{"id":3945,"date":"2015-06-17T07:00:44","date_gmt":"2015-06-17T05:00:44","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3945"},"modified":"2015-06-13T11:12:34","modified_gmt":"2015-06-13T09:12:34","slug":"la-mitro-texte-integral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3945","title":{"rendered":"LA MITRO   (texte int\u00e9gral)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Chapitre 1 &#8211; Le Contr\u00f4leur des Poids et Mesures<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand arrivent les premiers jours d&rsquo;octobre et que les feuilles des platanes de la place Honor\u00e9 Panisse commencent \u00e0 brunir, il fait encore assez doux pour prendre son \u00a0petit caf\u00e9 matinal \u00e0 la terrasse de chez Fernand. Fernand, c\u2019est l&rsquo;heureux propri\u00e9taire du Caf\u00e9-Tabac-PMU des Sports. C&rsquo;est donc l\u00e0 que je m&rsquo;installe, quand le temps le permet, avec le journal de pronostics et mes bulletins. Je passe une heure ou deux avec les autres habitu\u00e9s \u00e0 discuter des chances de Belle d&rsquo;Azur \u00e0 Madame Volterra dans la troisi\u00e8me \u00e0 Cagnes sur Mer ou de celles du num\u00e9ro 23 dans le prochain tirage du loto.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois dans la matin\u00e9e, il faut que je passe \u00e0 mon bureau, car, au Service Municipal des Poids et Mesures, on n\u2019est jamais \u00e0 l\u2019abri d\u2019une urgence. En fait, je pourrais bien me passer de cette visite matinale, parce que je donne un demi Euro par jour \u00e0 F\u00e9lix, le fils \u00e0 Ceccaldi, pour qu\u2019il courre me pr\u00e9venir chez Fernand en cas d\u2019\u00e9v\u00e8nement. Il est un peu simple, F\u00e9lix, mais il est gentil et consciencieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois ce devoir accompli, je reviens \u00e0 ma table sous les platanes et je me d\u00e9brouille pour que mes bulletins soient d\u00e9pos\u00e9s avant onze heures, parce que, onze heures, c&rsquo;est l&rsquo;heure \u00e0 laquelle commencent les parties de boules. Il faut vous dire que je me dois d&rsquo;\u00eatre disponible pour mes amis qui me font l&rsquo;honneur de me prendre pour arbitre. Alors, quand l\u2019heure pr\u00e9cise sonne, ils m\u2019appellent, je replie soigneusement le journal, je le d\u00e9pose ostensiblement sur le comptoir et je remets lentement la veste et le chapeau. Puis je m\u2019avance avec solennit\u00e9 sous les platanes jusqu\u2019au milieu des joueurs et je sors de ma poche l\u2019instrument de mon office impartial : le m\u00e8tre-ruban. Enfin, Joseph, qui a \u00e9t\u00e9 Boule d&rsquo;Or aux rencontres d&rsquo;Aubagne de 2005, s\u2019adresse \u00e0 moi et \u00e0 la cantonade :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -M\u00f4ssieur le Contr\u00f4leur-Adjoint des Poids et Mesures, pouvons-nous commencer la partie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -M\u00f4ssieur Joseph, vous pouvez !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a fait neuf ann\u00e9es que \u00e7a dure et durant ces neuf ann\u00e9es, il y a eu moins de changements dans notre c\u00e9r\u00e9monial que sur la plaque du monument aux morts de la place des Bugnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, ce matin-l\u00e0, rien ne s&rsquo;est pass\u00e9 comme d&rsquo;habitude. \u00c7a a commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t avec F\u00e9lix qui est venu me chercher au caf\u00e9 tabac. Il \u00e9tait \u00e0 peine dix heures moins le quart et j&rsquo;\u00e9tais occup\u00e9 \u00e0 remplir mon premier bulletin de loto: j&rsquo;avais un bon tuyau sur les num\u00e9ros 27, 38 et 39 qui n&rsquo;\u00e9taient pas sortis depuis douze semaines. Hors d&rsquo;haleine et dansant d\u2019un pied sur l\u2019autre, F\u00e9lix m&rsquo;expliqua qu&rsquo;il y avait au t\u00e9l\u00e9phone un \u00ab\u00a0estranger\u00a0\u00bb qui parlait de galons, un militaire sans doute, et qu\u2019il avait l&rsquo;air press\u00e9. Dans ma famille, on a toujours respect\u00e9 les militaires, y compris les militaires \u00e9trangers. Alors, je fon\u00e7ai aussit\u00f4t \u00e0 travers la place de la Mairie (la place Honor\u00e9 Panisse et la place de la Mairie, c&rsquo;est la m\u00eame chose) pour rejoindre mon bureau. En fait, au t\u00e9l\u00e9phone, c&rsquo;\u00e9tait Monsieur Thomson, vous savez, l&rsquo;anglais qui vient d&rsquo;acheter le mas des Cabassons, une bien belle propri\u00e9t\u00e9, juste derri\u00e8re la colline \u00e0 Cabridan. Eh bien, il voulait savoir combien exactement il y a de litres d&rsquo;essence dans un gallon, \u00ab\u00a0un gallon imp\u00e9rial !\u00a0\u00bb qu&rsquo;il a pr\u00e9cis\u00e9. Comme si je pouvais savoir \u00e7a, moi! Je ne connais pas le nom du plaisantin qui lui a donn\u00e9 le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone des Poids et Mesures, mais j&rsquo;ai mon id\u00e9e. Je lui ai dit que j\u2019avais un bogue informatique de P\u00e9c\u00e9 et je l&rsquo;ai renvoy\u00e9 sur mon cousin P\u00e9tugue qui tient la station Esso sur la route des Bastides Blanches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je suis revenu \u00e0 ma table du Caf\u00e9 des Sports, il me restait \u00e0 peine assez de temps pour examiner s\u00e9rieusement une combinaison audacieuse que j\u2019avais en vue pour le tierc\u00e9 de Vincennes. J\u2019avais \u00e9tal\u00e9 France-Turf soigneusement devant moi, je l\u2019avais bien liss\u00e9 du plat de la main. Puis, j\u2019avais plac\u00e9 dessus le gros cendrier Paul Ricard et la carafe Pastis Duval pour \u00e9viter qu\u2019il s\u2019envole, j\u2019avais pris le crayon d\u2019une main et mon nez de l\u2019autre. Bref, j\u2019\u00e9tais fin pr\u00eat, quand tout \u00e0 coup, j\u2019entendis F\u00e9lix qui criait du fond de la place:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Monsieur Cabanis, Monsieur Cabanis, venez tout de suite ! C\u2019est terrible, c\u2019est terrible !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elz\u00e9ar Cabanis, Contr\u00f4leur-adjoint des Poids et Mesures, c\u2019est moi. A l\u2019appel de mon nom, mon sang ne fit qu\u2019un tour et, sans m\u00eame replier le journal, je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai vers mon bureau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut vous pr\u00e9ciser que mon bureau est au rez-de-chauss\u00e9e de la Mairie. En fait de rez-de-chauss\u00e9e, c&rsquo;est plut\u00f4t un demi sous-sol. On y acc\u00e8de par un escalier qui descend ses huit marches entre deux rampes de m\u00e9tal noircies et lustr\u00e9es par le passage de mes mains depuis des ann\u00e9es et qui donne sur une porte m\u00e9tallique renforc\u00e9e. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a une flop\u00e9e de mat\u00e9riels l\u00e0-dedans, et il ne s&rsquo;agirait pas qu&rsquo;on me les vole! Je parle de mon bureau, mais en fait c&rsquo;est un bureau-atelier. Pour dire le vrai, ce serait plut\u00f4t un atelier-bureau parce qu&rsquo;il y a un grand \u00e9tabli, des rayonnages, des casiers, des caisses et un bureau. Donc, c&rsquo;est un atelier-bureau. Il voit le jour par trois fen\u00eatres hautes bard\u00e9es de fer et grillag\u00e9es qui regardent au ras du trottoir de la rue du B\u00e9al. \u00c9videmment, de mon bureau, je n&rsquo;ai pas la vue sur les platanes de la place. Par contre, si je suis l\u00e0 aux bonnes heures, quatre fois par jour, je peux voir un petit peu des jambes des jeunes filles qui vont au coll\u00e8ge Sainte Apolline ou qui en reviennent. Sur mon bureau, bien rang\u00e9s, il y a un calendrier sous-main de l&rsquo;imprimerie Zola &amp; Fils de Marseille, une r\u00e8gle en bois d\u2019un m\u00e8tre avec des bouts en cuivre, un gobelet en carton avec dedans deux crayons et deux feutres, un rouge, un bleu, un t\u00e9l\u00e9phone et un Minitel. Bien s\u00fbr, le Minitel ne fonctionne plus, mais je n&rsquo;ai pas encore eu le temps d&rsquo;installer le petit ordinateur que j&rsquo;ai touch\u00e9 \u00e0 P\u00e2ques pour passer mes commandes et tenir mes inventaires. Alors, bien oblig\u00e9, je continue avec mon carnet \u00e0 souche et mon grand cahier \u00e0 couverture de carton noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, je m&rsquo;\u00e9lan\u00e7ai vers mon bureau. \u00c0 mi-chemin, au milieu de la place, je rencontrai F\u00e9lix qui courait \u00e0 ma rencontre. Je le pris par les \u00e9paules et le secouai un peu en lui criant:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais qu&rsquo;est-ce que tu as, minot, \u00e0 crier comme un fada ? Y&rsquo;a le feu, l&rsquo;inspecteur de Paris, la grosse catastrophe, ou quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il a de la mitro, il a de la mitro&#8230;! Il faut&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a veut dire, \u00e7a, \u00ab\u00a0Il en a mis trop\u00a0\u00bb\u00a0? Il a mis trop de quoi ? Et qui, d&rsquo;abord ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il a de la mitro, il a de la mitro! C&rsquo;est terrible ! C&rsquo;est M&rsquo;sieur G\u00e9rard ! Il a de la mitro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard ? Le Parisien ?&#8230;, je demande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut que je vous dise : G\u00e9rard, le Parisien, c&rsquo;est mon beau-fr\u00e8re. \u00c7a fera dix ans \u00e0 l&rsquo;ouverture de la chasse qu&rsquo;il a \u00e9pous\u00e9 ma petite s\u0153ur Martine. Il \u00e9tait temps qu&rsquo;elle trouve un brave couillon pour se ranger, celle-l\u00e0, parce qu&rsquo;\u00e0 force de tous les essayer dans le canton, les amoureux, il avait fallu qu&rsquo;elle aille \u00e0 Paris pour r\u00e9ussir \u00e0 en trouver un qui ne l&rsquo;ait pas connue avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, G\u00e9rard, c&rsquo;est un couillon, mais il est gentil. Mueller, il s&rsquo;appelle, G\u00e9rard Mueller. Il travaille \u00e0 la \u00ab\u00a0International Blue Guards Limited\u00a0\u00bb, une soci\u00e9t\u00e9 de gardiennage. Il est g\u00e9rant, secr\u00e9taire, standardiste, chef vigile et unique employ\u00e9. C&rsquo;est Martine qui a trouv\u00e9 le nom de la soci\u00e9t\u00e9. Elle dit que \u00e7a fait professionnel. Moi, je trouve que \u00e7a fait surtout exag\u00e9r\u00e9, m\u00eame dans la r\u00e9gion. Mais Martine dit que c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;elle a ajout\u00e9<em>\u00a0Limited<\/em>, \u00ab\u00a0pour pas faire de publicit\u00e9 mensong\u00e8re\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u2026G\u00e9rard ? Le Parisien ?&#8230;je demande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans r\u00e9pondre, F\u00e9lix continue\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il va tout faire p\u00e9ter, la mairie, le maire, le quartier et lui avec. Avec la mitro. Vite, c&rsquo;est terrible ! C&rsquo;est terrible ! Il faut y aller tout de s&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coute, je ne comprends rien \u00e0 ce que tu dis. Alors, respire un coup, et raconte-moi tout depuis le d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Depuis le d\u00e9but ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Depuis le d\u00e9but !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Houlalalala, \u00e7a risque d&rsquo;\u00eatre long, alors h\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Depuis le d\u00e9but !