{"id":40361,"date":"2022-12-21T07:47:40","date_gmt":"2022-12-21T06:47:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40361"},"modified":"2025-12-11T16:35:02","modified_gmt":"2025-12-11T15:35:02","slug":"maigret-et-lhomme-du-banc-critique-aisee-n244","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40361","title":{"rendered":"Maigret et l\u2019homme du banc &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0246"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 6 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0246<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Maigret et l\u2019homme du banc<br \/>\n<\/strong>Simenon \u2013 1952<br \/>\n<em>Editions Rencontres \u2013 166 pages <\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bon !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Maintenant que Paris, ses pav\u00e9s et ses marbres<br \/>\net sa brume et ses toits sont l\u00e0 autour de moi,<br \/>\nmaintenant que j\u2019ai laiss\u00e9 en plan Anticyth\u00e8re<br \/>\net ce couple inachev\u00e9 dans la Maison Marie,<br \/>\nmaintenant que je n\u2019\u00e9cris plus de diatribe contre Vladimir Hidalgo, Donald Poutine ou Anne Trum,<br \/>\nmaintenant que les seules choses que j\u2019arrive \u00e0 \u00e9crire, laborieusement, sont des Critiques ais\u00e9es ou des commentaires de commentaires,<br \/>\nmaintenant que le planning du JdC est rempli de vieux articles recycl\u00e9s,<br \/>\nje vais enfin pouvoir me consacrer \u00e0 la paresse, au cin\u00e9ma, et, pourquoi pas, \u00e0 la litt\u00e9rature et m\u00eame peut-\u00eatre \u00e0 rien du tout.<br \/>\nEntendons-nous bien, quand je parle de me laisser aller \u00e0 la litt\u00e9rature, je parle d\u2019en lire, pas d\u2019en faire, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme je ne vois quand m\u00eame pas me mettre \u00e0 lire la Recherche une troisi\u00e8me fois,<br \/>\ncomme j\u2019ai abandonn\u00e9 ma relecture du <!--more-->Voyage \u00e0 la fin du deuxi\u00e8me tiers,<br \/>\ncomme Salammb\u00f4 ne m\u2019a jamais vraiment tent\u00e9<br \/>\net comme L\u2019Education ne vaut pas Madame Bovary,<br \/>\nje devrais m\u2019int\u00e9resser un peu \u00e0 la litt\u00e9rature contemporaine.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Alors, j\u2019\u00e9coute Le Masque et j\u2019\u00e9coute la Plume, et dans le tas des livres discut\u00e9s, j\u2019essaie d\u2019en identifier un ou deux qui ne soit pas une autobiographie, un t\u00e9moignage ou un document,\u00a0parce que ce dont j\u2019ai besoin, c\u2019est un roman.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais je tombe sur un barrage de Beigbeder, sur les bronches de Blier<br \/>\nquand ce n\u2019est pas sur un vieux serpent exhum\u00e9 par Pierre Lemaitre, un Connard m\u00e9prisant\u00a0ou sur une Anomalie virtuose et sans \u00e2me mais couronn\u00e9e d\u2019un Goncourt,<br \/>\net je m\u2019\u00e9nerve devant tout ce temps et cet argent perdu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour le temps, on sait<br \/>\nque tout le temps qui passe ne se rattrape gu\u00e8re,<br \/>\nque tout le temps perdu, ne se rattrape plus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On n\u2019y peut rien, c\u2019est comme \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais pour ce qui est de l\u2019argent, il y a moyen de faire quelque chose, par exemple red\u00e9couvrir ces collections \u00e0 2 euros qui vous servent du Maupassant, du Tourgueniev, du S\u00e9n\u00e8que aussi bien que du n\u2019importe quoi. Alors j\u2019en ai relu, du Maupassant, du Tourgueniev, du S\u00e9n\u00e8que \u2014 ah! S\u00e9n\u00e8que, tr\u00e8s d\u00e9cevant, S\u00e9n\u00e8que ! \u2014 et du n\u2019importe quoi. Et j\u2019en ai eu du n\u2019importe quoi, mais au moins quand c\u2019est mauvais, c\u2019est court.