{"id":4059,"date":"2015-08-30T07:07:31","date_gmt":"2015-08-30T05:07:31","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=4059"},"modified":"2022-08-13T08:02:12","modified_gmt":"2022-08-13T06:02:12","slug":"premiere-vague","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=4059","title":{"rendered":"Premi\u00e8re vague"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #33cccc;\"><em>temps de lecture : 18 minutes<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette \u00e9poque, \u00a0mes parents louaient \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e une maison foresti\u00e8re en Normandie. Adoss\u00e9e \u00e0 la for\u00eat de Lyons, elle dominait une petite vall\u00e9e verdoyante travers\u00e9e par un ru, le Fouille-Broc. Sur la cr\u00eate de la colline d&#8217;en face, deux fois par jour, \u00e0 travers les trous du bocage, on pouvait voir passer le petit train laitier. Dans la maison, il n&#8217;y avait ni eau courante, ni chauffage, juste une chemin\u00e9e et un peu d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Nous y passions tous nos week-ends et toutes nos vacances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est la raison pour laquelle, \u00e0 onze ans, je n&#8217;avais encore jamais vu la mer. Pourtant, la lecture des livres de Jules Verne, et surtout les gravures qui les illustraient m&#8217;en avaient donn\u00e9 <!--more-->des \u00a0visions assez pr\u00e9cises : parfois \u00e9tendue de plomb immense et grise, \u00e0 peine ondul\u00e9e sous de gros nuages sombres roulant \u00e0 l&#8217;horizon, parfois montagnes gigantesques d&#8217;eau noire couronn\u00e9es de griffes blanches mena\u00e7ant un fr\u00eale esquif empli de p\u00eacheurs barbus aux bouches grande ouvertes et aux yeux exorbit\u00e9s. Il arrivait m\u00eame qu&#8217;un monstre marin \u00e0 gigantesques tentacules ou \u00e0 m\u00e2choire \u00e9norme en \u00e9merge \u00e0 moiti\u00e9. Tout cela m&#8217;effrayait un peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non que j&#8217;aie \u00e9t\u00e9 un enfant particuli\u00e8rement peureux. Depuis un an, j&#8217;avais le droit de m&#8217;aventurer tout seul au plus profond de la for\u00eat, avec pourtant l&#8217;interdiction d&#8217;emprunter ou de traverser les &#8220;routes goudronn\u00e9es&#8221;. Presque chaque jour, quand le temps le permettait, j&#8217;enfon\u00e7ais ma casquette verte jusqu\u2019aux oreilles, je mettais mon fusil \u00e0 fl\u00e9chettes en bandouli\u00e8re\u00a0et je partais sur mon v\u00e9lo. En un an, de week-ends en vacances scolaires, \u00a0j&#8217;avais parcouru presque toutes les all\u00e9es foresti\u00e8res depuis la maison jusqu&#8217;\u00e0 Lyons. Parfois, je fon\u00e7ais \u00e0 toute allure le long de chemins parfaitement rectilignes qui filaient entre les futaies ou les taillis. Parfois, je posais mon v\u00e9lo dans les foug\u00e8res au bord du chemin et je m&#8217;enfon\u00e7ais dans les fourr\u00e9s en suivant un sentier de chasseur ou une coul\u00e9e de gibier. Souvent, je d\u00e9rangeais une multitude de lapins ou quelque faisan isol\u00e9 qui s&#8217;envolait \u00e0 grand bruit. Une fois, j&#8217;avais m\u00eame vu une biche en train de brouter dans une petite clairi\u00e8re. Elle \u00e9tait plus grosse qu&#8217;un \u00e2ne. Elle avait relev\u00e9 la t\u00eate pour me regarder tout en continuant \u00e0 m\u00e2chonner son herbe d&#8217;un air indiff\u00e9rent, tandis que je n&#8217;osais plus bouger. Au bout d&#8217;un instant, elle s&#8217;\u00e9tait calmement d\u00e9tourn\u00e9e pour s&#8217;enfoncer lentement dans le bois. Une autre fois, j&#8217;avais vu trois sangliers d&#8217;un seul coup. C&#8217;\u00e9tait dans une longue descente entre deux taillis. Les trois monstres \u00e9taient l\u00e0 devant moi, \u00e0 moins de cinquante m\u00e8tres, le groin au sol, en train de manger quelque chose en plein milieu du chemin. J&#8217;avais serr\u00e9 doucement les freins et m&#8217;\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 sans bruit pour les contempler. Lorsque l&#8217;un d&#8217;entre eux avait relev\u00e9 la t\u00eate et m&#8217;avait aper\u00e7u, il avait pris un petit trot tranquille pour dispara\u00eetre dans les fourr\u00e9s o\u00f9 les deux autres l\u2019avaient suivi comme \u00e0 regret. Apr\u00e8s ces rencontres majestueuses, je n&#8217;avais plus eu peur de rien, mis \u00e0 part les serpents et les frelons. Et les chauves-souris.