{"id":4261,"date":"2015-11-09T07:07:10","date_gmt":"2015-11-09T05:07:10","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=4261"},"modified":"2015-11-09T08:00:32","modified_gmt":"2015-11-09T06:00:32","slug":"hhh-nyc-usa-texte-integral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4261","title":{"rendered":"HHH, NYC, USA (texte int\u00e9gral)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HHH Building<\/strong><br \/>\n<strong> 610 Madison Avenue<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/986-6TH-AVENUE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4495\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/986-6TH-AVENUE-150x150.jpg\" alt=\"986-6TH AVENUE\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Salle 1101<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle de r\u00e9union du d\u00e9partement Sales &amp; Marketing porte le num\u00e9ro 1101. Elle est situ\u00e9e au onzi\u00e8me \u00e9tage de la tour HHH qui en comporte vingt-trois. Elle est confortable, mais son am\u00e9nagement reste modeste et purement fonctionnel. Quand on s&rsquo;approche des baies vitr\u00e9es, on peut apercevoir sur la gauche une partie de la fa\u00e7ade du Plaza et quelques arbres de Central Park. Mais la plus grande partie de la vue est bouch\u00e9e par la tour CRAW qui n\u2019est qu&rsquo;\u00e0 une vingtaine de m\u00e8tres de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la 58\u00e8me. En cette belle matin\u00e9e de la fin du mois d\u2019ao\u00fbt, le soleil <!--more-->se r\u00e9fl\u00e9chit sur la fa\u00e7ade de l\u2019immeuble d\u2019en face et vient inonder la salle d\u2019une vive lumi\u00e8re bleu\u00e2tre. La m\u00e9t\u00e9o a annonc\u00e9 une chaude journ\u00e9e avec des orages en fin de soir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un lundi sur deux, \u00e0 huit heures quinze, commence la r\u00e9union bimensuelle des neuf directeurs commerciaux des laboratoires Hampton-Hartford-Huge (<em>ampetone-arteforde-youdje<\/em>) que le monde anglo-saxon de la finance et de la pharmacie appelle les Big H\u2019s (<em>bigu\u00e9tchise<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque directeur est responsable d&rsquo;une r\u00e9gion. Les quatre premi\u00e8res couvrent les \u00c9tats Unis et les autres, le reste du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9union est g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sid\u00e9e par Bob Martinoni, vice-pr\u00e9sident Sales and Marketing. Parfois, le pr\u00e9sident de la Compagnie, Geronimo H. Huge, vient s&rsquo;asseoir modestement dans un angle de la salle pour sentir le march\u00e9, comme il dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on parle de lui, on dit juste G.H. (<em>dji\u00e9tche<\/em>). Ses amis et un petit nombre de ses collaborateurs les plus proches l&rsquo;appellent Jerry. Personne ne sait vraiment d&rsquo;o\u00f9 lui vient ce premier pr\u00e9nom apache, ni quel deuxi\u00e8me pr\u00e9nom se cache derri\u00e8re le grand H solitaire. Sur le sujet, les supputations et les plaisanteries abondent : selon l&rsquo;hypoth\u00e8se la plus r\u00e9pandue, l&rsquo;arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re de G.H. , Horace Huge, pharmacien \u00e0 Winslow, Arizona, aurait \u00e9pous\u00e9 en deuxi\u00e8mes noces la petite s\u0153ur du grand chef indien ; ou bien, selon la blague la plus triviale, au moment de la conception de Geronimo, son p\u00e8re, qui avait saut\u00e9 sur Sainte-M\u00e8re-Eglise en juin 1944, n&rsquo;aurait pu r\u00e9primer ce grand cri que poussent les b\u00e9rets verts au moment de bondir hors de l&rsquo;avion ; ou encore, selon la plaisanterie la plus r\u00e9cente, \u00e0 sa naissance, l&rsquo;\u00e9tat civil aurait successivement refus\u00e9 les pr\u00e9noms de Sitting Bull, Black Cloud et Little Big Man. Pour ce qui est du H, on dit que c&rsquo;est l&rsquo;initiale de Hyper, de Hurricane, ou tout simplement de Horrible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, G.H. est entr\u00e9 dans la salle trois minutes apr\u00e8s l&rsquo;heure pr\u00e9cise alors que tous \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 assis autour de la grande table. Selon l&rsquo;usage, personne ne s&rsquo;est lev\u00e9 \u00e0 son arriv\u00e9e et, selon l&rsquo;usage, il a demand\u00e9 que l&rsquo;on fasse comme si il n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0. Puis, il s&rsquo;est assis pr\u00e8s de la porte sur une modeste chaise de r\u00e9serve le long du mur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bob Martinoni va ouvrir la r\u00e9union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Bob<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bob Martinoni a quarante-cinq ans. Il est mari\u00e9 depuis quinze ans \u00e0\u00a0Erlina, la fille unique d\u2019une riche famille, les Gallagher. Lui, d\u2019origine italienne, elle, d\u2019origine irlandaise, tous deux catholiques, ils n\u2019ont pas pu avoir d\u2019enfant. Ils ont tent\u00e9 sans succ\u00e8s diverses m\u00e9thodes, puis ils ont envisag\u00e9 l\u2019adoption, mais ils ont fini par se faire une raison et renoncer. Erlina ne travaille pas. Elle d\u00e9pense beaucoup d\u2019argent et s\u2019occupe de quelques \u0153uvres. Ils habitent un grand appartement \u00e0 l\u2019angle de la 68\u00e8me et de Central Park Ouest. La vue sur Sheep Meadow est magnifique. Bien s\u00fbr, le salaire de Bob, pourtant appr\u00e9ciable, ne lui permettrait pas de s\u2019offrir le standing d\u2019un tel appartement. S\u2019ils y habitent, c\u2019est parce que Alastar Gallagher, le p\u00e8re d\u2019Erlina, est propri\u00e9taire de tout l\u2019immeuble. D\u2019ailleurs, le vieux tyran en occupe le dernier \u00e9tage. Ce n\u2019est pas l\u2019argent qui motive Bob\u00a0; il est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien pay\u00e9 par les Big H\u2019s et il sait qu\u2019in\u00e9vitablement, dans quelques ann\u00e9es, sa femme h\u00e9ritera d\u2019un tr\u00e8s gros paquet. Non, ce qui le fait avancer, ce pourquoi il travaille d\u2019arrache-pied \u00e0 grimper dans la hi\u00e9rarchie du groupe, c\u2019est qu\u2019il veut faire oublier qu\u2019il n\u2019est pour tout le monde qu\u2019un ex-beau gosse d&rsquo;italien qui a \u00e9pous\u00e9 une riche h\u00e9riti\u00e8re, c\u2019est qu\u2019il veut obtenir l\u2019estime de sa femme, et un peu de consid\u00e9ration de la part de son beau-p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bonjour, commence Bob<em>, &lt;&lt;\u2026bon, va falloir faire gaffe, le grand chef apache est l\u00e0\u00a0&#8230; tiens\u00a0! je vais faire passer Miss Lesbos en premier, \u00e7a lui fera les pieds\u2026&gt;&gt;<\/em> J&rsquo;esp\u00e8re que vous avez pass\u00e9 un meilleur week-end que moi : j&rsquo;ai consacr\u00e9 le mien \u00e0 chercher la blague avec laquelle je commencerai cette r\u00e9union\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques rires discrets et polis saluent la plaisanterie rituelle par laquelle doit commencer toute r\u00e9union aux Etats Unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026marrant, je la connaissais pas celle-l\u00e0\u2026meilleure que d\u2019habitude\u2026 je la recaserai au prochain congr\u00e8s\u2026 il devient rigolo, Bob\u2026 faudrait que je pense \u00e0 l\u2019augmenter, mon petit V.P\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Comme d&rsquo;habitude, cette r\u00e9union durera quatre-vingt minutes, pas davantage. Dick, tu voudras bien r\u00e9diger le compte-rendu\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026ah, non, merde\u00a0! J\u2019aurai jamais le temps. Faut que je prenne le vol de 11\u00a0:45 pour Mexico. Fais chier, Bob\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pas d\u2019objection\u00a0? Merci, Dick. Bien, aujourd&rsquo;hui, poursuit Bob, nous allons commencer avec Mary qui va nous parler de sa r\u00e9gion. Mary, tu as quatre minutes enti\u00e8rement \u00e0 toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Mary<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mary Dickinson est responsable depuis deux ans de la r\u00e9gion EUROPE-AFRIQUE. C&rsquo;est une grande et belle femme brune, toujours habill\u00e9e strictement. Aujourd\u2019hui, c\u2019est un tailleur Chanel noir. Elle a eu trente-quatre ans \u00e0 No\u00ebl. Elle est c\u00e9libataire et on ne lui connait pas de liaison. Elle a d&rsquo;ailleurs refus\u00e9, et pas toujours aimablement, les avances que lui ont faites \u00e0 peu pr\u00e8s tous les hommes pr\u00e9sents dans la salle. Depuis, le bruit court qu&rsquo;elle est gay. Elle le sait. Au d\u00e9but, elle n\u2019a fait que s\u2019en moquer, et puis, elle s\u2019est aper\u00e7ue que, tout en lui donnant encore plus d\u2019autorit\u00e9, \u00e7a lui \u00e9vitait d\u2019avoir \u00e0 subir de nouvelles avances. Elle ne fait donc rien pour d\u00e9mentir la rumeur. En r\u00e9alit\u00e9, il y a un peu moins d\u2019un an, elle a rencontr\u00e9 dans un pub de Londres un restaurateur de Mayfair. Stavros est n\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes et il poss\u00e8de le restaurant italien le plus chic de Londres. Il a cinquante-cinq ans. Elle le retrouve \u00e0 chaque fois qu\u2019elle peut dans son appartement de Bankside, entre la Tamise et le Shakespeare\u2019s Globe Theater. De temps en temps, c\u2019est lui qui vient la rejoindre dans son appartement de Bethune Street, dans West Village. Certains soirs, devant son ordinateur et son verre de chablis, elle se sent un peu seule. Alors, elle l\u00e8ve les yeux de l\u2019\u00e9cran, elle regarde dehors, et pendant un instant elle envisage d&rsquo;aller s&rsquo;installer \u00e0 Londres, chez Stavros ; il le lui a demand\u00e9 plusieurs fois. Elle a d&rsquo;ailleurs commenc\u00e9 \u00e0 prospecter vaguement pour trouver un travail \u00e0 Londres et elle a d\u00e9j\u00e0 deux ou trois accroches. Mais elle aime New York autant que son ind\u00e9pendance. Alors elle repousse la d\u00e9cision \u00e0 plus tard et se replonge dans son travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mary se l\u00e8ve de son fauteuil en souriant \u00e0 Bob.