{"id":42890,"date":"2023-05-11T07:47:31","date_gmt":"2023-05-11T05:47:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=42890"},"modified":"2023-05-11T18:25:48","modified_gmt":"2023-05-11T16:25:48","slug":"laffut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=42890","title":{"rendered":"L&rsquo;aff\u00fbt"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>C&rsquo;est la seconde publication de ce texte paru une premi\u00e8re fois le 13 d\u00e9cembre 2015. Je n&rsquo;y ai rien chang\u00e9, sauf son titre. Il s&rsquo;appelait \u00ab\u00a0Incipit\u00a0\u00bb et, si vous lisez la note de bas de page, vous saurez pourquoi. Il s&rsquo;appelle aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0L&rsquo;aff\u00fbt\u00a0\u00bb, parce que, finalement, tout le monde, ne parle pas latin.\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008080;\"><em>temps de lecture : 4 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait \u00e9tendu \u00e0 plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras crois\u00e9s et, tr\u00e8s haut au-dessus de sa t\u00eate, le vent soufflait sur la cime des arbres.(*)Comme la fum\u00e9e d&rsquo;un incendie, les nuages se pr\u00e9cipitaient vers l&rsquo;est, cachant la lune puis la r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 nouveau. Alors, les quelques plaques de neige qui n&rsquo;avaient pas encore fondu luisaient entre les arbres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gary n&rsquo;avait pas froid. Ne sachant pas vraiment ce qui l&rsquo;attendait, il avait rev\u00eatu sa grosse veste \u00e0 col de fourrure, il avait mis ses gants fourr\u00e9s, et enfonc\u00e9 son bonnet de laine jusqu&rsquo;aux oreilles. Il se sentait bien. S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu l&rsquo;excitation de cette premi\u00e8re fois, il aurait m\u00eame pu s&rsquo;assoupir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-45128\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Chasse-de-nuit-.jpeg\" alt=\"\" width=\"248\" height=\"123\" \/>C&rsquo;est Holden qui lui avait montr\u00e9 l&rsquo;endroit en lui recommandant de ne pas bouger, ne pas fumer, ni manger,\u00a0ni boire, sans quoi il risquait de faire rater toute la manoeuvre. Il lui avait expliqu\u00e9 que Jay serait \u00e0 une vingtaine de m\u00e8tres \u00e0 sa droite et Peter \u00e0 la m\u00eame distance \u00e0 sa gauche. De cette mani\u00e8re, \u00e0 eux trois ils couvriraient toute la largeur du d\u00e9fil\u00e9. <!--more-->Le reste des hommes devait rebrousser chemin sur quelques centaines de m\u00e8tres pour trouver un passage dans la falaise. Quand ils seraient arriv\u00e9s sur la cr\u00eate, ils devraient la suivre vers le sud pendant environ une heure, pour redescendre dans la vall\u00e9e et remonter ensuite le d\u00e9fil\u00e9 vers les trois hommes post\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusque-l\u00e0, Gary n&rsquo;avait entendu que le vent. Mais bient\u00f4t, le vent faiblit puis cessa compl\u00e8tement et les bruits de la foret mont\u00e8rent dans la nuit. Sous la pleine lune, la gorge qui s&rsquo;\u00e9tirait devant lui ressemblait \u00e0 une photographie en noir et blanc. Noir des arbres, blanc de la neige, gris des rochers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien, absolument rien ne bougeait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gary \u00f4ta le gant de sa main droite pour v\u00e9rifier que la s\u00fbret\u00e9 de son fusil \u00e9tait bien retir\u00e9e. Le froid de l\u2019acier et le poids du fusil lui donn\u00e8rent une sensation de calme et de puissance qu\u2019il ne se rappelait pas avoir jamais connue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pensait \u00e0 sa vie de tous les jours, \u00e0 son bureau sur Madison, \u00e0 son appartement sur le Parc, aux d\u00eeners en ville, aux week-ends de bateau et de golf dans les Hamptons, aux soir\u00e9es arros\u00e9es dans les belles maisons de bois pos\u00e9es sur les dunes. Il r\u00e9alisait que, depuis quinze ans, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a qui avait occup\u00e9 son existence. Et l\u00e0, \u00e0 deux heures du matin, dans cette for\u00eat, en pleine nature, loin de tout, allong\u00e9 sur le sol, arm\u00e9, entour\u00e9 de deux hommes solides, il attendait et il se disait que c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a, la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il eut l&rsquo;impression soudaine que, dans la partie droite de son champ de vision, quelque chose avait chang\u00e9, peut-\u00eatre la forme d&rsquo;un arbuste, sans doute bouscul\u00e9 par le vent. Mais au m\u00eame moment, il r\u00e9alisa que le vent avait cess\u00e9 depuis longtemps. Il se for\u00e7a alors \u00e0 regarder fixement dans la direction de l&rsquo;arbre. Il avait beau \u00e9carquiller les yeux \u00e0 s&rsquo;en faire pleurer, il ne voyait rien. Il n&rsquo;arrivait m\u00eame plus \u00e0 retrouver l&rsquo;endroit. Tout \u00e9tait normal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien ne bougeait, rien ne bruissait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, deux m\u00e8tres plus \u00e0 gauche, il apparut, en l\u00e9ger contraste sur le gris d&rsquo;un rocher, gris lui-m\u00eame, tr\u00e8s maigre, tr\u00e8s grand. Il avan\u00e7ait d\u2019un pas, puis s&rsquo;immobilisait, tendu, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Puis il reprenait sa progression de deux pas, et s&rsquo;arr\u00eatait \u00e0 nouveau, tournant la t\u00eate, \u00e9coutant, humant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gary n&rsquo;en avait jamais vu auparavant, mais il le reconnut tout de suite. Il le mit en joue, le tint dans son viseur tandis que la silhouette progressait encore une fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il glissa lentement son index sous le pontet et bloqua sa respiration comme on le lui avait appris. Il commen\u00e7ait \u00e0 presser doucement la queue de d\u00e9tente, il allait tirer, tuer certainement, quand il vit un spectacle qui lui fit reposer son arme au milieu des aiguilles de pin. Maintenant, il regardait de tous ses yeux avec toute sa concentration possible. Il voulait ne jamais oublier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re le grand loup qui avait reconnu le sentier, \u00e9taient apparus une louve et deux louveteaux. Le grand m\u00e2le s&rsquo;\u00e9tait assis, tandis que la louve allong\u00e9e surveillait les louveteaux qui, sans aucun bruit, s\u2019\u00e9taient mis \u00e0 jouer comme de jeunes chiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>(*) La premi\u00e8re phrase de ce texte est celle qui ouvre \u00ab\u00a0Pour qui sonne le glas\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0\u00a0<em>d&rsquo;Ernest Hemingway. La suite a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par<\/em><em>\u00a0le d\u00e9but d&rsquo;un po\u00e8me d&rsquo;Alfred de\u00a0<\/em><em>Vigny. Je ne donnerai pas son titre ; il est trop triste.\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est la seconde publication de ce texte paru une premi\u00e8re fois le 13 d\u00e9cembre 2015. Je n&rsquo;y ai rien chang\u00e9, sauf son titre. Il s&rsquo;appelait \u00ab\u00a0Incipit\u00a0\u00bb et, si vous lisez la note de bas de page, vous saurez pourquoi. 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