<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/508-15-07-2010-17-HEURES.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4440\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/08\/508-15-07-2010-17-HEURES-150x150.jpg\" alt=\"508-15 07 2010 17 HEURES\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, je n&#8217;\u00e9tais pas particuli\u00e8rement peureux. Mais la crainte de la mer\u00a0restait confus\u00e9ment pr\u00e9sente dans un coin de mon cerveau. A vrai dire, \u00e7a ne me pr\u00e9occupait pas beaucoup car, entre mes balades du jeudi au jardin du Luxembourg et mes courses du dimanche \u00e0 travers la for\u00eat, j&#8217;estimais que je n&#8217;avais pas plus \u00e0 craindre de la mer que de la b\u00eate du G\u00e9vaudan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, un soir de mai, pendant que nous d\u00eenions devant la grande fen\u00eatre ouverte sur le balcon du cinqui\u00e8me \u00e9tage, mon p\u00e8re annon\u00e7a que, cette ann\u00e9e, en juillet, nous irions au Cap-Ferret. Il avait trouv\u00e9 une maison \u00e0 louer o\u00f9 nous serions tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot Cap avait commenc\u00e9 de m&#8217;inqui\u00e9ter un peu. Est-ce que ce Cap \u00e9tait au bord de la mer ? Je craignais de poser la question de peur de conna\u00eetre la r\u00e9ponse. Je restai silencieux et \u00e9coutai de toutes mes oreilles. La confirmation ne tarda pas \u00e0 venir quand ma s\u0153ur Zo\u00eb demanda :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Alors, on pourra faire du bateau ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais bien s\u00fbr, dit mon p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Chic, alors ! dit cette grande gourde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne comprenais pas la joie qu&#8217;elle manifestait. Comment Zo\u00eb, toute idiote et bizarre qu&#8217;elle soit, pouvait-elle se r\u00e9jouir d&#8217;aller naviguer parmi des p\u00eacheurs hirsutes\u00a0sur des flots noirs et mena\u00e7ants \u00a0et sous lesquels rodaient \u00a0sans doute de gigantesques et dangereuses cr\u00e9atures ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu plus tard, l&#8217;atlas du salon me confirmait que ce Cap-l\u00e0 \u00e9tait bien au bord de la mer. Pourtant, le gros livre apportait une pr\u00e9cision int\u00e9ressante : le Cap-Ferret &#8220;<em>se refermait sur le bassin d&#8217;Arcachon qu\u2019il isolait presque compl\u00e8tement de l\u2019Oc\u00e9an Atlantique<\/em>&#8220;. Le bassin d&#8217;Arcachon&#8230;Je fis imm\u00e9diatement le rapprochement avec un autre bassin qui m&#8217;\u00e9tait bien familier, celui du Luxembourg. Ne pouvant imaginer qu&#8217;une sorte de grande cuvette puisse \u00eatre le si\u00e8ge de temp\u00eates ou abriter des monstres abyssaux, ce soir-l\u00e0, je m&#8217;endormis presque rassur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cinq semaines plus tard, nous arrivions tard dans la nuit au Cap Ferret. Lorsque, au bout d\u2019un chemin cahoteux, \u00a0la voiture s&#8217;arr\u00eata devant la maison, les phares \u00e9clair\u00e8rent une fa\u00e7ade aux volets ferm\u00e9s et par-del\u00e0 la maison, une forte pente de sable qui grimpait sous les pins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013Regarde, dit