{"id":4316,"date":"2015-08-04T06:06:50","date_gmt":"2015-08-04T04:06:50","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=4316"},"modified":"2018-02-25T11:33:17","modified_gmt":"2018-02-25T09:33:17","slug":"quest-ce-que-tas-fait-a-la-guerre-papa-texte-integral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4316","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa ? (Texte int\u00e9gral)."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><b>Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa? <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Sergent vaguemestre Coutheillas Daniel <\/i><br \/>\n<i>58\u00e8me Division d&rsquo;Infanterie<br \/>\n1ere Compagnie du G\u00e9nie S.P.241 \u2028 <\/i><br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-743\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg\" alt=\"sergent\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><i> Daniel Coutheillas et Eug\u00e8ne Prunet en mai 1940<\/i><\/span><br \/>\n2 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis prisonnier, \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands! Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10 juin 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 10 juin, nous avons quitt\u00e9 Beuvillers o\u00f9 la vie s&rsquo;\u00e9coulait pr\u00e8s du front avec des alternatives de calme et de bombardements. La rel\u00e8ve <!--more-->ne venait pas. A Beuvillers, notre \u00e9quipe du G\u00e9nie faisait sauter les ponts et les carrefours. Nous \u00e9tions en train d\u2019isoler la ligne Maginot. Je n\u2019y comprenais rien. Nous reculons par \u00e9tapes de nuit, longues et p\u00e9nibles. D\u2019abord vers Eton o\u00f9 nous devions passer la nuit&#8230;et puis d\u00e9part subit pour Warcq&#8230;et puis de Warcq aux Eparges, et puis dans les bois pr\u00e8s de Dommartin, et puis par la Tranch\u00e9e de Calonne. Prunet n\u2019arr\u00eate pas de jurer contre les moustiques Au fur et \u00e0 mesure de cette retraite, nous sommes maintenant des milliers \u00e0 venir de Longuyon, d&rsquo;Audun, de Metz sur cette route \u00e9troite o\u00f9 des r\u00e9fugi\u00e9s, des voitures \u00e0 chevaux, des camions, des fantassins remontent sans ordre. Les hommes sont ext\u00e9nu\u00e9s. On barbote des v\u00e9los, des voitures. J&rsquo;ai vu un Dragon dormir attach\u00e9 sur sa moto pour \u00e9viter qu\u2019on la lui vole. Peu d\u2019entre nous ont combattu. A chaque contact avec l\u2019ennemi, l&rsquo;ordre de repli arrivait imm\u00e9diatement. Depuis le 10 juin, le courrier n\u2019arrive plus. Nous comprenons que nous sommes encercl\u00e9s dans un vaste cercle infranchissable, coup\u00e9s de toute retraite. Nous ne recevons plus ni pain ni ravitaillement. Pendant toute une journ\u00e9e, les avions allemands et italiens ont sem\u00e9 des bombes et de la mitraille sur la route encombr\u00e9e de milliers d&rsquo;hommes. Guerriol \u00ab\u00a0Bichette\u00a0\u00bb et moi, nous devons nous r\u00e9fugier plus de dix fois dans les foss\u00e9s. Guerriol tire sur les avions qui passent \u00e0 cinq cents m\u00e8tres. Ils s&rsquo;en foutent! A Vigneulles, des stukas, des bombes. La maison entre Guerriol et moi est volatilis\u00e9e. Grosse secousse, rien d&rsquo;abim\u00e9. Les docks commencent \u00e0 br\u00fbler. On ramasse un peu de sauvetage pour d\u00e9jeuner et diner. Une moto arrive, pneu arri\u00e8re crev\u00e9. Le lieutenant qui \u00e9tait dans le side-car est tu\u00e9 net. Le conducteur n&rsquo;en revient pas. Il roule fou. Sur la route, des hardes abandonn\u00e9es, des chevaux tu\u00e9s, des r\u00e9fugi\u00e9s raidis encombrent les passages. La Tranch\u00e9e de Calonne, Hallonchatel. Des Nord Africains \u00e9tendus, tu\u00e9s par les avions. Des ruines, des morts. Nous sommes ext\u00e9nu\u00e9s, Bichette et moi. Nous tombons sur les camarades, Prunet, les autres\u2026 Tout joyeux de nous retrouver vivants. Nous n&rsquo;irons plus au courrier. Inutile. Nous sommes repass\u00e9s devant Lucey, une d\u00e9b\u00e2cle. Nous n&rsquo;osons pas nous y arr\u00eater. Les officiers sont sans autorit\u00e9. Ils se d\u00e9brouillent pour eux-m\u00eames. A Toul, quartier St-Evre, nous devons stopper pour laisser passer les colonnes et maintenir les positions. Pendant ce temps, le gros de l&rsquo;arm\u00e9e devrait tenter de se frayer un passage. Les Allemands sont \u00e0 Dijon, \u00e0 Moulins, partout\u2026Le cercle s\u2019est referm\u00e9 depuis longtemps autour de nous. Tout a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9, br\u00fbl\u00e9, grill\u00e9, sabot\u00e9 avant notre passage. Les intendances ont br\u00fbl\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 plusieurs jours. Les intendants devaient \u00eatre press\u00e9s de partir. Nous mangeons des conserves et petits beurres fauch\u00e9s au hasard des passages. Avec L\u00e9ger, nous ravitaillons des gosses enfouis dans les caves de Toul avec du lait condens\u00e9 barbot\u00e9 dans une \u00e9picerie, Des bruits d\u2019armistice circulent. Nos camarades se battent dans Toul. Nous tournons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cercle de plus en plus petit o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s. Avec Prunet, nous voyons sur la route des automitrailleuses filer dans les deux directions\u00a0! Le commandant m\u2019engueule parce que je ne lui pr\u00e9sente pas des sapeurs \u00e9gar\u00e9s au garde \u00e0 vous\u00a0! Et pourquoi pas en tenue n\u00b01\u00a0?&#8230; Il y a un sacr\u00e9 camion de torpilles qui se balade avec nous depuis des kilom\u00e8tres et deux gars sont assis dessus, fumant doucement la pipe\u2026Pourvu qu\u2019un obus ne tombe pas dessus. Georg est tu\u00e9 sur sa voiture attel\u00e9e. Doussaint, tu\u00e9 lui aussi par un obus. Guerriol est bless\u00e9 au pied et \u00e0 la jambe. Il est transport\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Gamma de Toul. Je ne le reverrai plus. Je r\u00e2le apr\u00e8s lui. S\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 avec moi\u00a0!&#8230;Avec Boyer, on ne rigole plus du tout. L\u2019Auton a disparu, Hellbrun est perdu on ne sait o\u00f9. Un dernier soir dans un bois pr\u00e8s de Bicqueley, nous sommes tous regroup\u00e9s, ou \u00e0 peu pr\u00e8s. Le canon s\u2019en donne \u00e0 plein tube. Les d\u00e9parts d\u2019obus font gonfler nos chemises. Les munitions termin\u00e9es, on fait sauter la culasse de chaque pi\u00e8ce. Bon Dieu, quel raffut\u00a0! Chazeau supplie qu\u2019on l\u2019emm\u00e8ne au G.S.D. (Groupe de Sant\u00e9 Divisionnaire). Il dit qu\u2019il va mourir. On l\u2019envoie balader. Prunet, Clermont, Lapoule, Mas et moi, on dort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">21 juin 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9veil dans le calme, sans bruit. Plus rien. Nos officiers sont silencieux. On br\u00fble toutes nos paperasses. Il y en a\u00a0! Je mets le feu \u00e0 ce qui reste de courrier de la compagnie. Pas un mot de nos corniauds de capitaines ou lieutenants pour nous dire ce qui se passe. On d\u00e9pose nos armes. Mon Colt y passe. Celui de Prunet aussi. On ira les rechercher tout \u00e0 l\u2019heure. On les enterrera. Les Allemands arrivent. C\u2019est parait-il l\u2019armistice. Nous sommes prisonniers d\u2019honneur\u2026\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis prisonnier, comme \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands! Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re? 3 juillet 1940 C\u2019est pas marrant d\u2019\u00eatre prisonnier\u00a0! Apr\u00e8s notre reddition d\u2019honneur (?), nos adversaires ont \u00e9t\u00e9 charmants. Je retrouvais l\u2019amabilit\u00e9 qui m\u2019avait plu quand j\u2019\u00e9tais all\u00e9 en Allemagne. Mais, le lendemain tout changeait. Ils ont pris ma voiture, mes affaires et ne m\u2019ont laiss\u00e9 que mon portefeuille et une trousse de toilette. Une nuit premi\u00e8re nuit dans une usine, sur le ciment, rien \u00e0 manger, rien \u00e0 boire. Au matin, d\u00e9part pour St-Mihiel en passant par Commercy. Pr\u00e8s de soixante kilom\u00e8tres sans manger, naturellement. Des mitraillettes sont braqu\u00e9es sur nous, immense colonne, milliers d\u2019hommes. Parfois nos gardiens, jeunes et arrogants, tirent en l\u2019air afin de faire lever les trainards. Une sale gueule de feldwebel me crie dans la figure: \u00ab\u00a0Vous avez d\u00e9clar\u00e9 la guerre. C\u2019est \u00e7a la guerre\u00a0!\u00a0\u00bbNe rien r\u00e9pondre. Impossible de dire ce voyage, aggrav\u00e9 de deux orages qui nous d\u00e9trempent. Sans couverture, sans capote, sans toile de tente. Je suis mort. Je m\u2019\u00e9vanouis \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Mas me jette une couverture dessus. Nous dormons c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans l\u2019eau. Au r\u00e9veil, je claque des dents. Prunet cherche un docteur. Je me l\u00e8ve. Dumousseau et Lauriol ont construit une tente. Je m\u2019y r\u00e9fugie. Prunet est crev\u00e9, m\u00e9connaissable. Toujours rien \u00e0 manger. Deux jours plus tard, d\u00e9part pour Verdun. Je traverse St-Mihiel avec Boyer, Prunet, Dumousseau etc\u2026, la bonne \u00e9quipe. Le pont a saut\u00e9. Il \u00e9tait tout neuf. Il est ratatin\u00e9 \u00e0 z\u00e9ro. On passe un par un. Des prisonniers ont des voitures \u00e0 bras. C\u2019est tout un boulot pour passer. Nous avons perdu la guerre. Les dotations en voitures d\u2019enfant sont nettement insuffisantes dans l\u2019infanterie. Le voyage devient plus facile. 38 kilom\u00e8tres, vieux gardiens. Des gens partout sur notre passage, pleins de sollicitude, \u00e0 boire, quelque fois un bout de pain. Le camp Je suis maintenant \u00e0 la caserne Niel \u00e0 Verdun. Peu nourris les premiers jours. La vie s\u2019organise doucement. Je connais la faim. \u00c7a me manquait\u00a0! C\u2019est supportable quand on ne bouge pas et nous limitons nos efforts\u00a0au strict minimum! Prunet a achet\u00e9 une boule allemande 25 francs. Il la partage g\u00e9n\u00e9reusement. Je couche avec lui et Dumousseau sur un m\u00eame lit de paille \u00e9tal\u00e9 sur le ciment. Nous sommes cinquante dans une pi\u00e8ce construite au maximum pour vingt. Pas d\u2019eau, pas d\u2019hygi\u00e8ne, m\u00eame \u00e9l\u00e9mentaire. Dans cette crasse, nous sommes environ vingt mille\u00a0! Il fait chaud, je ne souffre pas. Je ne suis m\u00eame plus inquiet sur le sort des miens. Je suis concentr\u00e9 sur moi-m\u00eame. Je m\u2019animalise\u00a0! Dans cette foule, le moindre espoir nait, s\u2019amplifie, circule \u00e0 toute vitesse. Il parvient aux oreilles de chacun et chacun croit \u00e0 tout. Espoirs\u2026La Paix est sign\u00e9e, dit-on, lib\u00e9ration demain, dit-on\u2026 Espoirs qui tombent\u2026 En v\u00e9rit\u00e9, nous ne savons rien\u2026Rien. Les Allemands nous mentent tant et plus. Ils ne doivent rien savoir non plus. Ils sont humains. Ce sont de vieux Autrichiens, aussi press\u00e9s que nous de voir finir ce cauchemar. Derri\u00e8re eux marchent de jeunes SS, 18\u201320 ans, orgueilleux, odieux, infects. Sur Verdun, je vois flotter le drapeau \u00e0 croix gamm\u00e9e. J\u2019en pleure de honte. Pauvre pays. Triste arm\u00e9e mal \u00e9quip\u00e9e. Nos mousquetons \u00e0 un coup contre leurs mitraillettes. Nos fantassins arrivant en ligne \u00e9cras\u00e9s de fatigue apr\u00e8s des \u00e9tapes \u00e0 pied crevantes avec leur barda. Et l\u2019ennemi, arrivant en camions, \u00a0 \u00e0 peu de distance du front, l\u00e9gers, sans \u00e9quipement! Pauvres fantassins, tu\u00e9s \u00e0 moiti\u00e9 endormis de fatigue. Ignorance totale des officiers. Inaptes \u00e0 faire la vraie guerre. Pr\u00e9occup\u00e9s de leurs privil\u00e8ges. Incapables de faire respecter une discipline indispensable. Des villes, Longwy, Toul, pill\u00e9es lamentablement. Hommes saouls\u00a0! Nos gardiens sont humains. Ils satisfont nos besoins dans la mesure du possible. Nous sommes si nombreux\u00a0! Notre chambr\u00e9e est surpeupl\u00e9e. Il y a Mas qui travaille chaque jour pour am\u00e9liorer son ordinaire. Il nous rapporte et partage ce qu\u2019il r\u00e9colte. Charmant, calme et souriant, il n\u2019a pas chang\u00e9. Chazeau habite l\u00e0 \u00e9galement. Il est devenu antipathique. Sous les bombardements des derniers jours, il \u00e9tait planqu\u00e9 dans un trou, vert de peur, claquant des dents. Maintenant, il a retrouv\u00e9 sans discr\u00e9tion toute sa superbe. Il se r\u00e9v\u00e8le \u00e9go\u00efste et intransigeant. Prunet couche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. C\u2019est toujours le m\u00eame bonhomme, moral truculent, franchise et verdeur d\u2019expression. Il refuse de travailler pour les Allemands. Il sommeille toute la journ\u00e9e sur notre grabat et sort parfois pour se d\u00e9gourdir. Dumousseau est bien. Il a fait preuve d\u2019un patriotisme ardent, d\u2019un grand sang-froid. Il a combattu \u00e0 armes in\u00e9gales. Il a tenu son poste et ramen\u00e9 ses hommes sans aucune perte. Il pleurait le soir de la reddition. Maintenant, il joue aux cartes, discute avec tous, parle savamment de tout. Il a un c\u0153ur d\u2019or et un fouillis d\u2019affaires qu\u2019il laisse trainer partout. Beal use du langage imag\u00e9 d\u2019un vieux titi parisien. Il attend patiemment la fin de tout \u00e7a en usant de trucs, de ficelles et de d\u00e9brouillardises. Lamiral avait re\u00e7u la croix de guerre le matin de la reddition de Bicqueley. Sa valeur et son sang-froid sont remarquables. Il est dans une chambre proche. Sympathique\u00a0! Il y a Boyer, in\u00e9narrable, gouailleur, gai, plein d\u2019entrain. C\u2019est un plaisir de le voir. Quel Monsieur\u00a0! Un vrai gosse, sa compagnie me plait bien que nos id\u00e9es soient diff\u00e9rentes et qu\u2019il se cantonne dans un sectarisme de syndicat qui me ferait bondir, Prunet aussi, si ce n\u2019\u00e9tait pas lui. Il a des conceptions culinaires \u00e0 lui. Vin rouge dans le bouillon. Il se r\u00e9jouit \u00e0 notre retour de captivit\u00e9 d\u2019aller faire ce m\u00e9lange chez Dumousseau et Prunet, qui hurlent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bouteillons Aujourd\u2019hui, vilain temps. Il pleut. Sans doute par ironie, les Allemands nous font distribuer un petit savon par personne et du savon \u00e0 barbe. Jamais l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ne nous en avait donn\u00e9\u00a0! \u00c7a a beau \u00eatre un ersatz made in Germany, \u00e7a lave quand m\u00eame. Le d\u00e9jeuner de midi consiste en flocons d\u2019avoine avec de la t\u00e9tine de vache, le tout tenant dans la plus petite de nos gamelles. Le pain ne nous est distribu\u00e9 que le soir. Les premiers jours, ce fut une boule pour neuf, puis pour huit, maintenant c&rsquo;est une boule pour quatre. C&rsquo;est un pain bis\u00a0assez agr\u00e9able au go\u00fbt. Il est lourd, moins cependant que celui en forme de cake qui nous \u00e9tait distribu\u00e9 au d\u00e9but. La journ\u00e9e s&rsquo;\u00e9coule : le matin, toilettes, corv\u00e9es, chacun vaque o\u00f9 il veut&#8230; le tant\u00f4t, sit\u00f4t d\u00e9jeun\u00e9, c&rsquo;est