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026ce connard de Bob&#8230; il croit agir en gentleman en donnant la parole en premier \u00e0 la seule femme de la r\u00e9union, mais c\u2019est simplement un sale macho d\u2019italien\u2026bon, allons-y\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Sur les douze derniers mois, la sous-r\u00e9gion Europe a vu sa consommation de tranquillisants augmenter r\u00e9guli\u00e8rement, le champion de cette croissance \u00e9tant sans conteste la France. Les chiffres de vente toutes marques de ce type de produit pour le dernier trimestre montrent encore une tr\u00e8s nette acc\u00e9l\u00e9ration. Notre part dans ce march\u00e9 est de 14,7%. J&rsquo;ai initi\u00e9 des actions de communication avec les agences locales qui devraient faire passer notre part \u00e0 17 ou 17,5%. Dans un march\u00e9 en croissance de 8,3%, cela repr\u00e9sentera une augmentation du chiffre d&rsquo;affaires de 8 \u00e0 8,5 millions de dollars, uniquement sur ces produits. <em>&lt;&lt;\u2026alors les machos\u00a0?&#8230;\u00e7a vous en bouche un coin, \u00e7a, hein\u00a0! \u2026faites en donc autant\u00a0!&#8230;&gt;&gt;<\/em> Pour ce qui est de nos autres productions, principalement les analg\u00e9siques et les antibiotiques, les ventes sont strictement conformes \u00e0 nos pr\u00e9visions trimestrielles, dans leur fourchette de validit\u00e9 bien entendu. En ce qui concerne la sous-r\u00e9gion Afrique, notre implantation y est trop r\u00e9cente pour pouvoir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mary s&rsquo;est interrompue car un homme vient de passer la t\u00eate dans l\u2019entreb\u00e2illement de la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026tiens\u00a0! Un revenant\u00a0!&#8230;dis-donc, il n\u2019a pas l\u2019air en forme\u00a0!&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est Harry Weissberg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Harry<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry est responsable de la r\u00e9gion WEST-USA. C\u2019est un solide gaillard, ancien quaterback de l\u2019\u00e9quipe de Vermont University. Il a trente-huit ans, il est divorc\u00e9 depuis quatre ans et ses enfants vivent avec son ex-femme du cot\u00e9 de Denver, Colorado. C\u2019est un joyeux drille, un bon skieur et un excellent golfeur. Depuis son divorce, il habite une sorte de loft dans un quartier prometteur, Brooklyn, et il passe pratiquement tous ses week-ends au Sebonack Golf Club dans les Hamptons. La r\u00e9gion WEST-USA dont il est responsable marche tr\u00e8s fort. Cependant, il a manqu\u00e9 les deux derni\u00e8res r\u00e9unions bimensuelles, celle de fin juillet et celle de mi-ao\u00fbt. Pour la premi\u00e8re, il avait expliqu\u00e9 \u00e0 Bob qu\u2019il avait des rendez-vous importants et prometteurs avec des distributeurs de San Diego et de Portland. Pour la deuxi\u00e8me, le motif invoqu\u00e9 \u00e9taient des vacances pr\u00e9vues de longue date avec ses enfants. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019ancien footballeur, joyeux c\u00e9libataire et golfeur recherch\u00e9 essayait de r\u00e9gler son probl\u00e8me d\u2019alcool. Depuis cinq ou six mois, il commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre voyant et risquait de devenir g\u00eanant, ne serait-ce que dans son travail. Sur les conseils d\u2019une amie du moment, il s\u2019est laiss\u00e9 convaincre de s\u2019inscrire pour un s\u00e9minaire de d\u00e9sintoxication. La brochure indiquait que le stage se d\u00e9roulait dans les environs de Salt Lake City en quatre p\u00e9riodes de quatre jours, du vendredi au lundi. Elle ne cachait pas que le r\u00e9gime \u00e9tait du genre militaire, plut\u00f4t section de Marines au combat qu\u2019Etat-Major en s\u00e9minaire. Mais le r\u00e9sultat et la discr\u00e9tion \u00e9taient garantis. Bloquer chaque vendredi et chaque lundi sur son agenda pendant un mois n\u2019avait pas pos\u00e9 de gros probl\u00e8me \u00e0 Harry. Bien s\u00fbr, il avait d\u00fb mettre sa secr\u00e9taire dans la confidence, mais, depuis un certain week-end de neige dans le Vermont, elle ne lui refusait plus rien. Il avait surv\u00e9cu au camp de Salt Lake et il \u00e9tait rentr\u00e9 \u00e0 New York au d\u00e9but de la semaine pr\u00e9c\u00e9dant la r\u00e9union sacr\u00e9e de la fin ao\u00fbt, fatigu\u00e9 mais d\u00e9sintoxiqu\u00e9. Les trois premiers jours s\u2019\u00e9taient bien pass\u00e9s. Le soir, il ne voyait personne et rentrait t\u00f4t chez lui. Il se faisait livrer des soupes chinoises et des pizzas qu\u2019il mangeait distraitement en regardant des vieux films en noir et blanc. Il trouvait que la quantit\u00e9 d\u2019alcool et de tabac qui se consommait dans ces ann\u00e9es cinquante \u00e9tait impressionnante. Le manque d\u2019alcool commen\u00e7ait \u00e0 le faire souffrir, mais les huit pilules qu\u2019on lui avait vendues \u00e0 Salt Lake et qu\u2019il prenait quotidiennement en buvant du Seven-Up le soulageait bien. Pourtant, la fin de la semaine lui f\u00fbt fatale. Pour \u00e9viter la tentation des verres traditionnels apr\u00e8s un parcours de golf, il avait renonc\u00e9 au Hamptons et il \u00e9tait rest\u00e9 chez lui tout le samedi. Ce f\u00fbt une journ\u00e9e lugubre. Alors, vers huit heures du soir, il sortait de chez lui et, apr\u00e8s une demi-heure d\u2019h\u00e9sitation, il entrait chez Matt\u2019s, le bistrot d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, et commandait une bi\u00e8re. Sans avoir compris comment, cinq heures plus tard, il se retrouvait au comptoir d\u2019un bar qu\u2019il ne connaissait pas entre deux hommes qu\u2019il ne connaissait pas davantage. Il leur payait bi\u00e8re sur bi\u00e8re en \u00e9change d\u2019une conversation sans suite sur des matchs de baseball, lui qui ne s\u2019int\u00e9ressait qu\u2019au golf.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au petit matin, il s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 en piteux \u00e9tat sur un banc de la gare routi\u00e8re. Une premi\u00e8re bi\u00e8re en guise de petit d\u00e9jeuner, suivie d&rsquo;un whisky puis de toute une s\u00e9rie d\u2019autres bi\u00e8res et d\u2019autres whiskys, l\u2019avait conduit jusque chez lui vers le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi. L\u00e0, il s\u2019\u00e9tait profond\u00e9ment endormi pour se r\u00e9veiller un peu avant minuit, sale, chiffonn\u00e9, malade, mis\u00e9rable. Quand il avait r\u00e9alis\u00e9 que, dans \u00e0 peine plus de huit heures, il devrait se trouver dans la salle de r\u00e9union des Big H\u2019s, il s&rsquo;\u00e9tait senti comme des papillons dans l\u2019estomac. C\u2019\u00e9tait trop dur, il n\u2019y arriverait jamais, il \u00e9tait fichu\u2026 Il avait eu envie de se rendormir, de tout oublier et m\u00eame de mourir. Deux heures plus tard, il se sentait d\u00e9j\u00e0 mieux. Il avait plong\u00e9 sa t\u00eate dans le lavabo rempli de gla\u00e7ons, bu un demi litre de caf\u00e9, pris une longue douche \u00e0 la mode \u00e9cossaise et bu un nouveau demi litre de caf\u00e9. Il avait m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 avaler deux toasts grill\u00e9s et un petit morceau de fromage cuit. Il se sentait mieux, mais \u00e9puis\u00e9, vann\u00e9, lessiv\u00e9. Pour pouvoir affronter tout \u00e0 l\u2019heure Martinoni et toute sa bande, il lui faudrait un s\u00e9rieux remontant. Alors, il avait enfil\u00e9 un jean et un T-shirt et, en savates, il avait descendu Wythe Avenue dans la nuit chaude jusqu\u2019au drugstore CVS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026tiens\u00a0! Un revenant\u00a0!&#8230;dis-donc, il n\u2019a pas l\u2019air en forme\u00a0!&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry fait un pas dans la salle. Il n\u2019a pas vu G.H., \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par le battant de la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, les filles\u00a0! Oh\u00a0! Pardon, Mary\u00a0! Je recommence\u00a0: Bonjour, Messieurs\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dick Hullby s\u2019agite sur son si\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;&#8230;il y va un peu fort, Harry ; si c&rsquo;est \u00e7a l&rsquo;humour juif, \u00e7a manque un peu de classe; je suis pas s\u00fbr que G.H. appr\u00e9cie&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Excusez le retard\u2026 probl\u00e8me de cl\u00e9\u2026d\u00e9sol\u00e9\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ouvre un peu plus la porte de la salle qui vient heurter les pieds de Geronimo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026merde, pas de pot, le grand Manitou est l\u00e0\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry s&rsquo;incline avec une c\u00e9r\u00e9monie l\u00e9g\u00e8rement moqueuse devant le Pr\u00e9sident de la Compagnie et, d\u2019une d\u00e9marche un peu raide, il va s\u2019asseoir \u00e0 cot\u00e9 de Dunbar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Richard<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9gion de Richard Dunbar, c\u2019est SOUTH-USA. Richard est d\u2019origine \u00e9cossaise, mais