ma m\u00e8re, on est tout pr\u00e8s de la dune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que ce bruit ? demandai-je, un peu inquiet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013C&#8217;est surement la mer, dit ma s\u0153ur. Elle est doit \u00eatre juste de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 C&#8217;est la mer ou c&#8217;est le bassin ? On m&#8217;avait dit que c&#8217;\u00e9tait le bassin &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Ah, non, mon petit ! Le bassin, c&#8217;est de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du Cap. L\u00e0, juste derri\u00e8re, c\u2019est l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mis\u00e8re ! Nous \u00e9tions tout pr\u00e8s de la mer, pire, de l\u2019Oc\u00e9an, tout pr\u00e8s de ce monde hostile qui rugissait au bout du jardin\u00a0! Mais je me fis une raison : au moins la dune \u00a0nous prot\u00e9geait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le long voyage en voiture, l&#8217;excitation de parcourir la maison et de d\u00e9couvrir les chambres, la table de ping-pong, les v\u00e9los dans le garage et le sable qui s\u2019infiltrait partout me fit oublier un peu la pr\u00e9sence mena\u00e7ante.\u00a0J&#8217;allai me coucher \u00e9puis\u00e9, et malgr\u00e9 le bruit obs\u00e9dant des vagues, je m&#8217;endormis facilement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me r\u00e9veillai en sursaut, le visage br\u00fblant. Un rayon de soleil, presque horizontal, passait sous les branches des grands pins et traversait le volet de ma chambre par l&#8217;\u00e9troit petit c\u0153ur qui y \u00e9tait d\u00e9coup\u00e9 pour venir chauffer ma joue. Je me levai et traversai le parquet l\u00e9g\u00e8rement ensabl\u00e9 pour atteindre la fen\u00eatre et ouvrir doucement les volets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma chambre \u00e9tait au rez-de-chauss\u00e9e, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle de ma s\u0153ur tandis que mes parents dormaient au premier \u00e9tage. Je n&#8217;avais pas de montre mais, au calme qui r\u00e9gnait partout, je sentais bien qu&#8217;il \u00e9tait tr\u00e8s t\u00f4t. Le temps \u00e9tait magnifique. Il faisait frais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans faire de bruit, je sortis par la fen\u00eatre en pyjama. Je marchais un peu dans le jardin, je tournai autour de la maison. Que du sable et des aiguilles de pin. Sans vraiment le vouloir, je me retrouvai au pied de la dune.\u00a0Dans cette partie du jardin, entre le dos de la maison et la dune, abrit\u00e9 par le toit que formaient les grands arbres, il n\u2019y avait pas un bruit, pas un souffle. Sans le roucoulement tout proche d\u2019une tourterelle invisible, je me serais senti comme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une grande salle aux murs lumineux, \u00e0 l\u2019abri, prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pins parasol, le sable, la dune et la maison toute proche, tout \u00e7a \u00e9tait plut\u00f4t rassurant. Le petit d\u00e9jeuner semblant encore tr\u00e8s loin, je d\u00e9cidai de tenter l&#8217;aventure. Je retournai dans ma chambre et en ressortis aussit\u00f4t par la fen\u00eatre, muni de ma casquette verte et de mon fusil \u00e0 fl\u00e9chettes en bandouli\u00e8re. Je commen\u00e7ai \u00e0 gravir la colline de sable. La pente \u00e9tait raide. Le sol \u00e9tait doux et froid sous mes pieds nus. A chaque pas, le sol s\u2019effondrait un peu sous mon poids et m\u2019obligeait \u00e0 lever haut les jambes. De temps en temps, une aiguille de pin venait me piquer sous la plante d\u2019un pied et je sautillais sur l\u2019autre \u00a0pour pouvoir m&#8217;en d\u00e9barrasser. Bient\u00f4t, je sortis de l&#8217;ombre des pins. Le sommet \u00e9tait tout proche. Je grimpai encore pendant quelques