le calme. On dort, on lit, on joue aux cartes suivant son go\u00fbt jusqu&rsquo;au diner de six heures (heure fran\u00e7aise, car ici tout est \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;Europe Centrale, en avance d&rsquo;une heure sur la n\u00f4tre). J&rsquo;ai la coquetterie de conserver notre heure, mais en v\u00e9rit\u00e9, \u00e7a complique tout. C&rsquo;est donc vers sept heures que tout s&rsquo;anime, les potins, les bruits, les cancans. Nous appelons \u00e7a les bouteillons, car ce sont des ragots de \u00ab\u00a0cuisine\u00a0\u00bb. Le bon bouteillon se place discr\u00e8tement dans l&rsquo;oreille d&rsquo;un camarade. Plausible, plein de promesses, il traverse le camp comme une fl\u00e8che: d\u00e9mobilisation pour le 14 juillet; chacun commente, interpr\u00e8te: nous irons \u00e0 pied par \u00e9tapes jusqu&rsquo;\u00e0 Paris\u00a0; et voil\u00e0 qu\u2019on pr\u00e9cise la route et qu\u2019en moins de huit jours nous franchissons la distance et qu\u2019on s&rsquo;invite \u00e0 diner chez Drouant \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Wetzel, sceptique, ironise en affirmant qu\u2019en plus les Allemands donneront \u00e0 chacun un lampion et une bougie pour f\u00eater le 14 juillet! Patatras, le r\u00eave tombe. Et puis, un nouveau bouteillon tout aussi faux, tout aussi invraisemblable nous renvoie \u00e0 de nouvelles conjectures. Un peu avant neuf heures, nous regagnons nos dures places ciment\u00e9es! A neuf heures pr\u00e9cises, un clairon sonne l&rsquo;extinction des feux. C&rsquo;est un vieil Autrichien qui joue la sonnerie fran\u00e7aise avec parfois un \u00ab\u00a0bonsoir la classe\u00a0\u00bb qui fait hurler tout le camp! Le sommeil nous gagne et, dans chaque lit de prisonnier, les \u00eatres chers et la vie d&rsquo;avant, peuplent les r\u00eaves&#8230; S\u2019\u00e9vader\u00a0? Pour quoi faire\u00a0? Voil\u00e0 des jours que nous sommes l\u00e0. Nous n&rsquo;avons eu le droit d&rsquo;envoyer qu&rsquo;une seule carte! Parviendra-t-elle? Nous n\u2019avons pas d\u2019adresse. Pourquoi? Myst\u00e8re. Que sont devenus les miens? Je n\u2019en sais rien. Comme c&rsquo;est long. Je suis l\u00e0, dans la chambr\u00e9e, assis sur un seau renvers\u00e9, et j\u2019\u00e9cris sur une caisse devant la fen\u00eatre. Sous mes yeux d\u00e9filent des prisonniers habill\u00e9s n\u2019importe comment, sans amour-propre. Je les excuse. L\u2019oisivet\u00e9, c&rsquo;est terrible. Nous manquons d&rsquo;eau. Une citerne en apporte. Bousculade, bidons, tintamarre. Je me rase tous les deux jours. Je dors habill\u00e9. Je n&rsquo;ai plus de linge. Des avions \u00e0 croix gamm\u00e9e survolent le camp. Dans deux heures, ils seront \u00e0 Paris&#8230; Si je pouvais m&rsquo;\u00e9vader? Chacun y pense, mais cela parait irr\u00e9alisable. Plus de 250 kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir en territoire occup\u00e9, sans provisions\u2026Et puis tout nous dit que bient\u00f4t nous serons libres. Espoir tenace auquel tous s&rsquo;accrochent. M\u00eame le sergent Peneau, fermier dans la Ni\u00e8vre, qui ne vit que couch\u00e9, \u00e9tendu sur sa paille, l&rsquo;\u0153il triste et doux du paysan loin de sa terre. Je fais de mon mieux pour garder un peu de moral. Et tout \u00e0 coup, tout m&rsquo;\u00e9nerve: je ne supporte plus tous ces bavards qui parlent finance, v\u00e9lo et \u00e9conomie politique avec la m\u00eame assurance et la m\u00eame b\u00eatise. Quand cinquante bonshommes sont r\u00e9unis, que de b\u00eatises peuvent \u00eatres dites! Un barbu \u00e0 gueule d&rsquo;ap\u00f4tre joue les Christ avec emphase et conviction. Il est serviable pour chacun, se croit sup\u00e9rieur \u00e0 tous, au centre d&rsquo;une cour qui l&rsquo;\u00e9coute, b\u00e9ate, en guettant le r\u00e9chaud dont il est pourvu! A cinq heures du matin, ce bon dieu de r\u00e9chaud se met \u00e0 siffler, souffler, p\u00e9tarader, grincer comme une locomotive essouffl\u00e9e qui entre en gare. Je me retourne sur mon ciment pour \u00e9changer avec Prunet un regard de supplici\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vendredi 5 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un petit arsouille de la Bastille est venu tout \u00e0 l\u2019heure emprunter de l\u2019argent \u00e0 Prunet pour jouer \u00e0 la Banque ! Il pourrait aussi bien jouer avec des cailloux car, ici, plus rien ne s&rsquo;ach\u00e8te, l&rsquo;argent n&rsquo;a plus cours (Est-ce que ce ne serait pas un bienfait si \u00e7a se g\u00e9n\u00e9ralisait?). Je ne sais comment ce petit arsouille se d\u00e9brouille, mais il nous apporte du pain, des biscuits, piqu\u00e9s on ne sait o\u00f9. Les officiers allemands sont venus voir nos cuisines qui ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es dans la cour. Ils ont hum\u00e9 le fumet en pronon\u00e7ant des Goutt! Goutt! mais en se gardant bien d&rsquo;y go\u00fbter. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs un \u00e9chantillon de tout ce qui nous sera administr\u00e9 dans la semaine. Je ne me rappelai pas que les vaches avaient autant de t\u00e9tines. Notre Christ pr\u00e9pare deux lapins tu\u00e9s par son \u00e9quipe lors d&rsquo;une corv\u00e9e. L&rsquo;air embaume. Maintenant, tout le monde est couch\u00e9 sur les lits (?) L&rsquo;abattement r\u00e8gne. Malfait, notre adjudant, d\u00e9core sa gamelle en y gravant ses initiales destin\u00e9es. Brave gar\u00e7on de St-Quentin, ce Malfait. Sa famille qu\u2019il avait \u00e9vacu\u00e9e en Bretagne doit y \u00eatre \u00e0 nouveau envahie. Il a v\u00e9cu la guerre de 14 avec les Allemands dans sa ville. Il a jur\u00e9 il y a huit jours de ne jamais y retourner, mais maintenant il a h\u00e2te de s&rsquo;y retrouver avec les siens, tant est fort ce qui vous lie au pays natal. Des \u00e9vad\u00e9s sont revenus au camp, la t\u00eate basse, repris \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d\u2019ici. Du coup, et aussi gr\u00e2ce \u00e0 quelques \u00e2neries faites par nos cod\u00e9tenus, la discipline se resserre. Dommage. L\u2019ennui Prisonnier ! Triste mot, mais bien plus triste situation ! Nous sommes sans nouvelles. Rien ne vient \u00e9clairer notre avenir. Nous savons que la France est battue mais nous ne savons rien de la Paix. Honorable\u00a0? Douloureuse\u00a0? Quand sera-t-elle sign\u00e9e? Qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire de nous? Je n&rsquo;aurai bient\u00f4t plus de papier. J&rsquo;ai toujours le crayon pr\u00e9lev\u00e9 dans les affaires de Bichette, ce fier original dont je ne sais pas ce qu\u2019il est devenu. J&rsquo;aurais tant besoin de lui aujourd\u2019hui ! Il voulait faire le coup de feu \u00e0 Toul. Il ne pouvait rien lui arriver de bon. Un percutant \u00e0 quelques m\u00e8tres et le voil\u00e0 bless\u00e9 sans m\u00eame s\u2019\u00eatre battu. Le soir o\u00f9 je l\u2019ai appris, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Nous restions quelques sous-officiers au Fort du Thillot, cinq sur une vingtaine, et nous devions assurer la d\u00e9fense du fort sous les ordres du Commandant Eguillon, un type un peu sonn\u00e9. Dans le fort, il y avait deux canons sans culasse, deux mitrailleuses et rien \u00e0 manger. Nous avions chacun quelques cartouches et Boyer, Le Dourner, Motot, Maladry et moi nous ne rigolions plus du tout. Nous avons re\u00e7u le contre-ordre au moment o\u00f9 nous prenions position. Je ne sais pas qui l&rsquo;avait donn\u00e9, mais grand merci \u00e0 lui. Nous nous sommes retrouv\u00e9s plus loin, sans les autres sous-officiers. Seuls manquaient \u00e0 l&rsquo;appel Devaux, sans int\u00e9r\u00eat, et L&rsquo;Auton, un ami jovial ami maintenant perdu de vue, probablement prisonnier ailleurs. Il manque \u00e0 notre groupe. On le reverra sans doute \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samedi 6 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9cevante journ\u00e9e. Je m&rsquo;ennuie terriblement. Il faut sourire quand m\u00eame et tenter d&rsquo;\u00e9loigner ce cafard collectif qui nous m\u00e8nerait o\u00f9?