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon ! Eh bien, voil\u00e0. Ce matin, comme d\u2019habitude, je prenais le soleil sur les marches de votre bureau. Le t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9. J&rsquo;ai couru d\u00e9crocher et c&rsquo;\u00e9tait un militaire estranger qui baragouinait quelque chose sur ses galons et qui&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; F\u00e9lix, ce d\u00e9but-l\u00e0, je le connais d\u00e9j\u00e0. C\u2019est pour \u00e7a que tu es venu me chercher aux Sports, tu te rappelles ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Alors, vous voulez l\u2019autre d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est \u00e7a ! L\u2019autre d\u00e9but !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon ! Eh bien, voil\u00e0. Apr\u00e8s l&rsquo;affaire des galons, j&rsquo;ai repris mon poste sur les marches de votre bureau. Tout \u00e9tait bien tranquille, comme d&rsquo;habitude. Et puis voil\u00e0 que Monsieur G\u00e9rard est arriv\u00e9, comme un grand coup d\u2019Aurasso. Il avait l&rsquo;air tout \u00e9nerv\u00e9. Il avait son uniforme bleu de gardien des Baumettes et il portait deux grands sacs de gym. Il a d\u00e9val\u00e9 l&rsquo;escalier sans me voir. Il est entr\u00e9 dans votre bureau et il a claqu\u00e9 tr\u00e8s fort la porte en fer, m\u00eame que \u00e7a a d\u00fb r\u00e9veiller tout le conseil municipal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, F\u00e9lix, le conseil municipal, c&rsquo;est demain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah bon ? En tout cas, si demain \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 aujourd&rsquo;hui, le conseil municipal, \u00e7a l&rsquo;aurait r\u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; D&rsquo;accord. Et ensuite ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ensuite ? Eh ben ensuite, je suis descendu jusqu&rsquo;\u00e0 la porte et ensuite, je lui ai cri\u00e9 au travers qu&rsquo;il avait pas le droit d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, m\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait votre beau-fr\u00e8re, ou le chef-vigile des Bloumegarde, ou le roi d&rsquo;Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et ensuite?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ensuite, il m&rsquo;a dit d&rsquo;aller vous chercher aux Sports, qu&rsquo;il avait de la mitro et qu&rsquo;il allait tout faire p\u00e9ter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; De la mitro ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ben oui, quoi\u00a0! De la mitro ! La flotte qui p\u00e8te ! La mitro !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; La flotte qui p\u00e8te ? La nitroglyc\u00e9rine ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est \u00e7a ! La mitroglyc\u00e9rine !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ouille\u00a0! Ouille\u00a0! Ouille ! Voil\u00e0 qu&rsquo;il a tourn\u00e9 fada ! C&rsquo;est terrible ! Il faut y aller tout de suite !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et qu&rsquo;est-ce que je chante depuis une heure, moi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 2 &#8211; \u00c7a va p\u00e9ter !\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand F\u00e9lix et le contr\u00f4leur-adjoint sont arriv\u00e9s devant l&rsquo;escalier du bureau-atelier des Poids et Mesures, il n&rsquo;y avait l\u00e0 que Mireille P\u00e9tugue, la femme du cousin d&rsquo;Elz\u00e9ar. Elle fait la secr\u00e9taire de mairie deux fois par semaine. A l&rsquo;\u00e9norme bruit de la porte claqu\u00e9e, elle \u00e9tait sortie affol\u00e9e de son bureau. A pr\u00e9sent, elle \u00e9tait plant\u00e9e deux marches au-dessus de l&rsquo;entr\u00e9e et elle parlait \u00e0 la porte en fer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Eh, G\u00e9rard, qu&rsquo;est-ce que tu fais enferm\u00e9 l\u00e0-dedans ? Tu sais que t&rsquo;as pas le droit d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la porte ne r\u00e9pondait pas, elle a continu\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Dis-donc, tu m&rsquo;as fait une frousse de tous les diables tout \u00e0 l&rsquo;heure \u00e0 claquer la porte comme \u00e7a. \u00c7a a fait un bruit d&rsquo;enfer. On aurait dit un avion de Salon de Provence qui passait le mur du son. Eh, G\u00e9rard, tu m&rsquo;entends ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Fous le camp, Mireille. Tu fais partie de la bande ! Je vais tout faire sauter. J&rsquo;ai de la nitro !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; De la quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; De la nitro ! De la dynamite, quoi ! Je vais tout faire sauter !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; A\u00efe ! A\u00efe ! A\u00efe ! A\u00efe ! Saint M\u00e8re de Dieu, mais tu es compl\u00e8tement calu !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle remonta l&rsquo;escalier en bousculant les deux arrivants, puis enfila en courant la rue du B\u00e9al. Elle criait: \u00a0\u00bb Il est fou, il va tout faire sauter, il a de la dynamite !\u00a0\u00bb F\u00e9lix la regarda s&rsquo;\u00e9loigner. Il trouvait rigolo de la voir se tenir la t\u00eate \u00e0 deux mains en criant et en agitant ses grosses jambes dont les chairs tremblotaient au rythme de la course. Elle finit par dispara\u00eetre au coin de la rue Espariat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que Cabanis tapait du plat de la main sur la porte m\u00e9tallique en criant \u00ab\u00a0G\u00e9rard, G\u00e9rard, ouvre-moi !\u00a0\u00bb, F\u00e9lix ajoutait au chambard en hurlant \u00ab\u00a0Au secours, au secours ! \u00c7a va p\u00e9ter, \u00e7a va p\u00e9ter ! \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ordinaire, il suffit d&rsquo;un accrochage de rien du tout pour que la place Panisse se remplisse de la moiti\u00e9 des habitants de la ville. Alors, vous pensez si le capharna\u00fcm en cours allait en faire sortir, du monde !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;attroupement qui s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 en haut des marches grossissait de minute en minute. A pr\u00e9sent, il obstruait compl\u00e8tement la rue du B\u00e9al et commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9border sur la place Honor\u00e9 Panisse. Ceux qui \u00e9taient le plus loin du c\u0153ur du drame ignoraient tout ou presque de ce qui se passait. Alors, ils voulaient savoir et, bien naturellement, ils poussaient pour se rapprocher de l&rsquo;\u00e9picentre. Ceux qui en \u00e9taient tout proches en savaient d\u00e9j\u00e0 assez pour comprendre qu&rsquo;il se pourrait qu&rsquo;il y ait du danger \u00e0 rester dans les environs plus longtemps. Alors, bien naturellement, ils poussaient pour s&rsquo;\u00e9loigner. Par moments, ceux qui voulaient s&rsquo;enfuir semblaient l&#8217;emporter, ce qui cr\u00e9ait une sorte de reflux, comme une vague qui se retire d&rsquo;une anfractuosit\u00e9. Mais bient\u00f4t, la r\u00e9action puissante de ceux qui voulaient savoir, forc\u00e9ment plus nombreux et donc plus forts que ceux qui savaient d\u00e9j\u00e0, cr\u00e9ait le mouvement inverse de la vague qui se rue vers le rocher. \u00c0 la fen\u00eatre de son appartement du troisi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;o\u00f9 il dominait la sc\u00e8ne, le vieux Courteissade, qui \u00e9tait sourd comme une cougourde, ne comprenait rien au spectacle, mais il s&rsquo;amusait bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bas, les nouvelles se propageaient de fa\u00e7on centrifuge et, ce faisant, elles se d\u00e9formaient de fa\u00e7on exponentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C&rsquo;est le Parisien qui a tourn\u00e9 fada ; il veut faire sauter l\u2019H\u00f4tel de Ville !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il para\u00eet qu&rsquo;il y a un vigile qui a pris des otages ! Il veut une augmentation\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non, c&rsquo;est P\u00e9tugue. Il a mis trop de glyc\u00e9rine dans l&rsquo;essence de l&rsquo;angliche. Alors, il est furieux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il y a un vin d&rsquo;honneur dans les sous-sols de la mairie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, dans le brouhaha g\u00e9n\u00e9ral, Elz\u00e9ar Cabanis essayait d&rsquo;\u00e9tablir la communication \u00e0 travers la porte avec son beau-fr\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; G\u00e9rard, sors dehors ! Toute la ville est l\u00e0 ; le maire aussi ; les gendarmes vont arriver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tant mieux ! Qu&rsquo;ils viennent. Et les pompiers aussi ! Et le cur\u00e9 aussi ! Comme \u00e7a, on sautera tous ensemble !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mais qu&rsquo;est-ce qui te prend ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Fais pas comme si tu savais pas, Elz\u00e9ar. Tu fais partie du complot, t&rsquo;es de la bande. Je vais tout faire sauter !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La bande ? Mais quelle bande ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; La bande des salauds qui se foutent de ma gueule depuis dix ans, avec en t\u00eate la reine des salopes qui me fait cocu depuis dix ans et demi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ces mots, Elz\u00e9ar tourna le dos \u00e0 la porte et s&rsquo;affala contre elle en murmurant: \u00ab\u00a0Oh, bon sang de sort ! \u00c7a devait arriver, \u00e7a. A\u00efe ! A\u00efe ! A\u00efe !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, s&rsquo;adressant \u00e0 nouveau \u00e0 la porte:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tu es cocu ? Tu es s\u00fbr ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je l&rsquo;ai vu, de mes yeux vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu es s\u00fbr que tu t&rsquo;es pas tromp\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Y&rsquo;avait pas moyen de se tromper&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elz\u00e9ar r\u00e9fl\u00e9chit un instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bon, tu es cocu. Et alors ? C&rsquo;est pas la peine d&rsquo;en faire toute une histoire ! Tout le monde est cocu un jour ou l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non, pas tout le monde ! Et surtout, pas tout le temps ! Moi, je l&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 depuis l&rsquo;avant-veille de mon mariage et jusqu&rsquo;\u00e0 ce matin, et de mani\u00e8re continue, r\u00e9guli\u00e8re, comme qui dirait quotidienne, m\u00eame ! Tout le temps, quoi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bon ! \u00c7a, d&rsquo;accord, c&rsquo;est contrariant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ah, tu vois ! Je vais tout faire sauter, je te dis !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mais, attends, G\u00e9rard\u00a0! Cocu, d\u2019accord\u00a0! Mais, tout le temps, \u00e7a, tu as pas vu le voir\u00a0! Tu imagines, tu exag\u00e8res, tu affabules, je dirais m\u00eame : tu extrapoles !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; J&rsquo;extrapole rien du tout ! On me l&rsquo;a dit !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Comment \u00e7a, on te l&rsquo;a dit. C&rsquo;est P\u00e9tugue ? Quelle pipelette, celui-l\u00e0 ! Toujours \u00e0 raconter des trucs qui le regardent pas !