m\u00e8tres et parvins \u00e0 la cr\u00eate. Je m\u2019attendais \u00e0 voir enfin la mer, mais derri\u00e8re cette cr\u00eate, il y en avait encore une autre. Entre les deux, s\u2019\u00e9tendait une vall\u00e9e peu profonde, grande cuvette de sable parsem\u00e9 de plantes grasses et piquantes, de bouquets de chiendent, de pourpiers et de genets et jonch\u00e9 de branches mortes blanchies par le soleil et de pommes de pin apport\u00e9es par le vent. Je fus transport\u00e9 aussit\u00f4t dans le d\u00e9sert d\u2019Arizona. Les plantes grasses \u00e9taient des cactus, les genets, des villages indiens et les branches, des cr\u00e2nes de bisons dess\u00e9ch\u00e9s. Je pris mon fusil en main et avan\u00e7ai avec circonspection. J&#8217;\u00e9tais un cow-boy perdu en territoire Navajo. Je venais juste d\u2019achever d&#8217;une balle dans la t\u00eate mon fid\u00e8le cheval, bless\u00e9 au ventre par une fl\u00e8che empoisonn\u00e9e. Je me jetai \u00e0 terre, mourant de soif, pour progresser \u00a0en rampant vers le sommet de la colline derri\u00e8re laquelle devait appara\u00eetre le fleuve rouge qui me sauverait d&#8217;une mort atroce. \u00a0Le soleil commen\u00e7ait \u00e0 br\u00fbler mon dos \u00e0 travers le l\u00e9ger tissu de mon pyjama ray\u00e9.\u00a0J\u2019allais mourir bient\u00f4t et je voyais d\u00e9j\u00e0 quelques vautours entamer leur sinistre ronde au-dessus de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque j\u2019atteignis la deuxi\u00e8me cr\u00eate, j\u2019\u00e9tais r\u00e9ellement \u00e9puis\u00e9. La sueur coulait de mon front et me brulait les yeux. Je me retournai sur le c\u00f4t\u00e9, puis je m\u2019assis dans le sable. J\u2019\u00f4tai ma casquette et m\u2019essuyais le visage du dos de la main. Enti\u00e8rement absorb\u00e9 par mon jeu solitaire, j\u2019avais oubli\u00e9 ce pourquoi j\u2019\u00e9tais venu jusque-l\u00e0\u00a0 et \u00e0 quoi je tournais le dos. Au bout de quelques instants, je roulais \u00e0 nouveau sur le c\u00f4t\u00e9 et, appuy\u00e9 sur un coude, je commen\u00e7ai \u00e0 me relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est d\u2019abord le vent qui m\u2019a ramen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, un vent l\u00e9ger, frais, bienfaisant, un vent dont j\u2019avais \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 jusque-l\u00e0 dans la fournaise de la cuvette. Je me suis redress\u00e9 compl\u00e8tement pour m\u2019exposer tout entier \u00e0 la brise. Les pans de ma veste se sont mis \u00e0 battre doucement mes hanches et j\u2019ai senti tout mon corps se rafraichir en un instant. De la manche, j\u2019ai essuy\u00e9 la sueur qui troublait encore ma vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et j\u2019ai vu. A mes pieds, dans l\u2019ombre de la dune, j\u2019ai vu la forte pente de sable immacul\u00e9. Plus bas, en plein soleil, j\u2019ai vu la bande jaune vif de sable sec, creus\u00e9e de milliers de petits crat\u00e8res irr\u00e9guliers, comme autant de dunes en miniatures. Ici, j\u2019ai vu les restes de branches calcin\u00e9es rassembl\u00e9es autour de ce qui avait \u00e9t\u00e9 un feu de camp. L\u00e0, j\u2019ai vu une petite montagne surmont\u00e9e d\u2019un roseau plant\u00e9 \u00e0 son sommet, vestiges d\u2019un ch\u00e2teau de sable d\u00e9j\u00e0 ancien. Plus loin, j\u2019ai vu une ligne sombre et sinueuse, form\u00e9e d\u2019algues \u00e9chou\u00e9es et de lambeaux de filets m\u00eal\u00e9s \u00e0 des morceaux de bois d\u00e9cap\u00e9s. Encore plus loin, j\u2019ai vu l\u2019\u00e9tendue brune et luisante du sable mouill\u00e9, ses formes arrondies stri\u00e9es de rides comme celles de la paume d\u2019une main, ses flaques d\u2019eau frissonnantes et ses rigoles ramifi\u00e9es qui disparaissaient \u00a0au loin. Et puis, au-del\u00e0 de tout \u00e7a, j\u2019ai vu la procession des petites