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Par contre, quand c\u2019est bon, c\u2019est court aussi et donc, c\u2019est frustrant. Alors on se dit qu\u2019on ne peut pas passer son temps \u00e0 lire des trucs aussi courts dans lesquels on n\u2019a \u00e0 peine le temps de s\u2019installer que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 fini.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Du coup, j\u2019ai pioch\u00e9 dans une belle collection reli\u00e9e des \u0153uvres compl\u00e8tes de Simenon dont un jour on me fit cadeau.<br \/>\nEt je suis tomb\u00e9, presque par hasard, sur un Maigret des ann\u00e9es 50, <em>Maigret et l\u2019homme du banc<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je ne l\u2019avais jamais lu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Vers l\u2019\u00e2ge de 15 ans sans doute, indispos\u00e9 par les insupportables petites cellules grises d\u2019Hercule Poirot, agac\u00e9 par les poses myst\u00e9rieuses de Sherlock Holmes, tr\u00e8s vite lass\u00e9 par les lourdeurs de B\u00e9rurier et les fantasmes de Malko Linge, je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 lire Maigret. J\u2019en ai surement lu beaucoup, des Maigret. D\u00e9j\u00e0 intoxiqu\u00e9 par Paris, j\u2019aimais la description de ces quartiers sous la pluie de novembre ou la chaleur du mois d&rsquo;ao\u00fbt, de ces petits m\u00e9tiers aujourd\u2019hui disparus qui cr\u00e9aient ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la mixit\u00e9 sociale, j\u2019aimais \u00eatre plong\u00e9 dans ces ambiances du 36 quai des Orf\u00e8vres, de la Brasserie Dauphine, des interrogatoires dans les fum\u00e9es de tabac&#8230;<br \/>\nEt puis aussi, je n\u2019avais pas tard\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir que Simenon n\u2019\u00e9crivait pas que des Maigret.\u00a0 <em>En cas de malheur <\/em>en particulier avait plong\u00e9 l\u2019adolescent que j\u2019\u00e9tais dans un monde de sensualit\u00e9, plus \u00e9voqu\u00e9e que d\u00e9crite, mais c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque qui voulait \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai donc pris le joli volume reli\u00e9 qui s\u2019ouvrait sur <em>Maigret et l\u2019homme du banc<\/em>, suivi de deux autres enqu\u00eates de l\u2019homme \u00e0 la pipe. Je me voyais d\u00e9j\u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans un quartier de Paris, cette fois-ci celui de la Porte Saint-Martin, sous une m\u00e9t\u00e9o soigneusement \u00e9voqu\u00e9e par les r\u00e9flexions de Madame Maigret et les manteaux de Jules. J\u2019allais rencontrer des petites gens, bien braves, et des autres, mesquins, \u00e9triqu\u00e9s, \u00e9troits, aigris. J\u2019allais retrouver le petit Janvier, l\u2019inspecteur Lucas, un juge d\u2019instruction timor\u00e9 ou exigeant, tout un monde que j\u2019avais abandonn\u00e9 plus d\u2019un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t. J\u2019ouvris le livre\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Pour Maigret, la date \u00e9tait facile \u00e0 retenir, \u00e0 cause de l\u2019anniversaire de sa belle-s\u0153ur, le 19 octobre. Et c\u2019\u00e9tait un lundi, il devait s\u2019en souvenir aussi, parce qu\u2019il est admis au Quai des Orf\u00e8vres que les gens se font rarement assassiner le lundi. Enfin, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re enqu\u00eate, cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e0 avoir un go\u00fbt d\u2019hiver.<br \/>\n<\/em><em>Il avait plu tout le dimanche, une pluie froide et fine, les toits et les pav\u00e9s \u00e9taient d\u2019un noir luisant, et un brouillard jaun\u00e2tre semblait s\u2019insinuer par les interstices des fen\u00eatres, \u00e0 tel point que Madame Maigret avait dit\u00a0:<br \/>\n<\/em><em>\u2013Il faudra que je pense \u00e0 faire placer des bourrelets.<br \/>\n<\/em><em>Depuis cinq ans au moins, chaque automne, Maigret promettait d\u2019en poser le prochain dimanche.<br \/>\n<\/em><em>\u2013Tu ferais mieux de mettre ton gros pardessus.<br \/>\n<\/em><em>\u2013O\u00f9 est-il\u00a0?