&#8230;Dures journ\u00e9es. Triste, triste journ\u00e9e qu&rsquo;aucun espoir ne vient ensoleiller. Vu les photos d&rsquo;un journal allemand : Versailles avec une sentinelle allemande, Orl\u00e9ans pareil et Paris de m\u00eame. Place de la Concorde\u00a0: un jeune officier pose devant la statue de Strasbourg. Strasbourg ! Strasbourg allemand maintenant. Je ne reverrai plus les Vosges sous le m\u00eame jour. Nous sommes amput\u00e9s de l&rsquo;Alsace. Que nous r\u00e9serve l&rsquo;avenir ? Le pr\u00e9sent est incertain. D&rsquo;une minute \u00e0 l&rsquo;autre, notre vie peut changer. Des milliers d&rsquo;hommes sont l\u00e0, aspirant \u00e0 la libert\u00e9, force perdue. Mon Dieu, rendez les \u00e0 la vie !&#8230; Il y a quinze jours que la guerre est finie pour nous, quinze jours que l&rsquo;espoir nous fait vivre. Nos nerfs s&rsquo;\u00e9moussent.. Je lis ce qui se pr\u00e9sente, peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Je dors. J&rsquo;ai une avance terrible de sommeil, Prunet aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche 7 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pleut, il fait froid, et l&rsquo;air est charg\u00e9 de mauvais augures. Hier soir, j&rsquo;\u00e9tais malade, fi\u00e9vreux, affaibli par une nourriture insuffisante. A midi, elle \u00e9tait d&rsquo;un aspect repoussant et il fallait vraiment avoir faim. Je suis tr\u00e8s las. Les poux sont apparus dans la chambr\u00e9e. Il ne manquait plus que \u00e7a. J&rsquo;ai voulu me laver \u00e0 la rivi\u00e8re qui passe l\u00e0, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du camp\u00a0: Verboten ! J&rsquo;ai d\u00fb me contenter d&rsquo;un litre d&rsquo;eau, juste de quoi me rincer la figure et me raser. Je suis d\u00e9courag\u00e9. Jamais je ne pourrai aller au bout de cette captivit\u00e9. Malgr\u00e9 tous mes espoirs d&rsquo;un proche d\u00e9part, les dispositions que prennent les allemands m\u2019inqui\u00e8tent\u00a0: les b\u00e2timents sont num\u00e9rot\u00e9s, nous allons recevoir un pr\u00eat en marks, une coop\u00e9ration va s&rsquo;installer, les listes des prisonniers par profession ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies. Tout \u00e7a sent l\u2019organisation de longue dur\u00e9e et je suis de plus en plus inquiet ! S&rsquo;il se met \u00e0 faire chaud ces prochains jours, une \u00e9pid\u00e9mie est \u00e0 craindre. Vingt mille hommes ne peuvent vivre l\u00e0 o\u00f9 les installations hygi\u00e9niques sont pr\u00e9vues pour \u00e0 peine un quart. L&rsquo;eau fait d\u00e9faut totalement. Il y a juste une tonne \u00e0 eau qui circule dans le camp. C&rsquo;est une vraie tuerie pour avoir un bidon. Les turbines de Verdun ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites pendant la retraite. Dans la chambr\u00e9e, plus aucune gait\u00e9. Les quelques esprits joyeux n&rsquo;ont plus d&rsquo;\u00e9cho; les espoirs ne sont pas moins vifs mais l&rsquo;impatience pointe. Et il n&rsquo;y a que quinze jours que nous sommes l\u00e0. Quelle patience a-t-il fallu \u00e0 ceux de 14 qui furent prisonniers pendant quatre ann\u00e9es ? Il est vrai que pendant ce temps-l\u00e0, la guerre continuait. Nous, nous la savons finie, perdue. Qu\u2019est-ce qu\u2019on attend ? Que tout cela finisse, vite, vite !&#8230; Lundi 8 juillet 1940 Aucune nouvelle de ce qui se passe dehors. Les Allemands nous disent que la France est en guerre avec l&rsquo;Angleterre. Je n&rsquo;y crois pas, bien que mon opinion aurait \u00e9t\u00e9 de commencer par l\u00e0. Quelle folie de nous avoir men\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes ! Grand remue-m\u00e9nage aujourd&rsquo;hui au camp et je ne pr\u00e9sage rien de bon. Nous formons des compagnies de travail : cultivateurs, pontonniers, r\u00e9cup\u00e9rateurs\u2026Ils auraient donc l\u2019intention de nous faire travailler ?&#8230; La lib\u00e9ration serait de ce fait lointaine&#8230;? J&rsquo;avais esp\u00e9r\u00e9 que la lib\u00e9ration serait pour la semaine du 14 juillet puis pour la fin du mois, mais avec \u00e7a, elle s\u2019\u00e9loigne. Il faut attendre, \u00eatre patient, et je ne le suis gu\u00e8re! Cet apr\u00e8s-midi, j&rsquo;ai essay\u00e9 de travailler. J&rsquo;ai transport\u00e9 une botte de paille, et puis, zut, j&rsquo;ai tout laiss\u00e9 en plan ! Ce soir, l&rsquo;eau a coul\u00e9 aux lavabos. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une grande joie. Tout le monde s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 sous la douche. Au diner, nous avons eu des confitures, chacun deux cuill\u00e8res \u00e0 soupe. J&rsquo;ai trich\u00e9 un peu pour Prunet et moi. Nous \u00e9tions heureux de manger \u00e7a avec notre quart de boule. Espoirs Mardi 9 juillet 1940 Encore du remue-m\u00e9nage. Des lueurs d&rsquo;espoir naissent \u00e0 l&rsquo;horizon\u00a0: deux soldats vont \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s. Employ\u00e9s aux chemins de fer, ils annoncent peut-\u00eatre toute une s\u00e9rie de d\u00e9parts. Dieu le veuille ! Depuis ce matin nous sommes r\u00e9unis en compagnies de travail d&rsquo;environ deux cents hommes. Certaines sont des compagnies d&rsquo;agriculteurs, de pionniers, de cantonniers, de r\u00e9cup\u00e9rateurs. Je fais partie de cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie. Je reste avec Prunet, Dumousseau, Mas, Cl\u00e9ment, B\u00e9al et Basset. Je suis dans un nouveau local. Nos couchettes sont install\u00e9es \u00e9pouvantablement sur les rayonnages d\u2019un magasin d&rsquo;habillement de la grandeur d&rsquo;une capote militaire. Ou j&rsquo;ai la t\u00eate et les pieds dans le vide, ou je suis recroquevill\u00e9 la dedans. Prunet est log\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage en dessous, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 50 centim\u00e8tres sous moi. Encore une nuit sur du bois dur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mercredi 10 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019espoir est un peu retomb\u00e9\u00a0: les deux hommes qui devaient partir sont toujours l\u00e0 et rien ne laisse pr\u00e9voir leur d\u00e9part. La douche \u00e9cossaise fonctionne au mieux ! J&rsquo;ai trouv\u00e9 un matelas, bien plat, que je partage avec Mas dans mon \u00ab\u00a0casier\u00a0\u00bb. J&rsquo;esp\u00e8re que la nuit prochaine sera plus douce \u00e0 mes c\u00f4tes que la derni\u00e8re. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 tout courbatur\u00e9, mais cela n&rsquo;a pas dur\u00e9. Je suis ras\u00e9 de pr\u00e8s et tout \u00e0 l&rsquo;heure, j&rsquo;esp\u00e8re un bain en rivi\u00e8re. Je porte la m\u00eame chemise, les m\u00eames bas depuis un mois! O mon cher confort, combien j&rsquo;ai eu raison d&rsquo;en profiter\u00a0! Le diner d\u2019hier soir a consist\u00e9 en une boule de pain pour quatre et un morceau de lard gras. \u00c7a donne des renvois de chandelle \u00e0 Prunet. Un quart d&rsquo;ersatz de caf\u00e9 non sucr\u00e9. A midi aujourd\u2019hui, du bl\u00e9 gonfl\u00e9 d\u00e9cortiqu\u00e9 avec \u2013 encore !