{"id":40009,"date":"2022-12-01T07:47:18","date_gmt":"2022-12-01T06:47:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40009"},"modified":"2022-12-03T15:56:38","modified_gmt":"2022-12-03T14:56:38","slug":"les-fleurs-jaunes-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=40009","title":{"rendered":"Les fleurs jaunes (1\/2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><span style=\"color: #008080;\"><em>temps de lecture : 5 minutes et encore &#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><b>Un homme avec des fleurs ? Le plus empot\u00e9, c\u2019est l\u2019homme.<br \/>\n<\/b>Antoine Blondin<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00a0<\/strong><em>Premi\u00e8re partie<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-40016 alignleft\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Capture-decran-2022-09-07-a-15.05.52.png\" alt=\"\" width=\"158\" height=\"187\" \/><\/p>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">En rentrant de la rue de Rennes, il y a quelques jours, je me suis rappel\u00e9 brusquement la promesse que je m\u2019\u00e9tais faite la veille\u00a0: offrir des fleurs \u00e0 ma femme. Je n\u2019avais pas pu le faire sur le moment, celui o\u00f9 j\u2019avais con\u00e7u le projet, forc\u00e9ment, parce que, ce jour-l\u00e0, nous \u00e9tions le dernier lundi du mois d\u2019ao\u00fbt. Alors vous pensez ! Lundi + mois d\u2019ao\u00fbt = z\u00e9ro fleuriste. Normal ! Contrariant, mais normal.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Si je dis \u00ab\u00a0<em>nous \u00e9tions<\/em>\u00ab\u00a0, ce n\u2019est pas parce que je me prends pour le roi des Belges. Quand je dis \u00ab\u00a0<em>nous \u00e9tions<\/em>\u00ab\u00a0, quand je parle \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du pluriel,\u00a0c\u2019est par pure politesse, parce que vous pensez bien que, o\u00f9 vous \u00e9tiez, vous, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je m\u2019en fiche comme de ma deuxi\u00e8me (je dis \u00e7a parce que, la premi\u00e8re, il parait qu\u2019on s\u2019en souvient toujours).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Donc, je suis du c\u00f4t\u00e9 de la rue de Rennes, on est mardi \u2014 tout le monde est mardi \u2014 <!--more-->et bien qu\u2019en ao\u00fbt, j\u2019ai des chances de trouver un sacr\u00e9 foutu fleuriste ouvert. Et, de fait, au coin de Raspail et de Vaugirard, il y a un sacr\u00e9 foutu fleuriste ouvert. Sur le trottoir, il y a des seaux avec dedans des tas de petits bouquets, tout pr\u00eats, de toutes les couleurs. Je me dis\u00a0: des fleurs jaunes, c\u2019est des fleurs jaunes qu\u2019il me faut. Elle aime beaucoup les fleurs jaunes. Je le sais parce qu\u2019un jour que je lui apportais un bouquet, elle m\u2019a dit \u00ab\u00a0Oh ! Comme c\u2019est gentil ! J\u2019adore les fleurs jaunes !\u00a0\u00bb Enfin, elle ne l\u2019a peut-\u00eatre pas dit<span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span><em>exactement<\/em><span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span>comme \u00e7a, mais c\u2019\u00e9tait bien ce que \u00e7a voulait dire. J\u2019ai du mal \u00e0 me rappeler ses mots,<span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span><em>exactement<\/em>, parce que \u00e7a fait bien vingt, vingt-cinq ans que c\u2019est arriv\u00e9. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle n\u2019a pas chang\u00e9 de go\u00fbt depuis. Parce qu\u2019 avec les femmes, il faut faire attention. \u00c7a change d\u2019avis comme qui dirait. Je n\u2019ai jamais vraiment compris pourquoi on disait \u00e7a,<span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span><em>comme qui dirait<\/em>. Moi, pour la m\u00eame chose, je dirais plut\u00f4t \u00ab\u00a0<em>comme de chemise<\/em>\u00ab\u00a0, mais pour une femme \u00e7a ferait beaucoup trop de chemises. Alors, va pour \u00ab\u00a0<em>comme qui dirait<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Donc, des fleurs jaunes. J\u2019en prends trois bouquets tout pr\u00eats, parce que, quand on offre des fleurs, il ne faut pas y aller avec le dos de la cuill\u00e8re\u00a0; il faut y aller franchement. Avec mes trois bouquets, je rentre dans la boutique et je demande au patron qu\u2019on m\u2019en fasse un seul. Il les attrape et, sans me regarder, il me lance :<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>\u2014 C\u2019est pour offrir ?<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>\u2014 Non, c\u2019est pour manger tout de suite, connard !