{"id":3914,"date":"2015-10-04T07:07:49","date_gmt":"2015-10-04T05:07:49","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3914"},"modified":"2015-09-23T17:31:38","modified_gmt":"2015-09-23T15:31:38","slug":"la-nuit-du-4-aout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3914","title":{"rendered":"La nuit du 4 ao\u00fbt"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>Cinquante-trois ans et deux mois plus tard, voici ma nuit du 4 ao\u00fbt.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vieille <em>Hudson 51<\/em> nous aura au moins amen\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Los Angeles. Nous l&rsquo;avions achet\u00e9e \u00e0 Flagstaff deux semaines plus t\u00f4t pour la somme de cinquante dollars partag\u00e9e entre nous six. Flagstaff-Los Angeles, six cents miles \u00e0 respirer l\u2019odeur de poussi\u00e8re des si\u00e8ges et les relents d\u2019huile surchauff\u00e9e du moteur; six cents miles, y compris le petit d\u00e9tour pour voir le Grand Canyon au lever du soleil et Las Vegas au cr\u00e9puscule; six cents miles, dont une bonne partie de nuit, \u00e0 surveiller le vrai d\u00e9faut de cette voiture : l\u2019extinction totale et impr\u00e9visible des phares \u00e0 des intervalles tout \u00e0 fait irr\u00e9guliers. Pour survivre \u00e0 cet inconv\u00e9nient, nous nous \u00e9tions organis\u00e9s. La nuit, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, nous prenions le quart pendant une heure \u00e0 la place du passager avant, fen\u00eatre ouverte, le nez dehors pour rester \u00e9veill\u00e9 et le bras droit pendant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, la main serr\u00e9e sur une lampe torche. Lorsque l\u2019extinction des feux survenait, l\u2019homme de quart devait allumer aussit\u00f4t sa lampe et \u00e9clairer quelques m\u00e8tres de route vers l\u2019avant tandis que le conducteur s\u2019appliquait \u00e0 arr\u00eater la voiture sans sortir du b\u00e9ton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela fait cinq heures que nous roulons apr\u00e8s <!--more-->une longue soir\u00e9e dans les casinos de Vegas. Le jour se l\u00e8ve. Nous sommes tous \u00e9puis\u00e9s mais, avec le jour, cesse la garde \u00e0 la fen\u00eatre. L\u2019expressway descend doucement vers la ville que l\u2019on aper\u00e7oit \u00e0 travers la brume qui passe du marron au jaune en s&rsquo;\u00e9loignant du sol. Le temps est gris. La ville immense est encadr\u00e9e par le pare-brise de la voiture, marqu\u00e9 d\u2019insectes \u00e9clat\u00e9s et d\u2019arcs de cercles jaun\u00e2tres, sans rien d\u2019autre pour accrocher le regard que le quadrillage infini des boulevards et un petit paquet de tours gris fonc\u00e9 vers le centre. L&rsquo;ampleur du spectacle a quelque chose d\u2019oppressant. Cette ville n\u2019est pas \u00e0 notre \u00e9chelle, et dans la fatigue du petit matin, je me demande d\u00e9j\u00e0 comment nous allons survivre dans ce paysage hostile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le moment nous ne voulons rien d\u2019autre que dormir. L\u2019instinct nous fait rouler vers l\u2019ouest, vers le Pacifique, vers une plage o\u00f9 nous pourrons nous allonger au soleil sur du sable chaud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Redondo Beach. La plage s&rsquo;\u00e9tend sans fin vers la droite et vers la gauche. L\u2019oc\u00e9an est gris huileux. Quelques oiseaux oscillent, assis sur les petites vagues molles. Sur notre droite, un avion d\u00e9colle en silence vers le large. Nous garons l\u2019<em>Hudson<\/em> le long du boulevard et nous titubons sur le sable pour finir par nous affaler d\u2019un commun accord au bout d\u2019une dizaine de m\u00e8tres. Le soleil reste invisible, mais la luminosit\u00e9 devient forte et elle accentue notre sensation d\u2019\u00e9puisement. Il fait presque froid et le sable est humide. Ce n&rsquo;est pas ce dont nous r\u00eavions depuis des heures, mais \u00e7a ira quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque je me r\u00e9veille, pendant quelques instants la luminosit\u00e9 m\u2019est