- quelques morceaux de t\u00e9tine et pas de pain. C&rsquo;est court, tr\u00e8s court. J&rsquo;ai maigri et me sens fatigu\u00e9 au moindre effort, mais je n&rsquo;en fais pas. Je voudrais voir des bois, des champs. Parfois le soleil dore au loin un coteau et mes yeux s&rsquo;y posent. Mon c\u0153ur se serre \u00e0 la pens\u00e9e que l\u00e0-bas, c&rsquo;est la libert\u00e9. Toujours sans nouvelles&#8230;. Ces compagnies de travail, j&rsquo;en attends une sortie dehors, dans les bois, la campagne. Je voudrais changer d&rsquo;horizon, coucher sous la tente, faire du camping que pourtant je n&rsquo;aimais pas ! Dumousseau ram\u00e8ne une boule de pain enti\u00e8re \u00e0 la suite d&rsquo;une corv\u00e9e ex\u00e9cut\u00e9e par lui. Nous la gardons comme tr\u00e9sor. Dans la chambr\u00e9e, un air tout doux d&rsquo;harmonica. Nostalgie. Pour Prunet, la nuit a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dure sur les planches. Il dort sur une paillasse. Son visage est b\u00e9at. Il a maigri et son ventre d&rsquo;homme bien assis est maintenant un souvenir. Beaucoup lisent, \u00e9tendus. D\u2019autres dorment. Nous apprenons que les Allemands auraient essuy\u00e9 parfois de grosses pertes. Ils nous disent que les anglais ont d\u00e9truit un de nos derniers bateaux de guerre \u00e0 Dakar. Est-ce vrai ? Demain, ma petite fille aura six ans. Amertume de ne pas la serrer dans mes bras. O\u00f9 est-elle ?&#8230; Que faut-il attendre de nos gardiens ? L&rsquo;esclavage, ou bien une lib\u00e9ration contre ran\u00e7on ? Rien de certain ni m\u00eame de probable. Nous sommes totalement isol\u00e9s du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">11 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les employ\u00e9s du chemin de fer vont \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s, peut-\u00eatre&#8230; Aucun homme n\u2019est encore sorti lib\u00e9r\u00e9 du camp malgr\u00e9 ce que l\u2019on disait. Et toujours sans nouvelles. Avec Mas et Prunet, escort\u00e9s d\u2019un SS, nous sommes all\u00e9s au bain hier tant\u00f4t. Bain nudiste en plein air dans une ancienne carri\u00e8re. Deux femmes passent sur la route pas tr\u00e8s loin. Des paroles et des gestes ignobles les ont salu\u00e9es. Pas fiers nous autres devant les Fritz. J\u2019ai lav\u00e9 ma chemise et mon cale\u00e7on\u00a0! Les m\u00eames depuis un mois. J\u2019ai peu de courage, nourriture trop peu abondante, un quart de bl\u00e9 \u00e0 midi, c\u2019est tout. Nous r\u00eavons des festins d\u2019autrefois. Quel prix paierions-nous une entrec\u00f4te\u00a0! Aujourd&rsquo;hui Marie-Claire a six ans. Qu&rsquo;elle est loin. Je r\u00eave de ses deux bras autour de mon cou. J\u2019ai un fond de cognac dans une bouteille, et six allumettes plant\u00e9es dans une tartine de pain tr\u00e8s mince. Brunet, Boyer, Mas et moi f\u00eatons ainsi les six ans de ma fille. Ennui, abattement g\u00e9n\u00e9ral. La plupart d\u2019entre nous ne quittent pas leur grabat de paille. Le ciel est maussade. Plus rien \u00e0 lire. Je finis un bouquin du Petit Echo de la Mode\u00a0! Mis\u00e8re. Mes camarades me trouvent du tabac. Je fume la pipe en quantit\u00e9s. Dumousseau n\u2019a m\u00eame plus le courage de gueuler. Mas lis des inepties en souriant. Prunet dort. Lapoule fait mille choses sans utilit\u00e9. Plus d\u2019\u00e9nergie. Plus de courage. L\u2019ennui, l\u2019ennui, l\u2019ennui. Mauvaise journ\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mardi 12 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cheminots seront lib\u00e9r\u00e9s aujourd\u2019hui. Je leur donne une lettre pour ma m\u00e8re qui est peut \u00eatre rest\u00e9e \u00e0 Paris malgr\u00e9 mes conseils. Je cr\u00e8ve de faim. C\u2019est effrayant ce que la faim me hante. Est-ce la famine ailleurs en France\u00a0? Aujourd\u2019hui les cheminots sont partis. Journ\u00e9e au camp calme. Je n\u2019ai rien fait d\u2019autre que lire, un vrai livre d\u2019ailleurs, du Xavier de Mont\u00e9pin. C\u2019est amusant de lire ici ce noir m\u00e9lo\u00a0! J\u2019essaie d\u2019\u00e9changer un insigne de la 6\u00e8me D.I.N.A. pour une boule de pain. \u00c7a ne marche pas\u2026j\u2019ai faim. Ce soir, din\u00e9 d\u2019un bout de pain et de lard gras. \u00c7a sent le suif. J\u2019en garde un bout pour demain matin. J\u2019ai fait trois ou quatre fois le tour de la cour avec Prunet et Boyer. Je rentre fatigu\u00e9. Manque d\u2019habitude. Avec Prunet, nous avons \u00e9gren\u00e9 tous mes souvenirs de bons restaurants\u00a0! Cafard. Il parait que nos d\u00e9put\u00e9s sont \u00e0 Vichy. L\u00e9ger conseil\u00a0: qu\u2019ils se m\u00e9fient de notre retour. D\u2019ailleurs, que trouverons-nous au retour\u00a0? Que s\u2019est-il pass\u00e9 en France\u00a0? On dit que des villes de l\u2019int\u00e9rieur ont \u00e9t\u00e9 abim\u00e9es, qu\u2019il y a des victimes civiles en quantit\u00e9. Est-ce vrai\u00a0? Que fait l\u2019Angleterre\u00a0? Que fait l\u2019Italie\u00a0? Ici nous n\u2019avons aucune radio, bien que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 fonctionne depuis hier soir. Nous attendons. Malades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samedi 13 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a grand bruit dans la chambr\u00e9e aujourd\u2019hui. Dumousseau fait une conf\u00e9rence avec gueulements \u00e0 l\u2019appui. Il est terrible et sa voix emp\u00eache tout le monde de dormir. La dysenterie commence \u00e0 s\u00e9vir dans le camp. De nombreux malades ont \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il y a peu de moyens m\u00e9dicaux. Des morts sont \u00e0 craindre. Les autorit\u00e9s allemandes s\u2019inqui\u00e8tent. Leurs hommes sont \u00e9galement touch\u00e9s et des mesures d\u2019hygi\u00e8ne sont prises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche 14 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019attend-on pour nous d\u00e9livrer\u00a0? Nous avons l\u2019impression d\u2019etre abandonn\u00e9s par notre gouvernement. Qu\u2019est-ce qu\u2019ils foutent l\u00e0-bas\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019ils attendent pour demander notre retour\u00a0? Que nous soyons crev\u00e9s\u00a0? L\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019\u00e9tend avec rapidit\u00e9. Les hommes tombent comme des mouches. J\u2019en vois \u00e0 chaque instant port\u00e9s sur des brancards qu\u2019on emm\u00e8ne vers l\u2019infirmerie d\u00e9j\u00e0 pleine \u00e0 craquer. Par mesure d\u2019hygi\u00e8ne, nous devons passer les heures de la journ\u00e9e dehors et non plus dans les chambres. Je suis fatigu\u00e9 et pas gaillard du tout. Je veux pourtant tenir. Prunet est cafardeux. 14 juillet 1939\u00a0! Le d\u00e9fil\u00e9 de nos forces\u00a0! C\u2019\u00e9tait tout ce qu\u2019on avait\u00a0! Les Allemands ont install\u00e9 un haut-parleur dans la cour et la musique nous est d\u00e9vers\u00e9e \u00e0 pleins godets. Peut-\u00eatre vont-ils nous donner des informations?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">15 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai eu hier soir un mot de Bichette, remis \u00e0 un camarade qui revenait de l&rsquo;h\u00f4pital de Verdun. Il est ici, dans cette ville. Je vais tacher de le joindre. Cela me ferait plaisir de l&rsquo;engueuler un peu pour m&rsquo;avoir plaqu\u00e9 et s&rsquo;\u00eatre fait blesser&#8230; \u00c7a va mieux. J&rsquo;ai mang\u00e9 un peu mieux hier et je me sens ragaillardi. L&rsquo;espoir rena\u00eet d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que tout cela ne peut plus durer. Nous avons eu aujourd&rsquo;hui pour la premi\u00e8re fois des informations \u00e0 la TSF du camp. Nos ge\u00f4liers nous g\u00e2tent ! J&rsquo;avoue que leur sollicitude \u00e0 notre \u00e9gard me semble extraordinaire. Serions-nous vraiment des prisonniers d&rsquo;honneur ? Bien entendu, c&rsquo;est Radio-Stuttgart que nous entendons mais \u00e7a vaut mieux que rien du tout. Et puis, si cette radio ment, la notre nous a bien menti aussi, et \u00e0 fortes doses encore!.. Le soir. Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 impossible d&rsquo;aller voir Bichette. Je t\u00e2cherai de lui faire parvenir un mot demain. La s\u00e9rie des malades continue. Nous \u00e9vitons de boire de l&rsquo;eau. Illico, je cr\u00e8ve de soif. Il para\u00eet qu&rsquo;une clause de l&rsquo;armistice consid\u00e8re comme prisonniers tout court les troupes encercl\u00e9es le 22 juin (nous en faisions partie) et que nous pourrions rester enferm\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la signature de la paix. Mon Dieu, que ce serait long! Il y a \u00e0 peine un mois que \u00e7a dure et nous sommes d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9s! Par une note dactylographi\u00e9e venant des officiers intern\u00e9s dans le m\u00eame camp, nous apprenons la nouvelle constitution fran\u00e7aise, la fin de la r\u00e9publique, etc&#8230;\u00c7a me fait grand plaisir, enfin une autorit\u00e9, cela nous fera du bien apr\u00e8s tant d&rsquo;ann\u00e9es de Blumeries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mardi 16 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis toujours sans nouvelle des miens. Quelle angoisse\u00a0! Nous ne foutons toujours rien, pas plus Prunet que moi. Comme tout le monde, j&rsquo;esp\u00e8re que cette journ\u00e9e nous apportera du nouveau et que bient\u00f4t nous verrons des d\u00e9parts \u00e0 grande cadence. Seuls les cheminots sont partis. Mais les Alsaciens sont encore l\u00e0 malgr\u00e9 l&rsquo;espoir qu&rsquo;ils avaient de partir les premiers. D\u00e9j\u00e0 beaucoup ont tourn\u00e9 casaque. Nous les voyons avec les allemands. Ils sont interpr\u00e8tes et cette fonction leur donne de l&rsquo;importance&#8230;\u00e0 leurs yeux. Hier soir la femme de Grandchaudron est venue d&rsquo;Epinal lui rendre visite. Elle avait appris sa pr\u00e9sence ici par toute une fili\u00e8re. Epinal est tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9e. Jeufey o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 form\u00e9s est \u00e9galement tr\u00e8s touch\u00e9e. Douze cents morts dans ce petit bled. Nous aurons de douloureuses surprises en rentrant. Ce soir, rien de nouveau. Les Alsaciens-Lorrains ont quitt\u00e9 le camp. Sont-ils lib\u00e9r\u00e9s? De toute fa\u00e7on aucun de nous n&rsquo;envie leur sort. Cette journ\u00e9e marque un certain d\u00e9couragement. Aucune lueur d&rsquo;espoir, bien au contraire. Les bruits de lib\u00e9ration rapide se font plus rares, les bouteillons sont pessimistes. Faudra-t-il attendre la signature de la paix ? Grace \u00e0 certains d\u00e9brouillards, Dumousseau en t\u00eate, nous mangeons. \u00c0 midi deux grands plats de p\u00e2tes \u00e0 la v\u00e9g\u00e9taline ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9s rapidement (\u00e7a glisse \u00e0 toute allure dans les boyaux) avec du pain et du fromage resquill\u00e9s je ne sais o\u00f9. Ce soir, confiture ersatz, eau javellis\u00e9e par nos soins, c&rsquo;est tout. Je suis all\u00e9 au lavabo pour me laver des pieds \u00e0 la t\u00eate, \u00e7a va mieux. Ce sont dor\u00e9navant les officiers fran\u00e7ais qui prennent la direction du camp. Nous craignons qu&rsquo;ils soient plus durs que les Allemands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">17 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucune nouvelle depuis deux jours. La TSF doit \u00eatre cass\u00e9e car le haut-parleur install\u00e9 au milieu de la cour reste muet. Dommage. Les bruits qui circulent sont plus nombreux que jamais. Rien n&rsquo;est prouv\u00e9 ni confirm\u00e9. Toujours anxieux. Des femmes de camarades ont su qu&rsquo;ils \u00e9taient ici et ont fait des prodiges de v\u00e9lo pour venir voir leurs maris. Elles sont venues de Troyes, 170 kilom\u00e8tres en deux jours. C&rsquo;est superbe. Par elles, nous pensons pouvoir rentrer vers la fin du mois. Ce sont les choses que l&rsquo;on dit ici \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Est-ce vrai\u00a0? Jamais les jours n\u2019ont \u00e9t\u00e9 aussi longs. La journ\u00e9e va passer, morne et triste. Il pleut. Je suis enrhum\u00e9. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie semble stationnaire. Le soir Il a plu toute la journ\u00e9e. Pas moyen de mettre le nez dehors. Je suis fatigu\u00e9 d\u2019\u00eatre enferm\u00e9 dans cette grande chambre. Mal \u00e0 la t\u00eate, deux cachets offerts me feront du bien cette nuit. Un vent pessimiste ne cesse de souffler. Les jours s\u2019ajoutent aux jours. Je r\u00eave sur mon matelas extra-plat. Tristesse de ces journ\u00e9es vides alors que tout nous appelle \u00e0 Paris. Reconstruire cette France appauvrie, meurtrie. La faire aussi belle qu\u2019avant malgr\u00e9 ses amputations. Nourriture aujourd\u2019hui\u00a0: un plat de nouilles, un tiers de boule, un bout de gruy\u00e8re, un quart de bouillon. C\u2019est peu, c\u2019est assez. Ceux qui vont travailler rapportent des fromages, du pain civil et quelques provisions. Ils nous en offrent g\u00e9n\u00e9reusement. Prunet, Mas et moi nous attendons l\u2019obligation d\u2019aller au travail. Les jours sont longs. J\u2019ai re\u00e7u une nouvelle lettre de Bichette transmise par un camarade. Il doit beaucoup souffrir. Chaque jour, on lui fait une piqure de morphine pour calmer la douleur. Pauvre vieux. Je ne peux toujours pas aller le voir. D\u2019apr\u00e8s un officier qui arrive de Metz, ce camp serait lib\u00e9r\u00e9 ainsi que celui d\u2019Epinal. Cela fonctionnerait par num\u00e9ro. Notre tour serait proche. Je n\u2019y crois plus, je deviens fataliste. Pourtant ils sont encore nombreux ceux qui s\u2019accrochent \u00e0 cet espoir\u00a0? La pluie ne cesse de tomber. De la ville de Verdun o\u00f9 les habitants commencent \u00e0 rentrer, il nous est rapport\u00e9 du fromage, des drag\u00e9es. Nous en mangeons des quantit\u00e9s, Prunet et moi. Soif\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">19 Juillet 40<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une nuit pass\u00e9e dans mon cagibi. Il fait froid, il pleut. Il est six heures du matin. Prunet se rase. Dumousseau dort encore. Mas commence \u00e0 dire des b\u00eatises. Si seulement on pouvait compter les jours\u00a0! Les heures sont de plus en plus longues. Il pleut \u00e0 torrent. Nous sommes contraints de rester \u00e0 deux cents dans cette chambre. Nous sommes maintenant \u00e0 l\u2019\u00e2ge du bronze\u00a0: chacun se fait une bague dans des pi\u00e8ces de monnaie. Vingt-cinq centimes devient une bague en argent, deux francs devient une bague en or. Dumousseau invent\u00e9 un syst\u00e8me d\u2019enclume, de marteau et de matrices. A lui tout seul, il fait un bruit d\u2019usine et il engueule tout le monde. Nous regrettons l\u2019\u00e2ge pr\u00e9c\u00e9dent, celui du bois o\u00f9 la vogue des cannes, coupe-papiers en bois faisait rage. \u00c7a faisait des copeaux, mais beaucoup moins de bruit. La journ\u00e9e n\u2019avance pas. Le soir, nous avons droit au discours du f\u00fchrer \u00e0 la TSF. Nous pensions apprendre des choses sur notre retour, mais rien de ce qu\u2019il dit ne nous concerne. Rien. Dans la chambr\u00e9e, les copains parlent de leurs exploits pendant la guerre. J&rsquo;en ai marre d\u2019\u00e9couter leur guerre. On les connait par c\u0153ur leurs histoires. S&rsquo;ils pouvaient seulement fermer un peu leurs gueules &#8230;Prunet partage mon opinion. D&rsquo;ailleurs, presque toujours, nous sommes du m\u00eame avis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samedi 20 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui un journal de Ch\u00e2lon sur Sa\u00f4ne du 30 juin est tomb\u00e9 sous nos yeux. Comment est-il venu l\u00e0 ? En tous cas, il nous apprend pas mal de choses&#8230;les limites de l&rsquo;occupation allemande, certaines clauses de l&rsquo;armistice : lib\u00e9ration des prisonniers \u00e0 la Paix ! Que foutent-ils, dit Prunet, pourquoi ils ne la signent pas, cette paix ?