{"id":40165,"date":"2023-03-27T07:47:24","date_gmt":"2023-03-27T05:47:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40165"},"modified":"2023-03-27T18:11:01","modified_gmt":"2023-03-27T16:11:01","slug":"rendez-vous-a-samarra-critique-aisee-n242","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40165","title":{"rendered":"Rendez-vous \u00e0 Samarra &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0257"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><span style=\"color: #008080;\"><em>\u00a0<\/em><em>Temps de lecture\u00a0: 5 minutes <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00a0<\/em><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0257<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-40167 alignleft\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-300x204.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-300x204.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-960x651.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-768x521.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-1536x1042.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Samarra-2048x1390.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Rendez-vous \u00e0 Samarra<br \/>\n<\/strong>John O\u2019Hara \u2013 1934<br \/>\n<em>Editions de l\u2019Olivier \u2013 350 pages \u2013 11,90\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Julian English, trente ans, mari\u00e9 avec une des plus jolies femmes de Gibbsville, cette ville moyenne de Pennsylvanie ; bonne \u00e9ducation, issu de la bourgeoisie moyenne, membre de tous les bons clubs, invit\u00e9 \u00e0 toutes les soir\u00e9es de la bonne soci\u00e9t\u00e9, concessionnaire Cadillac pour toute la r\u00e9gion, aim\u00e9 par sa femme, il boit beaucoup et s\u2019ennuie. Ou alors, Grands Dieux, pourquoi, s\u2019il ne s\u2019ennuie pas, pourquoi depuis quelques jours fait-il tout ce qu\u2019il faut pour se faire exclure de son milieu, rejeter par ses amis, pour perdre sa femme, Caroline ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Est-ce parce que, avec ses r\u00e8gles pr\u00e9cises, mais non \u00e9crites, de biens\u00e9ance, Gibbsville l\u2019\u00e9touffe\u00a0?<br \/>\nEst-ce parce que, dans cette ville autrefois mini\u00e8re aujourd\u2019hui en d\u00e9clin du fait de la grande crise de 1929 et du passage progressif du charbon au p\u00e9trole, la bonne soci\u00e9t\u00e9 ne peut maintenir sa fa\u00e7on de vivre qu\u2019en mangeant son capital\u00a0?<br \/>\nEst-ce parce que Julian a <!--more-->honte de ne pas s\u2019\u00eatre engag\u00e9 d\u00e8s 1917\u00a0?<br \/>\nEst-ce parce qu\u2019il boit trop\u00a0?<br \/>\nOu bien, est-ce parce qu\u2019il ne peut plus supporter Harry Reilly, cet Irlandais qui raconte sans fin des histoires dr\u00f4les, qui fait du gringue mondain \u00e0 Caroline, qui est riche, qui est gros actionnaire de la concession Cadillac, qui lui pr\u00eate de l\u2019argent si volontiers.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pourquoi\u00a0? On ne sait pas, pas vraiment. Toujours est-il qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Julian English hait Harry Reilly et que son obsession, \u00e0 chaque fois qu\u2019il le rencontre dans une soir\u00e9e, est de lui envoyer son verre de whisky \u00e0 la figure.<br \/>\nEt \u00e0 la page 27\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab<span style=\"color: #000080;\"><em>\u00a0(&#8230;) Johnny Dibble apparut tout \u00e0 coup, hors d\u2019haleine, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 se tenait g\u00e9n\u00e9ralement ses copains et o\u00f9 il ne restait plus que deux jeunes gens.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>\u00ab\u00a0Oh\u00a0! dites donc, leur cria-t-il. Oh la, la\u00a0! la catastrophe\u00a0! Savez-vous ce qui vient d\u2019arriver\u00a0?<br \/>\n\u2014 Non, non\u2026<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>\u2014 Vous ne devinerez jamais. Julian English\u2026<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il a fait\u00a0?<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>\u2014 Julian English\u00a0! Il vient de lancer un whisky soda sur Harry Reilly, en pleine figure. Rien que \u00e7a\u00a0!<\/em>\u00a0<\/span>\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et, la machine d\u2019autodestruction est remont\u00e9e, et tout ce que j\u2019ai \u00e9crit plus haut va se produire, la bonne soci\u00e9t\u00e9, les amis, la femme, tout&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">John O\u2019Hara est n\u00e9 en 1905 et mort en 1970. Il est connu comme \u00e9crivain et sc\u00e9nariste, mais aussi pour sa vie tumultueuse, remplie de femmes et d\u2019alcool. Son \u0153uvre majeure est <em>Rendez-vous \u00e0 Samarra<\/em>, dont le titre fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce conte persan, <em>Ce soir \u00e0 Samarcande<\/em>, que j\u2019avais publi\u00e9 en morceau choisi et que je reproduis en fin de cette critique.