il est n\u00e9 \u00e0 Savannah, comme son grand-p\u00e8re, son p\u00e8re et sa m\u00e8re. Il a cinquante et un ans et il habite Roosevelt Island, entre Manhattan et le Queens. Son grand plaisir le matin pour se rendre \u00e0 son bureau, c\u2019est de prendre le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique au-dessus de l\u2019East River. Quand il est dans la cabine qui oscille silencieusement dans le soleil, dans la brume ou sous la pluie, il regarde \u00e0 chaque fois avec la m\u00eame \u00e9motion les fa\u00e7ades des immeubles de Manhattan avancer lentement vers lui. Une fois arriv\u00e9 \u00e0 la gare de la 2\u00e8me Avenue, il salue Khan, le vendeur ambulant de la 59\u00e8me, lui ach\u00e8te un caf\u00e9 g\u00e9ant dans un gobelet en carton et se rend \u00e0 pied jusqu\u2019\u00e0 Madison. Mais il sait qu\u2019il va bient\u00f4t devoir quitter son ile, \u00e0 la fois si calme et si proche de la fi\u00e8vre du c\u0153ur de la ville. Il est en instance de divorce et la proc\u00e9dure est loin d\u2019\u00eatre amiable. La pension alimentaire qu\u2019il va devoir verser \u00e0 sa femme, le partage de leurs quelques biens, les frais d\u2019universit\u00e9 de leur derni\u00e8re fille, tout cela ne lui permettra pas de garder son appartement avec vue sur Manhattan par-dessus la rivi\u00e8re. Mais aujourd&rsquo;hui, les soucis de Dunbar ne se limitent pas \u00e0 sa future ex-femme. Depuis presque un an, la r\u00e9gion SOUTH ne donne plus ce qu\u2019elle devrait donner. A moins que ce ne soit Dunbar qui ne donne plus ce qu\u2019il devrait donner. Les r\u00e9sultats sont mauvais, de plus en plus mauvais. Bob l\u2019a d\u00e9j\u00e0 convoqu\u00e9 une fois \u00e0 ce sujet. C\u2019\u00e9tait il y a deux mois. Richard s\u2019en est sorti tant bien que mal avec quelques promesses d\u2019am\u00e9lioration rapide. Mais vendredi dernier, il a pris l\u2019ascenseur avec Huge. Apr\u00e8s lui avoir demand\u00e9 joyeusement des nouvelles de sa femme \u2013 personne au bureau ne sait rien de son divorce \u2013 et de ses derni\u00e8res vacances, G.H. lui a dit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ah, Richard, \u00e0 propos, si vous avez cinq minutes, passez donc me voir apr\u00e8s la grand\u2019messe de lundi prochain. Vous \u00eates libre\u00a0? Parfait, on fumera un cigare ensemble. Vous fumez toujours le cigare\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dunbar n&rsquo;a jamais fum\u00e9 de sa vie. Depuis cette cordiale invitation, Richard a pass\u00e9 un tr\u00e8s mauvais week-end.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Mary s\u2019est interrompue \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019Harry, Martinoni a repris la parole\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, Harry. Je vois que tu es encore \u00e0 l\u2019heure de la c\u00f4te ouest. Tes vacances ont \u00e9t\u00e9 bonnes\u00a0? <em>&lt;&lt;\u2026bon sang, ce type manque les deux derni\u00e8res r\u00e9unions et il arrive en retard \u00e0 la troisi\u00e8me\u00a0! \u2026se fout du monde\u00a0!&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Extra cool\u00a0! Super ! Je t\u2019en souhaite beaucoup des comme \u00e7a, Bob, r\u00e9pond Harry d\u2019un ton joyeux. .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry a peut-\u00eatre fait une entr\u00e9e un peu h\u00e9sitante, mais maintenant il se sent plut\u00f4t bien. La qualit\u00e9 de sa r\u00e9plique \u00e0 son patron direct l\u2019a rendu confiant, presque euphorique. <em>&lt;&lt;\u2026mais c\u2019est que je suis en grande forme, moi\u00a0!&#8230; il avait raison, le gars du drugstore, elles sont super ces pilules\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Martinoni n\u2019est pas tr\u00e8s s\u00fbr de l\u2019intention mise par Harry dans sa r\u00e9ponse. Insolence, d\u00e9sinvolture, ou simple bonne humeur\u00a0? Il pr\u00e9f\u00e8re ne pas relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Maintenant que Monsieur Weissberg est bien install\u00e9, Mary, si tu veux bien reprendre\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est \u00e7a, Mary, si tu veux bien reprendre&#8230;, dit Harry avec une extr\u00eame politesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026y a pas de doute, il se fiche de moi\u2026quand m\u00eame, il est dr\u00f4lement bizarre, ce matin\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bob fait comme si il n\u2019avait pas entendu et insiste\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mary, je crois que tu nous parlais de l\u2019Afrique\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Effectivement. Je disais que notre r\u00e9cente implantation sur ce continent ne permet pas de pr\u00e9visions fiables. La prolongation de la tendance constat\u00e9e sur les douze \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026je m\u2019emmerde\u2026qu\u2019est-ce que je m\u2019emmerde\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u2026virgule trois pour cent serait une imprudence, compte tenu de la faiblesse de l\u2019assiette. Par contre\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mary\u00a0! H\u00e9, Mary\u00a0! Tu vois pas que t\u2019emmerdes tout le monde\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry a parl\u00e9 d\u2019une voix douce sur un ton gentiment interrogatif et l\u00e9g\u00e8rement ironique. Mary s\u2019est interrompue, d\u00e9contenanc\u00e9e. Elle regarde Harry, puis Bob, puis Harry \u00e0 nouveau. La question a fig\u00e9 toute l\u2019assistance. Pendant quelques interminables secondes, on n\u2019entend plus dans la salle 1101 que le soufflement discret de l\u2019air conditionn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La langue pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re courante lors des r\u00e9unions des Sales managers n\u2019est pas particuli\u00e8rement ch\u00e2ti\u00e9e. Sans que cela soit fr\u00e9quent, il arrive pourtant que des jurons ou des grossi\u00e8ret\u00e9s soit prononc\u00e9s. De m\u00eame, il peut se produire qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de d\u00e9saccords professionnels ou d\u2019inimiti\u00e9s personnelles, une certaine agressivit\u00e9 puisse percer dans les \u00e9changes. Mais, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les agressions verbales avaient toujours \u00e9t\u00e9 habill\u00e9es d\u2019un exc\u00e8s de politesse d\u2019autant plus appuy\u00e9e que l\u2019agression \u00e9tait plus forte. Mais jamais encore, on avait assist\u00e9 \u00e0 une telle attaque, aussi directe, aussi crue, aussi sarcastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bob Paulsen s\u2019est renvers\u00e9 sur son fauteuil. Il regarde le plafond avec attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026c\u2019est vrai qu\u2019elle nous casse les pieds avec ses degr\u00e9s de fiabilit\u00e9, ses fourchettes d\u2019incertitude et ses \u00e9carts-type\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>\u00a0Robert<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robert Paulsen a trente-deux ans. Il dirige le secteur commercial MIDWEST-USA. Il est n\u00e9 \u00e0 Duluth, Minnesota, dans une famille d\u2019origine norv\u00e9gienne. Il est divorc\u00e9, sans enfants et, depuis deux ans, il vit avec une jeune femme noire, Djeyma, vingt et un ans. Elle est originaire d\u2019Ha\u00efti, sans papiers et tr\u00e8s jolie. Bob mesure 198 centim\u00e8tres. C\u2019est pour \u00e7a, et aussi pour le diff\u00e9rencier de Bob Martinoni, qu\u2019on l\u2019appelle \u00ab\u00a0Little Bob\u00a0\u00bb. Son secteur marche correctement, mais sans faire vraiment d\u2019\u00e9tincelles. Tout le monde aime bien Little Bob\u00a0; tout le monde d\u00e9clare qu\u2019il est gentil, en le disant avec cette nuance d\u2019affection qui fait bien comprendre qu\u2019il est effectivement gentil, mais pas tr\u00e8s malin. Bob Paulsen est bien content d\u2019avoir cette si bonne situation dans cette soci\u00e9t\u00e9 si chaleureuse o\u00f9 tout le monde l\u2019appr\u00e9cie tant. Mais Bob a un probl\u00e8me\u00a0: quand il a voulu pr\u00e9senter Djeyma \u00e0 ses parents, son p\u00e8re, assureur \u00e0 Duluth, lui a donn\u00e9 \u00e0 choisir entre sa famille et cette \u00ab\u00a0fille de couleur\u00a0\u00bb. Cela s\u2019est pass\u00e9 il y a presque un an et, depuis, il n\u2019a pas revu ses parents. A chaque r\u00e9union, il essaie de se placer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Cosby, parce que Cosby est noir et qu\u2019il aimerait en faire un ami, pour lui et pour Djeyma. Il y a un mois, il l&rsquo;a m\u00eame invit\u00e9 chez lui pour prendre un verre. Ils sont ensuite all\u00e9s diner tous les trois dans un restaurant de Chelsea, et la soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s agr\u00e9able.