vagues mourantes, festons couronn\u00e9s de blanc, dont les arcs de cercle disparaissaient sans cesse sous l\u2019arc qui les suivait, plus rapide. Encore plus loin, j\u2019ai vu l\u2019\u00e9tendue grise et plate de la mar\u00e9e basse, \u00e0 peine ray\u00e9e de longues vagues basses. Et puis, j\u2019ai vu la surface ondulante et bleu-vert du large, limit\u00e9e au loin par la ligne plus sombre de l\u2019horizon. Et puis le ciel, transparent, sans nuage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps, je suis rest\u00e9 l\u00e0, fig\u00e9, debout, les bras ballants, face \u00e0 cette immensit\u00e9. Et puis, j\u2019ai regard\u00e9 \u00e0 droite, \u00e0 gauche, et c\u2019\u00e9tait l\u2019infini.\u00a0J\u2019avais la bouche s\u00e8che et la gorge nou\u00e9e. Je n\u2019avais jamais rien vu d\u2019aussi grand. Un court sanglot a secou\u00e9 mes \u00e9paules.\u00a0J\u2019avais presque froid. J\u2019ai jet\u00e9 \u00e0 terre ma casquette verte et mon fusil \u00e0 fl\u00e9chettes\u00a0et je me suis lanc\u00e9 dans la pente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je courais. Mes jambes s\u2019enfon\u00e7aient dans le sable jusqu\u2019aux mollets. Mes enjamb\u00e9es devenaient de plus en plus longues et rapides. Je courais. J\u2019avais l\u2019impression de voler. J\u2019\u00e9cartais les bras, bien tendus, les paumes des mains tourn\u00e9es vers le sol. Je faisais l\u2019avion. Je courais. Quand j\u2019arrivai sur le plat du sable sec, sous le choc, mes jambes fl\u00e9chirent d\u2019un coup mais, par un effort qui me fit mal aux cuisses, je r\u00e9ussis \u00e0 poursuivre ma course sans tomber. Je courais. Je franchis la plage de sable sec en dix foul\u00e9es. Je sautais la barre des algues dans l\u2019\u00e9lan et sans effort. Je courais. Quand le sable dur et mouill\u00e9 vint frapper la plante de mes pieds, j\u2019acc\u00e9l\u00e9rai encore. Je courais. Sans d\u00e9vier, je traversais les flaques d\u2019eau. J\u2019en faisais jaillir des gerbes qui venaient tremper mon pyjama et le collait \u00e0 mes jambes. Je courais. Des oiseaux blancs s\u2019\u00e9cartaient de ma route en hochant la t\u00eate et s\u2019envolaient pour se poser \u00e0 nouveau un peu plus loin. Je courais. Je crois que je criais aussi, un seul long cri sans modulation qui allait jusqu\u2019au bout de mon souffle et que je reprenais aussit\u00f4t achev\u00e9. Je courais. Mon arriv\u00e9e dans l\u2019eau me for\u00e7a \u00e0 lever les genoux de plus en plus haut puis \u00e0 ralentir. Mais je courais encore. Je jetais mes jambes de droite et de gauche en sautant par-dessus les minuscules vagues. Je dus ralentir encore. J\u2019inclinai mon bras droit vers le sol et mon bras gauche vers le ciel et j\u2019effectuais un long virage sur la droite au bout duquel je m\u2019arr\u00eatais, essouffl\u00e9, pli\u00e9 en deux sur un point de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais de l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux. Les mains sur les hanches, je marchais lentement vers le large, dans cette eau tellement charg\u00e9e de sable en suspension que je ne voyais m\u00eame pas mes doigts de pieds. J\u2019avan\u00e7ais encore. Une vague un peu plus haute vint mouiller le bas de ma veste. Des masses d\u2019eau de plus en plus puissantes enveloppaient mes jambes en tous sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est au moment o\u00f9 je sentis un premier fr\u00f4lement juste derri\u00e8re mon genou que je r\u00e9alisai enfin que j\u2019\u00e9tais dans la mer. Un frisson me parcourut et je reculai vers le rivage en sautillant d\u2019une pointe de pied sur l\u2019autre. \u00a0Un autre fr\u00f4lement. Sans\u00a0 doute un tentacule du calmar g\u00e9ant du Capitaine Nemo. Terreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait un poisson. Je venais de voir son dos affleurer \u00e0 la surface. Il \u00e9tait \u00e0 peine plus grand que ma main. J\u2019arr\u00eatai ma fuite en arri\u00e8re. Je mis mes poings sur les hanches et me campais solidement sur mes deux jambes un peu \u00e9cart\u00e9es pour mieux r\u00e9sister aux pouss\u00e9es d\u00e9sordonn\u00e9es des remous. A chaque nouvelle vague, l&#8217;eau montait un peu plus haut sur mon corps,\u00a0cuisse, ceinture, poitrine, mais je me for\u00e7ais \u00e0 demeurer parfaitement immobile lors de chaque passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sentais peu \u00e0 peu mon c\u0153ur ralentir et ma peur disparaitre.\u00a0Je sentais sans d\u00e9gout le sable s\u2019infiltrer entre mes orteils tandis qu\u2019ils s\u2019enfon\u00e7aient doucement dans le sol.\u00a0Je sentais dor\u00e9navant sans crainte de multiples fr\u00f4lements sous-marins, poissons, algues, tourbillons de sable, \u00e9paves, je ne savais pas.\u00a0Je sentais avec plaisir le puissant brassage que la mar\u00e9e montante exer\u00e7ait sur mes jambes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re chaque vague, une \u00e9tendue d&#8217;eau grise \u00e9tait parcourue de sombres remous qui charriaient des petits chapelets d&#8217;algues noires ou d&#8217;ind\u00e9finissables \u00e9paves. Quand la vague suivante se pr\u00e9cipitait pour venir la recouvrir, quand elle allait m&#8217;atteindre au niveau de la taille, je me dressais sur la pointe des pieds et levais les bras au-dessus de l&#8217;eau pour garder mon \u00e9quilibre. Je me retournais pour la regarder filer vers la plage dans un \u00a0long bruissement qui s\u2019affaiblissait. Dos tourn\u00e9 vers le large, je m&#8217;arc-boutais contre la force du courant. Quelquefois, l&#8217;eau passait par-dessus mes \u00a0\u00e9paules. Ensuite, je me tournais \u00e0 nouveau face \u00e0 l&#8217;oc\u00e9an, pr\u00eat \u00e0 affronter l&#8217;assaut suivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019avais plus peur. J\u2019\u00e9tais dans l\u2019eau, dans la mer, jusqu\u2019\u00e0 la ceinture, et je n\u2019avais pas peur.\u00a0Emerveill\u00e9 par mon propre courage, je restai longtemps \u00e0 braver les vagues qui maintenant me cachaient l\u2019horizon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais bient\u00f4t, je sentis le froid que ma veste d\u00e9tremp\u00e9e plaquait \u00a0sur mes \u00e9paules et sur mon dos. Je fis demi-tour et marchai vers la plage, face au soleil, les bras l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cart\u00e9s, mes mains \u00e0 plat fr\u00f4lant la cr\u00eate des vagues, comme pour affirmer ma domination d\u00e9finitive sur la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois sorti de l\u2019eau, je m\u2019assis sur le sable mouill\u00e9 face \u00e0 la mer, le menton pos\u00e9 sur mes genoux repli\u00e9s dans le cercle de mes bras. Je fixais l&#8217;horizon mais ne le voyais pas. Je pensais que j&#8217;avais march\u00e9 dans la mer, presque nag\u00e9, j&#8217;avais touch\u00e9 des poissons, des algues, des choses \u00e9tranges et invisibles et j&#8217;avais surv\u00e9cu, intact. Aucun monstre gluant, aucune hydre h\u00e9riss\u00e9e ne m&#8217;avait entra\u00een\u00e9 dans les profondeurs pour me d\u00e9chiqueter \u00e0 son aise. Je me sentais puissant, dense, heureux, plein, vivant. Je me promis que, plus jamais, je n&#8217;aurai peur de rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&#8217;observais les franges des vagues mourantes qui montaient vers \u00a0moi \u00a0en \u00a0remplissant les rides du sable et qui venaient disparaitre \u00a0\u00e0 mes pieds en n&#8217;y laissant que quelques bulles fr\u00e9missantes.