<br \/>\n<\/em><em>\u2013Je vais le chercher.<br \/>\n<\/em><em>\u00c0 huit heures et demie, on gardait encore de la lumi\u00e8re dans les appartements, et le pardessus de Maigret sentait la naphtaline(&#8230;)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00c7a y \u00e9tait, c&rsquo;\u00e9tait parti. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 en plein dedans, content, confortable, dans cet \u00e9tat de demi conscience que donne une bonne digestion dans un cadre agr\u00e9able et familier tandis qu\u2019il vente dehors\u00a0; je ronronnais presque.\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\">Les personnages se succ\u00e9daient, Louis Thouret , la victime, soumis \u00e0 son \u00e9pouse dominatrice et m\u00e9prisante, employ\u00e9 mod\u00e8le licenci\u00e9, sans travail depuis deux ans et le cachant \u00e0 sa femme ; Monique, sa fille, volontaire, int\u00e9ress\u00e9e\u00a0; la brave concierge de la rue de Bondy\u00a0; les souliers jaunes de Louis, son train de vie inexplicable\u00a0; Mme Mach\u00e8re, la maitresse de Louis, toute semblable \u00e0 son \u00e9pouse. Albert Jorisse, le gringalet, faux \u00e9tudiant, amant m\u00e9pris\u00e9 de Monique\u00a0; Jef, l\u2019ancien du cirque&#8230; Tout cela avan\u00e7ait bien, et puis\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Maigret d\u00e9jeuna seul dans son coin, \u00e0 la Brasserie Dauphine. C\u2019\u00e9tait un signe, d\u2019autant plus qu\u2019aucune besogne urgente ne l\u2019emp\u00eachait d\u2019aller manger chez lui. Comme d\u2019habitude, plusieurs inspecteurs du Quai prenaient l\u2019ap\u00e9ritif et le suivirent des yeux quand il se dirigea vers sa table, toujours la m\u00eame, pr\u00e8s d\u2019une des fen\u00eatres, d\u2019o\u00f9 il pouvait voir couler la Seine.<br \/>\n<\/em><em>Sans mot dire, les inspecteurs, qui n\u2019appartenaient pourtant pas \u00e0 son service, \u00e9chang\u00e8rent un coup d\u2019\u0153il. Quand Maigret avait cette d\u00e9marche lourde, ce regard un peu vague, cet air que les gens prenaient pour de la mauvaise humeur, tout le monde, \u00e0 la PJ, savait ce que cela signifiait. Et, si on se permettait un sourire, on n\u2019en ressentait pas moins un certain respect, car cela finissait t\u00f4t ou tard de la m\u00eame fa\u00e7on\u00a0: un homme \u2014 ou une femme \u2014 qui avouait son crime.<br \/>\n<\/em><em>\u2014 Le veau marengo est bon\u00a0?<br \/>\n<\/em><em>\u2014 Mais oui, Monsieur Maigret.<br \/>\n<\/em><em>Sans s\u2019en douter, il regardait le gar\u00e7on du m\u00eame \u0153il qu\u2019il aurait regard\u00e9 un pr\u00e9sum\u00e9 coupable.<br \/>\n<\/em><em>\u2014 De la bi\u00e8re\u00a0? (&#8230;)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et je r\u00e9alisai d&rsquo;un coup que je nageais en plein clich\u00e9. Bien s\u00fbr, je l&rsquo;avais cherch\u00e9 et bien s\u00fbr, en m\u00eame temps, j\u2019\u00e9tais conscient que, ces clich\u00e9s, c\u2019\u00e9tait Simenon lui-m\u00eame qui les avait cr\u00e9\u00e9s, que, du temps o\u00f9 il les \u00e9crivait, ils n\u2019\u00e9taient pas encore devenus des lieux communs. Pourtant, je n\u2019arrivais pas \u00e0 me d\u00e9faire de l\u2019impression de lire un pastiche, et si un pastiche de quelques pages, \u00e7a peut \u00eatre amusant, un pastiche de 166 pages, c\u2019est long. Je laissais tomber Louis Thouret, Jules Maigret, l\u2019inspecteur Lucas et Georges Simenon avec.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une heure plus tard, je fon\u00e7ai \u00e0 La Compagnie, la libraire de la rue des \u00c9coles, et je d\u00e9nichai un bon vieux Donald Westlake de 1966 et de 241 pages pour 7,15\u20ac. Je le commen\u00e7ai juste apr\u00e8s d\u00e9jeuner et me mis \u00e0 ronronner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 6 minutes\u00a0 Critique ais\u00e9e n\u00b0246 Maigret et l\u2019homme du banc Simenon \u2013 1952 Editions Rencontres \u2013 166 pages Bon ! 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