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la salle de r\u00e9union, le silence se prolonge au-del\u00e0 du supportable et Bob Martinoni jette un coup d\u2019\u0153il \u00e0 G.H. qui reste imp\u00e9n\u00e9trable dans son coin. Il comprend que c\u2019est \u00e0 lui d\u2019intervenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, Harry, qu\u2019est-ce qui ne va pas, mon vieux\u00a0? Tu ne te sens pas bien\u00a0? Tu es malade\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Parfaitement bien\u00a0! Je vais parfaitement bien\u00a0! Il y a seulement qu\u2019elle m\u2019emmerde\u00a0! Elle t\u2019emmerde pas, toi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Enfin, Harry, tu ne peux pas dire des choses comme \u00e7a. C\u2019est une r\u00e9union de travail\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Une r\u00e9union de travail, d\u2019accord, mais emmerdante\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, \u00e7a va comme \u00e7a maintenant. Je te prie de sortir. Va prendre l\u2019air, un caf\u00e9, une cigarette, n\u2019importe quoi, mais laisse-nous travailler. Je te verrai tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry Weissberg ne bouge pas de son fauteuil. Au contraire, il se carre au plus profond du si\u00e8ge avec affectation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David Cosby regarde le Vice-Pr\u00e9sident Sales &amp; Marketing h\u00e9siter sur la conduite \u00e0 tenir face \u00e0 cette situation inaccoutum\u00e9e. Pour cacher le sourire ironique qui lui monte aux l\u00e8vres, il toussote, prend un air affair\u00e9 et \u00e9crit n\u2019importe quoi sur son bloc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026mais, c\u2019est que \u00e7a devient marrant, cette r\u00e9union du jeudi\u2026on dirait qu\u2019il a bu, l\u2019homme de l\u2019Ouest\u2026pourtant, il a une \u00e9locution parfaite\u2026si \u00e7a se trouve, il a h\u00e9rit\u00e9 une fortune de Bernard Madoff\u2026 il va nous annoncer qu\u2019il a achet\u00e9 une ile aux Bahamas et qu\u2019il s\u2019y retire avec une douzaine de playmates\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>\u00a0David<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cosby a trente-deux ans. Il est c\u00e9libataire. Il est petit et pas tr\u00e8s beau gar\u00e7on. Et il est noir. Mais il dirige le secteur commercial le plus important pour HHH, le NORTH-EAST-USA\u00a0; mais c\u2019est sa r\u00e9gion qui progresse le mieux depuis trois ans\u00a0; mais il a le huiti\u00e8me salaire de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0; mais il a un succ\u00e8s fou avec les femmes, quelle que soit leur couleur. Il sort du Massachussetts Institute of Technology et de la Goethe Universit\u00e4t Frankfurt. Il conduit un cabriolet Aston Martin tout neuf et il habite un penthouse avec vue sur Rockfeller Park et la rivi\u00e8re Hudson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Martinoni a bien vu que Cosby l\u2019observait. <em>&lt;&lt;\u2026ce petit con de Cosby me regarde avec son air malin\u2026ce sale ambitieux se voit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ma place\u2026il aimerait bien que je me plante, surtout devant Jerry\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Harry, je ne vais quand m\u00eame pas faire venir la s\u00e9curit\u00e9 pour \u00e9jecter un vieux camarade comme toi. Alors, puisque tu veux rester, reste. Mais ne dis plus un mot. D\u2019accord\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-D\u2019accord, Bob, vieux camarade\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous ce nouveau sarcasme, Martinoni avale sa salive avec effort et poursuit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bien\u00a0! Merci Mary\u00a0; je crois que nous avons compris ce qui se passe dans ton secteur. Tout \u00e7a est tr\u00e8s positif. Pas de question sur l&rsquo;Europe-Afrique? Bon, maintenant, Bahram, tu veux bien nous parler du Canada\u00a0? Tu fais vite, parce qu\u2019on a pris un peu de retard. L\u2019essentiel, s\u2019il te plait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en disant cela, Bob ne peut s\u2019emp\u00eacher de regarder Harry d\u2019un air inquiet. Celui-ci lui adresse un sourire ang\u00e9lique tout en formant la lettre O de son pouce et son index arrondi pour signifier que tout va bien. Bob ne se sent pas rassur\u00e9 pour autant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-D\u2019accord Bob, dit Bahram en se levant. L\u2019essentiel. Au cours des deux derniers trimestres, la consommation \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>\u00a0Bahram<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 l\u2019immensit\u00e9 du territoire, du point de vue du chiffre d\u2019affaires, le Canada est un secteur de moindre importance pour HHH. Cela convient tr\u00e8s bien \u00e0 Bahram Bogatchi qui en est le Sales manager depuis six ans. Bahram ne travaille pas pour gagner sa vie. Il n\u2019en a pas besoin. Il\u00a0n\u2019en aura jamais besoin. Quand Reza Chah Pahlavi a quitt\u00e9 pr\u00e9cipitamment T\u00e9h\u00e9ran en janvier 1979, la famille Bogatchi l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans la fuite deux mois auparavant. Cela lui avait permis de mettre \u00e0 l\u2019abri la presque totalit\u00e9 de sa fortune en Angleterre et aux USA. Pourtant, c\u2019est \u00e0 Vancouver, sur la c\u00f4te Ouest du Canada, qu\u2019elle avait d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer parce qu\u2019il y existait d\u00e9j\u00e0 une assez forte colonie iranienne. Mais, sur la route de l\u2019exil, Bahram avait choisi de s\u2019arr\u00eater en Angleterre, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Oxford. Il avait alors \u00e0 peine vingt-deux ans. Officiellement, c\u2019\u00e9tait pour y achever les \u00e9tudes qu\u2019il avait commenc\u00e9es \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de T\u00e9h\u00e9ran. Mais c\u2019\u00e9tait aussi pour pr\u00e9server son secret en se maintenant \u00e9loign\u00e9 de sa famille. Car Bahram est gay, tendance aussi mal tol\u00e9r\u00e9e dans son pays d\u2019origine que dans sa famille. Il avait donc pass\u00e9 trois ann\u00e9es heureuses \u00e0 Oxford, loin des ayatollahs et de ses parents. Il y avait acquis le surnom de Batman, \u00e0 cause de la consonance de son pr\u00e9nom avec celui de la c\u00e9l\u00e8bre chauve-souris et parce qu\u2019il \u00e9tait toujours habill\u00e9 en noir. A la fin de ses \u00e9tudes, son p\u00e8re lui avait ordonn\u00e9 de rentrer dans le groupe familial \u00e0 Vancouver, mais Bahram avait refus\u00e9, pr\u00e9textant qu\u2019il voulait d\u2019abord faire ses preuves tout seul \u00e0 New York. Sa premi\u00e8re col\u00e8re pass\u00e9e, son p\u00e8re avait finalement trouv\u00e9 que la position de son fils \u00e9tait plut\u00f4t courageuse, et il lui avait donn\u00e9 sa b\u00e9n\u00e9diction en m\u00eame temps qu\u2019une appr\u00e9ciable avance sur son h\u00e9ritage. Voil\u00e0 pourquoi le Sales manager pour le Canada n\u2019avait pas vraiment besoin de travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait rentr\u00e9 chez HHH comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 commercial, autrement dit comme simple repr\u00e9sentant, et il avait tranquillement parcouru le pays et grimp\u00e9 tous les \u00e9chelons de la hi\u00e9rarchie jusqu\u2019au poste qu\u2019il occupait aujourd\u2019hui. Durant tout ce temps, il \u00e9tait rest\u00e9 tr\u00e8s discret sur ses pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, il habite sur Gramercy Park, il s\u2019habille toujours en noir et, sans qu\u2019on sache comment, son surnom de Batman l\u2019a suivi jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u2026 d\u2019antibiotiques est rest\u00e9e stable sur l\u2019ensemble du Canada.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-On s&rsquo;en fout, Batman, du Canada. Du Canada et des antibiotiques, on s&rsquo;en fout. Peuvent bien crever de la fi\u00e8vre aphteuse, les Canadiens, on s&rsquo;en tape.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;&#8230;bon sang, ce que je me sens bien, je me suis jamais senti aussi bien&#8230;attends, je vais les faire marrer\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Et si tu nous parlais un peu de l&rsquo;Iran, c&rsquo;est plus rigolo l&rsquo;Iran; il se passe toujours quelque chose en Iran, on pend, on lapide, on coupe, on tranche, c&rsquo;est chouette l&rsquo;Iran. Z&rsquo;ont pas besoin de neuroleptiques, par hasard ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Harry, tu sais bien que \u00e7a fait vingt ans que les soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines n&rsquo;ont plus le droit de travailler avec l&rsquo;Iran. De plus&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ouais, mais toi, t&rsquo;es pas vraiment am\u00e9ricain, toi ! T&rsquo;es toujours un fr\u00e8re pour eux, hein, Batman ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde regarde G.H. qui reste impassible, sans doute pour ne pas engager son autorit\u00e9. Bob Martinoni en conclut que c&rsquo;est encore \u00e0 lui d&rsquo;intervenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bat\u2026, Bahram, s&rsquo;il te plait ! Inutile d&rsquo;engager la conversation avec Harry. Tu vois bien qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dans son \u00e9tat normal. Harry&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pas dans mon \u00e9tat normal ! Pas dans mon \u00e9tat normal ! Qu&rsquo;est-ce t\u2019as dans les yeux, Bobbie ? Tu vois pas que j&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 aussi bien !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Non, ce que je vois, c&rsquo;est que tu te comportes comme un malade. Tu vas aller t&rsquo;allonger sur le divan dans mon bureau en attendant que le Docteur Gruman arrive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pas question ! D&rsquo;abord parce que ce connard de Gruman est directeur de la Com. et qu\u2019en cons\u00e9quence ce cr\u00e9tin n&rsquo;a pas vu un malade depuis quinze ans. Ensuite parce que je suis extra-super-hyper cool. Je peux \u00eatre vachement utile dans cette r\u00e9union de ploucs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;&#8230;ouais !&#8230;je tiens vraiment une forme XXL, moi ! &#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Alors, j&rsquo;appelle la s\u00e9curit\u00e9!