insupportable. Dans le gris lumineux du ciel, un halo d\u2019une blancheur insoutenable m\u2019indique que le soleil doit \u00eatre d\u00e9j\u00e0 haut. Midi ? Je me redresse sur les avant-bras et ma grimace d\u00e9colle le sable qui s\u2019\u00e9tait incrust\u00e9 sur ma joue. A travers la fente de mes paupi\u00e8res, j\u2019aper\u00e7ois la silhouette de Jean-Louis qui fait face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. Couch\u00e9 en chien de fusil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, Herv\u00e9 dort. Il a enlev\u00e9 son jean et sa chemise. Comme il a gard\u00e9 ses chaussettes, il ne donne pas du tout l\u2019image du vacancier profitant de la plage. D\u2019ailleurs, aucun d\u2019entre nous ne donne cette image. Sales, d\u00e9braill\u00e9s, mal r\u00e9veill\u00e9s, en vrac au milieu de nos affaires \u00e9parpill\u00e9es, nous avons d\u00fb faire peur aux gens. Ils se sont install\u00e9s pendant notre sommeil \u00e0 bonne distance de notre petit groupe d&rsquo;\u00e9paves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Herv\u00e9 se r\u00e9veille et crie de douleur. Sa peau de roux n&rsquo;est plus qu&rsquo;un coup de soleil. Au moindre mouvement, il a l&rsquo;impression qu&rsquo;elle craque et va se d\u00e9chirer. Il se d\u00e9plie lentement en g\u00e9missant. Malgr\u00e9 nos conseils, il refuse d&rsquo;aller jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an pour se rafra\u00eechir et entame une sorte de danse h\u00e9sitante d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre pour enfiler ses v\u00eatements. Nos voisins semblent plut\u00f4t int\u00e9ress\u00e9s par le spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s nous \u00eatre baign\u00e9s sous la surveillance maussade d&rsquo;Herv\u00e9, nous rejoignons la voiture. Nous roulons au hasard jusqu&rsquo;\u00e0 trouver une station-service pr\u00e8s de l&rsquo;a\u00e9roport o\u00f9 nous pourrons faire un peu de toilette \u00e0 l&rsquo;eau douce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une demie heure plus tard, nous sommes dans un \u00ab\u00a0<em>diner<\/em>\u00a0\u00bb -prononcer dailleneur- ce merveilleux produit de la civilisation am\u00e9ricaine. L&rsquo;endroit s&rsquo;appelle<em> Nickel Diner<\/em>. Au moment o\u00f9 vous entrez, \u00a0vous \u00eates d&rsquo;abord surpris par le froid qui fige sur place la sueur que vous avez apport\u00e9e avec vous de la rue. La salle est d&rsquo;une propret\u00e9 d\u2019h\u00f4pital, les murs sont couleur cr\u00e8me et le carrelage vert d&rsquo;eau. Les tables \u00e9paisses pour deux, quatre ou six, sont faites de m\u00e9lamin\u00e9 cr\u00e8me bord\u00e9 d&rsquo;une bande inox cannel\u00e9e. Elles sont fix\u00e9es au sol et entour\u00e9es de lourdes banquettes en moleskine vert fonc\u00e9. Chaque table dispose d&rsquo;un petit appareil distributeur de serviettes en papier et d&rsquo;un r\u00e9cipient \u00e0 bec verseur pour le sucre en poudre. Par de larges fen\u00eatres, trois des murs donnent sur le parking et la station-service voisine. Le long du mur du fond, \u00a0il y a un bar derri\u00e8re lequel on peut voir une partie de la cuisine et un mexicain coiff\u00e9 d\u2019une toque blanche et occup\u00e9 \u00e0 lire le journal. Devant le bar, une demi-douzaine de tabourets tournants, \u00e9galement fix\u00e9s au sol et recouverts de la m\u00eame moleskine vert d&rsquo;eau. Une serveuse entre deux \u00e2ges, dans son uniforme d\u00e9cal\u00e9 de soubrette, officie dans la salle, nonchalante, gouailleuse et aimable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, c&rsquo;est un <em>diner<\/em>. Vous avez vu \u00e7a mille fois au cin\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s cette longue nuit et ce r\u00e9veil difficile, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de faire des frais et de ne plus rien n\u00e9gliger pour nous remettre en \u00e9tat. Nous passons donc un long et agr\u00e9able moment \u00e0 manger des \u0153ufs au bacon, des saucisses, du poulet frit, des hamburgers, du cole slaw, d&rsquo;\u00e9paisses cr\u00eapes au sirop