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C&rsquo;est pas P\u00e9tugue. C&rsquo;est elle. C&rsquo;est elle qui me l&rsquo;a dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Elle ? Martine ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; C&rsquo;est \u00e7a. Elle, Martine. La salope !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ah oui, alors l\u00e0, \u00e9videmment&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant cette conversation d&rsquo;hommes, la foule avait encore grossi et les deux gendarmes qui venaient de descendre de leur Peugeot \u00ab\u00a0Partner\u00a0\u00bb avaient eu du mal \u00e0 parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la Mairie. Mais maintenant, ils \u00e9taient l\u00e0, en haut du petit escalier, en sueur, le k\u00e9pi de travers et la vareuse non r\u00e9glementaire. Les informations que leur radio de voiture avait crachot\u00e9es pendant le parcours \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;image de la confusion qui caract\u00e9risait les nouvelles qui couraient encore \u00e0 travers la foule. Aussi, arriv\u00e9s sur place, conform\u00e9ment au manuel de terrain, ils commenc\u00e8rent par s&rsquo;enqu\u00e9rir du nombre et de l&rsquo;identit\u00e9 des personnes enferm\u00e9es dans l&rsquo;atelier des Poids et Mesures. Quand ce f\u00fbt fait, le premier gendarme prit les choses en main :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur Mueller, Gendarmerie Nationale ! Veuillez ouvrir cette porte et sortir calmement !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant le professionnalisme du sous-officier, la r\u00e9ponse ne tarda pas, haute et claire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Ah ! C&rsquo;est toi, Valensolles. Eh bien, je t&#8217;emmerde, Valensolles. Tu fais partie de la bande ! Tu vas sauter avec les autres !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Fais pas le con, G\u00e9rard ! r\u00e9pondit le sous-officier Valensolles sans se rendre compte qu\u2019il s\u2019\u00e9cartait significativement de la proc\u00e9dure du manuel de terrain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant le tour personnel que prenait l\u2019interpellation, le deuxi\u00e8me sous-officier de gendarmerie jugea que c\u2019\u00e9tait son tour d\u2019intervenir\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur Mueller, Gendarmerie Nationale ! Veuillez obtemp\u00e9rer et sortir imm\u00e9diatement, sinon, nous serons contraints d&#8217;employer la force et d&rsquo;enfoncer la porte\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Toi, je te connais pas, mais je t&#8217;emmerde tout pareil ! Si tu restes l\u00e0, tu sautes avec les autres\u00a0! Et pour ce qui est d&rsquo;enfoncer la porte, vous pouvez repasser. C&rsquo;est de la t\u00f4le renforc\u00e9e triple \u00e9paisseur avec serrure cinq points cinq \u00e9toiles. Et je m&rsquo;y connais ; je suis dans la s\u00e9curit\u00e9, moi. I-nen-fon-\u00e7able, la porte, je vous dis !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors que le maire cr\u00e9a une diversion opportune en arrivant \u00e0 son tour en haut de l\u2019escalier. Les deux gendarmes furent soulag\u00e9s d&rsquo;avoir \u00e0 rapporter les faits \u00e0 une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur le Maire, Brigadier Valensolles, dit le brigadier Valensolles en saluant. Je me dois de vous informer que des \u00e9v\u00e9nements graves et impr\u00e9vus sont en train de se produire sur le terr&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Augustin\u00a0! interrompit le maire, abr\u00e8ge s&rsquo;il te plait. Qu&rsquo;est-ce qui se passe\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Eh bien voil\u00e0, reprit Augustin.\u00a0L&rsquo;individu&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Qu\u00e9, l&rsquo;individu ? On m&rsquo;a dit que c&rsquo;\u00e9tait Mueller, le Parisien. C&rsquo;est pas lui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Si, si, c&rsquo;est lui. Donc, poursuivit le gendarme, le d\u00e9nomm\u00e9 Mueller s&rsquo;est enferm\u00e9 dans l&rsquo;atelier de monsieur Cabanis&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Dans mon bureau, si tu veux bien, Augustin, dans mon bureau, interrompit Elz\u00e9ar qui tenait beaucoup au statut de son lieu de travail. J&rsquo;ai un fauteuil, un bureau, un t\u00e9l\u00e9phone et un ordinateur. C\u2019est un bureau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelqu&rsquo;un cria dans la foule:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Eh, Elz\u00e9ar, il est m\u00eame pas branch\u00e9 ton P\u00e9c\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elz\u00e9ar, vex\u00e9, r\u00e9pondit:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c7a ne fait rien, c&rsquo;est un bureau quand m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le maire, \u00e9tonn\u00e9, intervint:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Comment ! Il est pas encore branch\u00e9 ton ordinateur ! Depuis six mois qu&rsquo;il est arriv\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9alisant que le moment \u00e9tait mal choisi pour parler informatique,\u00a0\u00a0 il revint au sujet du moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bon, dit le maire, on verra \u00e7a plus tard. Alors, Augustin, qu&rsquo;est-ce qui se passe avec Mueller ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-H\u00e9 b\u00e9, il se passe qu&rsquo;il est enferm\u00e9 tout seul l\u00e0-dedans avec de la dynamite et qu&rsquo;il dit qu&rsquo;il veut tout faire sauter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Et pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il dit qu\u2019il est cocu, dit Elz\u00e9ar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Et alors\u00a0? Bien s\u00fbr qu\u2019il est cocu\u00a0! Tout le monde le sait. Mais il est pas le seul \u00e0 \u00eatre cocu. C\u2019est pas une raison, \u00e7a\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Eh b\u00e9, pour lui, si\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Et c&rsquo;est s\u00e9rieux?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; T\u00e9, \u00e7a pourrait l&rsquo;\u00eatre, va\u00efe\u00a0!, dit Valensolles. Avec un Parisien, on ne sait jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Hou, malheur ! Mais c&rsquo;est que c&rsquo;est grave \u00e7a. Il faut enfoncer la porte, il faut faire \u00e9vacuer le quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur le Maire, d\u2019abord, enfoncer la porte, c&rsquo;est pas la peine d&rsquo;y penser\u00a0: t\u00f4le renforc\u00e9e triple \u00e9paisseur, serrure cinq points cinq \u00e9toiles, i-nen-fon-\u00e7able, la porte\u00a0! Et faire partir tout ce monde \u00e0 deux gendarmes seulement, \u00e7a risque se prendre du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Il faut appeler des renforts, les antigangs, le Pr\u00e9fet, le Ministre\u2026poursuivit le maire qui commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019\u00e9nerver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur le Maire, Monsieur le Maire !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a Elz\u00e9ar ? Tu vois bien que je suis occup\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Monsieur le Maire, Mueller, c\u2019est mon beau-fr\u00e8re. Laissez-moi m\u2019en occuper. Je vais le faire sortir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 3 &#8211; L&rsquo;arbitre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sais pas ce qui m\u2019a pris ! \u00c7a m\u2019est venu tout seul, comme \u00e7a, d\u2019un coup. Au moment o\u00f9 j\u2019ai ouvert la bouche, je n&rsquo;avais pas la moindre id\u00e9e de la fa\u00e7on dont j\u2019allais m&rsquo;y prendre, mais il fallait bien que quelqu&rsquo;un fasse quelque chose. \u00c7a faisait d\u00e9j\u00e0 un moment que j&rsquo;\u00e9tais remont\u00e9 en haut des marches pour laisser les gendarmes et le maire faire leur boulot, mais je voyais bien que l\u2019affaire tournait un peu \u00e0 l\u2019exceptionnel. Tel que c\u2019\u00e9tait parti, la famille n\u2019allait pas tarder \u00e0 faire la premi\u00e8re page du M\u00e9ridional. C\u2019est pourquoi, presque malgr\u00e9 moi, j\u2019avais prononc\u00e9 ces propos optimistes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Monsieur le Maire, Mueller, c\u2019est mon beau-fr\u00e8re. Laissez-moi m\u2019en occuper. Je vais le faire sortir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ne te m\u00eale pas de \u00e7a, Elz\u00e9ar, me dit Valensolles. Laisse faire les autorit\u00e9s. On est form\u00e9 pour \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coute, Augustin, que je lui r\u00e9ponds, tu es tout juste form\u00e9 \u00e0 mettre des contraventions pour stationnement interdit devant la mairie\u00a0! Alors\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme il vient d&rsquo;\u00e9chouer pour la deuxi\u00e8me fois \u00e0 son examen pour passer brigadier-chef, \u00e7a ne lui fait pas plaisir, mais \u00e7a lui cloue le bec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je continue:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coutez, Monsieur le Maire, Mueller, c&rsquo;est mon beau-fr\u00e8re. Il va rien faire sauter du tout. C&rsquo;est un couillon, mais il est pas m\u00e9chant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en parlant, je m\u2019emballe de plus en plus, au point que je finis par croire \u00e0 ce que je dis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je sais comment faire avec lui. Je vais le faire sortir en douceur. N&rsquo;oubliez pas que depuis huit ans, j&rsquo;arbitre la partie de boule, tous les jours. \u00c7a fait de l&rsquo;exp\u00e9rience dans la n\u00e9gociation, \u00e7a !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 ce moment que du fond de mon bureau est mont\u00e9e la voix de G\u00e9rard :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon, \u00e7a y est, c&rsquo;est pr\u00eat. J&rsquo;ai plus qu&rsquo;\u00e0 allumer le p\u00e9tard ! \u00c7a va sauter !