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Fais donc \u00e7a ! Si tes gorilles \u00e0 manches courtes me touchent, je te fais un proc\u00e8s\u2026Et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 aussi\u2026Et \u00e0 tous ceux qui sont dans cette salle\u2026 Des millions de dollars&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c9coute, sois raisonnable. \u00c7a n&rsquo;est plus supportable; D&rsquo;abord, tu as interrompu l&rsquo;expos\u00e9 de Miss Dickinson&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Qui \u00e7a ? Ah, Mary ! La pimb\u00eache qui nous endort avec ses statistiques alambiqu\u00e9es\u00a0! La snobinarde et son accent anglais, alors que tout le monde sait qu\u2019elle est n\u00e9e dans le Bronx\u00a0! La grande bringue frigide\u00a0! Celle qui\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mary s&rsquo;est lev\u00e9e, blanche de col\u00e8re. En se contr\u00f4lant avec peine, elle grince entre ses dents :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Harry Weissberg, vous \u00eates un goujat ridicule et insupportable. J\u2019exige que vous sortiez de cette salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Du calme, b\u00e9b\u00e9, ou je te montre ce que c&rsquo;est qu&rsquo;un homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand Paulsen n&rsquo;y tient plus. Il n\u2019est pas tr\u00e8s malin, Paulsen, mais c\u2019est un preux chevalier. Il consid\u00e8re comme de son devoir de prot\u00e9ger la jeune femme du malotru qui l\u2019agresse. Il se l\u00e8ve sans un mot et commence \u00e0 contourner la table\u00a0de conf\u00e9rence d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026 il est sacr\u00e9ment impressionnant, Little Bob avec son double m\u00e8tre\u00a0\u2026Harry a beau \u00eatre costaud, je prendrais bien le pari \u00e0 2 contre 10 qu\u2019il va se retrouver sur les fesses dans le couloir avant la fin du premier round\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Christopher<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Christopher Fagan ne peut s\u2019emp\u00eacher de parier sur tous les \u00e9v\u00e8nements de la vie\u00a0: la couleur de la prochaine voiture qu\u2019il croisera, le r\u00e9sultat des \u00e9lections au Mozambique, le nombre d\u2019\u00e9changes pendant de la finale de Wimbledon, les deux derniers chiffres du num\u00e9ro de s\u00e9rie du billet de 10 dollars que vous avez dans la poche, n\u2019importe quoi. Alors, un pugilat au onzi\u00e8me \u00e9tage de la tour HHH\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fagan a soixante ans, il est anglais. Son p\u00e8re \u00e9tait major dans les Royal Gurkha Rifles, ce qui explique la naissance de son fils \u00e0 Bir\u00e2tnagar, au pied de l\u2019Himalaya. Le major ayant pris sa retraite comme permanent au syndicat des dockers de Liverpool, Christopher f\u00fbt confront\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la rugosit\u00e9 de la musique rock et des rapports sociaux. Excellent coureur de demi-fond, il obtint une bourse g\u00e9n\u00e9reuse qui lui permit d\u2019entreprendre de bonnes \u00e9tudes en Angleterre et de les achever en Australie. Divers emplois dans le p\u00e9trole le men\u00e8rent de Malaisie en Irak, d\u2019Irak au Liban, puis en Arabie Saoudite, en Lybie et enfin \u00e0 Houston, Texas. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il fut d\u00e9bauch\u00e9 par Hector Huge, le p\u00e8re de Geronimo. H.H. avait rencontr\u00e9 Christopher sur un practice de golf \u00e0 Pompano Beach en Floride. Il l\u2019avait imm\u00e9diatement appel\u00e9 Chris. A cette \u00e9poque, Chris avait tout juste quarante ans et il repr\u00e9sentait pour Hector Huge tout ce que ce fils de pharmacien de Winslow, Arizona, aurait secr\u00e8tement voulu \u00eatre : \u00e9l\u00e9gant, bien \u00e9lev\u00e9, cultiv\u00e9, avec cette nonchalance naturelle ou affect\u00e9e des anglais de cette classe sociale \u00ab\u00a0moyenne sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb. Mais Hector avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par la connaissance qu\u2019avait Chris d\u2019un si grand nombre de pays, lui pour qui le seul pays fr\u00e9quentable \u00e0 l\u2019Est de Boston \u00e9tait la Grande Bretagne. Au moment o\u00f9 il\u00a0souhaitait vendre ses produits dans un tas de pays \u00e9tranges et lointains comme l\u2019Egypte, l\u2019Iran, l\u2019Inde, et m\u00eame peut-\u00eatre d\u2019autres encore plus \u00e9tranges et lointains, il fut tr\u00e8s content d\u2019embaucher ce globe-trotter qui lui paraissait sympathique et comp\u00e9tent. Il le nomma Sales Manager pour la r\u00e9gion MIDDLE-EAST-INDIA que Christopher se mit \u00e0 parcourir en tous sens avec efficacit\u00e9. Le couple Fagan ne r\u00e9sista pas longtemps \u00e0 tant de voyages et Chris accorda volontiers le divorce et une pension raisonnable \u00e0 sa femme \u00e0 laquelle il n\u2019avait jamais vraiment tenu.\u00a0Elle vit maintenant \u00e0 Londres, tandis que son fils est musicien \u00e0 San Francisco et sa fille, m\u00e8re de famille \u00e0 Kuala-Lumpur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la plupart des britanniques, Christopher est amateur de noble-art et de paris sportifs, c\u2019est pourquoi il se r\u00e9jouit de ce qui est en train de se dessiner. Entre ces deux amateurs aux solides carrures, on peut esp\u00e9rer un joli combat de boxe. Cependant, le flegme auquel Christopher est tenu par tradition lui interdit d\u2019encourager les adversaires \u00e0 engager le premier round. Il reste donc silencieux et attentif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Little Bob continue \u00e0 faire le tour de la table vers le si\u00e8ge dans lequel Harry Weissberg s\u2019est renfonc\u00e9, doucement rigolard. Bob Martinoni a saisi un t\u00e9l\u00e9phone de la main gauche et marmonne quelque chose dans le combin\u00e9 en cachant sa bouche de sa main droite, puis, s\u2019adressant \u00e0 Paulsen\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Laisse tomber, Bob, j\u2019ai appel\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9. Ils vont s\u2019en charger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Little Bob semble ne pas avoir entendu. Il continue sa progression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Robert, je pense qu\u2019il serait pr\u00e9f\u00e9rable que vous restiez assis \u00e0 votre place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est G.H. qui vient de parler sur le ton anodin de la conversation. Cette fois-ci, Paulsen a entendu. Il regarde le grand patron, \u00e9carte l\u00e9g\u00e8rement les mains en signe d\u2019incompr\u00e9hension et retourne s\u2019asseoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est \u00e7a, Little Bob, couch\u00e9, gentil, Little Bob, gentil. A la niche&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Little Bob fait mine de se relever, mais se rassied aussit\u00f4t en regardant G.H. d&rsquo;un air d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est maintenant G.H. qui a la main et tout le monde retient son souffle en attendant que Geronimo H. Huge justifie son deuxi\u00e8me pr\u00e9nom d\u2019Hurricane en pulv\u00e9risant Weissberg. Mais au contraire, il ignore son dernier sarcasme et s&rsquo;adresse \u00e0 Martinoni :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis-moi, Bob, avec tout \u00e7a, je suis un peu perdu. O\u00f9 en \u00e9tions-nous ? Ah, oui&#8230;.\u00e0 la suggestion de Monsieur Weissberg de nous int\u00e9resser \u00e0 l&rsquo;Iran. C&rsquo;est votre pays d&rsquo;origine, je crois, Monsieur Bogatchi. Qu&rsquo;en pensez-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bahram h\u00e9site un peu quant \u00e0 la r\u00e9ponse \u00e0 donner \u00e0 cette question d\u00e9licate. Le patron est-il s\u00e9rieux, ou cherche-t-il \u00e0 le mettre en difficult\u00e9 ? Il se d\u00e9cide pour une r\u00e9ponse bien format\u00e9e :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c0 vrai dire, je ne suis pas en situation de donner un avis autoris\u00e9 sur la question de l&rsquo;ouverture \u00e9ventuelle d&rsquo;un march\u00e9 pour la Compagnie en Iran. Tout d&rsquo;abord, j&rsquo;ai quitt\u00e9 ce pays il y a un peu plus de vingt ans. L&rsquo;Iran d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est tr\u00e8s certainement aux antipodes de ce qu&rsquo;il \u00e9tait du temps des Pahlavi. Ensuite, vous l&rsquo;ignorez peut-\u00eatre, mais toute ma famille a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 mort par contumace lors des proc\u00e8s de 1981. Il ne peut donc \u00eatre question pour moi de retourner l\u00e0-bas, m\u00eame avec mon passeport am\u00e9ricain. Ceci-dit, l&rsquo;\u00e9tablissement de relations commerciales entre l&rsquo;Iran et HHH d\u00e9pendra tout d&rsquo;abord de notre administration et seules des informations obtenues \u00e0 tr\u00e8s haut niveau, par exemple aupr\u00e8s du D\u00e9partement d&rsquo;Etat, pourrait nous permettre d&rsquo;anticiper un assouplissement de l&#8217;embargo. Si cette question devait se poser, des informations pourraient certainement \u00eatre obtenues aupr\u00e8s de fonctionnaires haut-plac\u00e9s dans l&rsquo;administration de T\u00e9h\u00e9ran. Je suis en effet persuad\u00e9 que, malgr\u00e9 le changement radical de r\u00e9gime, certaines habitudes sont rest\u00e9es bien ancr\u00e9es dans le pays. De telles informations seraient on\u00e9reuses, mais leur obtention du domaine du possible. Pour en terminer, j&rsquo;ajouterai que la question ne serait pas tr\u00e8s diff\u00e9rente si la Compagnie souhaitait s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 Cuba.