{"id":38654,"date":"2022-09-17T07:47:55","date_gmt":"2022-09-17T05:47:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38654"},"modified":"2022-09-18T05:51:03","modified_gmt":"2022-09-18T03:51:03","slug":"monsieur-minette-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38654","title":{"rendered":"Monsieur Minette (1\/2)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><em><span style=\"color: #008000;\">temps de lecture : 6 minutes <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png\" alt=\"\" width=\"34\" height=\"34\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 34px) 100vw, 34px\" \/><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i style=\"color: #0000ff;\">A l\u2019heureux temps du premier confinement, en ce beau d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020, nous \u00e9tions tous, plus ou moins, \u00e0 chercher quelque chose \u00e0 faire. Pour ce qui me concerne, j\u2019ai tenu un journal dans mon journal, un Journal de Campagne dans le Journal des Coutheillas. Dans ce journal gigogne, j\u2019ai relat\u00e9 les petits faits du jour, la karcherisation d\u2019une terrasse, le passage d\u2019un avion dans le ciel vide, la constitution d\u2019un tas de bois. Mais j\u2019ai aussi relat\u00e9 quelques souvenirs de ma campagne et je me suis aper\u00e7u que, de fa\u00e7on surprenante, un personnage y apparaissait souvent\u00a0: Monsieur Minette. J\u2019ai recherch\u00e9 tous les articles qui lui \u00e9taient consacr\u00e9s et les voici enfin rassembl\u00e9s pour la post\u00e9rit\u00e9, la mienne et celle de Monsieur Minette.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques jours, au milieu d\u2019une balade, je suis pass\u00e9 devant la ferme de Monsieur Minette, un agriculteur que j\u2019ai un peu connu. Monsieur Minette est mort il y a plusieurs ann\u00e9es et je ne sais d\u00e9j\u00e0 plus combien. De son vivant, sa minuscule ferme avait nettement entam\u00e9 la descente qui allait la conduire \u00e0 l\u2019effondrement. De son temps, le cr\u00e9pis n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019un souvenir presque oubli\u00e9 ; parmi les fen\u00eatres, une seule avait encore ses carreaux et les volets des autres \u00e9taient toujours ferm\u00e9s ; le toit faisait des vagues, la porte de l\u2019ancienne porcherie avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par un bout de t\u00f4le ondul\u00e9e et la petite cour ravin\u00e9e \u00e9tait encombr\u00e9e d\u2019herbes folles et de vestiges de mat\u00e9riels agricoles. Maintenant, Monsieur Minette est mort et sa ferme est en ruines. Le tracteur de Monsieur Minette avait son \u00e2ge, celui de <!--more--> Monsieur Minette, ind\u00e9finissable. Il avait d\u00fb \u00eatre rouge vif, il donnait maintenant dans les rouges vieille tuile \u00e9clabouss\u00e9 de larges coulures d\u2019huile sombres. Il ne faut pas croire qu\u2019il ne travaillait pas, Monsieur Minette. Je le voyais souvent apporter de l\u2019eau ou du sel \u00e0 ses vaches et ses veaux, labourer, faucher, sarcler, enfin faire tout ce qu\u2019on doit faire \u00e0 la terre. Quand je passais le soir devant chez lui, je le voyais assis, contemplatif, sur ce fauteuil en plastique blanc que j\u2019avais achet\u00e9 30 Francs au Carrefour du coin. Un jour, un ballon bien gonfl\u00e9 propuls\u00e9 par le shoot puissant d\u2019un gar\u00e7on avait frapp\u00e9 ce fauteuil qui faisait semblant d\u2019\u00eatre un poteau de but. Son dossier avait \u00e9t\u00e9 fendu et je l\u2019avais plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des poubelles pour que les \u00e9boueurs l\u2019emportent. Monsieur Minette avait d\u00fb passer par l\u00e0 avant eux parce que, pendant des ann\u00e9es et jusqu\u2019\u00e0 sa mort, ce fauteuil, r\u00e9par\u00e9 \u00e0 coup de ficelles et plac\u00e9 dos au mur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte d\u2019entr\u00e9e, a fait office de tr\u00f4ne sur lequel il venait s\u2019asseoir pour m\u00e9diter jusqu\u2019\u00e0 la nuit quand il ne faisait pas trop mauvais.