e9sente. Une patrouille appara\u00eet dans le virage, mais les deux maquisards jugent qu&rsquo;elle est trop nombreuse pour \u00eatre attaqu\u00e9e \u00e0 deux fusils seulement. Ils d\u00e9cident donc de la laisser passer. Mais voil\u00e0 qu&rsquo;un homme sort du rang, rejoint son sous-officier. On comprend qu&rsquo;il lui demande l&rsquo;autorisation de s&rsquo;isoler pour satisfaire quelque besoin naturel. Autorisation accord\u00e9e.<br \/>\nEt maintenant, c&rsquo;est Perret qui parle :<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0&#8230;Mais le dernier homme \u00e9tait rest\u00e9 l\u00e0, sur le chemin. Il posa son fusil par terre, d\u00e9boucla son ceinturon d&rsquo;un geste f\u00e9brile, s&#8217;emp\u00eatra quelques secondes dans ses buffleteries et posa culotte. Sans m\u00eame nous consulter du regard, Polard et moi pr\u00eemes nos dispositions pour \u00e9pauler.<br \/>\nUn vilain r\u00e9flexe, mais conforme au m\u00e9tier de franc-tireur qui doit mettre un peu de l\u00e2chet\u00e9 au service de la patrie. L&rsquo;homme se pr\u00e9sentait \u00e0 nous de trois-quarts, c&rsquo;est-\u00e0-dire que, les fesses encore prot\u00e9g\u00e9es par le sillage de la patrouille, il faisait face instinctivement au chemin parcouru, comme si les \u00e9gorgeurs de tra\u00eenards et les terreurs de la montagne eussent march\u00e9 \u00e0 pas de loup, dans l&#8217;empreinte des bottes. Tout en lui respirait l&rsquo;urgence, mais, \u00e0 dire vrai, le temps qu&rsquo;il se d\u00e9boutonn\u00e2t, impossible d&rsquo;affirmer si les grimaces de son visage tenaient plus \u00e0 la peur qu&rsquo;au travail des boyaux. Il avait une grosse figure plut\u00f4t p\u00e2le, une figure de paysan en mauvaise sant\u00e9, mais sans ruse et m\u00eame un peu simplet, un peu ridicule aussi avec son casque trop petit et couronn\u00e9 de piteux feuillages comme un gros luron bucolique en train de payer ses orgies. Sit\u00f4t accroupi, les traits se d\u00e9tendirent brusquement et je garde la vision d&rsquo;une esp\u00e8ce de b\u00e9atitude \u00e0 la sauvette qui est l&rsquo;une des images de guerre les plus importantes de ma modeste collection. Il arrive un moment o\u00f9 ces choses-l\u00e0 comptent plus que tout au monde, et il y a des gens qui bravent la mort plut\u00f4t que de faire dans leur pantalon. L&rsquo;homme avait une terrible chiasse, une vraie chiasse d&rsquo;Ostrogoth, qui faisait une p\u00e9tarade lugubre \u00e0 travers le vent et la pluie. Je peux m\u00eame dire que le bruit nous fit une grosse impression et nous ne tirions toujours pas. Le d\u00e9tachement avait pourtant pris de l&rsquo;avance en bas du chemin, et nous pouvions l\u00e2cher impun\u00e9ment notre coup de feu jumel\u00e9 avant de nous barrer dans les replis de la montagne. Mon fusil \u00e9tait pos\u00e9, bien immobile, sur un gros caillou, et je tenais l&rsquo;homme au quart de poil dans ma ligne de mire, en plein dans le ventre, et j&rsquo;en avais mal au ventre et le coeur sur les l\u00e8vres \u00e0 le pr\u00e9voir basculant le derri\u00e8re dans sa crotte ou le nez dans la boue et le fessier au vent. On ne tire pas sur un homme qui d\u00e9bourre ; pas besoin de convention de La Haye pour expliquer la chose. C&rsquo;est un interdit qui vient du fond des entrailles. Une fois reculott\u00e9, l&rsquo;homme \u00e9tait peut-\u00eatre un salopard, je ne veux pas le savoir, et cela m&rsquo;\u00e9tonnerait parce que les francs salauds s&rsquo;arrangent toujours pour ne pas se mettre dans des cas pareils, mais, pour l&rsquo;instant, nous \u00e9tions li\u00e9s par une fraternit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut, une solidarit\u00e9 sans phrase, et bien peu s&rsquo;en fallut que je n&rsquo;allasse lui offrir un bout de papier au nom de la condition humaine.\u00a0\u00bb<br \/>\n<span style=\"color: #000080;\">(c) <i>Gallimard, 1951.<\/i><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b060 Le livre le plus connu de Jacques Perret est sans aucun doute le Caporal \u00c9pingl\u00e9. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion d&rsquo;en parler dans le JdC. 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