<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Non, en vrai, je n\u2019ai pas dit \u00e7a. J\u2019aurais bien voulu lui faire une r\u00e9ponse de ce genre, une r\u00e9plique \u00e0 la Jean-Marie Bigard. Tout le monde rit quand Bigard dit quelque chose comme \u00e7a, lui. Mais moi, quand j\u2019essaie, \u00e7a ne marche jamais. \u00c7a tombe \u00e0 plat. Ou pire. Alors, je pr\u00e9f\u00e8re m\u2019abstenir. D\u2019ailleurs, en fait, je n\u2019ai jamais essay\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Donc, je ne lui pas dit \u00ab\u00a0Non, c\u2019est pour manger tout de suite, etc.\u2026\u00a0\u00bb, mais seulement\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, si c\u2019est possible. \u00bb N\u2019emp\u00eache\u00a0! \u00ab\u00a0C\u2019est pour offrir\u00a0?\u00a0\u00bb Quelle question idiote\u00a0! \u00c9videmment que c\u2019est pour offrir\u00a0! Ce n\u2019est pas pour me mettre \u00e0 la boutonni\u00e8re, ou pour me souhaiter mon anniversaire\u00a0! Connard\u00a0! J\u2019ai vraiment envie de&#8230; mais\u00a0bon&#8230; alors, bien poliment\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, Si c\u2019est possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Et me voil\u00e0 reparti vers chez moi, dans la rue de Vaugirard, tout content mais un peu g\u00ean\u00e9 quand m\u00eame. Vous savez ce que c\u2019est, parce que pour vous c\u2019est probablement la m\u00eame chose, mais quand on trimballe un bouquet de fleurs dans la rue, on a toujours l\u2019impression d\u2019avoir l\u2019air idiot. On se dit que les gens vont vous prendre pour un cr\u00e9tin de fianc\u00e9 transi qui vient faire sa demande, qu\u2019il ne vous manque plus que l\u2019\u0153illet au revers, la bague dans la poche et les gants beurre frais \u00e0 la main pour \u00eatre parfaitement ridicule. Ah si\u00a0! Ah si\u00a0! Si vous portez le bouquet bien devant vous, avec les fleurs vers le haut, c\u2019est s\u00fbr que tout le monde va penser \u00e7a. Alors, quand je porte un bouquet, j\u2019ai ma m\u00e9thode. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s souvent, mais j\u2019ai ma m\u00e9thode. Je le porte au bout du bras, bien vertical, les fleurs vers le bas le long de la jambe, comme \u00e7a les gens ont moins de chance de les voir et moi, d\u2019avoir l\u2019air idiot.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Donc me voil\u00e0 rue de Vaugirard \u00e0 marcher vers le Luxembourg. Vous la connaissez, la rue de Vaugirard\u00a0: le trottoir est \u00e9troit et il n\u2019est pas facile de croiser les gens \u00e0 distance raisonnable, je veux dire \u00e0 une distance qui permette de faire semblant de ne pas les voir. Parce que je n\u2019aime pas beaucoup croiser le regard des gens. Sur un trottoir aussi \u00e9troit, c\u2019est in\u00e9vitable, les gens vous regardent, c\u2019est comme \u00e7a. Et moi, je ne suis jamais s\u00fbr de ce qu\u2019ils vont penser de moi. Alors, \u00e0 chaque fois, je dois me composer une attitude. Les sourcils fronc\u00e9s, l\u2019air d\u00e9cid\u00e9 et le regard fixe, pendant deux ou trois m\u00e8tres, je suis celui qui a pris la d\u00e9cision qui s\u2019imposait et qui s\u2019en va d\u2019un pas ferme r\u00e9gler un probl\u00e8me en deux temps, trois mouvements\u00a0; ou alors, pendant cinq secondes, le temps de croiser le passant, le regard h\u00e9sitant, presque inquiet, je cherche des yeux les plaques de noms de rue ou de num\u00e9ros d\u2019immeubles et je suis l\u2019\u00e9tranger au quartier ou m\u00eame au pays \u2014 je pr\u00e9f\u00e8re<span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span><em>au pays<\/em><span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span>\u2014 qui cherche son chemin\u00a0; je peux aussi, mais plus rarement, l\u2019air serein ou amus\u00e9, pr\u00e9tendre m\u2019int\u00e9resser aux cariatides qui soutiennent les balcons, au d\u00e9tail des portes coch\u00e8res ou aux chiens-assis des toitures et \u00eatre ainsi le promeneur parisien, \u00e9l\u00e9gant, cultiv\u00e9 et libre de son temps. J\u2019ai une s\u00e9rie de personnages comme \u00e7a que j\u2019utilise au gr\u00e9 des circonstances, c\u2019est-\u00e0-dire, en fait, au gr\u00e9 du quartier et de ma tenue.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quand j\u2019ai un bouquet de fleurs \u00e0 la main, aucun de mes personnages ne tient deux secondes, \u00e0 l\u2019exception de celui de livreur de chez Monceau Fleurs. Mais qui a envie d\u2019\u00eatre pris pour un livreur de chez Monceau Fleurs\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE (demain)<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 5 minutes et encore &#8230; Un homme avec des fleurs ? Le plus empot\u00e9, c\u2019est l\u2019homme. 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