{"id":38731,"date":"2022-08-17T07:43:11","date_gmt":"2022-08-17T05:43:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38731"},"modified":"2022-08-18T15:12:55","modified_gmt":"2022-08-18T13:12:55","slug":"le-grand-jabadao-critique-aisee-234","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38731","title":{"rendered":"Le Grand Jabadao &#8211; Critique ais\u00e9e 234"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008000;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png\" alt=\"\" width=\"27\" height=\"27\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 27px) 100vw, 27px\" \/>6 minutes<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0234<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>Le Grand Jabadao<br \/>\n<\/strong>Jean-Luc Coatalem<br \/>\n<em>Le dilettante \u2013 188 pages \u2013 17\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00c7a fait bien longtemps que je n\u2019ai pas lu de S\u00e9rie Noire, une dizaine d\u2019ann\u00e9es peut-\u00eatre, peut-\u00eatre vingt. En tout cas, \u00e7a fait au moins trente ans que je n\u2019en ai pas achet\u00e9e. Les biblioth\u00e8ques de ma maison en sont pleines. \u00c0 vue de nez, il y en a surement plus de deux cents, et contrairement aux autres collections qui tr\u00f4nent sur mes \u00e9tag\u00e8res, ceux-l\u00e0, je suis s\u00fbr de les avoir lus. Si je les ai tous lus, je ne les ai pas tous achet\u00e9s car une partie d\u2019entre eux m\u2019est venue <!--more-->en h\u00e9ritage de mon p\u00e8re. Il avait d\u00e9couvert cette nouvelle collection d\u00e8s sa cr\u00e9ation \u00e0 la fin des ann\u00e9es quarante. Il en tapissait les rayonnages de sa chambre, il les entassait sur le manteau de la chemin\u00e9e de la maison de Touffreville, il en laissait trainer un peu partout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a six ans, j\u2019avais consacr\u00e9 ma soixante quinzi\u00e8me <em>Critique ais\u00e9e<\/em> \u00e0 la S\u00e9rie Noire et j\u2019y expliquais comment moi, j\u2019avais d\u00e9couvert cette collection admirable\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Juste au moment o\u00f9, vers l&rsquo;\u00e2ge de 13 ou 14 ans, apr\u00e8s avoir d\u00e9laiss\u00e9 les histoires du Grand Nord et du Grand Meaulnes, je n&rsquo;en pouvais plus des petites cellules grises moustachues de l&rsquo;horripilant Hercule Poirot, ni des d\u00e9ductions embrum\u00e9es et m\u00e9prisantes du suffisant Sherlock Holmes, je suis tomb\u00e9 sur un livre cartonn\u00e9 noir encadr\u00e9 de jaune. Il \u00e9tait debout sur le manteau de la chemin\u00e9e de notre maison de Touffreville. Sa tranche disait : \u00ab\u00a0Sur un air de navaja\u00a0\u00bb. Il \u00e9tait encadr\u00e9 de livres semblables dont les titres : \u00ab\u00a0La m\u00f4me vert de gris\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0A tombeau ouvert\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Cet homme est dangereux\u00a0\u00bb \u00e9taient assez \u00e9vocateurs pour attirer un adolescent qui s&rsquo;ennuyait sous la pluie normande de Juillet. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c&rsquo;est la navaja qui m&rsquo;attira en premier.\u00a0Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce parce que j&rsquo;avais appris le nom de ce couteau dans une aventure de Tintin ou \u00e0 cause du jeu de mots inclus dans le titre? Toujours est-il que c&rsquo;est avec ce bouquin que j&rsquo;entrai du m\u00eame coup et pour la premi\u00e8re fois dans la S\u00e9rie Noire et dans l&rsquo;intimit\u00e9 de Philip Marlowe.