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ces mots, un mouvement de repli g\u00e9n\u00e9ral se produit, \u00e0 commencer par celui des gendarmes. Quand on monte un escalier \u00e0 reculons et que, de plus, on est pouss\u00e9 par deux gendarmes f\u00e9briles, on a de bonnes chances de se retrouver sur les fesses, et c\u2019est ce qui nous arrive au maire et \u00e0 moi. Quelqu\u2019un qui serait parvenu sur les lieux \u00e0 cet instant sans rien connaitre \u00e0 l\u2019affaire aurait \u00e9t\u00e9 surpris de pouvoir contempler, au milieu d\u2019une foule bruissant d\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019image paisible et tranquille, quoique paradoxale, de deux hommes dans la force de l\u2019\u00e2ge, en l\u2019occurrence un maire et un employ\u00e9 municipal, discutant, assis sur les marches d\u2019un escalier, comme deux enfants du quartier refaisant le dernier match de l\u2019O.M. Image paisible et tranquille, certes, mais \u00f4 combien trompeuse ! Car, \u00e0 ce moment-l\u00e0, le maire et moi, on n\u2019est pas fiers. D\u2019abord, parce qu\u2019on ne sait pas si cette andouille de G\u00e9rard ne va pas allumer la m\u00e8che tout de suite. Ensuite, parce que je vois bien que le maire est en train de r\u00e9aliser qu\u2019il a une grosse affaire sur les bras et une grosse d\u00e9cision \u00e0 prendre, et que le fait d\u2019\u00eatre assis comme \u00e7a sur une marche, fut-elle \u00e0 toute proximit\u00e9 du danger, n\u2019est pas bon pour son image de maire \u00e9nergique. Enfin parce que moi qui ne sais toujours pas comment je vais m\u2019y prendre pour calmer le cocu, je suis pas fier non plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Elz\u00e9ar, tu es s\u00fbr que tu peux arriver \u00e0 le faire sortir sans \u00e2ne ni crosse ? me demande le Maire \u00e0 voix basse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En essayant de dissimuler l\u2019h\u00e9sitation que je sens trembler dans ma voix, je lui r\u00e9ponds :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Certain\u2026, mais il faut \u00e9carter tout ce monde, et surtout la mar\u00e9chauss\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, \u00e9levant la voix et prenant un ton assur\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon\u00a0! Elz\u00e9ar Cabanis connait parfaitement l\u2019individu qui est retranch\u00e9 dans son bureau. De plus, il a apport\u00e9 la preuve au cours de longues ann\u00e9es d\u2019arbitrage non seulement de la justesse de son jugement mais aussi de ses grandes qualit\u00e9s de diplomate et de n\u00e9gociateur. En qualit\u00e9 d\u2019officier de police judiciaire et de responsable de l\u2019ordre public sur le territoire de la commune, je d\u00e9cide de lui confier la mission de mettre fin sans plus tarder \u00e0 cet acte de gu\u00e9rilla inacceptable qui n\u2019a que trop dur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a beau dire, notre Maire, il sait parler. Il poursuit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Messieurs les gendarmes, veuillez-vous \u00e9loigner de la porte et faire reculer tout ce monde au-del\u00e0 de la boutique de madame Espalet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais, vous n\u2019allez quand m\u00eame pas laisser\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 &#8211; Augustin, ta gueule ! Gronde le Maire d\u2019une voix forte et basse, un m\u00e9lange subtil d\u2019autorit\u00e9 et de discr\u00e9tion qui n\u2019est pas toujours facile \u00e0 obtenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Brigadier Valensolles, ex\u00e9cution !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fois, le Maire a parl\u00e9 \u00e0 voix haute et claire. Devant l\u2019ordre formel et le ton d\u00e9termin\u00e9 du sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique, le militaire ne peut plus que s\u2019ex\u00e9cuter. Tout en reculant \u00e0 la suite des gendarmes qui repoussent la foule vers le magasin de madame Espalet, le Maire me fait signe que maintenant, c\u2019est \u00e0 moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je redescends l\u2019escalier et frappe doucement \u00e0 la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, ils sont tous partis. Tu peux me parler maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La porte reste silencieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais qu\u2019est-ce que tu veux, au juste ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore le silence. Je r\u00e9alise que \u00e7a fait un bout de temps qu\u2019on ne l\u2019a pas entendu, le G\u00e9rard. Alors, je m\u2019inqui\u00e8te :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, tu es l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, une r\u00e9ponse vient :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et o\u00f9 tu veux que je sois, fan de chichoune\u00a0! Y a qu\u2019une porte,\u00a0couillon !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a beau \u00eatre du Nord, le beau-fr\u00e8re, il a bien pris les expressions de par ici. J&rsquo;insiste :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon, qu\u2019est-ce que tu veux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nouveau silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coute, G\u00e9rard, je ne vais pas pouvoir tenir longtemps comme \u00e7a, moi. Si je ne leur annonce pas quelque chose dans les cinq minutes, ils vont faire venir la cavalerie, tu vas voir. Le GIGN, \u00e7a rigole pas. \u00c7a va \u00eatre le d\u00e9barquement ici\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les s\u00e9ries \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on voit souvent des prises d&rsquo;otages, des menaces de meurtre ou de suicide, et toujours, toujours, le n\u00e9gociateur, le flic en chef ou le h\u00e9ros malgr\u00e9 lui qui ne faisait que passer par l\u00e0 essaie de maintenir le contact avec le terroriste fanatique, le bandit pas si m\u00e9chant ou le d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 h\u00e9sitant en le faisant parler ou en lui parlant sans arr\u00eat. Et dans les s\u00e9ries, la plupart du temps, \u00e7a marche. Faute d&rsquo;un autre mod\u00e8le disponible dans l&rsquo;instant, je d\u00e9cide de faire comme eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, on n\u2019est que tous les deux, l\u00e0. Les autres sont partis au bout de la rue. Ils sont loin. Je te jure qu\u2019ils ne peuvent pas nous entendre. Alors, dis-moi, maintenant : Pourquoi elle t&rsquo;a dit une chose pareille, Martine ? Qu&rsquo;elle te fasse cocu, bon, \u00e7a, vu comme elle est, \u00e7a pouvait arriver un jour ou l&rsquo;autre. Et \u00e0 supposer, juste supposer, hein\u00a0? juste un instant, que ce soit vrai, entre nous, c&rsquo;est pas bien grave. La moiti\u00e9 des hommes du pays le sont. Et l\u2019autre moiti\u00e9, s&rsquo;ils ne le sont pas maintenant, c&rsquo;est qu&rsquo;ils l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 ou qu&rsquo;ils le seront. Mais cocu tout le temps, depuis dix ans, \u00e7a, je peux pas le croire\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh bien, tu as tort&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un bon signe : il parle \u00e0 nouveau. Le contact est r\u00e9tabli. Je dois absolument le maintenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, si tu m&rsquo;expliquais ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 vraiment, je pourrais comprendre, t&rsquo;expliquer peut \u00eatre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le silence est revenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu sais, G\u00e9rard, \u00e7a se voit peut-\u00eatre pas trop, mais je t&rsquo;aime bien, moi. \u00c7a fait longtemps que je voulais te faire entrer dans une \u00e9quipe de boules. Il va y avoir de la place bient\u00f4t dans une triplette. Monsieur de Cormis devient vraiment trop vieux. Il perd la boule en quelque sorte. Non, je plaisante. Mais il va falloir le remplacer. En tant qu&rsquo;arbitre, je peux avoir mon mot \u00e0 dire&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, je me sens tout b\u00eate l\u00e0, \u00e0 parler \u00e0 cette porte. Dis-moi quelque chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ecoute, Elz\u00e9ar\u00a0! Je te dis : arr\u00eate de te payer ma t\u00eate, avec tes \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime bien\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je vais t&rsquo;expliquer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je vais te faire entrer dans la triplette de Cormis ! \u00a0\u00bb Depuis dix ans, toute la famille, toute la ville se fout de ma gueule. \u00ab\u00a0T\u00e9, le Parisieng ! H\u00e9 alors, le Parisieng, c&rsquo;est pas le norhh, par ici ! Va\u00efe, le Parisieng, av\u00e9 ton assent poingtu&#8230;\u00a0\u00a0\u00bb Le Parisien, il vous emmerde. D&rsquo;abord, je ne suis m\u00eame pas parisien ! Mueller, pauvre abruti, Mueller\u00a0! Tu crois que c\u2019est un nom de parisien, \u00e7a\u00a0? Je suis alsacien. Je suis n\u00e9 \u00e0 Colmar. J\u2019ai peut-\u00eatre pas l\u2019accent, mais je suis de Colmar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ha ? Je ne savais pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais que si, que tu le savais. Au d\u00e9but, je passais mon temps \u00e0 vous le dire\u00a0: pas parisien, al-sa-cien\u00a0! Mais, rien \u00e0 faire. Alors, \u00e0 force, j&rsquo;ai abandonn\u00e9. Parce que Martine m\u2019avait rencontr\u00e9 \u00e0 Paris, j\u2019\u00e9tais le Parisien, toujours le Parisien\u00a0; \u00e7a vous plaisait, \u00e7a, bande de ploucs\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon, \u00e9coute, l&rsquo;Alsacien. Je regrette, et quand je leur aurais racont\u00e9, ils vont tous regretter. Mais tu vas pas te faire sauter avec toute la ville pour une histoire de r\u00e9gionalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, \u00e7a c\u2019est rien\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 4 &#8211; L&rsquo;Alsacien<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026Non, c&rsquo;est vrai, \u00e7a c&rsquo;est rien. Enfin, pas grand-chose\u2026\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du reste\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quand m\u00eame, dix ans de grosses plaisanteries derri\u00e8re mon dos ou m\u00eame devant moi sur ma fa\u00e7on de parler, de manger, de rire. Dix ans sans que jamais personne ne me propose une partie de p\u00eache ou de boule ou m\u00eame un simple pastis \u00e0 la terrasse de chez Fernand&#8230;Dix ans, \u00e7a fait beaucoup. Bon, moi, je m&rsquo;\u00e9tais fait une raison\u00a0: j&rsquo;\u00e9tais content parce que j&rsquo;avais Martine. Martine, c&rsquo;\u00e9tait la plus jolie fille de la ville, celle que tout le monde voulait. Eh bien, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;avais eue, moi le gars du Nord, le Parisien. Je me souviens de P\u00e9tugue qui m&rsquo;avait dit un jour au bistrot devant tout le monde : \u00ab\u00a0Tu as de la chance, tu sais, G\u00e9rard. La Martine, tous les hommes de la ville lui ont couru apr\u00e8s.\u00a0\u00bb Et il avait ajout\u00e9 avec un gros clin d&rsquo;\u0153il: \u00ab\u00a0jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle s&rsquo;arr\u00eate&#8230; \u00a0\u00bb Et tout le monde avait bien ri, et moi avec. Longtemps, je m\u2019\u00e9tais demand\u00e9 ce qu&rsquo;il avait voulu dire, le salaud. Maintenant je sais. C\u2019\u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle s&rsquo;arr\u00eate de courir pour que les hommes la rattrapent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, \u00e7a je l&rsquo;ai compris que ce matin, quand je suis rentr\u00e9 de ma garde au lever du jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la nuit, j&rsquo;avais surveill\u00e9 le G\u00e9ant Casino. Install\u00e9 confortablement dans ma Citro\u00ebn break \u00c9vasion qui \u00e9tait gar\u00e9e sur le parking, j&rsquo;avais assez bien dormi. Quand les premiers employ\u00e9s sont arriv\u00e9s, je suis sorti de la voiture pour m&rsquo;\u00e9tirer un peu et prendre le frais du petit matin. Et puis, au lieu d&rsquo;aller directement \u00e0 l&rsquo;agence comme d&rsquo;habitude pour \u00e9crire mon rapport, j&rsquo;ai senti monter en moi comme un petit besoin d&rsquo;affection. Je me suis dit comme \u00e7a que \u00e7a serait bien de faire la surprise \u00e0 Martine en la r\u00e9veillant avec des croissants, que \u00e7a lui ferait bien plaisir, qu&rsquo;elle serait gentille. Alors, je suis pass\u00e9 \u00e0 la station-service, j\u2019ai achet\u00e9 deux croissants sous plastique, et je suis rentr\u00e9 \u00e0 pied tout content.