en buvant du caf\u00e9, du Coca, du th\u00e9 glac\u00e9 ou du lait homog\u00e9n\u00e9is\u00e9. Herv\u00e9 s&rsquo;isole dans les toilettes pour s&rsquo;enduire le corps de cr\u00e8me adoucissante. Tr\u00e8s vite, la soubrette vert d&rsquo;eau engage la conversation, et nous lui racontons \u00a0\u00e0 l&rsquo;envi qui nous sommes, ce que nous faisons&#8230;Paris, le Boulevard Saint-Michel, les \u00e9tudes, notre voyage, l\u2019<em>Hudson 51<\/em>\u2026 Pas un de nous six ne pense un seul instant \u00e0 lui demander quoi que ce soit sur sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a s\u00fbrement l&rsquo;habitude de cette indiff\u00e9rence. Elle plaisante famili\u00e8rement sur la France, sur Paris, city of lights, city of dreams, sur les techniques amoureuses des french lovers, hou-la-la, enfin toute cette sorte de clich\u00e9s in\u00e9vitables mais qui font quand m\u00eame bien plaisir. Lorsque nous partons, c&rsquo;est en lui laissant nos adresses (\u2026<em>If you ever come to Paris<\/em>\u2026) en guise de pourboire. Gentille, elle fait semblant d\u2019\u00eatre ravie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sortons du <em>Nickel<\/em>, refaits \u00e0 neuf, sauf Herv\u00e9 qui continue \u00e0 g\u00e9mir \u00a0\u00e0 chaque \u00a0mouvement. Il est onze heures. Un petit vent d&rsquo;Est a dissip\u00e9 la brume et all\u00e9g\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re. Le soleil brille, mais la fra\u00eecheur du matin est encore sensible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous remontons vers le nord \u00e0 travers cette ville interminable \u00e0 la recherche des endroits que nous connaissons tous d\u00e9j\u00e0 par le cin\u00e9ma. Venice Beach, Santa Monica, Pacific Palisades, Sunset Boulevard, Beverley Hills, Hollywood, Chinese Theater&#8230;La journ\u00e9e passe comme \u00e7a, en confirmation des images que nous avons apport\u00e9es avec nous. Et c&rsquo;est vrai, tout est l\u00e0, comme nous l&rsquo;attendions: les beatniks et les maisons \u00e9tranges de Venice Beach, la jet\u00e9e de Santa Monica et sa f\u00eate foraine, la plage d\u00e9serte de Pacific Palisades, les courbes majestueuses du Sunset Boulevard, les larges all\u00e9es bord\u00e9es de cocotiers et de maisons invisibles de Beverley Hills, l&rsquo;animation de Hollywood Boulevard et le l\u00e9gendaire cin\u00e9ma chinois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit est tomb\u00e9e. Vers onze heures du soir, nous n&rsquo;avons toujours pas trouv\u00e9 \u00a0d&rsquo;h\u00f4tel et nous d\u00e9cidons de dormir \u00e0 nouveau sur une plage. Pour y parvenir, la route est facile :<em> Go West, young man<\/em>, Sunset boulevard vers l&rsquo;ouest, jusqu&rsquo;au bout. Je me suis d\u00e9brouill\u00e9 pour conduire, bien que ce ne soit pas mon tour. M\u00eame au volant de cette vieille voiture poussi\u00e9reuse, conduire ses deux tonnes dans les virages voluptueux du Boulevard le plus long et le plus c\u00e9l\u00e8bre du monde est un plaisir fabuleux. Toutes vitres ouvertes sur la douceur de la nuit, le coude \u00e0 la porti\u00e8re, j&rsquo;\u00e9coute le chuintement des pneus\u00a0sur l&rsquo;asphalte impeccable, je sens ma chemise flotter et battre au vent qui s&rsquo;engouffre dans sa manche courte, je respire l\u2019odeur des magnolias arros\u00e9s par les jets d&rsquo;eau des jardiniers nocturnes mexicains, je regarde la\u00a0lune qui\u00a0nous suit en courant au sommet des bosquets qui cachent les propri\u00e9t\u00e9s. \u00a0Du c\u00f4t\u00e9 de Pacific Palisades, le bord de mer est d\u00e9sert. Je roule doucement le long de la plage. Je me gare en \u00e9pi, face \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an, et coupe le moteur. Nos quatre porti\u00e8res s&rsquo;ouvrent en m\u00eame temps. D&rsquo;un seul coup, nous sommes illumin\u00e9s par les phares d&rsquo;une voiture qui vient de se coller contre le pare-chocs arri\u00e8re de l&rsquo;Hudson. C&rsquo;est une voiture de police, avec sa rang\u00e9e de gyrophares et de projecteurs suppl\u00e9mentaires, son \u00e9cusson \u00ab\u00a0<em>Santa