<br \/>\nDe ce roman, Hemingway a dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Si vous r\u00eavez d&rsquo;un roman magnifique, \u00e9crit par un auteur qui ma\u00eetrise parfaitement son sujet, lisez\u00a0<em>Rendez-vous \u00e0 Samarra<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Personnellement moi-m\u00eame, comme je me le dis souvent in petto, je n\u2019irai pas jusqu\u2019\u00e0 affirmer que Samarra est un roman magnifique, mais c\u2019est un roman de d\u00e9gringolade inexorable et fatale, sans mis\u00e9rabilisme ni pathos aucun, en m\u00eame temps qu\u2019une double peinture, une peinture assez g\u00e9n\u00e9reuse, et par l\u00e0 je veux dire humaniste, d\u2019individus \u00e0 la fois moyens et remarquables \u2014\u00a0le petit voyou pourvu d\u2019une morale, le roi de l\u2019alcool local en ces temps de prohibition, le riche Irlandais raconteur de blagues, le p\u00e8re de Julian, m\u00e9decin traumatis\u00e9 par les malversations de son propre p\u00e8re, le meilleur ami de Julian, infirme de guerre, l\u2019employ\u00e9 de confiance de Julian, homme tranquille voulant r\u00e9ussir, etc\u2026 \u2014 et une peinture acide et souvent dr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise de cette ville moyenne am\u00e9ricaine au sortir de la crise de 29, corset\u00e9e par ses r\u00e8gles non \u00e9crites mais immuables qui dictent qui peut inviter qui, \u00e9pouser qui, coucher avec qui, boire avec qui, qui fixe qui peut acc\u00e9der \u00e0 quelles salles du Country Club, tout \u00e7a dans une ambiance de soir\u00e9es tr\u00e8s arros\u00e9es. Cette description, excellente, m\u2019a souvent fait penser \u00e0 ce film de 1966 d\u2019Arthur Penn, excellent lui aussi, <em>La Poursuite impitoyable (The Chase)<\/em> dans lequel, par une chaude nuit du Sud, la bourgeoisie d\u2019une ville tr\u00e8s semblable \u00e0 Gibbsville, r\u00e9glait ses comptes et ses jalousies au cours d\u2019une soir\u00e9e imbib\u00e9e d\u2019alcool.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Rendez-vous \u00e0 Samarra est un tr\u00e8s bon roman, tr\u00e8s repr\u00e9sentatif \u00e0 mon avis de cette litt\u00e9rature am\u00e9ricaine \u00e0 la Scott Fitzgerald et de ce cin\u00e9ma \u00e0 la Robert Altman que l&rsquo;on aime, si dr\u00f4lement m\u00e9chants \u00a0envers la bourgeoisie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En exergue, figure ce tr\u00e8s beau conte persan tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9 par Saumerset Maugham et o\u00f9 Samarcande s\u2019appelle Samarra. Je vous donne ci-dessous la version du po\u00e8te persan du XII\u00e8me si\u00e8cle, Farid al-Din Attar, dans laquelle le Vizir s\u2019enfuira \u00e0 Samarcande\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Il y avait une fois, dans Bagdad, un Calife et son Vizir. Un jour, le Vizir arriva devant le Calife, p\u00e2le et tremblant :<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u201cPardonne mon \u00e9pouvante, Lumi\u00e8re des Croyants, mais devant le Palais une femme m\u2019a heurt\u00e9 dans la foule. Je me suis retourn\u00e9 : et cette femme au teint p\u00e2le, aux cheveux sombres, \u00e0 la gorge voil\u00e9e par une \u00e9charpe rouge \u00e9tait la Mort. En me voyant, elle a fait un geste vers moi. Puisque la mort me cherche ici, Seigneur, permets-moi de fuir me cacher loin d\u2019ici, \u00e0 Samarcande. En me h\u00e2tant, j\u2019y serai avant ce soir\u201d<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Sur quoi il s\u2019\u00e9loigna au grand galop de son cheval et\u00a0disparu dans un nuage de poussi\u00e8re vers Samarcande. Le Calife sortit alors de son Palais et lui aussi rencontra la Mort. Il lui demanda :<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u201cPourquoi avoir effray\u00e9 mon Vizir qui est jeune et bien-portant ?\u201d<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u2013 Et la Mort r\u00e9pondit :<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u201cJe n\u2019ai pas voulu l\u2019effrayer, mais en le voyant dans Bagdad, j\u2019ai eu un geste de surprise, car je l\u2019attends ce soir \u00e0 Samarcande\u201d<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Temps de lecture\u00a0: 5 minutes \u00a0Critique ais\u00e9e n\u00b0257 Rendez-vous \u00e0 Samarra John O\u2019Hara \u2013 1934 Editions de l\u2019Olivier \u2013 350 pages \u2013 11,90\u20ac Julian English, trente ans, mari\u00e9 avec une des plus jolies femmes de Gibbsville, cette ville moyenne de Pennsylvanie ; bonne \u00e9ducation, issu de la bourgeoisie moyenne, membre de tous les bons clubs, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40165\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Rendez-vous \u00e0 Samarra &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0257<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[94],"tags":[127,21],"class_list":["post-40165","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiques","tag-litterature","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/40165","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=40165"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/40165\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=40165"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=40165"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=40165"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}