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a fait deux ans que j\u2019ai achet\u00e9 cette petite maison en bordure de la ZAC Marcel Pagnol. J\u2019en ai pris pour trois cent douze mensualit\u00e9s. Bon, plus que deux cent quatre-vingt-huit. Martine, elle, elle voulait pas. Elle disait que c\u2019\u00e9tait trop cher, qu\u2019on pourrait pas acheter la belle d\u00e9capotable, que \u00e7a nous emp\u00eacherait de voyager &#8211; elle veut absolument aller passer une semaine \u00e0 Las Vegas pour rencontrer George Clooney &#8211; , et tout \u00e7a\u00a0! Moi, je lui disais que ce serait bien d\u2019\u00eatre chez soi, qu\u2019on serait mieux que dans l\u2019HLM de la cit\u00e9 Fr\u00e9d\u00e9ric Mistral, qu\u2019on pourrait avoir une chambre d\u2019 enfant, et tout \u00e7a. Quand j\u2019ai parl\u00e9 de chambre d\u2019enfant, j\u2019avais bien vu qu\u2019elle m\u2019avait lanc\u00e9 un dr\u00f4le de coup d\u2019\u0153il, mais sur le coup, j\u2019avais pas fait attention. Elle voulait pas, c\u2019est simple, elle voulait pas. Alors, j\u2019ai tout sign\u00e9 tout seul. Quand je lui ai dit qu\u2019on \u00e9tait devenu propri\u00e9taire, elle m\u2019a plus parl\u00e9 pendant trois semaines et m\u2019a fait coucher sur le canap\u00e9 pendant deux mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, j\u2019arrive devant notre maison et j\u2019ouvre la porte du petit jardin qui donne sur la rue. Je dis jardin, mais c\u2019est plut\u00f4t un terrain vague. Martine veut pas s\u2019en occuper. Elle dit que \u00e7a lui abime les ongles. Et moi, avec mes horaires, j\u2019ai pas le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon. Alors, je traverse le petit jardin de devant et c\u2019est l\u00e0 que je vois un type \u00e0 cheval sur le grillage qui s\u00e9pare notre jardin de derri\u00e8re de celui du voisin. Le type, il porte un pantalon, une seule chaussure et il tient sa chemise \u00e0 la main. C\u2019est louche. A un moment, il se retourne et il me voit, fig\u00e9, qui le regarde. Alors, coinc\u00e9 sur le grillage, il me fait un petit sourire, g\u00ean\u00e9. C\u2019est louche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je l\u2019ai reconnu. Je sais pas son nom, mais je l\u2019ai reconnu. C\u2019est l\u2019ing\u00e9nieur EDF qui est venu de Paris pour le chantier de la ligne haute tension. Qu\u2019est-ce qu\u2019il est venu faire dans mon jardin, celui-l\u00e0\u00a0? C\u2019est louche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je file vers la porte et j&rsquo;entre dans la maison. Depuis le bas de l\u2019escalier, j\u2019appelle ma femme :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Martine ! Tu as vu ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il fiche dans le jardin, l\u2019ing\u00e9nieur ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui ai dit \u00e7a sur un ton innocent, presque joyeux, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e en tout cas. Elle apparait en haut de l\u2019escalier, toute nue. Elle tient devant elle une toute petite serviette, presque un gant de toilette. Elle a l\u2019air furieux. Bon sang, qu\u2019elle est belle !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais qu\u2019est-ce que tu fous ici \u00e0 cette heure ? On n\u2019a pas id\u00e9e !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh, je t\u2019ai r\u00e9veill\u00e9e ? Je suis d\u00e9sol\u00e9e, ma bichette &#8211; c\u2019est comme \u00e7a que je l\u2019appelle : ma bichette &#8211; je t\u2019ai apport\u00e9 des croissants, que je lui r\u00e9ponds en montant l\u2019escalier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle recule dans le couloir vers la chambre tandis que j\u2019avance vers elle, tout gentil, en lui tendant les deux croissants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -Tiens regarde ! Allez, bichette, recouche-toi, je vais te faire du&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par-dessus son \u00e9paule, dans la p\u00e9nombre des persiennes \u00e0 demi-ferm\u00e9es, je vois le lit d\u00e9fait, je vois sa robe, son slip, son soutien-gorge et ses chaussures, \u00e9parpill\u00e9s sur le sol. Et je me dis \u00ab\u00a0que c\u2019est joli, tout \u00e7a !\u00a0\u00bb Et puis je vois par terre pr\u00e8s du lit les deux canettes de bi\u00e8re entre un cendrier plein et une chaussure d\u2019homme. Le cendrier a d\u00e9bord\u00e9 et des m\u00e9gots sont tomb\u00e9s sur la belle moquette blanche que Martine avait choisie. Elle va pas \u00eatre contente. La chaussure est un joli mocassin noir, avec des petits glands \u00e0 franges sur le dessus. \u00c7a doit co\u00fbter cher une chaussure d&rsquo;homme comme \u00e7a. Une chaussure d\u2019homme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u2026caf\u00e9\u2026Quel con!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a eu comme un coup de tonnerre dans ma t\u00eate, avec la lumi\u00e8re, le bruit et tout. Mes oreilles se sont mises \u00e0 bourdonner et une \u00e9norme chaleur m&rsquo;est mont\u00e9e au visage. Comme sur une photo surexpos\u00e9e, j&rsquo;ai vu le type dans le jardin, Martine nue et furieuse, les canettes, la chaussure, tout&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quel con ! Non mais, quel con !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai avanc\u00e9 sur elle, je l&rsquo;ai \u00e9cart\u00e9e pour entrer dans la chambre. A un moment, elle a d\u00fb avoir peur car elle a couru dans la salle de bain pour s&rsquo;y enfermer. Je suis rest\u00e9 longtemps seul, devant le lit, \u00e0 regarder les traces de la nuit. Peu \u00e0 peu, le bourdonnement a cess\u00e9 dans mes oreilles et la chaleur s&rsquo;est retir\u00e9e de mon visage. Je suis all\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre et j&rsquo;ai ouvert les persiennes : il n&rsquo;y avait plus personne dans le jardin. H\u00e9sitant entre la col\u00e8re, le d\u00e9sespoir et la douceur, j&rsquo;ai fini par choisir la col\u00e8re et je suis all\u00e9 cogner du poing sur la porte de la salle de bain :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ouvre, Martine, ouvre ou je casse la porte\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme aucun bruit ne provient de la salle de bain, je continue \u00e0 taper sur la porte, longtemps, et de plus en plus fort. Finalement, une toute petite voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, arr\u00eate, tu me fais peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ouvre la porte, garce, salope\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais, qu\u2019est-ce qui te prend, G\u00e9rard\u00a0? Vraiment tu me fais peur. Qu\u2019est-ce que je t\u2019ai fait\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non mais, \u00e9coutez \u00e7a\u00a0! Il y a \u2026 il y a que tu as couch\u00e9 avec ce type\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qui\u00a0\u00e7a ? Moi\u00a0? Quel type\u00a0? Mais tu es fou\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Comment \u00e7a, je suis fou\u00a0? Et l\u2019ing\u00e9nieur dans le jardin, et les canettes par terre et la chaussure\u00a0sous le lit ? C\u2019est quoi, \u00e7a, de la folie peut-\u00eatre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ecoute, G\u00e9rard, dit-elle d&rsquo;une voix douce, je ne sais pas ce que c\u2019est que cet ing\u00e9nieur, je connais pas d\u2019ing\u00e9nieur, j\u2019ai jamais vu d\u2019ing\u00e9nieur, je te jure. Pour ce qui est des bi\u00e8res, h\u00e9 bien\u2026 c\u2019est Viviane. Elle est venue hier soir pour me tenir compagnie. Tu comprends, moi, toute seule, tous les soirs, je m\u2019ennuie\u2026Et j\u2019ai un peu peur aussi quelques fois. Alors, j\u2019ai appel\u00e9 Viviane et elle est venue. On a bu des bi\u00e8res et on a fum\u00e9 en bavardant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais, elle se fout de ma gueule en plus\u00a0! Tu te fous de ma gueule en plus\u00a0! Et la chaussure, c\u2019est celle de Viviane peut-\u00eatre\u00a0? C\u2019est \u00e7a, hein\u00a0? C\u2019est celle de Viviane\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ben non, idiot\u00a0! C\u2019est une chaussure d\u2019homme\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C\u2019est bien \u00e7a, tu te fous de ma gueule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est la chaussure de son mari. Elle me l&rsquo;avait apport\u00e9e pour me dire que tu devrais t&rsquo;en acheter des comme \u00e7a. Elle l&rsquo;a laiss\u00e9e pour que tu te fasses une id\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah, \u00e7a ! Pour me faire une id\u00e9e, je me suis fait une id\u00e9e !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, eh bien, elle est compl\u00e8tement idiote, ton id\u00e9e. Enfin, G\u00e9rard, tu sais bien que je t&rsquo;ai jamais tromp\u00e9 ! Et surtout pas avec un ing\u00e9nieur ! Un parisien en plus ! Et que j&rsquo;ai jamais vu, par-dessus le march\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ! Et comment tu sais qu&rsquo;il est parisien ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais c&rsquo;est toi qui me l&rsquo;as dit !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je t&rsquo;ai rien dit du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais si. Et puis, de toute fa\u00e7on, tout le monde le sait qu&rsquo;il est parisien, l&rsquo;ing\u00e9nieur. Je t&rsquo;ai pas tromp\u00e9, G\u00e9rard, jamais ! Je te jure, enfin\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a commence \u00e0 s\u2019embrouiller dans ma t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais enfin, quand m\u00eame, tu avoueras que c&rsquo;est bizarre tout \u00e7a, les bi\u00e8res, la chaussure&#8230; Et puis le gars qui sort du jardin de derri\u00e8re en sautant le grillage&#8230;\u00c7a donne \u00e0 penser&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coute, G\u00e9rard, dit-elle en changeant de ton, fais comme d&rsquo;habitude, ne pense pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On dirait qu\u2019elle commence \u00e0 s\u2019\u00e9nerver. Elle reprend\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; D&rsquo;abord, qu&rsquo;est-ce qui te dit qu&rsquo;il en sortait de notre jardin, hein ? Qu&rsquo;est-ce qui te dit qu&rsquo;il n&rsquo;y rentrait pas ? \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonnerait qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9 que tu l&rsquo;aies vu en train de sortir du jardin du voisin et du lit de la voisine. Elle est chaude, celle-l\u00e0. Je pourrais t&rsquo;en raconter&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu crois\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J\u2019en suis s\u00fbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle s\u2019\u00e9nerve de plus en plus. J\u2019aime pas \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Enfin, c\u2019est elle, ou c\u2019est moi\u00a0! Et tu vas quand m\u00eame pas croire une train\u00e9e quand je te dis que c\u2019est pas moi\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais plus vraiment o\u00f9 j\u2019en suis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 &#8211; G\u00e9rard, je vais sortir. Tu es calme maintenant\u00a0? Tu as compris maintenant\u00a0? Tu as compris que le cocu, c\u2019est pas toi mais le voisin\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ben\u2026oui, je crois\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon, mon ch\u00e9ri, je vais sortir. Tu es gentil, hein\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon ch\u00e9ri. \u00c7a faisait longtemps qu\u2019elle ne m\u2019avait pas appel\u00e9 comme \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle sort de la salle de bain, toute coiff\u00e9e et maquill\u00e9e. Elle s\u2019est envelopp\u00e9e dans une grande serviette rose. Elle passe dans la chambre, elle ramasse les canettes et le cendrier, elle jette tout \u00e7a dans la corbeille. Elle retape un peu le lit, ramasse le mocassin noir\u2026 \u00ab\u00a0il faudra que je le rende \u00e0 Viviane. \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Epuis\u00e9 par la dispute, je me suis laiss\u00e9 tomber dans la berg\u00e8re Louis XV que j\u2019avais eue pour pas cher apr\u00e8s une garde de nuit chez Monsieur Meuble. Les jambes \u00e9tendues en grand \u00e9cart, les bras sur les accoudoirs, j\u2019essaie de r\u00e9cup\u00e9rer tout en la regardant s\u2019habiller. C\u2019est le spectacle que je pr\u00e9f\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, je sens comme un petit besoin de tendresse monter en moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 5 &#8211; Martine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire que je l\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 belle\u00a0! Bon sang, ce que j\u2019ai eu peur\u00a0! C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il me prenait sur le fait. Je n&rsquo;en reviens pas d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 le retourner comme \u00e7a, aussi facilement. Bon\u00a0! Je vais aller faire un tour, acheter quelques trucs pour lui faire un d\u00e9jeuner correct. J&rsquo;ouvrirai une bouteille de ros\u00e9. Je mettrai la table avec des fleurs. J&rsquo;essaierai d&rsquo;\u00eatre gentille et de rester tranquille quelques jours. La semaine prochaine, il n&rsquo;y pensera plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut dire qu&rsquo;il est pas malin, le G\u00e9rard. Regardez-le, l\u00e0, affal\u00e9 dans le fauteuil, cet imb\u00e9cile heureux qui ne me quitte pas des yeux pendant que je m&rsquo;habille. Faut dire que j&rsquo;en rajoute un peu dans le striptease \u00e0 l&rsquo;envers. Vraiment, je me demande comment j&rsquo;ai pu tomber sur un cr\u00e9tin pareil ? Enfin !&#8230;Y avait urgence, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mais, aujourd\u2019hui, il y a des moments o\u00f9 je ne peux plus le supporter. Je lui en veux d&rsquo;\u00eatre aveugle, je lui en veux d&rsquo;\u00eatre soumis, je lui en veux d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, de faire tout ce que je demande, d&rsquo;\u00eatre incapable de gagner correctement sa vie, de me faire vivre dans ce pavillon minable cette petite vie minable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai d\u00fb en faire un peu trop dans ma s\u00e9ance d&rsquo;habillage et je le vois qui commence \u00e0 s&rsquo;agiter dans son fauteuil. Il y a maintenant dans son regard une petite lueur qui ne trompe pas. Je vois le truc venir. La barbe ! Non mais, sans blague, je suis crev\u00e9e, moi ! Et m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu la nuit derni\u00e8re, j&rsquo;aurais pas envie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 qu&rsquo;il me fr\u00f4le timidement la cuisse quand je passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui pour aller au placard. Je fais semblant de rien. Au retour, il me prend carr\u00e9ment la taille et essaie de m&rsquo;attirer sur ses genoux. Je m&rsquo;esquive d&rsquo;une torsion du buste et je m&rsquo;\u00e9carte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, G\u00e9rard, j&rsquo;ai pas envie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allons, ma Bichette, sois gentille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0&#8211; Non, G\u00e9rard. Je te dis que j&rsquo;ai pas envie. Apr\u00e8s la sc\u00e8ne que tu m&rsquo;as faite, pas question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais enfin, Bichette, tu avoueras qu&rsquo;il y avait de quoi se tromper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en parlant, il s&rsquo;est lev\u00e9. Il est maintenant derri\u00e8re moi. Il m&rsquo;a attrap\u00e9e par un bras et m&rsquo;attire vers lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allez, viens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sens la boucle de sa ceinture contre mon dos. De ma hanche, sa main passe sur mon ventre. Un frisson me passe alors dans tout le corps, mais ce n\u2019est pas un frisson de d\u00e9sir. A partir de ce moment, je ne sais plus ce que je fais\u00a0; je ne me contr\u00f4le plus\u00a0; j\u2019\u00e9clate\u00a0; je lui l\u00e2che tout en vrac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Fiche moi la paix, G\u00e9rard. Je n\u2019en peux plus. Je ne veux plus que tu me touches, jamais. J\u2019en ai marre de toi, tu me d\u00e9goutes. Tu es un minable, un rat\u00e9. Toute la ville se moque de toi, et toi tu crois que c\u2019est \u00e0 cause de ton accent. Pauvre imb\u00e9cile\u00a0! On se moque de toi parce que tout le monde sait que tu es cocu, que je te trompe avec tous les hommes de la ville et aussi avec ceux de passage, enfin tous ceux qui veulent bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019a l\u00e2ch\u00e9e et s\u2019est fig\u00e9 debout au milieu de la chambre. Il a la bouche ouverte. Ses yeux sont largement ouverts, fix\u00e9s sur moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mon pauvre G\u00e9rard, je te trompe depuis le jour o\u00f9 tu m\u2019as ramen\u00e9e de Paris, quinze jours avant qu\u2019on se marie.\u00a0\u00c7a a commenc\u00e9 avec P\u00e9tugue, sur la banquette arri\u00e8re de ta voiture que tu lui avais donn\u00e9e \u00e0 r\u00e9parer. Tout de suite apr\u00e8s, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 nos deux t\u00e9moins, en m\u00eame temps, la veille de notre mariage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En disant \u00e7a, je l\u2019ai pouss\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement du plat des deux mains au niveau de sa poitrine. Il est tomb\u00e9 assis au bord du lit, les \u00e9paules basses. Maintenant, il regarde ses chaussures. Et moi, je continue, comme une gourde, furieuse, incapable d\u2019arr\u00eater mon d\u00e9ballage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et toi, tu n\u2019as rien vu, rien compris des allusions que ces cr\u00e9tins de ma famille ont fait pendant le d\u00e9jeuner chez Fernand, apr\u00e8s l\u2019Eglise. Alors, j\u2019ai continu\u00e9. Le fils de Cormis, le directeur du Casino (pourquoi crois-tu que tu as le contrat de surveillance\u00a0?), Pascal Ceccaldi, le d\u00e9put\u00e9 quand il est pass\u00e9 pour sa campagne il y a trois ans, Joseph et toute sa triplette, le maire (deux ou trois fois seulement, le maire), Fernand du caf\u00e9 des Sports (tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, lui) et des tas d\u2019autres que tu ne connais m\u00eame pas. Et encore d\u2019autres que je sais plus leur nom. Et toi, tu ne voyais rien, rien de rien. En quelque sorte, tu m\u2019encourageais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a mis sa t\u00eate dans ses mains. Sans la relever, il demande\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourquoi quoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourquoi tu es all\u00e9e avec tous ces types\u00a0? Tu n\u2019es pas bien avec moi\u00a0? Je ne te donne pas tout ce que tu veux\u00a0? La moquette blanche, la baignoire \u00e0 bulles, la Fiat 500 d\u00e9capotable, la t\u00e9l\u00e9 \u00e0 \u00e9cran large\u00a0? Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma col\u00e8re est retomb\u00e9e et c\u2019est presque avec douceur que je lui dis\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Parce que tu es trop b\u00eate. Parce que \u00e7a m\u2019amuse. \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Salope\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a faisait un bout de temps que je cherchais un pr\u00e9texte pour me sortir de l\u00e0. Je saute sur l\u2019insulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah, G\u00e9rard, puisque tu me parles mal, je pars. Je vais \u00e0 Marseille chez les Magnan. Ils m\u2019aiment bien ceux-l\u00e0. Ils me respectent, eux. Je ne sais pas quand je reviendrai. Je ne sais m\u00eame pas si je vais revenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en parlant, j\u2019ai saisi ma petite valise rose \u00e0 paillettes, je l\u2019ai remplie de trois bricoles, j\u2019ai attrap\u00e9 mon sac en bas des escaliers et je suis sortie en claquant la porte. J\u2019ai d\u00e9marr\u00e9 en trombe ma petite Fiat 500 blanche et rose, et j\u2019ai mont\u00e9 toutes les vitesses en faisant le double d\u00e9brayage comme me l\u2019avait appris P\u00e9tugue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 6 &#8211; Elz\u00e9ar<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que j\u2019\u00e9coutais mon beau-fr\u00e8re me raconter son histoire, le soleil a tourn\u00e9 et les marches o\u00f9 je suis assis sont maintenant en plein soleil. Il est midi pass\u00e9 et je commence \u00e0 avoir bien chaud sous le chapeau. Il y a un moment que G\u00e9rard s\u2019est arr\u00eat\u00e9 de raconter. Il faut que je r\u00e9tablisse le contact.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Alors, elle est partie comme \u00e7a\u00a0? Et toi, qu\u2019est-ce que tu as fait\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J&rsquo;\u00e9tais compl\u00e8tement \u00e9puis\u00e9. Je me suis allong\u00e9 sur le lit et j&rsquo;ai regard\u00e9 le plafond pendant une heure, deux heures, je sais plus. Je r\u00e9fl\u00e9chissais. Bon sang, Elz\u00e9ar, tu te rends compte ? C&rsquo;est elle qui me fait cocu, et c&rsquo;est elle qui me fait une sc\u00e8ne, c&rsquo;est elle qui s&rsquo;en va ! Et moi, alors ? J&rsquo;aurais pas le droit de me f\u00e2cher, de crier, de taper un peu m\u00eame ? Mais j&rsquo;ai pas eu le temps. Je me suis laiss\u00e9 embobiner par sa com\u00e9die. D&rsquo;abord, c&rsquo;est pas vrai, elle conna\u00eet pas l&rsquo;ing\u00e9nieur, et cinq minutes apr\u00e8s, elle a couch\u00e9 avec la moiti\u00e9 de la ville ! La ville, elle est belle, la ville. Toute la ville au courant et pas un, pas une pour venir me dire de faire attention, de surveiller un peu Martine. Pas un seul ! Tu penses, c&rsquo;\u00e9tait bien trop rigolo. M\u00eame pas toi, Elz\u00e9ar. Tu ne m&rsquo;as rien dit. Tu fais bien partie de cette bande de salauds, salaud\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je veux continuer \u00e0 pouvoir discuter avec lui, il faut que je sorte le gros mensonge :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah mais, je te jure que j&rsquo;\u00e9tais pas au courant. Tu penses bien, je suis son fr\u00e8re. Alors, elle se cachait autant de moi que de toi. Non, non, je savais rien. Pas \u00e7a !