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Content de lui, Bahram pose ses avant-bras sur les accoudoirs de son fauteuil, s&rsquo;appuie fermement sur son dossier et, tournant lentement la t\u00eate de droite \u00e0 gauche, regarde l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre chacun de ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;&#8230;bon, \u00e7a va&#8230;je crois que je m&rsquo;en suis bien sorti&#8230;pas mal, l\u2019id\u00e9e de Cuba\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours vautr\u00e9 dans son fauteuil, Harry se met \u00e0 taper dans ses mains sur un rythme exag\u00e9r\u00e9ment lent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Alors l\u00e0, bravo, Batman ! Chapeau\u00a0! Arriver \u00e0 ne pas r\u00e9pondre tout en d\u00e9pla\u00e7ant le probl\u00e8me sur Cuba, c&rsquo;est du grand art, c&rsquo;est tout l&rsquo;Orient\u00a0! Est-ce que tu dois \u00e7a \u00e0 ton c\u00f4t\u00e9 Perse ou \u00e0 ton c\u00f4t\u00e9 homo ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;&#8230;bon sang, il d\u00e9passe les bornes&#8230;\u00e7a va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer&#8230; le grand d\u00e9ballage&#8230;apr\u00e8s Mary, c&rsquo;est Batman&#8230;\u00e0 qui le tour? &#8230;pourvu que&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Quoi, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a ? Tu es homo, non ? Tout le monde le sait que tu es homo.\u00a0Dis-donc, tu as vraiment pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 y retourner, en Iran, parce qu\u2019ils pourraient te pendre deux fois\u00a0: une fois comme \u00e9migr\u00e9 et une fois comme gay. Rigolo, non\u00a0? Et \u00e0 Cuba, c\u2019est la m\u00eame chose qu\u2019en Iran, \u00e0 Cuba\u00a0? Tu sais ce qu\u2019ils leur font aux homos \u00e0 Cuba\u00a0? Non, tu sais pas\u00a0? Attends, on va demander \u00e0 Monsieur Dick Hullby.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt;\u2026\u00e7a y est, \u00e7a va \u00eatre mon tour\u2026&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Ricardo<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ricardo Huelva est n\u00e9 en 1965 \u00e0 Bauta, un faubourg de La Havane. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans, il a v\u00e9cu l\u00e0, entre ses parents et ses deux s\u0153urs cadettes, Maria et Helena. Ce fut une vie plut\u00f4t tranquille et joyeuse, vie d\u2019enfant, puis d\u2019adolescent, faite d\u2019\u00e9cole, de cat\u00e9chisme, de football, de copains, de soleil, de nuits sur la plage, de guitares et de filles, mais aussi\u00a0 de pauvret\u00e9. Quelques ann\u00e9es avant la r\u00e9volution, le grand-p\u00e8re de Ricardo avait ouvert un commerce de chaussures. Au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, les affaires avaient plut\u00f4t bien march\u00e9 et le commer\u00e7ant avait commenc\u00e9 \u00e0 faire construire une grande maison au bord de la mer pour y loger toute sa famille. Mais les troubles de la r\u00e9volution avaient arr\u00eat\u00e9 le chantier et l\u2019effondrement de l\u2019\u00e9conomie qui avait suivi l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Fidel Castro avait d\u00e9finitivement ruin\u00e9 le marchand de chaussures. A partir de ce moment, le grand-p\u00e8re de Ricardo n\u2019avait plus cach\u00e9 ni sa haine envers le Lider Massimo ni son peu de go\u00fbt pour le paradis communiste qu\u2019il leur promettait pour demain. Cette attitude de bourgeois obstin\u00e9 lui avait valu un interrogatoire vigoureux qui avait dur\u00e9 cinq p\u00e9nibles jours. Apr\u00e8s cela, il avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 dans ses foyers et class\u00e9, lui et sa famille, dans la cat\u00e9gorie des \u00abcontre-r\u00e9volutionnaires irr\u00e9cup\u00e9rables\u00bb. Si, par la suite, on l&rsquo;avait laiss\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s tranquille, on lui\u00a0avait interdit, \u00e0 lui et \u00e0 ses fils,\u00a0l&rsquo;acc\u00e8s au seul emploi qui leur aurait permis de sortir de la presque mis\u00e8re dans laquelle ils se d\u00e9battaient chaque jour, un poste de fonctionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La marque infamante que les Huelva portaient encore vingt ans plus tard finit quand m\u00eame par leur apporter un avantage. Lorsqu&rsquo;en 1980 Castro avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019organiser l\u2019exode vers les\u00a0Etats Unis\u00a0de cent cinquante mille cubains irr\u00e9cup\u00e9rables, la famille Huelva avait \u00e9t\u00e9 parmi les premi\u00e8res \u00e0 embarquer pour la Floride au port de Mariel. Elle fut accueillie en grandes pompes par la ville de Miami qui lui attribua une maison parmi les milliers identiques que la ville avait construites \u00e0 Hialeah pour accueillir et, si possible, contenir cette vague immense d\u2019immigration. Grace aux lois sp\u00e9ciales applicables aux seuls \u00e9migr\u00e9s cubains, Ricardo avait obtenu sans difficult\u00e9 la nationalit\u00e9 am\u00e9ricaine ainsi qu\u2019une bourse d&rsquo;\u00e9tudes. Il avait choisi de devenir\u00a0ing\u00e9nieur en m\u00e9canique. A partir de ce moment, il avait tout fait pour oublier son pays d\u2019origine et sa condition de Cubano. Il avait commenc\u00e9 par quitter la Floride pour monter vers le Nord, l\u00e0 o\u00f9 on ne risque pas de rencontrer un \u00e9migr\u00e9 au d\u00e9tour de chaque bloc. Il avait aussi chang\u00e9 son nom pour celui de Dick Hullby. Dick n\u2019avait pas tard\u00e9 \u00e0 trouver du travail \u00e0 Detroit. Peu de temps apr\u00e8s, lors d\u2019une partie de bowling avec des amis de l\u2019usine, il avait rencontr\u00e9 celle qui, dans le mois qui suivit, \u00a0devait devenir sa femme. Elle s\u2019appelait Maria comme sa s\u0153ur et, comme sa s\u0153ur, elle \u00e9tait Cubana. Elle \u00e9tait belle comme le jour et n\u2019\u00e9prouvait aucune g\u00eane \u00e0 \u00e9voquer ses origines cubaines. Elle avait une bonne situation \u00e0 Manhattan dans une agence de publicit\u00e9 sur Madison. Quelques semaines apr\u00e8s leur rencontre, elle avait emmen\u00e9 Ricardo \u00e0 New York. Le mois suivant, il entrait comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 commercial chez Anderson Laboratories, d\u2019o\u00f9 HHH le d\u00e9baucha cinq ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019a pas remis les pieds \u00e0 Hialeah depuis quinze ans. Il est maintenant Sales Manager pour la r\u00e9gion Central-South-America. Il habite Brooklyn, sa femme attend un troisi\u00e8me enfant, et ils viennent de d\u00e9cider qu\u2019elle allait s\u2019arr\u00eater de travailler. Elle est en vacances dans sa famille avec les enfants du c\u00f4t\u00e9 de Fort Lauderdale, d\u2019o\u00f9 Ricardo est rentr\u00e9 hier soir, uniquement pour assister \u00e0 cette r\u00e9union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Weissberg continue :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Dis-moi donc, Rrricarrrdo Rrrouelba ! Pourquoi tu te fais appeler Hullby ? Hein ? Pourquoi ? T\u2019as honte de tes origines ? C\u2019est vrai que Dick, c&rsquo;est plus chic. Et tu crois que tu trompes ton monde avec \u00e7a ? Tu crois qu&rsquo;on va oublier que t&rsquo;es arriv\u00e9 de Cuba tout mouill\u00e9 sur une poubelle flottante ? Mon pauvre vieux ! Mais jamais personne n&rsquo;oubliera \u00e7a. Surtout pas ceux-l\u00e0, les Dickinson, les Fagan, les Dunbar, les Huge, les WASP, les \u00ab\u00a0pure americans\u00a0\u00bb, les passagers du Mayflower. Pour eux, tu seras toujours un bronz\u00e9, un wetback, un Cubano qui profite du fric de l&rsquo;Oncle Sam. Jamais tu ne seras l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous le coup de la vexation, Ricardo ne peut s&#8217;emp\u00eacher de r\u00e9pondre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Et \u00e7a, tu en sais quelque chose, hein\u00a0! Le sale petit juif de Brooklyn\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ho, mais c\u2019est qu\u2019il a du r\u00e9pondant, l\u2019immigr\u00e9\u00a0! Allez, le m\u00e9cano, va plut\u00f4t garer ma Porsche ! dit Harry en lui lan\u00e7ant ses cl\u00e9s \u00e0 travers la table.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Martinoni n\u2019y tient plus\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est intol\u00e9rable\u00a0! Mais qu\u2019est-ce que fout la S\u00e9curit\u00e9\u00a0? Maintenant, \u00e7a suffit, Harry\u00a0! Je te somme de sortir de cette salle imm\u00e9diatement, ou je te sors moi-m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ho, le Rital, la ferme\u00a0! T\u2019es pas de taille\u00a0! Toi c\u2019est pas le fric de l\u2019Oncle Sam qui t\u2019int\u00e9resse. Ce serait pas plut\u00f4t celui de Papa Gallagher, ton cher beau-p\u00e8re\u00a0? Fais attention, vieux camarade, il pourrait bien durer plus longtemps que tu ne crois, le vieux tyran. T\u2019as int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s tr\u00e8s gentil avec sa fille, sinon elle pourrait bien divorcer avant d\u2019\u00eatre orpheline, ta poule aux \u0153ufs d\u2019or\u00a0! Erlina\u00a0! Entre nous, on n\u2019a pas id\u00e9e de s\u2019appeler Erlina. Bon\u00a0! Assis, le gigolo\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ecoute, Harry, vraiment, je trouve que tu exag\u00e8res\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Dunbar qui vient d\u2019intervenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tiens, voil\u00e0 le ch\u00f4meur qui s\u2019en m\u00eale\u00a0! Quoi\u00a0? Tu le savais pas\u00a0? Tiens, j\u2019aurais cru. En tout cas, tu le sauras surement tout \u00e0 l\u2019heure. T\u2019as bien rendez-vous avec G.H.