\u00a0De temps en temps, je me levais et je reculais pour aller m&#8217;asseoir un peu plus haut, toujours rejoint par les vagues. J&#8217;avais enlev\u00e9 ma veste et retrouss\u00e9 les jambes de mon pantalon de pyjama. Le soleil chauffait mon dos et un vent l\u00e9ger rafra\u00eechissait mon visage. Je sentais des odeurs inconnues, m\u00e9lange de fra\u00eecheur sal\u00e9e et de chaleur soufr\u00e9e. Quand une longue vague finissante venait mouiller mes jambes allong\u00e9es, je la laissais faire. Et quand elle se retirait, j&#8217;appuyais mes deux mains \u00e0 plat sur le sable, et la mer, en se retirant, y enfon\u00e7ait mes doigts bien \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque je me relevais pour la dixi\u00e8me fois, je vis qu&#8217;une large \u00e9tendue d&#8217;eau me s\u00e9parait maintenant de la plage. Pendant que je r\u00eavais, l&#8217;eau montante m&#8217;avait contourn\u00e9 pour remplir un large creux que je n&#8217;avais pas remarqu\u00e9 dans ma premi\u00e8re course vers la mer. Comme je restais h\u00e9sitant sur le bord de sa minuscule falaise, une vague passa entre mes jambes pour se pr\u00e9cipiter dans la petite mer ferm\u00e9e. Son bord \u00e9tait abrupt, mais l&#8217;eau y \u00e9tait ti\u00e8de et encore peu profonde. Je la traversai sans trop de peine et arrivais \u00e0 nouveau au sec. Bient\u00f4t, chaque nouvelle vague atteignait la petite mer qui finit par disparaitre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, le spectacle changea. L&#8217;aspect de la mer n&#8217;\u00e9tait plus le m\u00eame. Le vent s&#8217;\u00e9tait un peu lev\u00e9. L&#8217;eau grise de la mar\u00e9e basse avait disparu. Elle avait laiss\u00e9 la place \u00e0 une immense surface bleu fonc\u00e9 qui s&#8217;\u00e9tendait sous le ciel jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;horizon. La pente du sol s&#8217;\u00e9tait raidie et des rouleaux commen\u00e7aient \u00e0 se former pr\u00e8s de la plage. Avan\u00e7ant lentement vers le bord, ils roulaient bri\u00e8vement sur eux-m\u00eames et claquaient s\u00e8chement sur le sable pour se retirer imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apres un calme un peu plus long entre deux vagues successives, je vis un rouleau grandir et se dresser devant moi. Il avan\u00e7ait inexorablement, presque mena\u00e7ant, \u00a0au point qu&#8217;il semblait vouloir monter sur la plage pour me renverser et m&#8217;emporter. Mais bien avant cela, une frange blanche apparut sur sa cr\u00eate et\u00a0se mit \u00e0 glisser sur la pente dans un bruit de torrent. Puis la vague \u00a0se retourna sur elle-m\u00eame pour exploser \u00e0 grand bruit sur le sable o\u00f9 elle rebondit en faisant na\u00eetre des jets d&#8217;eau trouble et de vapeur et des nuages d&#8217;\u00e9cumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette premi\u00e8re vague, premi\u00e8re vraie vague, \u00e9tait d&#8217;une autre nature que celles que je venais d&#8217;affronter victorieusement. Vague puissante, vague impressionnante, irr\u00e9sistible.\u00a0Elle se retira dans un bruit de succion et, dans un grand mouvement de recul, elle partit \u00e0 la rencontre de la vague suivante qu&#8217;elle redressa encore davantage. Un instant ralentie, celle-ci reprit son avance vers le rivage et\u00a0explosa \u00e0 son tour. Mais au lieu de se retirer comme la pr\u00e9c\u00e9dente, elle se m\u00eet \u00e0 avancer vers moi si vite que je n&#8217;eut pas le temps de reculer. L&#8217;eau me prit \u00e0 la hauteur des cuisses et me faucha les jambes. Je tombais violemment, roul\u00e9 dans les remous, bouscul\u00e9, aveugl\u00e9, abreuv\u00e9 et assourdi par les tourbillons, pouss\u00e9 vers la plage puis tir\u00e9 dans la pente. Je r\u00e9ussis pourtant \u00e0 me redresser sans trop de peine, d&#8217;abord \u00e0 quatre pattes, puis debout. J&#8217;avais l\u00e2ch\u00e9 ma veste et mon pantalon \u00e9tait tomb\u00e9 aux chevilles. Abasourdi, je remontais vers la plage quand une nouvelle vague m&#8217;attrapa par derri\u00e8re \u00e0 la hauteur des