{"id":41747,"date":"2023-02-03T07:47:33","date_gmt":"2023-02-03T06:47:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=41747"},"modified":"2025-09-06T18:18:31","modified_gmt":"2025-09-06T16:18:31","slug":"nostalgie-18-bouburoche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=41747","title":{"rendered":"Nostalgie n\u00b018 &#8211; Boubouroche"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture\u00a0: 6 minutes <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Boubouroche <\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-41750\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Boubouroche-224x300.png\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Boubouroche-224x300.png 224w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Boubouroche.png 271w\" sizes=\"auto, (max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/>Je ne sais pas pourquoi, tout \u00e0 l\u2019heure, Boubouroche m\u2019est brusquement revenu en m\u00e9moire. Boubouroche, pour moi, c\u2019\u00e9tait un disque, un 33 tours 1\/3, un 30 centim\u00e8tres. Sa couverture \u00e9tait enti\u00e8rement rouge. On y voyait un petit bonhomme replet et furieux, portant habit noir et grosse moustache, debout sur la main d\u2019une gigantesque et \u00e9l\u00e9gante silhouette de femme au chapeau XIX\u00e8me si\u00e8cle, aux l\u00e8vres rouges et \u00e0 la gorge pigeonnante.\u00a0 En grosses lettres capitales jaunes, on pouvait lire le titre, <em>Boubouroche<\/em> et, en plus petits caract\u00e8res noirs, <em>de Georges Courteline <\/em>et <em>Bernard Blier, Sophie Desmarets, L\u00e9o Campion\u2026<\/em> suivaient les noms de deux ou trois autres com\u00e9diens que j\u2019ai oubli\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comment Boubouroche \u00e9tait arriv\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re de ma chambre d\u2019adolescent, entre Duke Ellington, les Fr\u00e8res Jacques et Georges Brassens, je ne le sais plus.\u00a0 Ce dont je suis<!--more--> certain, c\u2019est que je ne l\u2019avais pas achet\u00e9 moi-m\u00eame et je me demande encore lequel de mes parents ou de leurs amis pouvait avoir eu l\u2019id\u00e9e saugrenue d\u2019offrir \u00e0 un gar\u00e7on de quatorze ans, tiraill\u00e9 entre Lucky Luke et Julien Sorel, l\u2019enregistrement d\u2019un vaudeville presque centenaire dont l\u2019argument \u00e9tait le cocufiage permanent d\u2019un rentier d\u00e9bonnaire par sa jolie ma\u00eetresse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pourtant, ce disque qui devait bien durer pr\u00e8s d\u2019une heure, je r\u00e9alise aujourd\u2019hui que je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9, en entier, des dizaines et des dizaines de fois, seul dans ma chambre, g\u00e9n\u00e9ralement le soir. Dehors, la nuit\u00a0; dans l\u2019appartement, le silence\u00a0; dans la chambre, la douce chaleur du chauffage central, les rideaux tir\u00e9s, la faible lueur d\u2019une lampe de chevet. Le bras du tourne-disques qui se pose en cr\u00e9pitant sur le 33 tours, le haut-parleur Philips qui frappe neuf coups rapides, trois coups longs, et le spectacle qui commence\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je me souviens qu\u2019il d\u00e9butait par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019une longue didascalie. Elle \u00e9tait dite sur un ton neutre par une belle voix ronde comme en avaient les speakers de la radio quand elle s\u2019appelait encore Paris-Inter. J\u2019en ai retrouv\u00e9 le texte sur Google \u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Un petit caf\u00e9 d&rsquo;habitu\u00e9s, qu&rsquo;\u00e9clairent quelques becs de gaz. Au fond, la porte, de chaque c\u00f4t\u00e9 de laquelle, sur les vitres de la fa\u00e7ade, des affiches qui tournent le dos.<br \/>\n<\/em><em>\u00c0 droite, vu de profil, le comptoir, o\u00f9 tr\u00f4ne une pompeuse caissi\u00e8re ; puis une s\u00e9rie de tables de marbre qui viennent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avant-sc\u00e8ne.<br \/>\n<\/em><em>\u00c0 gauche, longeant le mur, une \u00e9gale quantit\u00e9 de tables.<br \/>\n<\/em><em>Au centre, une table isol\u00e9e, charg\u00e9e de journaux et de brochures.<br \/>\n<\/em><\/span><em><span style=\"color: #0000ff;\">Au lever du rideau, outre quelques consommateurs qui s&rsquo;en iront au cours de l&rsquo;acte, un monsieur d&rsquo;\u00e2ge respectable, assis \u00e0 une des tables de droite, devant une tasse de caf\u00e9, s&rsquo;absorbe dans la lecture du Temps. \u00c0 gauche, pr\u00e8s de la rampe, Boubouroche joue la manille avec Potasse, contre MM. Roth et Fouettard, les reins dans la moleskine de la banquette. Grand amateur de bi\u00e8re blonde, il a d\u00e9j\u00e0, devant lui, un beau petit \u00e9chafaudage de soucoupes ; cependant que Fouettard et Roth, qui se sont attard\u00e9s aux cartes et qui n&rsquo;ont pas encore d\u00een\u00e9, ach\u00e8vent par petites gorg\u00e9es l&rsquo;absinthe rest\u00e9e en leurs verres.<\/span>\u00a0<\/em><span style=\"color: #0000ff;\">\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La salle de caf\u00e9, les becs de gaz, la pompeuse caissi\u00e8re, les patronymes des personnages, le jeu de cartes, les boissons, la pile de soucoupes, le d\u00e9cor et l\u2019\u00e9poque \u00e9taient plant\u00e9s. Et puis la voix reprenait, \u00e9num\u00e9rant les personnages en sc\u00e8ne .