\u00a0? Bon, ben, t\u2019es vir\u00e9 mon gars\u00a0! T\u2019es mauvais, alors t\u2019es vir\u00e9\u00a0! C\u2019est comme \u00e7a\u00a0: quand t\u2019es mauvais et que tu es pas actionnaire, t\u2019es vir\u00e9\u00a0! Automatique\u00a0! Ecoute, c\u2019est normal, non\u00a0? T\u2019es plus au niveau, mon vieux. Tu n\u2019arr\u00eates pas de d\u00e9gringoler depuis un an. Alors, t\u2019es vir\u00e9. Tu as droit \u00e0 une jolie boite en carton. Tu pourras y mettre toutes tes affaires personnelles\u00a0: ton saumon empaill\u00e9 qui dit bonjour quand on passe devant, ta photo avec le vieux Huge, ton stylo Montblanc et la photo de ta femme. A propos, tu nous avais pas dit qu\u2019elle se barrait, ta femme\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que Dunbar s\u2019effondre sur son fauteuil en se prenant la t\u00eate dans les mains, Mary Dickinson s\u2019indigne\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est odieux, c\u2019est insupportable\u00a0! G.H., pour l\u2019amour de Dieu, faites quelque chose !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-N\u2019en faites rien, G.H. Cette garce est en train de quitter le navire. Vous ne saviez pas\u00a0? Elle a pratiquement sign\u00e9 avec Anderson pour Londres. Elle doit avoir une coquine, l\u00e0-bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Little Bob se l\u00e8ve \u00e0 nouveau de son fauteuil\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Vraiment, Harry, tu n\u2019es pas un gentleman. Je vais \u00eatre oblig\u00e9 de te\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry l\u2019interrompt en imitant la voix de Geronimo Huge\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Robert, je pense qu\u2019il serait pr\u00e9f\u00e9rable que vous restiez assis \u00e0 votre place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, revenant \u00e0 sa voix habituelle\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ouais, grand cr\u00e9tin, il serait pr\u00e9f\u00e9rable. Au lieu de voler au secours de Miss Europe-Afrique, tu ferais mieux de t\u2019occuper de ta femme. \u00c7a ne va pas, mon vieux, \u00e7a ne va pas du tout. \u00c7a fait trois semaines qu\u2019elle couche avec Cosby. H\u00e9 oui ! Surprise, surprise ! C&rsquo;est une question de couleur probablement; \u00e0 moins que ce ne soit autre chose. En tous cas, elle couche, mon vieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En se relevant brutalement, Cosby renverse son fauteuil qui vient cogner bruyamment la baie vitr\u00e9e derri\u00e8re lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Monsieur Cosby, s\u2019il vous plait, murmure G.H.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais enfin, G.H., c\u2019est insupportable\u00a0! proteste Cosby<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Harry Weissberg reprend aussit\u00f4t la direction des \u00e9v\u00e8nements :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis donc, Cosby ! T&rsquo;en veux aussi, toi ? Toi l&rsquo;homme de couleur comme on aimerait en voir plus souvent, le mod\u00e8le d&rsquo;int\u00e9gration raciale, le passager de l&rsquo;ascenseur social ? Tu veux que je te d\u00e9gonfle un peu ? Tu veux que j&rsquo;explique comment tu l&rsquo;as pay\u00e9, ton pi\u00e8ge \u00e0 filles d\u00e9capotable ? Tu veux que je parle de tes combines avec le patron de l&rsquo;usine de Greenfield ? Que je raconte comment il pr\u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne de son labo sans que \u00e7a se voie ? Comment il te la refile chaque fois que tu vas dans le nord ? Ou bien comment tu la fourgues \u00e0 tes petits cousins du Bronx, tu sais, ceux qui alimentent Manhattan nord, apr\u00e8s avoir pr\u00e9lev\u00e9 ta consommation personnelle ? Alors, David, tu veux vraiment ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme un somnambule, Cosby redresse son fauteuil et se rassied, tandis que son voisin de table rassemble ses affaires et se l\u00e8ve. Harry lui adresse un large sourire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Aaah\u00a0! Major Fagan ! Vous n&rsquo;allez pas nous quitter comme \u00e7a ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00c9coutez, G.H., dit Christopher en s\u2019adressant \u00e0 Geronimo, je ne vois pas l&rsquo;utilit\u00e9 de prolonger cette r\u00e9union tant que cet individu sera l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Huge reste impassible sur sa chaise et Weissberg reprend la main :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Major Fagan ! Vous ne voyez pas l&rsquo;utilit\u00e9 ! Vous voulez parier que vous allez bient\u00f4t la voir, l&rsquo;utilit\u00e9 ? Combien vous pariez ? Mille dollars, dix mille, cent mille dollars ? Encore un peu plus ? Allez, vous pouvez bien allez jusqu&rsquo;\u00e0 cinq cent mille. Allez, cinq cent mille dollars ! Adjug\u00e9 ! Vous pouvez vous le permettre, non\u00a0? C&rsquo;est bien la somme que vous avez touch\u00e9 des labo Anderson pour leur avoir pass\u00e9 tous les d\u00e9tails du programme Cardiocor. Remarquez que c&rsquo;est pas cher pay\u00e9 ! Dix ann\u00e9es de recherches de la Compagnie pour cinq cent mille dollars, c&rsquo;est donn\u00e9. Vous auriez pu obtenir largement plus. Alors, vous la voyez maintenant, l&rsquo;utilit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La salle de r\u00e9union est maintenant plong\u00e9e dans un grand silence. Plus personne ne bouge, plus personne ne respire. Le temps s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, Geronimo se l\u00e8ve, contourne la table, et vient se placer derri\u00e8re le si\u00e8ge de Martinoni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong><em>Geronimo<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Geronimo H. Huge a 48 ans. Il y a juste dix ans qu\u2019il a pris la direction du groupe. Apr\u00e8s \u00eatre sorti de Stanford et avoir \u00e9chapp\u00e9 de peu au Vi\u00eat-Nam, il est parti faire un tour du monde en moto. Rapatri\u00e9 apr\u00e8s un accident grave en Malaisie, il a pass\u00e9 sa convalescence \u00e0 apprendre le chinois et les math\u00e9matiques. Un an et demi plus tard, plus ou moins r\u00e9tabli, il est entr\u00e9 chez Lehman Brothers qu\u2019il a quitt\u00e9 au bout de quatre ans pour rejoindre le groupe HHH. Geronimo est mari\u00e9. Il a trois enfants, tous au coll\u00e8ge ou \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Sa femme, Iris, est avocate chez Baker et McKenzie. Ils forment un couple tr\u00e8s libre et ils s\u2019entendent \u00e0 merveille. Ils habitent Long Island, dans une immense maison sur Huntington bay o\u00f9 est amarr\u00e9 leur bateau, le \u00ab\u00a0What\u2019s next\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Appuy\u00e9 des deux mains sur le dossier, G.H. commence :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bien&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il prend un long temps avant de reprendre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Je crois qu&rsquo;il est temps de clore cette r\u00e9union et de &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Harry le coupe aussit\u00f4t :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ha ben non, alors ! Pas d\u00e9j\u00e0 ! Je n&rsquo;ai pas eu le temps de vous parler des fausses notes de frais de McNamara. C&rsquo;est vrai que notre responsable CHINA-PACIFIC n&rsquo;est pas l\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Il doit \u00eatre dans un de ses palaces favoris de Hong Kong ou de Singapour \u00e0 traficoter ses additions. \u00c7a ne vous int\u00e9resse pas\u00a0? Je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 de vous, non plus, cher CEO. Voulez-vous me permettre&#8230;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Monsieur Weissberg, gr\u00e2ce \u00e0 vous, la r\u00e9union d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a \u00e9t\u00e9 enrichissante, passionnante m\u00eame. Je suis certain que chacun d&rsquo;entre nous en a appr\u00e9ci\u00e9 la teneur et saura tirer profit des informations qui y ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es. Mais je crois qu\u2019il est temps de conclure et, si vous permettez, contrairement \u00e0 l\u2019habitude, je vais m\u2019en charger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Harry, cher Harry Weissberg. Aujourd\u2019hui, vous m\u2019avez appris, ou parfois seulement confirm\u00e9, un certain nombre de choses importantes pour le bon fonctionnement de HHH.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que vous soyez alcoolique, je le savais d\u00e9j\u00e0. Que vous sortiez d\u2019une cure de d\u00e9sintoxication, je le savais aussi. Que vous ayez pris le temps de cette cure sur votre temps de travail sans en avertir la Compagnie, \u00e7a aussi, je le savais. Que voulez-vous, vous n\u2019\u00eates pas le seul \u00e0 coucher avec votre secr\u00e9taire. Ch\u00e8re petite Susie Mae\u00a0! Elle aime bien le ski dans le Vermont, mais elle n\u2019a pas d\u00e9test\u00e9 pas le \u00ab\u00a0What\u2019s next\u00a0?\u00a0\u00bb; c\u2019est une sportive. Mais ce que j\u2019ignore encore, c\u2019est quel est le m\u00e9lange de substances que vous avez absorb\u00e9 pour devenir subitement aussi clairvoyant et d\u00e9sinhib\u00e9. Je vous prierai donc de vous mettre en rapport avec le d\u00e9partement Recherches et D\u00e9veloppement pour lui donner le maximum d\u2019information sur ces produits, car je vois l\u00e0 un march\u00e9 potentiel prometteur pour HHH.