&#8230;Les allemands sont loin sur notre sol. Tristesse. Ils n&rsquo;ont pas l&rsquo;air de s&rsquo;\u00eatre comport\u00e9s comme en 1914. On verra plus tard. Nous sommes oubli\u00e9s, abandonn\u00e9s de nos gouvernants. Jamais un mot sur notre sort. Nous, nous n&rsquo;oublierons pas. Entendu ce soir la traduction du discours d&rsquo;Hitler par la TSF. Qu&rsquo;en penser? Que va faire l&rsquo;Angleterre? Je crois l&rsquo;orgueil anglais incapable de c\u00e9der ! Mais, qui sait ? Combien de vies seraient \u00e9pargn\u00e9es. Ne plus revoir cet exode d&rsquo;il y a un mois ! Quel crime de nos dirigeants de nous amener dans une pareille folie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche 21 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce matin l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Verdun, Mgr Ginisty est venu c\u00e9l\u00e9brer la grand&rsquo;messe dans un hangar de notre camp. Il a eu des paroles tr\u00e8s encourageantes. C&rsquo;est un noble vieillard qui est revenu un des premiers dans son \u00e9v\u00each\u00e9 de Verdun. Nous \u00e9tions plusieurs milliers et jamais pri\u00e8res ne furent dites avec autant de foi. C&rsquo;est effrayant de vivre en troupeau, dormir, manger, avec cent gueules qui font la m\u00eame chose en m\u00eame temps ! Pas une minute de silence, ma t\u00eate se casse \u00e0 tous les bruits ! Je lis \u00ab\u00a0La Joueuse d&rsquo;Orgue\u00a0\u00bb. \u00c7a c&rsquo;est du style ! Longue journ\u00e9e. La femme d&rsquo;un camarade est venue le voir de Paris. Nous aurons peut-\u00eatre des renseignements, nous sommes dix mille \u00e0 les demander. Il pleut de larges gouttes. Tant\u00f4t, la TSF nous a donn\u00e9 des airs chant\u00e9s par Lise Gauty et Marie Dubas\u2026Tiens, tiens, je les croyais juives. Ils doivent l\u2019ignorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">22 juillet 1940<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a plu toute la nuit. Il pleut encore. Tout est humide, boueux. Aujourd\u2019hui un mois que nous sommes prisonniers et nous n\u2019avons aucun v\u00e9ritable espoir de partir. Cette semaine, dit-on, sera d\u00e9cisive. Qu\u2019est-ce qu\u2019on en sait ? Des espoirs chaque jour d\u00e9\u00e7us ne nous ont pas encore gu\u00e9ris. C\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de ma m\u00e8re. O\u00f9 est-elle ? Je lui avais donn\u00e9 le conseil de partir. L\u2019a-t-elle fait\u00a0? Je dois avoir chang\u00e9. Maigri, fatigu\u00e9, mais je tiendrai jusqu\u2019au retour. Tant\u00f4t, je suis all\u00e9 \u00e0 une conf\u00e9rence faite par un officier, Deschamps. Conf\u00e9rence sur la d\u00e9natalit\u00e9. Je connaissais Deschamps de la Nationale. Ce fut un plaisir de le retrouver ici et de parler des amis. Les conf\u00e9rences ont lieu chaque jour \u00e0 2 heures. J\u2019irai. \u00c7a passera le temps. Ce soir, la femme d\u2019un camarade nous fait parvenir un superbe r\u00f4ti de veau. Alleau le fait cuire aux petits oignons fauch\u00e9s je ne sais o\u00f9. C\u2019est magnifique\u00a0! Il y a des semaines que nous n\u2019avions mang\u00e9 de la vraie viande. Les allemands ont quitt\u00e9 une partie de leur casernement. Aussit\u00f4t, tout ce qui se trouvait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 barbot\u00e9 en grand vitesse. Ils s\u2019en sont aper\u00e7us. Il a fallu r\u00e9int\u00e9grer le tout. Les pillards \u00e9taient penauds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">23 juillet (mardi)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette journ\u00e9e s\u2019annonce belle. On foutrait le camp volontiers. Prunet conseille d\u2019attendre. Le soir. Il pleut. Pluie fine qui nous transperce. Tant\u00f4t, je suis all\u00e9 \u00e0 une nouvelle conf\u00e9rence. Les Alsaciens et les Lorrains sont partis aujourd\u2019hui. Personne ne les envie. Ce soir, cafard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">24 juillet, mercredi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Journ\u00e9e triste qui commence. Ciel maussade. Est-ce qu\u2019il pleut toujours dans ce maudit pays\u00a0? La TSF de ce matin nous donne des nouvelles peu rassurantes sur notre sort. Attendons encore. Sans savoir pourquoi, nous avions grand espoir pour cette date. Je perds la m\u00e9moire. Je deviens fondu d\u2019\u00eatre enferm\u00e9. Re\u00e7u des nouvelles de Bichette, sa jambe le fait souffrir. Jou\u00e9 \u00e0 la banque hier soir, j\u2019ai perdu tout ce que je voulais\u00a0! Il y a au moins trois ou quatre tables de jeux ici. \u00c7a fonctionne avec de grosses mises. Monte Carlo. La faim revient, le pain se fait rare. La dysenterie fait toujours des victimes parmi nous. Les feuill\u00e9es sont install\u00e9es en dehors du camp. Une dizaine de tranch\u00e9es parall\u00e8les. Une centaine de pauvres types, nus \u00e0 mi-corps \u00e0 partir de la ceinture, s\u2019ex\u00e9cutent en m\u00eame temps. D\u00e9ch\u00e9ance. Ce sont les Nord Africains qui creusent ou rebouchent les tranch\u00e9es. En g\u00e9n\u00e9ral, ils font les corv\u00e9es les plus d\u00e9gradantes. Ils ne sont pourtant pas dans le m\u00eame camp que nous. Excellente surprise ce soir. Grace aux copains\u00a0: Foie de porc, girolles, fromage blanc et verre de bi\u00e8re\u00a0! Un mois et demi que nous n\u2019avions bu que de l\u2019eau, dans laquelle je mets de l\u2019eau de javel. C\u2019est mauvais au gout, mais notre \u00e9quipe semble pr\u00e9serv\u00e9e de la dysenterie. Prunet, Mas et moi, on se tape au moins un kilo de drag\u00e9es par jour\u00a0! Je n\u2019ai pas encore franchi les grilles du camp une seule fois\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">25 juillet, jeudi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pleut sans tr\u00eave. Dans cette vie enferm\u00e9e, c\u2019est un mal de plus. Nous ne pouvons m\u00eame pas aller dans cette grande cour. Elle est transform\u00e9e en un mar\u00e9cage bourbeux. Rien d\u2019autre \u00e0 signaler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">26 juillet, vendredi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien de nouveau dans notre mis\u00e9rable vie. Je tente de faire passer une lettre \u00e0 ma m\u00e8re lui demandant d\u2019essayer de me faire lib\u00e9rer. Y parviendra-t-elle\u00a0? J\u2019en doute fort, mais nous, nous ferions tout pour sortir d\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">27 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma m\u00e8re r\u00e9ussira-t-elle\u00a0? La lib\u00e9ration semble de plus en plus lointaine et c\u2019est avec une sombre tristesse que nous voyons arriver les semaines \u00e0 venir\u2026 Je descends de mon grabat le matin. Petit tour en circuit dans la cour