<br \/>\nCe fut une vraie d\u00e9couverte, comme plus tard Steinbeck et Maupassant ou, beaucoup plus tard, Proust et Houellebecq. (Car, j&rsquo;ose le dire, on trouve parfois de purs chefs d&rsquo;\u0153uvre dans la S\u00e9rie Noire) Je ne pouvais plus quitter les d\u00e9tectives d\u00e9sabus\u00e9s mais honn\u00eates, amateurs de whisky et de jolies filles, ni les policiers corrompus, ni les hommes d&rsquo;affaires honteux, ni les cr\u00e9puscules dor\u00e9s de Los Angeles, ni la chaleur poussi\u00e9reuse de Caruso, Texas, ni le vent glac\u00e9 de Chicago. Je d\u00e9couvrais Raymond Chandler, Chester Himes, Jim Thompson, Charles Williams\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, je ne suis pas l\u00e0 pour \u00e9voquer Carter Brown ou David Goodis mais, pour parler du dernier livre de Jean-Luc Coatalem, je me suis senti oblig\u00e9 de faire ce petit d\u00e9tour par la S\u00e9rie Noire. Vous comprendrez pourquoi dans quelques lignes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, sachez que si j\u2019ai fait trois librairies pour acheter ce livre en urgence, c\u2019est \u00e0 cause des \u00e9loges des critiques du Masque et la Plume, \u00e0 l\u2019exception boudeuse d\u2019Arnaud Vivian.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un modeste galeriste se voit proposer un petit tableau de Gauguin ignor\u00e9 pour un prix ridiculement bas s\u2019il est authentique, et faramineusement haut s\u2019il s\u2019agit d\u2019un faux. Sympathique et fauch\u00e9, notre galeriste se dit que s\u2019il s\u2019agit d\u2019un vrai Gauguin , c\u2019est la fortune, l\u2019occasion pour lui de pouvoir rembourser ses dettes, de se faire admettre parmi les grands marchands d\u2019art&#8230; C\u2019est le point de d\u00e9part de ce court roman, mi polar, mi r\u00e9cit pittoresque, une histoire dans laquelle on embarque avec plaisir. Le d\u00e9cor breton est impressionnant, les personnages sont hors de l\u2019ordinaire, il y a des jumeaux \u00e9tranges, des entourloupes \u00e0 rebonds, \u00a0et m\u00eame quelques actes r\u00e9pr\u00e9hensibles, dont on sent qu\u2019ils pourraient d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si le coin humide de Bretagne \u00e9tait remplac\u00e9 par un comt\u00e9 surchauff\u00e9 de Georgie, le gal\u00e9riste par un d\u00e9tective priv\u00e9 ancien joueur de football, le tableau de Gauguin par une statuette p\u00e9ruvienne, et les jumeaux \u00e9tranges par deux paysans myst\u00e9rieux, Le Grand Jabadao pourrait \u00eatre une S\u00e9rie Noire, et vous savez d\u00e9j\u00e0 que sous ma plume cette qualification est tout sauf p\u00e9jorative. Oui, Le Grand Jabadao aurait pu \u00eatre une bonne S\u00e9rie Noire, et c\u2019est sur cette impression que j\u2019ai embarqu\u00e9 dans cette histoire qui commence avec le r\u00e9cit du galeriste. C\u2019est un personnage sympathique, que ce narrateur, un peu aux abois, un peu malin, un peu na\u00eff, qui pense avoir d\u00e9couvert le moyen de se sortir d\u2019une passe financi\u00e8re difficile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand on avance avec lui dans Le Grand Jabadao, on pense parfois \u00e0 <em>Fantasia chez les ploucs<\/em>, sans que les bretons de Jean-Luc Coatalem atteignent le comique farceur des personnages de Charles Williams. On pense aussi un peu \u00e0 ceux de Jim Thompson sans leur c\u00f4t\u00e9 tragique et pervers.