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci mis \u00e0 part, votre attitude d\u2019aujourd\u2019hui justifierait amplement un licenciement imm\u00e9diat et sans indemnit\u00e9. Cependant, je reconnais qu\u2019en une heure \u00e0 peine, vous avez fait \u00e9conomiser pas mal d\u2019argent \u00e0 la Compagnie. H\u00e9, oui\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait des mois que l\u2019agence Pinkerton enqu\u00eatait sur les fuites dans le dossier Cardiocor. Vous avez r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le nom du traitre, sans qu\u2019il proteste, preuve de sa culpabilit\u00e9. Vous m\u2019avez ainsi \u00e9vit\u00e9 de r\u00e9gler \u00e0 Pinkerton une nouvelle et colossale provision sur honoraires. Merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce n\u2019est pas tout. Vous avez \u00e9galement raccourci consid\u00e9rablement la dur\u00e9e et le co\u00fbt de l\u2019audit interne que j\u2019avais lanc\u00e9 en juillet sur les \u00e9carts d\u2019inventaires dans les produits sensibles \u00e0 l\u2019usine de Greenfield. Encore merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous m\u2019avez aussi probablement \u00e9vit\u00e9 la perte d\u2019une collaboratrice de qualit\u00e9 en me pr\u00e9venant de ses vell\u00e9it\u00e9s de d\u00e9part pour Londres. Pour \u00e7a aussi, merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et je ne parle pas de la clarification que vous avez apport\u00e9e dans les situations personnelles de Messieurs Martinoni, Bogatchi et Paulsen. Bien que je doute qu\u2019ils ne vous en soient jamais reconnaissants, ces mises au point devraient au bout du compte leur faciliter la vie et, pourquoi pas, les amener \u00e0 modifier leur comportement, un peu rigide jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, j\u2019allais oublier, vous m\u2019avez \u00e9vit\u00e9 la p\u00e9nible t\u00e2che d\u2019avoir \u00e0 apprendre son licenciement \u00e0 un vieux et fid\u00e8le collaborateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour tout cela, merci, et c\u2019est pourquoi vous conservez un emploi chez HHH. Cependant, il ne faut pas n\u00e9gliger le fait que votre comportement vous aura cr\u00e9\u00e9 dans notre groupe quelques inimiti\u00e9s durables. Vous comprenez donc que vous ne pouvez pas conserver vos fonctions au si\u00e8ge. Vous y rencontreriez trop fr\u00e9quemment nos amis ici pr\u00e9sents. Il se trouve que je recherchais un directeur pour notre nouvelle usine de Bethel. Vous \u00eates l\u2019homme providentiel. C\u2019est une charmante petite ville \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019Alaska, \u00e0 une dizaine d\u2019heures de route d\u2019Anchorage. Vous y serez tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, voil\u00e0 qui est r\u00e9gl\u00e9. Maintenant, Bob, \u00e0 toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bob, la fortune de ta femme sera sans doute un jour aussi la tienne. Mais \u00e7a ne t&rsquo;a jamais emp\u00each\u00e9 de donner \u00e0 la Compagnie le meilleur de toi-m\u00eame. Je suis certain que tu continueras. Une remarque cependant\u00a0: j&rsquo;aimerais que dor\u00e9navant tu diriges les r\u00e9unions d&rsquo;une main un peu plus ferme. Aujourd\u2019hui, c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame un sacr\u00e9 foutoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miss Dickinson\u2026 Ah, Mary\u00a0! Vous ne pouvez pas nous quitter comme \u00e7a\u00a0! Je suis certain que nous allons trouver un arrangement satisfaisant sur tous les plans. Dinons ensemble demain soir pour en parler, voulez-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Little Bob -vous permettez que je vous appelle Little Bob ?-, vous \u00eates cocu, \u00e7a ne fait aucun doute. Mais vous n&rsquo;\u00eates pas le seul chez HHH. Et j&rsquo;en connais plusieurs que \u00e7a n\u2019emp\u00eache pas de faire un excellent travail. Alors, pourquoi pas vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David, mon petit David, vous \u00eates le meilleur Sales Manager que j&rsquo;ai jamais eu. Alors, deux choses : premi\u00e8rement, je vous donne deux mois pour r\u00e9gler ce petit probl\u00e8me d&rsquo;addiction \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Il existe d&rsquo;excellentes cures de d\u00e9sintoxication que vous pourrez suivre \u00e0 vos frais en prenant sur vos prochaines vacances. Deuxi\u00e8mement, je vais faire calculer par J.D. le pr\u00e9judice financier que vous avez caus\u00e9 \u00e0 la Compagnie en subtilisant cette substance si recherch\u00e9e. Vous aurez cinq ann\u00e9es pour en effectuer le remboursement, assorti d&rsquo;un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat raisonnable. J&rsquo;accepterai comme premier versement la remise des cl\u00e9s de votre jolie voiture. Si par malchance ou par mauvaise volont\u00e9, vous n\u2019\u00e9tiez pas en mesure de remplir ces obligations, le F.B.I. ne tarderait sans doute pas \u00e0 \u00eatre inform\u00e9 de vos activit\u00e9s illicites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Bogatchi, vous \u00eates gay. Et apr\u00e8s ! Vous \u00eates riche. Tant mieux\u00a0! Et vous le serez plus encore dans quelques ann\u00e9es. Formidable ! Comme Robert Martinoni, vous n&rsquo;en serez que moins tent\u00e9 de nous rouler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Huelva, vous avez profit\u00e9 de tout ce que l&rsquo;Am\u00e9rique pouvait vous offrir. Vous et vos semblables m&rsquo;avez co\u00fbt\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;argent en imp\u00f4ts et taxes diverses. Mais je suis heureux qu&rsquo;une partie de cet argent retourne aujourd&rsquo;hui \u00e0 la Compagnie gr\u00e2ce \u00e0 vos talents. Un conseil, cependant, \u00e0 l\u2019avenir soyez moins susceptible et moins antis\u00e9mite. Entre nous, ne le r\u00e9p\u00e9tez pas, mais je crois que ma femme est un peu juive. Par ailleurs, je compte sur vous pour r\u00e9diger un compte rendu pr\u00e9cis de cette r\u00e9union. Vous voudrez bien me le soumettre avant ce soir pour une diffusion restreinte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chris, je suis extr\u00eamement d\u00e9\u00e7u par ce que je viens d&rsquo;apprendre. Quand je pense que c&rsquo;est mon p\u00e8re qui vous avait engag\u00e9. Vous avez vendu notre programme Cardiocor \u00e0 cette fripouille d&rsquo;Anderson pour cinq cent mille dollars. Sur ce point, je suis d&rsquo;accord avec Monsieur Weissberg\u00a0: vous auriez pu en tirer au moins le double. Mais ce qui est fait est fait. Pour r\u00e9gler cette ind\u00e9licatesse, nous irons voir ensemble d\u00e8s demain matin notre avocat, Hauptmann &amp; Bochurberg, qui mettra au point un petit compromis dont la signature vous \u00e9vitera une plainte de notre part. On pourrait par exemple envisager un accord comprenant un engagement sur dix ans pendant lesquels vous resterez \u00e0 votre poste avec une r\u00e9mun\u00e9ration fixe \u00e9gale \u00e0, mettons, la moiti\u00e9 de votre salaire actuel, avec obligation pour vous de fournir \u00e0 Anderson toutes les fausses informations que nous voudrons bien lui communiquer. Entre gentlemen, \u00e7a doit \u00eatre possible, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne vous oublie pas, Monsieur Dunbar. Vous avez d\u00e9j\u00e0 compris qu\u2019\u00e0 compter de cet instant, vous ne faites plus partie de notre grande famille. Vous comprendrez que HHH n&rsquo;a rien \u00e0 faire d&rsquo;un repr\u00e9sentant de commerce \u00e0 la d\u00e9rive. Vous voudrez bien remettre tout \u00e0 l\u2019heure votre ordinateur, votre t\u00e9l\u00e9phone portable et votre badge de parking \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9. Je vais demander \u00e0 J.D. de vous verser aujourd\u2019hui vos trois semaines d\u2019indemnit\u00e9 contractuelle. Merci, Richard. Et bonne chance\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir, un point de d\u00e9tail. Je vous rappelle \u00e0 tous que nous changeons de si\u00e8ge social dans moins de quinze jours. Le mobilier et le mat\u00e9riel seront d\u00e9m\u00e9nag\u00e9s et remis en place dans nos nouveaux locaux durant le week-end du 6 et 7 septembre. Les tests auront lieu dans la journ\u00e9e du lundi 8. Vous pourrez donc disposer de vos nouveaux bureaux d\u00e8s le mardi 9, \u00e0 partir de 9 heures du matin. Exceptionnellement, la prochaine r\u00e9union Sales aura lieu le jeudi suivant dans la nouvelle salle du conseil d&rsquo;administration, au 63\u00e8me \u00e9tage de cet immeuble prestigieux, la tour Nord du World Trade Center.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, notez bien : Prochaine r\u00e9union, jeudi 11 septembre, \u00e0 8:30 pr\u00e9cises. Soyez tous pr\u00e9sents&#8230; sauf vous, Monsieur Dunbar, bien entendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>FIN<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>HHH Building 610 Madison Avenue Salle 1101 La salle de r\u00e9union du d\u00e9partement Sales &amp; Marketing porte le num\u00e9ro 1101. Elle est situ\u00e9e au onzi\u00e8me \u00e9tage de la tour HHH qui en comporte vingt-trois. Elle est confortable, mais son am\u00e9nagement reste modeste et purement fonctionnel. Quand on s&rsquo;approche des baies vitr\u00e9es, on peut apercevoir sur &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4261\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">HHH, NYC, USA (texte int\u00e9gral)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_hide_featured_image":false,"_jetpack_featured_image_duplicate_dismissed":0,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-4261","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4261"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4261\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}