et puis re-grabat, et ainsi de suite toute la journ\u00e9e, \u00e7\u00e0 et l\u00e0 coup\u00e9e par un peu de TSF. La guerre des nerfs continue. Les cultivateurs partent par petits paquets travailler dans les fermes des environs. Ce n\u2019est pas le signe d\u2019un prompt retour. Prunet est cafardeux. Partout, les rires se font de plus en plus rares. Ce soir, tour de chant dans la chambr\u00e9e. Pas de grands talents\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche 28 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mois de juillet se meurt dans un temps froid et pluvieux. Tout un grand mois de captivit\u00e9, le plus long mois de ma vie. Nous tournons en rond dans cette grande cour. Aucune nouvelle de ma famille\u00a0! Rencontr\u00e9 Pharamond dans la cour. Il est tellement maigre qu\u2019 il ne fait m\u00eame pas d\u2019ombre lorsqu\u2019il y a du soleil. On s\u2019amuse \u00e0 lui prendre le bras au-dessus du coude, on serre un peu et on ne sent qu\u2019un bras gros comme un crayon entour\u00e9 d\u2019\u00e9toffe. Tout doucement, il devient fou. Messe dans un mauvais hangar, pour officier, le pr\u00eatre nous fait face derri\u00e8re une table dress\u00e9e sur des tr\u00e9teaux. Quelles pri\u00e8res faut-il faire\u00a0? J\u2019ai les larmes aux yeux. Faiblesse. Hier soir gr\u00e2ce \u00e0 Dominique (\u00a0?) et Bayer nous avons eu une escalope de veau-cr\u00e8me fraiche, du pain civil, de la bi\u00e8re. Mon estomac n\u2019est plus habitu\u00e9. Je n\u2019ai plus de bas\u00a0! Bient\u00f4t plus d\u2019argent. Heureusement, j\u2019ai un banquier\u00a0: Prunet\u00a0! Nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne pas moisir ici. Les heures s\u2019\u00e9gr\u00e8nent, longues et tristes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lundi 29 juillet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fait beau. Je m\u2019installe dans la cour, le derri\u00e8re sur deux briques au pied d\u2019un arbre rachitique qui me sert de dossier. Je croque des drag\u00e9es. \u00c7a fait des kilos que nous boulottons. Si je fais un bapt\u00eame un jour, je demanderai des crottes en chocolat. A bien regarder, \u00e7a a vraiment une sale gueule une caserne, m\u00eame sous le soleil. Prunet vient me chercher pour un tour de piste et\u2026grabat-dodo\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">30 juillet mardi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longue nuit\u00a0; C\u2019est le moment o\u00f9 tout se tait, mais quel bruit au r\u00e9veil. Les avions anglais sont venus nous survoler hier et nous ont jet\u00e9 des tracts, aussit\u00f4t saisis par les allemands. Un Oberlieutenant en a m\u00eame perfor\u00e9 un qui se baladait en l\u2019air d\u2019une balle de pistolet. Bel exploit. \u00c7a nous donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. On s\u2019en fout des tracts\u00a0! Les anglais viennent trop tard. Etait-ce plus difficile de venir nous aider il y a deux mois\u00a0? Les officiers fran\u00e7ais quittent le camp aujourd\u2019hui, probablement dirig\u00e9s vers Nancy. Est-ce bon\u00a0? Est-ce mauvais\u00a0? Comme d\u2019habitude, on n\u2019en sait rien. Ils sont l\u00e0 qui passent au milieu de nous, sans un adieu. Aucun homme ne leur porte leur cantine ou leurs colis. Triste d\u00e9part. J\u2019ai fait l\u2019essai de sortir tant\u00f4t, avec une corv\u00e9e. Inutilement\u00a0! Chaque fois que je tente de sortir, c\u2019est rat\u00e9\u00a0! Journ\u00e9e sombre sans soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">31 juillet mercredi<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien ne nous dit ce que nous allons devenir. Serons-nous d\u00e9livr\u00e9s bient\u00f4t\u00a0? Sur les montants de mon grabat, j\u2019ai grav\u00e9 le calendrier d\u2019aout. Candide, je n\u2019avais jusqu\u2019alors grav\u00e9 que juillet\u00a0! \u00c7a fera deux mois de silence des miens dans quelques jours et cependant des amis re\u00e7oivent des nouvelles. Prunet, Mas et moi, nous sommes log\u00e9s \u00e0 la m\u00eame enseigne\u00a0; c\u2019est mortel\u00a0! Il y a m\u00eame de tr\u00e8s nombreuses visites au camp et des prisonniers ont la permission de la nuit pour la passer avec leur femme venue jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3 aout<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me fous de tout. Je n\u2019ai plus de courage. De plus en plus impatient, j\u2019attends ma m\u00e8re avec les papiers n\u00e9cessaires pour ma sortie du camp.<br \/>\nNous devenons un peu fous. Nous interpr\u00e9tons tout de travers. Mes nerfs sont tendus comme une corde pr\u00eate \u00e0 se rompre.<br \/>\nJ\u2019\u00e9coute le haut-parleur qui m\u2019appelera peut-\u00eatre tout \u00e0 l\u2019heure\u2026<br \/>\nDeux femmes venues d\u2019Andilly en v\u00e9lo ont accept\u00e9 d\u2019aller pour nous \u00e0 Paris. Elles prendront le train, se chargeront de nos courses. Prunet, Mas, Dumousseau, Poirier et moi nous leur confions nos espoirs. Petites lettres\u2026Elles reviendront apporter leur r\u00e9ponse ici dans deux ou trois jours.<br \/>\nCe soir, les Ponts et Chauss\u00e9es partent \u00e0 leur tour, avec des faux papiers fournis par le 11\u00e8me \u00e9tranger.<br \/>\nNous faisons une demande, Prunet et moi, au titre des Ponts et Chauss\u00e9es.<br \/>\nNous sommes enfi\u00e9vr\u00e9s, anxieux. Moi surtout !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4 aout<br \/>\nNotre demande va bon train. J\u2019esp\u00e8re.<br \/>\nMesse du matin. Je vois L\u00e9ger. Cher moine, bon copain. Il me conseille de prier\u00a0! Je fais de mon mieux. Messe \u00e9mouvante.<br \/>\nJe br\u00fble d\u2019impatience. Prunet fourgonne dans les bureaux. Nous nous \u00e9tions promis il y a longtemps de partir tous les deux ensembles.<br \/>\nCe soir, nous sommes dans la cour. Quantit\u00e9 de fourmis volantes s\u2019abattent sur nous.<br \/>\nD\u00e9cision subite. Prunet fonce au bureau du camp, o\u00f9 sont lib\u00e9r\u00e9s les Ponts et Chauss\u00e9es. Je le vois de la fen\u00eatre au rez de chauss\u00e9e. Je surveille les dossiers. Je vois nos feuilles sign\u00e9es\u2026Je lui fais signe. L\u2019adjudant veut un paquet de cigarette pour arranger les choses. Je cours en chercher. Je rentre dans la chambr\u00e9e. Prunet arrive derri\u00e8re moi. Il est essouffl\u00e9, pale<br \/>\n-Je les ai\u00a0! dit-il\u2026\u2026..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><i>Et voil\u00e0 ! Le journal que le prisonnier Coutheillas avait commenc\u00e9 le 2 juillet 1940 se termine le 4 aout, comme \u00e7a, brutalement, sans conclusion ni grandes phrases, ni tambour, ni trompette, ni suite.<br \/>\nOn devine une sortie du camp, sans acte de bravoure, mais avec de faux papiers et une grosse boule au ventre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Eug\u00e8ne devenu son ami pour toujours. On aimerait qu&rsquo;il soit arriv\u00e9 chez lui, \u00e0 pied depuis la Gare de l&rsquo;Est, \u00e0 l&rsquo;improviste et \u00e0 l&rsquo;heure des croissants, dans la douce aurore de ce matin du 5 aout 1940.<\/i><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa? Sergent vaguemestre Coutheillas Daniel 58\u00e8me Division d&rsquo;Infanterie 1ere Compagnie du G\u00e9nie S.P.241 \u2028 Daniel Coutheillas et Eug\u00e8ne Prunet en mai 1940 2 juillet 1940 Je suis prisonnier, \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands! Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4316\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa ? 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