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Oui mais voil\u00e0, Le Grand Jabadao n\u2019est pas une S\u00e9rie Noire. Pour cela, il lui manque un peu de rigueur dans la construction et un peu de laisser-aller dans l\u2019\u00e9criture. Ce que je veux dire par l\u00e0, c\u2019est qu\u2019au huiti\u00e8me chapitre, le narrateur change. Du gal\u00e9riste, on passe \u00e0 l\u2019un des jumeaux. Au chapitre suivant, le neuvi\u00e8me, c\u2019est un petit escroc de bonne famille qui prend la parole. Au chapitre 10, c\u2019est au tour de l\u2019autre jumeau, puis on revient au galeriste, et puis, et puis&#8230;. Ces changements de point de vue ne sont pas interdits \u2014 rien n\u2019est interdit en litt\u00e9rature \u2014 mais ils sont perturbants pour le lecteur. Ces changements de voix sans v\u00e9ritable changement de style \u2014 on y reviendra plus loin \u2014 ajout\u00e9s \u00e0 un expos\u00e9 parfois confus ou alambiqu\u00e9, comme on voudra, de l\u2019intrigue ont fait que je me suis perdu plusieurs fois dans l\u2019histoire.\u00a0 D\u2019ailleurs l\u2019auteur a d\u00fb sentir son manque de clart\u00e9 car il a \u00e9prouv\u00e9 le besoin de parsemer ses chapitres de quelques dialogues explicatifs un peu lourds\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>(&#8230;)<br \/>\n<\/em><em>\u2014 Dois-je r\u00e9capituler\u00a0?<br \/>\n<\/em><em>\u2014 S\u2019il vous plait&#8230;<br \/>\n<\/em><em>\u2014 En premier, le peintre, Meijer de Haan, en Hollande, suivi par Aristide, le grand-p\u00e8re, en Asie donc, enfin notre p\u00e8re, Jacques, le ferrovipathe, l\u2019amateur du rail. Comme piqu\u00e9s par un essaim de frelons, ils se sont pr\u00e9cipit\u00e9s dans une voiture, un train ou un paquebot. Plus de nouvelles ou presque. Les hommes en fuite, les femmes en plan\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019\u00e9criture est assez recherch\u00e9e, litt\u00e9raire, riche, truculente parfois. Elle n\u2019est pas du tout d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 lire. On y sent en particulier le plaisir d\u2019utiliser certains mots, comme ci-dessus par exemple\u00a0: ferrovipathe\u00a0! C\u2019est plaisant, mais plut\u00f4t artificiel quand le style reste le m\u00eame quel que soit le narrateur et y compris dans les monologues et les dialogues.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Bref, un bon petit bouquin qui se lit assez bien et assez vite (deux ou trois heures) mais qui \u00e0 mon avis ne m\u00e9rite pas les \u00e9loges que le Masque et la Plume en ont fait. La construction un peu anarchique de l\u2019expos\u00e9 de l\u2019intrigue et la monotonie et le contr\u00f4le de la langue font que le Grand Jabadao ne fera jamais une grande S\u00e9rie Noire. Mais qui a dit que Jean-Luc Coatalem voulait en faire une\u00a0?<em>\u00a0<\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>6 minutes Critique ais\u00e9e n\u00b0234 Le Grand Jabadao Jean-Luc Coatalem Le dilettante \u2013 188 pages \u2013 17\u20ac \u00c7a fait bien longtemps que je n\u2019ai pas lu de S\u00e9rie Noire, une dizaine d\u2019ann\u00e9es peut-\u00eatre, peut-\u00eatre vingt. En tout cas, \u00e7a fait au moins trente ans que je n\u2019en ai pas achet\u00e9e. Les biblioth\u00e8ques de ma maison &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38731\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Grand Jabadao &#8211; Critique ais\u00e9e 234<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[94],"tags":[21,101],"class_list":["post-38731","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiques","tag-philippe","tag-roman"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/38731","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=38731"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/38731\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=38731"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=38731"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=38731"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}