{"id":42559,"date":"2023-03-01T07:47:21","date_gmt":"2023-03-01T06:47:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=42559"},"modified":"2023-03-02T07:23:16","modified_gmt":"2023-03-02T06:23:16","slug":"nouvelles-completes-de-joseph-conrad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=42559","title":{"rendered":"Nouvelles compl\u00e8tes de Joseph Conrad &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0254"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture\u00a0: 4 minutes<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>critique ais\u00e9e n\u00b0254<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-42535\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph-Conrad.png\" alt=\"\" width=\"175\" height=\"253\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph-Conrad.png 210w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/Joseph-Conrad-208x300.png 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 175px) 100vw, 175px\" \/>Nouvelles compl\u00e8tes<br \/>\n<\/strong>Joseph Conrad<br \/>\n<em>Quarto Gallimard \u2013 1504 pages<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La langue maternelle de Joseph Conrad (1857-1924) \u00e9tait le polonais. Pourtant, toutes ses oeuvres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites en anglais. Un sujet lettr\u00e9 de Sa Majest\u00e9, et donc admirateur de Conrad, vous dira peut-\u00eatre que son anglais \u00e9tait entach\u00e9 de certaines tournures qui, si elles n\u2019\u00e9taient pas parfaitement britanniques, donnait \u00e0 ses \u00e9crits une puissance ind\u00e9niable dans les descriptions des paysages et de l\u2019action. Je ne suis pas assez anglophone pour vous le confirmer, mais on dit que la langue anglaise pr\u00e9sente une certaine souplesse qui lui permet de se pr\u00eater aux influences \u00e9trang\u00e8res, tant qu\u2019elles demeurent raisonnables et d\u00e9centes. C\u2019est pourquoi Conrad avait choisi pour \u00e9crire l\u2019anglais et non <!--more-->le fran\u00e7ais qu\u2019il parlait pourtant aussi bien mais dont il disait qu\u2019il \u00e9tait \u00e9tait une langue de cristal, impossible \u00e0 tordre sans la briser.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Conrad racontait, mais il voulait surtout montrer. Voici ce qu\u2019il \u00e9crivait dans la pr\u00e9face de l\u2019un de ses premiers romans \u00ab\u00a0Le n\u00e8gre du Narcisse\u00a0\u00bb (1897) :<br \/>\n\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>La t\u00e2che que j\u2019essaye de mener \u00e0 bien consiste, par le pouvoir du mot \u00e9crit, \u00e0 vous faire entendre, vous faire sentir \u2013 mais encore plus que tout vous faire voir<\/em><\/strong><\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ecrire pour faire voir&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai donc choisi l\u2019extrait ci-dessous pour tenter de vous faire voir comment Conrad faisait voir. Il est extrait d\u2019une nouvelle publi\u00e9e en 1898 \u00ab\u00a0Karain\u00a0: un souvenir\u00a0\u00bb<br \/>\nLa sc\u00e8ne est \u00e0 Mindanao, la grande ile du sud de l\u2019archipel des Philippines.<br \/>\nQuand j\u2019ai lu la description qui suit, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019y \u00eatre. D\u2019ailleurs, j\u2019y fus &#8230; cent trente ans apr\u00e8s Conrad.\u00a0\u00c0 votre tour d\u2019y \u00eatre :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>La baie \u00e9tait comme un trou de lumi\u00e8re intense et sans fond. La nappe d\u2019eau circulaire r\u00e9fl\u00e9chissait un ciel lumineux et les rives qui l\u2019entouraient formait un anneau opaque qui paraissait flotter dans un vide d\u2019un bleu transparent. Pourpres et arides, les collines se dressaient, massives, sur le ciel : leurs sommets semblaient se fondre dans un fr\u00e9missement, color\u00e9 comme celui d\u2019une vapeur montante : leurs flancs abrupts \u00e9taient ray\u00e9s par la verdure d\u2019\u00e9troits ravins. \u00c0 leurs pieds, s&rsquo;\u00e9tendaient des rizi\u00e8res, des bouquets de bananier, des sables jaunes. Un torrent serpentait comme un fil capricieux. Des bouquets d\u2019arbres fruitiers indiquaient des villages ; de svelte palmiers r\u00e9unissaient leurs t\u00eates pench\u00e9es au-dessus