<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Sc\u00e8ne premi\u00e8re : BOUBOUROCHE, POTASSE, ROTH, FOUETTARD, CONSOMMATEURS.<\/em><\/span>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et la pi\u00e8ce pouvait commencer :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab \u2014\u00a0<em>C\u2019est pour la paix que mon marteau travaille,<br \/>\n<\/em><\/span><em><span style=\"color: #0000ff;\">Loin des combats je vis en libert\u00e9\u2026<\/span>\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait Boubouroche qui, en abattant sa carte, chantonnait le refrain du \u00ab\u00a0Forgeron de la paix\u00a0\u00bb. Cette chanson anarchiste , je m\u2019en souviens encore, du moins les premiers vers, le seuls qui soient repris dans la pi\u00e8ce\u00a0 :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0\u2026 <em>Je fa\u00e7onne l\u2019acier qui sert \u00e0 la semaille<br \/>\n<\/em><em>Et ne forge du fer que pour l\u2019humanit\u00e9.<\/em>\u00a0<\/span>\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Boubouroche, c\u2019\u00e9tait Blier. M\u00eame sans le voir, juste \u00e0 sa voix, \u00e0 sa diction, je le devinais enrob\u00e9, gentil, na\u00eff, satisfait. Il jouait \u00e0 la manille avec ses amis, content, heureux de leur payer des bocks, conscient d\u2019\u00eatre pour eux ce qu\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque une poire, une bonne poire. Dans le deuxi\u00e8me acte, on le retrouvera chez lui, avec sa gentille maitresse, content, heureux de la regarder faire de la broderie, alors qu\u2019elle cache son amant dans une grande armoire qu\u2019elle a am\u00e9nag\u00e9e pour son confort. Mais peu importe la pi\u00e8ce, peu importe que Boubouroche soit exploit\u00e9 par ses amis, par sa maitresse, par son amant, peu importe que Boubouroche soit une bonne poire et peu importe le d\u00e9nouement de la pi\u00e8ce que j\u2019ai d\u2019ailleurs oubli\u00e9, mais qui devait \u00eatre du genre \u00a0\u00bb<em>Boubouroche cocu et content<\/em>\u00a0\u00bb. Ce qui me plaisait en fait,\u00a0 c\u2019\u00e9tait l\u2019ambiance dans laquelle me plongeait ce disque.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La prise de son \u00e9tait absolument parfaite, la diction, l\u2019articulation\u00a0 des com\u00e9diens \u00e9taient impeccables, il n\u2019y avait aucun bruit d\u2019ambiance, toutes les voix \u00e9taient au m\u00eame niveau. Dans cette \u00ab\u00a0mise en ondes\u00a0\u00bb, c\u2019\u00e9tait l\u2019expression consacr\u00e9e \u00e0 Paris Inter, il n\u2019y avait aucune recherche de r\u00e9alisme, l\u2019enregistrement \u00e9tait aussi plat que le sont des d\u00e9cors de carton-p\u00e2te. J\u2019\u00e9coutais la voix chaleureuse et gaie de Renard Blier, la voix claire et pr\u00e9cise de Sophie Desmarets,\u00a0 la voix mielleuse de Leo Campion, je connaissais chaque r\u00e9plique, chaque intonation, chaque col\u00e8re de Boubouroche, chaque rouerie de Sophie Desmarets, Je n\u2019\u00e9tais pas dans ma chambre mais, dans cette douce chaleur, dans cette demi obscurit\u00e9, j\u2019\u00e9tais au th\u00e9\u00e2tre, aussi souvent que je le voulais.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Plus tard, beaucoup plus tard, je suis all\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre, je veux dire : vraiment. Et l\u00e0, souvent les choses se sont g\u00e2t\u00e9es, les lecteurs r\u00e9guliers du Journal des Coutheillas le savent. Je ne retrouvais pas la douce ti\u00e9deur de ma chambre, mais la canicule des corbeilles, pas davantage le confort de mes coussins sur le lit, mais la raideur et l\u2019\u00e9troitesse des fauteuils d\u2019orchestre, pas le silence religieux propice \u00e0 l\u2019\u00e9coute du texte, mais le brouhaha, la toux et les rires \u00e0 contre-temps, pas la sonorit\u00e9 soyeuse de mon tourne-disque, mais l\u2019acoustique d\u00e9fectueuse des corbeilles et des loges, pas la parole haute et claire de Blier et de Desmarets mais la bouillie chuchot\u00e9e des nouveaux com\u00e9diens. Et je ne parle pas du texte (\u00a0\u00bbLe texte, coco ! Toujours le texte ! disait Jouvet\u00a0\u00bb)\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si bien que, bien vite, je me suis limit\u00e9 \u00e0 Shakespeare pour le texte, et \u00e0 Feydeau pour le rythme. Avec quelques exceptions pour le Misanthrope, Ph\u00e8dre ou B\u00e9r\u00e9nice. C\u2019est tout\u00a0? C\u2019est tout ou presque, mais qu\u2019est-ce que vous voulez ? On joue tellement Michalik et Veber, si peu Guitry et Giraudoux et plus du tout Anouilh.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce soir, j\u2019\u00e9couterais bien Blier dans Boubouroche, mais un jour, j\u2019ai donn\u00e9 tous mes vinyles, Ellington, Brassens et Boubouroche. Tout le toutim !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est fou ce qu\u2019ils me manquent\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture\u00a0: 6 minutes Boubouroche Je ne sais pas pourquoi, tout \u00e0 l\u2019heure, Boubouroche m\u2019est brusquement revenu en m\u00e9moire. Boubouroche, pour moi, c\u2019\u00e9tait un disque, un 33 tours 1\/3, un 30 centim\u00e8tres. Sa couverture \u00e9tait enti\u00e8rement rouge. 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