Monica City Police<\/em>\u00a0\u00bb sur le capot et ses deux policiers \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Ils en descendent, classiques, presque identiques: un m\u00e8tre quatre-vingt-cinq, larges d\u2019\u00e9paules, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement bedonnant, casquette \u00e0 insigne dor\u00e9 et chemise bleu marine \u00e0 manches courtes, pantalon gris clair, large ceinture avec \u00e9quipement complet, revolver, menottes, matraque et carnet \u00e0 souche. Impressionnant, mais donnant furieusement un sentiment de d\u00e9j\u00e0-vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un des policiers s&rsquo;adresse \u00e0 moi, le conducteur, qui tiens encore ouverte la porti\u00e8re avant gauche tandis que le deuxi\u00e8me r\u00e9unit les autres passagers de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la voiture. Mon flic me demande mes papiers. Je commence par sortir mon passeport, esp\u00e9rant, comme tout bon touriste fran\u00e7ais, que ma flatteuse nationalit\u00e9 va faciliter les choses. \u00ab\u00a0<em>So, you\u2019re French. What a beautiful country, my father was there in 44, you know, Normandy\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Mais, rien de tout cela, un flic de Santa Monica n&rsquo;est pas une serveuse de <em>diner<\/em> d&rsquo;Inglewood. Il se fiche bien de ma nationalit\u00e9. Il est en service et reste froid et professionnel:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0&#8211;<em>Driving licence, vehicle registration, please sir.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand vous avez affaire \u00e0 un flic am\u00e9ricain, vous sentez tr\u00e8s vite qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de plaisanter. Mon c\u0153ur bat un peu plus rapidement qu\u2019il ne faudrait et j&rsquo;ai du mal \u00e0 extraire mon portefeuille, tout comprim\u00e9 qu\u2019il est dans la poche arri\u00e8re de mon jean. Le portefeuille enfin sorti, mon stupide permis fran\u00e7ais aux trois volets roses repli\u00e9s s&rsquo;accroche obstin\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;enveloppe de mati\u00e8re plastique transparente dans laquelle il est gliss\u00e9. Je m&rsquo;\u00e9nerve, le flic reste imperturbable. Finalement, je lui tends le portefeuille pour qu&rsquo;il l&rsquo;examine lui-m\u00eame. Il le prend et se d\u00e9place vers l&rsquo;avant de la voiture o\u00f9 je le vois feuilleter mes papiers dans la lumi\u00e8re des phares. Puis il revient vers moi et me rend le tout en me disant:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0&#8211;<em>You guys can&rsquo;t stay here. Camping out is prohibited. You&rsquo;ll find a camping area about 15 miles North. Drive safely.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contr\u00f4le semble termin\u00e9. La voiture de police fait une marche arri\u00e8re et repart vers le sud dans un doux ronronnement de 8-cylindres. Nous repartons vers le Nord. Apr\u00e8s quelques minutes, nous d\u00e9passons un motel. Herv\u00e9 me dit: \u00ab\u00a0Arr\u00eate-toi l\u00e0, j&rsquo;en ai marre de dormir dans le sable\u00a0\u00bb. Pour une fois, nous sommes tous d&rsquo;accord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fois encore, nous appliquerons la technique dite du Cheval de Troie.\u00a0Nous avions d\u00e9velopp\u00e9 cette technique peu de temps apr\u00e8s le d\u00e9but de notre voyage: elle consiste tout d&rsquo;abord \u00e0 rep\u00e9rer un motel de cat\u00e9gorie moyenne ou sup\u00e9rieure. (Pratiquer la m\u00e9thode du Cheval de Troie dans un \u00e9tablissement modeste n&rsquo;est pas recommand\u00e9. En effet, les pr\u00e9pos\u00e9s de nuit y sont plus m\u00e9fiants car la fraude y est fr\u00e9quente, alors qu&rsquo;elle reste inenvisageable donc plus facile \u00e0 ex\u00e9cuter dans un motel plus cher). On laissera ensuite quatre des passagers sur la route \u00e0 une distance convenable des lieux du forfait pour se pr\u00e9senter \u00e0 deux au guichet de nuit. On prendra tr\u00e8s normalement une chambre pour deux personnes, on