de maisons basses ; des toits de palmes s\u00e8ches \u00e9tincelaient au loin, comme des toits d\u2019or\u00a0 derri\u00e8re les sombres colonnades des troncs : des formes y passaient, furtives ; des fum\u00e9es montaient droit des feux, au-dessus des buissons en fleurs ; des palissades de bambou scintillaient, dont la ligne bris\u00e9e courait entre les champs. Au loin, sur le rivage, un cri soudain, se fit entendre, et cessa brusquement, comme \u00e9touff\u00e9 sous ce d\u00e9luge de lumi\u00e8re. Une bouff\u00e9e de brise mit une ta<\/em><\/strong><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>che sombre sur l\u2019eau calme, effleura nos visages et s\u2019\u00e9loigna. Tout \u00e9tait immobile. Le soleil ruisselait dans un creux \u00e9clatant d\u2019immobiles couleurs<\/em>.<\/strong><\/span>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si vous trouvez un jour cette nouvelle d\u2019une trentaine de pages, installez-vous pour une heure dans cette atmosph\u00e8re litt\u00e9raire du XIX\u00e8me o\u00f9 l\u2019on aimait raconter lentement et en d\u00e9tail des histoires extraordinaires ou aventureuses ou les deux \u00e0 la fois. De pr\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est \u00e0 un t\u00e9moin, non pas de l\u2019aventure mais du r\u00e9cit que le h\u00e9ros lui en avait fait, que l\u2019on faisait rapporter la chose. C\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent chez les conteurs comme Maupassant ou Conrad \u2014\u00a0et c\u2019est, fortement influenc\u00e9 par ces deux-l\u00e0, ce que j\u2019avais voulu faire dans les \u00ab\u00a0Trois premi\u00e8res fois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai donn\u00e9 plus haut un exemple du style de Conrad dans l\u2019installation des d\u00e9cors, \u00a0longue et pr\u00e9cise description autant des lieux que des sentiments et des images que leur \u00e9vocation inspire. Il fait bon, vous sentez la brise tropicale, vous entendez le ressac&#8230; la baie, les montagnes, la for\u00eat, le spectacle est splendide. Vous y \u00eates, proche de l\u2019envoutement, pas loin de ressentir la simplicit\u00e9, la douceur, la paresse, la pl\u00e9nitude que ces r\u00e9gions inspirent.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais voici le personnage principal, le h\u00e9ros de cette histoire, Karain, ce roi, non pas de l\u2019ile, mais de cette seule baie de cette ile, personnage solennel, magnifique et d\u00e9risoire \u00e0 la fois. Monarque absolu, v\u00e9n\u00e9r\u00e9 de ses quelques dizaines de guerriers, brave et juste, philosophe, curieux de la civilisation blanche, ami du narrateur et de ses compagnons marchands d\u2019armes, admirateur de la Reine Victoria et ne craignant rien d\u2019autre qu\u2019un fant\u00f4me. Et, vous vous prenez d\u2019admiration et d\u2019affection pour ce roi splendide et th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et puis, un soir, Karain, terrifi\u00e9, rejoint \u00e0 la nage la go\u00e9lette des blancs au mouillage dans la baie et il raconte sa vie d\u2019avant Mindanao et la raison de la terreur qu\u2019il fuit, une longue histoire d\u2019honneur et de vengeance jamais accomplie. Je ne vous en dis pas plus&#8230; pour le cas o\u00f9 vous tomberiez sur cette nouvelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em style=\"font-weight: 400;\">Note\u00a0: La nouvelle dont je viens de vous parler est la premi\u00e8re \u00e0 figurer dans ce recueil. Elle fait partie des \u2018\u2019Histoires inqui\u00e8tes\u2019\u2019 qui furent publi\u00e9es en 1898. Parmi beaucoup d\u2019autres, on y trouve aussi les textes les plus c\u00e9l\u00e8bres de Conrad\u00a0: Jeunesse, Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres, Typhon, La ligne d\u2019ombre, &#8230;., mais ni Lord\u00a0<\/em><i>Jim, ni la Folie Almayer qui\u00a0sont des romans.\u00a0<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture\u00a0: 4 minutes critique ais\u00e9e n\u00b0254 Nouvelles compl\u00e8tes Joseph Conrad Quarto Gallimard \u2013 1504 pages La langue maternelle de Joseph Conrad (1857-1924) \u00e9tait le polonais. Pourtant, toutes ses oeuvres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites en anglais. 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