genoux et me fit tomber sur les fesses. En me relevant \u00e0 nouveau, je vis passer ma veste de pyjama entre deux eaux, mais je ne r\u00e9ussis pas \u00e0 l&#8217;attraper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sorti de l&#8217;eau, d\u00e9fier les vagues devint tout de suite un jeu :\u00a0avancer vers elles, les narguer, leur faire un pied de nez ou leur tirer la langue, puis reculer juste \u00e0 temps pour leur \u00e9chapper. Et puis de temps en temps, se laisser attraper, juste pour rire, juste pour voir, se laisser aller mollement dans les remous, puis reprendre pied, attendre la vague suivante, enfin, bras et jambes tendus, se laisser porter par elle vers la plage, et\u00a0glisser sur l&#8217;eau jusqu&#8217;\u00e0 ce que mon ventre vienne frotter le sable du rivage m\u00eal\u00e9 de petits coquillages \u00e9clat\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La matin\u00e9e passait, merveilleuse, excitante, \u00e9puisante, mais je n&#8217;avais aucune id\u00e9e du temps pendant lequel j&#8217;\u00e9tais parti. A tout hasard, je d\u00e9cidais de rentrer et je me tournai vers la dune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-dessus de moi,\u00a0des gens en chemise la descendaient avec d\u2019infinies pr\u00e9cautions, portant des sacs, des seaux, des pelles, des parasols et m\u00eame des enfants, tandis que d\u2019autres la d\u00e9valaient comme je l\u2019avais fait un peu plus t\u00f4t. J\u2019avais faim et soif. Le versant \u00e9tait maintenant en plein soleil. La pente \u00e9tait forte et pour la remonter, je dus m\u2019aider de mes mains presque tout le temps. Arriv\u00e9 en haut, je retrouvai ma ridicule casquette verte et mon risible fusil \u00e0 fl\u00e9chettes et, quand je traversai \u00e0 nouveau la petite vall\u00e9e surchauff\u00e9e, je n\u2019\u00e9tais plus le cow-boy perdu de l\u2019Arizona, mais un gar\u00e7on fatigu\u00e9 et serein. Je pensais \u00e0 toutes ces choses que j\u2019allais pouvoir raconter tout \u00e0 l\u2019heure\u00a0: le soleil et les dunes, les genets et les branches mortes, les oiseaux, les poissons, et mon combat contre les gigantesques vagues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que je descendais la derni\u00e8re pente et que j\u2019arrivais dans l\u2019ombre des pins du jardin, j\u2019entendis\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ca y est\u00a0! Je l\u2019ai trouv\u00e9\u00a0! Il est l\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait Zo\u00eb qui criait en courant vers moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais qu\u2019est-ce que tu as fichu\u00a0? Tu \u00e9tais o\u00f9\u00a0? \u00c7a fait des heures que tout le monde te cherche\u00a0! Ben mon vieux ! Les parents sont fous\u2026 Tu vas voir l&#8217;engueulade !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je redressai les \u00e9paules et marchai calmement vers la maison. En passant devant Zo\u00eb sans la regarder, je dis\u00a0gravement\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Je suis all\u00e9 dans la mer\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/995-LA-plage.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4062\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/995-LA-plage-300x151.jpg\" alt=\"995-LA plage\" width=\"300\" height=\"151\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/995-LA-plage-300x151.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/995-LA-plage-960x483.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 18 minutes A cette \u00e9poque, \u00a0mes parents louaient \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e une maison foresti\u00e8re en Normandie. Adoss\u00e9e \u00e0 la for\u00eat de Lyons, elle dominait une petite vall\u00e9e verdoyante travers\u00e9e par un ru, le Fouille-Broc. 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