s&rsquo;installera tranquillement et on laissera passer quelques minutes avant d&rsquo;ouvrir la porte aux quatre clandestins. On pourra ensuite prendre tout son temps\u00a0\u00a0pour choisir n&rsquo;importe quelle m\u00e9thode d\u2019attribution des matelas, sommiers, canap\u00e9s et fauteuils et\u00a0pour passer ainsi une nuit \u00e0 peu pr\u00e8s correcte. La proc\u00e9dure s&rsquo;ach\u00e8vera dans la matin\u00e9e, quand les deux clients officiels iront r\u00e9gler la note, tandis que les quatre clients additionnels sortiront discr\u00e8tement pour attendre un peu plus loin sur la route. Nous l\u2019avions appel\u00e9e cette m\u00e9thode Cheval de Troie, car dans nos premi\u00e8res tentatives, deux des clandestins se cachaient au fond de la voiture. Cela ne pr\u00e9sentant aucun avantage, nous avions am\u00e9lior\u00e9 la technique sans en changer le nom. Nous la pratiquions assez fr\u00e9quemment et sans aucune vergogne, car, ayant pay\u00e9 la chambre, et \u00e0 condition de ne pas partir avec les couvertures, nous avions la conviction de ne l\u00e9ser personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce beau matin du 5 Ao\u00fbt, une heure apr\u00e8s notre d\u00e9part du motel, je m\u2019apercevais que mes derniers deux cents dollars qui \u00e9taient rang\u00e9s dans mon portefeuille avaient disparus. Encore aujourd\u2019hui, je me demande si le flic avait cru qu\u2019en lui confiant mon portefeuille avec de l\u2019argent dedans, je l\u2019achetais pour qu\u2019il ne fouille pas la voiture, ou s\u2019il l\u2019avait tout simplement vol\u00e9. Sur le moment, je ne me suis pas senti le courage d\u2019aller me renseigner au poste de police de Santa Monica.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me restait 21$, encore quatre semaines aux USA et plus de 4500 kilom\u00e8tres entre l\u2019a\u00e9roport Idlewild de New York et moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une heure encore plus tard, dans une station-service de Malibu, \u00e0 travers la coque de plexiglas du distributeur de journaux, la premi\u00e8re page du Los Angeles Times nous \u00e9clatait \u00e0 la figure\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>MARILYN MONROE FOUND DEAD<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Sleeping pills overdose blamed<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tard dans la nuit du 4 Ao\u00fbt 1962, on l\u2019avait trouv\u00e9e morte dans sa maison d\u2019Helena Drive \u00e0 Brentwood, Californie. A cette heure, nous passions sur Sunset Boulevard \u00e0 moins de cinq cents m\u00e8tres d\u2019elle\u2026<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/SUNSET-BLVD.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4683\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/SUNSET-BLVD-300x225.jpg\" alt=\"SUNSET BLVD\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/SUNSET-BLVD-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/SUNSET-BLVD-960x720.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/SUNSET-BLVD.jpg 1434w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cinquante-trois ans et deux mois plus tard, voici ma nuit du 4 ao\u00fbt. La vieille Hudson 51 nous aura au moins amen\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Los Angeles. Nous l&rsquo;avions achet\u00e9e \u00e0 Flagstaff deux semaines plus t\u00f4t pour la somme de cinquante dollars partag\u00e9e entre nous six. Flagstaff-Los Angeles, six cents miles \u00e0 respirer l\u2019odeur de poussi\u00e8re des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3914\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La nuit du 4 ao\u00fbt<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[836,833,835,21,834,837,689],"class_list":["post-3914","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-helena-drive","tag-hudson","tag-malibu","tag-philippe","tag-redondo-beach","tag-santa-monica","tag-sunset-boulevard"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3914"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3914\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}