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah bon ? Je croyais&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pas \u00e7a, je te dis. Bon, et apr\u00e8s tu as fait quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je suis retourn\u00e9 chercher ma voiture. Je suis pass\u00e9 au bureau prendre mes deux sacs de gym et je suis parti \u00e0 la vieille cimenterie. Depuis la fermeture, je fais de temps en temps des gardes \u00e0 l&rsquo;usine. Alors je connais bien les lieux. Ils ont laiss\u00e9 tout un stock de nitroglyc\u00e9rine. Ils s\u2019en servaient avant pour d\u00e9colmater le four de temps en temps. C&rsquo;est de la vieille, elle est plut\u00f4t instable. Alors, j&rsquo;ai fait attention de tout bien emballer dans des vieux chiffons. J&rsquo;ai roul\u00e9 tout doucement jusqu&rsquo;\u00e0 la mairie. Je me suis gar\u00e9 sur la place. Comme je sais que tu n\u2019es jamais l\u00e0 \u00e0 l\u2019heure de la partie, je me suis enferm\u00e9 dans ton bureau. Et voil\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon. Et maintenant, qu&rsquo;est-ce que tu vas faire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je sais pas trop&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de la rue du B\u00e9al, je vois le maire qui s&rsquo;impatiente et qui me fait des grands signes interrogatifs. Je lui r\u00e9ponds par gestes que tout va bien, qu&rsquo;il me faut encore un peu de temps, que je fais ce que je peux et je retourne \u00e0 la n\u00e9gociation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il faut que tu sortes de l\u00e0, que tu rentres chez toi, bien tranquillement et tout s&rsquo;arrangera. Si tu sors pas dans les cinq minutes, ils vont d\u00e9couper la porte et t&#8217;emmener en prison, ou peut-\u00eatre m\u00eame te tirer dessus. Allez, sors !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; S&rsquo;ils touchent \u00e0 la porte, tu peux leur dire que je fais tout sauter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais enfin, bon sang de sort, on va pas rester comme \u00e7a jusqu&rsquo;\u00e0 la Toussaint. Dis-moi ce que tu veux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Heu&#8230;Je sais pas\u2026Je veux qu&rsquo;elle vienne. C&rsquo;est \u00e7a ! Je veux que Martine vienne ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourquoi faire ? Tu vas pas la taper, au moins ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, mais je veux qu&rsquo;elle vienne&#8230; Ou alors, je fais tout sauter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon\u00a0! Reste tranquille. Elle va venir. Je vais la chercher. \u00c7a prendra un peu de temps, mais elle va venir, je te promets. Mais, en attendant, ne fais pas de cagade. Je reviens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, il faut que j\u2019aille expliquer tout \u00e7a au maire et que j\u2019obtienne un peu plus de temps. Il grogne un peu, il me dit qu\u2019il peut plus tenir les gendarmes, qu\u2019il devrait t\u00e9l\u00e9phoner au Pr\u00e9fet, mais finalement, il me donne encore une petite heure. Je ne sais pas vraiment o\u00f9 elle est ma s\u0153ur, mais je m\u2019en doute un peu. Si \u00e7a se trouve, elle est au salon de coiffure en train de raconter tout \u00e7a \u00e0 sa copine Marylin. En vrai, Marylin, elle s\u2019appelle Maryvonne (elle est bretonne) mais elle trouve que pour une coiffeuse, Marylin, c\u2019est mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le salon \u00ab\u00a0Chez Marylin et Belinda\u00a0\u00bb, c\u2019est loin , mais en courant un peu, j\u2019y suis en cinq minutes. Effectivement, la ridicule petite voiture rose et blanche est gar\u00e9e juste devant, en plein sur la place \u00ab\u00a0handicap\u00e9s\u00a0\u00bb. A l\u2019int\u00e9rieur, il y a Marylin, Belinda (Fran\u00e7oise), madame Lespina qui est sous le casque et Martine. Elles ont l\u2019air de bien s\u2019amuser toutes les quatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Martine, viens avec moi\u00a0! Maintenant\u00a0! C\u2019est grave\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu\u2019est-ce que tu veux, Elz\u00e9ar\u00a0? Si c\u2019est G\u00e9rard qui t\u2019envoie, tu peux t\u2019en retourner tout de suite et lui dire que je l\u2019emmerde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C\u2019est pas lui qui m\u2019envoie, c\u2019est le maire, c\u2019est toute la ville, idiote\u00a0! Ton cr\u00e9tin de mari veut te voir illico ou il menace de faire sauter le quartier et lui avec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Grand bien lui fasse\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0&#8211; Esp\u00e8ce de cagole, il y deux cents badauds autour qui risquent de sauter aussi. J\u2019ai pas le temps de barjaquer. Alors, tu viens maintenant\u00a0? Ou je t\u2019y traine par les cheveux\u00a0? Allez, zou\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019avance, mena\u00e7ant, en levant la main comme si j\u2019allais lui mettre un pastisson. Je suis le fr\u00e8re ain\u00e9, quand m\u00eame\u00a0! Impressionn\u00e9e, elle baisse la t\u00eate et sors de la boutique devant moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le chemin, je lui explique la situation tout en l\u2019engueulant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Que tu te fasses piquer un jour, c\u2019\u00e9tait devenu in\u00e9vitable, \u00e0 force. Mais, Sainte Marie Bonne M\u00e8re, tu avais pas besoin de tout lui balancer\u00a0! En une seule fois, en plus\u00a0! Maintenant, il est compl\u00e8tement djobi\u00a0! On peut plus le tenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis plus de deux heures que l\u2019affaire a commenc\u00e9, les nouvelles ont eu le temps de se pr\u00e9ciser, et les gens savent maintenant \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 quoi s\u2019en tenir sur ses tenants et ses aboutissants. Quand nous arrivons pr\u00e8s de la mairie, il nous faut fendre la foule avant de parvenir \u00e0 l\u2019escalier. Au d\u00e9but, un quasi silence se fait sur notre passage. Pensez ! \u00a0Deux des acteurs principaux du drame vont rejoindre le troisi\u00e8me. \u00c7a force le respect. Et puis tr\u00e8s vite, les murmures reprennent, et puis les rigolades, les plaisanteries. Quand ils en arrivent aux insultes, on a d\u00e9j\u00e0 franchi le barrage. Je m\u2019arr\u00eate devant le maire et les gendarmes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Vous voyez, \u00e7a avance. J\u2019ai pu trouver ma s\u0153ur. Elle va lui parler. Elle va arranger les choses. \u00c7a va aller maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Int\u00e9rieurement, je ne vois pas du tout comment elle pourrait arranger les choses, mais, va savoir, avec les femmes\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il me faut encore un peu de temps. Et surtout, ne bougez pas de l\u00e0. Il doit parler seul \u00e0 seul avec sa femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que Martine et moi, nous avan\u00e7ons vers l\u2019escalier, je lui dis\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bon, maintenant, tu as int\u00e9r\u00eat \u00e0 le faire sortir sans bobo, sinon je te fiche la torgnole de ta vie, celle qu\u2019il aurait d\u00fb te donner depuis longtemps. Raconte-lui ce que tu voudras, promets lui ce qu\u2019il voudra, je m\u2019en fiche, mais fais le sortir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne dit rien. Elle se redresse, arrange ses cheveux, descend les huit marches et frappe doucement \u00e0 la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, c\u2019est moi\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre <\/strong><strong>7 &#8211; F\u00e9lix<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je commen\u00e7ais \u00e0 m\u2019ennuyer ferme, l\u00e0, coinc\u00e9 entre le maire et les gendarmes d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et la foule qui poussait de l&rsquo;autre. Je ne voyais plus rien. C\u2019\u00e9tait pas juste, parce qu\u2019apr\u00e8s tout, c\u2019\u00e9tait quand m\u00eame moi qui \u00e9tais l\u00e0 le premier. Comme personne ne faisait attention \u00e0 moi (personne ne fait jamais attention \u00e0 moi), \u00e0 un moment, je me suis gliss\u00e9 entre les jambes de tout ce monde, j\u2019ai long\u00e9 le mur de la mairie et je me suis accroupi derri\u00e8re les deux grosses poubelles \u00e0 roulettes qu\u2019ils ont mises l\u00e0 pour que les gens viennent y jeter des trucs\u00a0; dans la jaune, le plastique, et dans la verte, le verre. Les gens, ils y mettent bien tout ce qu\u2019ils veulent, et vas-y, le verre dans la jaune, et le plastique dans la verte, et les vieilles chaussures, et les journaux, et m\u00eame les crottes de chien dans les deux, m\u00eame que le maire, il est pas content parce qu\u2019apr\u00e8s, il faut trier. Mais pour me cacher tout en \u00e9tant aux premi\u00e8res loges, c\u2019\u00e9tait dr\u00f4lement pratique. De mon poste d\u2019observation, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et au-dessus de la porte en fer, je pouvais tout voir et tout entendre tranquillement assis par terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le moment, il se passait plus rien\u00a0: monsieur Cabanis \u00e9tait parti chercher madame Mueller, et tout le monde attendait la suite en bavardant, un peu comme pendant la publicit\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Il se passait tellement rien qu&rsquo;avec la chaleur qui montait, j\u2019ai bien failli m\u2019endormir. Mais les gens dans la foule ont recommenc\u00e9 \u00e0 faire du bruit et je les ai vus arriver vers moi. Monsieur Cabanis disait \u00e0 sa s\u0153ur qu\u2019il allait lui ficher une danse si elle n\u2019arrivait pas \u00e0 faire sortir le Parisien tout de suite. Alors elle s\u2019est approch\u00e9e de la porte, elle a toqu\u00e9 doucement\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, c\u2019est moi\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est jolie, madame Mueller. Qu\u2019est-ce qu\u2019elle est jolie\u00a0! Et elle est toujours bien habill\u00e9e et bien coiff\u00e9e. Elle a des cheveux blonds dor\u00e9s qui descendent sur ses \u00e9paules en centaines de petits frisotis. Quand elle enl\u00e8ve ses lunettes de soleil, on voit que ses yeux sont bleus comme les autobus d&rsquo;Aubagne. Elle porte toujours des petites robes courtes en tissu tr\u00e8s l\u00e9ger de toutes les couleurs qui lui colle \u00e0 la peau. Elle a aussi de jolies chaussures avec des talons hauts comme la main et des lacets en cuir. Je l\u2019aime bien, madame Mueller. Et je crois qu\u2019elle m\u2019aime bien aussi. Elle me l\u2019a dit. Si, c\u2019est vrai. Elle me l\u2019a dit un jour\u00a0: \u00ab\u00a0Je t\u2019aime bien F\u00e9lix, tu es gentil. Grandis encore un peu et on pourra s\u2019amuser tous les deux.\u00bb Si, c\u2019est vrai\u00a0! Alors, ce vieux cr\u00e9tin de Cabanis, s&rsquo;il veut lui taper dessus, moi, je le laisserai pas faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; G\u00e9rard, c\u2019est moi. Ouvre\u00a0! Qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te gentiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l&rsquo;autre, il r\u00e9pond pas, elle insiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ouvre, s\u2019il te plait. J&rsquo;ai des choses \u00e0 te dire, mais je peux pas le faire \u00e0 travers cette fichue porte. Allez, ouvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, tu es une sale garce et je veux plus te voir. Je vais me faire sauter. Dis \u00e0 tout le monde de s&rsquo;\u00e9loigner, et toi, \u00e9carte-toi ! \u00c7a va p\u00e9ter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Fais pas \u00e7a, mon ch\u00e9ri, je suis juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte. \u00c9coute, je te propose : tu ouvres et c&rsquo;est moi qui entre. Comme \u00e7a on pourra parler tranquilles. J&rsquo;ai des choses importantes \u00e0 te dire. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 m\u00e9chante et je regrette, et je voudrais t&rsquo;expliquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; M\u00e9chante\u00a0! Tu appelles \u00e7a \u00eatre m\u00e9chante ! Coucher avec toute la ville ! Eh bien, tu ne manques pas de culot!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais non, c&rsquo;est pas \u00e7a. Laisse-moi entrer, je vais t&rsquo;expliquer. C&rsquo;\u00e9tait des histoires. Je t&rsquo;ai racont\u00e9 des histoires, je t&rsquo;ai jamais tromp\u00e9, je te jure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Martine, tu te fous encore de ma gueule. Tu m&rsquo;as tout avou\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure, \u00e0 la maison !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais c&rsquo;\u00e9tait des histoires, j&rsquo;\u00e9tais en col\u00e8re. Laisse-moi entrer, je vais t&rsquo;expliquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;entends des frottements \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, puis la cl\u00e9 qui tourne dans la serrure, un tour, deux tours, la porte s&rsquo;entrouvre et G\u00e9rard passe la t\u00eate :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si tu me racontes encore des fariboles, je te pr\u00e9viens, je te fracasse\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Madame Mueller lui r\u00e9pond par un joli sourire, timide et doux. Le Parisien h\u00e9site un peu, puis il ouvre un peu plus largement la porte. Avant d&rsquo;entrer, elle chuchote \u00e0 son fr\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Va-t&rsquo;en, Elz\u00e9ar. J&rsquo;ai besoin de lui parler seul \u00e0 seul. Va dire au Maire qu&rsquo;on sortira tranquillement dans vingt minutes, pas plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle entre et il referme derri\u00e8re elle. J&rsquo;entends \u00e0 nouveau les deux tours de cl\u00e9 et je vois Monsieur Cabanis qui remonte la rue vers le maire, les gendarmes et la foule. Maintenant, \u00e7a parle \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, mais je n&rsquo;entends plus grand chose. Je sors rapidement de derri\u00e8re mes poubelles, je saute la balustrade et me retrouve en bas de l&rsquo;escalier. Je colle mon oreille contre la porte. \u00c7a y est, j&rsquo;entends mieux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -&#8230; ta faute aussi. Tu m&rsquo;avais trait\u00e9e de salope. J&rsquo;\u00e9tais furieuse, alors, j&rsquo;ai voulu me venger et je t&rsquo;ai racont\u00e9 n&rsquo;importe quoi. Tu le sais bien que je t&rsquo;ai jamais tromp\u00e9. Enfin, r\u00e9fl\u00e9chis, tu t&rsquo;en serais rendu compte, quand m\u00eame. Tu n&rsquo;es pas idiot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je sais pas&#8230;Mais tous ces hommes que tu m&rsquo;as dit, l\u00e0, tu as tout invent\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ben, &#8230;oui&#8230;enfin, non&#8230;enfin, pas tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Hein ? Comment \u00e7a, pas tout \u00e0 fait ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ben oui, quoi ? Enfin, je devrais pas te le dire, mais puisqu&rsquo;on se dit tout&#8230; Ces messieurs, l\u00e0, le maire, P\u00e9tugue, le d\u00e9put\u00e9, Fernand, c&rsquo;est tous des amants d&rsquo;Ang\u00e8le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quoi ? Ang\u00e8le, la femme d&rsquo;Elz\u00e9ar ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tout juste, Ang\u00e8le, la femme d&rsquo;Elz\u00e9ar, ma belle-s\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re ma porte, je suis tout estomaqu\u00e9. Ang\u00e8le, la femme \u00e0 monsieur Cabanis\u00a0! Mais c&rsquo;est un vrai cabestron\u00a0! Elle est tanqu\u00e9e comme une bouteille de Perrier et sa figure, on dirait une cougourde !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Madame Mueller continue\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pour ce qui est du maire, de P\u00e9tugue, du d\u00e9put\u00e9 et de Fernand, j&rsquo;en suis s\u00fbre. C&rsquo;est elle-m\u00eame qui me l&rsquo;a dit. Pour l&rsquo;ing\u00e9nieur de Paris, je sais pas. Mais je l&rsquo;ai mis quand m\u00eame, pour faire le compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; H\u00e9 ben dis donc\u00a0! Quelle histoire ! J&rsquo;arrive pas \u00e0 y croire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Comment \u00e7a, t&rsquo;arrives pas \u00e0 y croire ! Puisque je t&rsquo;ai jur\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais si, mais si. C&rsquo;est pas ce que je voulais dire, ma Bichette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allez, viens par ici, mon gros lapin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;entends plus rien, sauf \u00e0 un moment un \u00e9clat de rire. Au bout de dix minutes, Cabanis revient. Il est inquiet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce qui se passe ? Qu\u2019il me dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je sais pas vraiment. \u00c7a a l&rsquo;air d&rsquo;aller. Mais, elle lui a dit de dr\u00f4les de trucs, quand m\u00eame. J&rsquo;ai tout entendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quels trucs ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment, on entend la cl\u00e9 tourner \u00e0 nouveau dans la serrure. La porte s&rsquo;ouvre. Madame Mueller sort en premier. Le Parisien est derri\u00e8re. Il a sa main pos\u00e9e sur son \u00e9paule, comme un propri\u00e9taire. Il a l&rsquo;air tout content, le salaud. Cabanis intervient :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ben, c&rsquo;est pas trop t\u00f4t ! Bon, maintenant que vous avez mis la r\u00e9volution dans le pays, il faut que j&rsquo;aille arranger les choses avec le maire et les gendarmes. Filez par l\u00e0 en douce. Rentrez chez vous et n&rsquo;en sortez pas jusqu&rsquo;\u00e0 demain soir. Allez, zou !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils s&rsquo;en vont. Cabanis les regarde partir et se retourne vers moi :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; F\u00e9lix, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle lui a dit, la Martine, pour le faire sortir comme \u00e7a ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Elle lui a dit que tout \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait pas vrai, qu&rsquo;elle lui avait racont\u00e9 des fariboles pour le faire enrager. Elle lui a dit qu&rsquo;elle l&rsquo;avait jamais tromp\u00e9, qu&rsquo;elle le jurait, et tout \u00e7a&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et c&rsquo;est tout ? Et il l&rsquo;a crue ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et non, et oui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a veut dire \u00e7a, et non, et oui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; H\u00e9 ben, et oui, il l&rsquo;a crue, et puis et non, c&rsquo;est pas tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et c&rsquo;est quoi, alors, le reste ? Raconte !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J&rsquo;ai pas envie. Vous allez me taper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; F\u00e9lix, ou tu me racontes, ou je te supprime ton salaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je sais pas. Vous allez pas \u00eatre content&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; F\u00e9lix&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a dit \u00e7a d&rsquo;un ton mena\u00e7ant. Je me dis que s&rsquo;il veut vraiment savoir, c&rsquo;est son affaire, pas vrai ? Alors, moi je raconte : Ang\u00e8le et le d\u00e9put\u00e9, Ang\u00e8le et le maire, Ang\u00e8le et Fernand, Ang\u00e8le et P\u00e9tugue, Ang\u00e8le et l&rsquo;ing\u00e9nieur. Pour faire bonne mesure, j&rsquo;en rajoute m\u00eame un peu: Ang\u00e8le et le Docteur Tavel, et m\u00eame, Ang\u00e8le et mon p\u00e8re ! C&rsquo;est vrai, \u00e7a ! Il m&rsquo;agace \u00e0 la fin, Cabanis, \u00e0 vouloir tout savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fur et \u00e0 mesure que je d\u00e9roule ma liste, je vois sa figure qui s&rsquo;allonge et ses yeux qui grossissent. \u00c0 un moment, il se laisse tomber assis sur une marche. Il se prend la t\u00eate dans les mains et se met \u00e0 regarder ses chaussures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh ben, voil\u00e0\u00a0! C\u2019est tout ce qu&rsquo;elle lui a dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un long moment de silence, je passe d&rsquo;une jambe sur l&rsquo;autre en le regardant secouer lentement la t\u00eate. Et puis voil\u00e0 qu&rsquo;il se l\u00e8ve d&rsquo;un seul coup, qu&rsquo;il me bouscule pour rentrer dans son bureau et qu&rsquo;il claque tr\u00e8s fort la porte et donne deux tours de cl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Monsieur Cabanis, monsieur Cabanis, qu&rsquo;est-ce que vous faites ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, il me dit d&rsquo;une voix toute bizarre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; F\u00e9lix, approche-toi, et \u00e9coute moi bien&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre <\/strong><strong>8 &#8211; La l\u00e9gende<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, la foule, qui commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 se disperser, discutait des \u00e9v\u00e9nements de la matin\u00e9e. Il faut dire qu&rsquo;elle \u00e9tait un peu d\u00e9\u00e7ue, la foule. Il n&rsquo;y avait pas eu la moindre goutte de sang, la moindre explosion, le moindre coup, pas m\u00eame le moindre cri. Elle avait tout juste aper\u00e7u le couple Mueller sortir bras-dessus bras-dessous du sous-sol de la mairie. Bref, pas grand-chose \u00e0 raconter. \u00ab\u00a0Tout \u00e7a pour \u00e7a, se disait-on, c&rsquo;\u00e9tait pas la peine de nous d\u00e9ranger.\u00a0\u00bb Aussi, chacun y ajoutait un peu du sien pour am\u00e9liorer l&rsquo;anecdote et la rendre plus pr\u00e9sentable afin qu&rsquo;elle puisse entrer dignement dans l&rsquo;histoire sociale de la ville. Ce serait l&rsquo;affaire de quelques heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais un nouvel \u00e9v\u00e9nement vint interrompre ce lent processus d&rsquo;\u00e9laboration de l\u00e9gende et, du m\u00eame coup, le rendre superflu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9v\u00e9nement, c&rsquo;\u00e9tait F\u00e9lix qui remontait la rue du B\u00e9al en courant et qui criait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Monsieur le Maire, Monsieur le Maire, venez vite, c&rsquo;est terrible ! C&rsquo;est Cabanis ! Il a de la mitro ! Il a de la mitro !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>FIN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Chapitre 1 &#8211; Le Contr\u00f4leur des Poids et Mesures Quand arrivent les premiers jours d&rsquo;octobre et que les feuilles des platanes de la place Honor\u00e9 Panisse commencent \u00e0 brunir, il fait encore assez doux pour prendre son \u00a0petit caf\u00e9 matinal \u00e0 la terrasse de chez Fernand. Fernand, c\u2019est l&rsquo;heureux propri\u00e9taire du Caf\u00e9-Tabac-PMU des Sports. C&rsquo;est &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3945\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">LA MITRO   (texte int\u00e9gral)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[840,21],"class_list":["post-3945","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-mitro","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3945"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3945\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}