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Un jour, c\u2019\u00e9tait dans nos premi\u00e8res ann\u00e9es de Champ de Faye, je me promenais avec Ena, notre chienne Labrador. A mi-chemin de la balade, le parcours que nous empruntions passait en sous-bois pendant une centaine de m\u00e8tres pour d\u00e9boucher sur une clairi\u00e8re d\u2019o\u00f9 partaient quatre chemins : derri\u00e8re nous, celui que nous venions de suivre, devant, celui qui descendait vers Pontoise ente deux cl\u00f4tures de barbel\u00e9s, \u00e0 gauche, celui qui p\u00e9n\u00e9trait dans la for\u00eat et \u00e0 droite celui qui rentrait au plus court vers la maison. Il allait bient\u00f4t \u00eatre midi. Je choisis le plus court. Il filait droit vers le Nord-Est, en l\u00e9ger surplomb d\u2019une prairie en herbes hautes au-del\u00e0 de laquelle on pouvait contempler la campagne avec le hameau de Pontoise, le clocher de l\u2019\u00e9glise de Montfaucon et dans le lointain, par-dessus les bois, le ch\u00e2teau d\u2019eau de la route de Montmirail.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Je m\u2019engageais sur le chemin. C\u2019est alors que de derri\u00e8re la corne du bois, surgit un tracteur. En fait, le tracteur ne surgit pas v\u00e9ritablement. Il apparut plut\u00f4t, et m\u00eame assez lentement, de derri\u00e8re le bois. Mais pour moi, ce f\u00fbt comme<span class=\"apple-converted-space\">\u00a0<\/span>s\u2019il avait surgit. Curieusement, je ne l\u2019avais pas entendu approcher et d\u2019habitude, dans mes promenades, je ne rencontrais jamais personne. Donc, le tracteur me fit l\u2019effet de surgir.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Longtemps, je me suis promen\u00e9 sur les chemins de Champ de Faye avec cette question pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit : avais-je vraiment le droit de passer sur ces chemins plus ou moins entretenus, au milieu de ces pr\u00e9s et de ces champs exploit\u00e9s, avec mon chien en libert\u00e9 \u00e0 la recherche d\u2019un animal \u00e0 faire lever ou courir ? Ce sentiment d\u2019incertitude s\u2019est att\u00e9nu\u00e9 pour finir par disparaitre avec les ann\u00e9es, mais ce jour-l\u00e0, il ne devait pas \u00eatre enfoui bien profond et l\u2019apparition soudaine de cet engin me fit me poser la question presque oubli\u00e9e : avais-je vraiment le droit d\u2019\u00eatre l\u00e0 ?<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Je rappelai Ena et la mis \u00e0 la laisse. Le tracteur tirait une faucheuse. Il s\u2019\u00e9loigna jusqu\u2019au bout du pr\u00e9, y fit demi-tour et revint lentement vers moi. C\u2019\u00e9tait un de ces vieux tracteurs sans cabine et j\u2019apercevais sur le si\u00e8ge une silhouette en bleu de travail qui tressautait avec les irr\u00e9gularit\u00e9s du terrain. Si le conducteur poursuivait sa route rectiligne, et c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement le cas pour les agriculteurs quand ils sont au travail, il passerait devant moi \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres en dessous du chemin. J\u2019\u00e9tais donc tranquille. J\u2019avan\u00e7ais \u00e0 grands pas, \u00e9vitant de regarder vers lui, tandis qu&rsquo;Ena trottait au bout de sa laisse en me regardant sans comprendre le motif de sa punition.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Quand le tracteur fut \u00e0 ma hauteur, il s\u2019arr\u00eata. Moi aussi. Le conducteur coupa le moteur, ce qui pouvait signifier qu\u2019il avait toute confiance en son d\u00e9marreur ou qu\u2019il envisageait un arr\u00eat de longue dur\u00e9e. L\u2019homme descendit de son si\u00e8ge et entrepris de remonter lourdement le pr\u00e9 vers moi \u00e0 travers les herbes hautes. Ena se mit \u00e0 gronder, ce qu\u2019elle ne faisait jamais que lorsqu\u2019elle \u00e9tait en laisse. Cette silhouette courte et massive qui oscillait vers nous semblait ne pas lui plaire. Je t\u00e2chais de la calmer en lui murmurant entre mes dents :<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>\u2014 Couch\u00e9e, Ena, couch\u00e9e. Tout va bien, tooouuut va bien\u00a0! Gentil, le monsieur, gentil\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Je me campais sur mes deux jambes, droit dans mes bottes et pr\u00eat \u00e0 affronter l\u2019apostrophe qui n\u2019allait pas manquer : \u00ab Vous savez que vous n\u2019avez pas le droit de &#8230; \u00bb ou plus simplement \u00ab Qu\u2019est-ce que vous foutez l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ma hauteur, l\u2019homme sortit un chiffon de sa poche, s\u2019essuya le front puis les mains et me tendit la droite en disant\u00a0:<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>\u2014 Bonjour, moi c\u2019est Minette. Je suis \u00e0 Pontoise, l\u00e0 en face. Fait beau, hein\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est tout. Il n\u2019y a pas de chute \u00e0 cette histoire, parce que dans la vraie vie, il n\u2019y a pas de chute non plus. Ce Monsieur Minette, dont je vous conterai plus tard d\u2019autres aventures, avait voulu me saluer, par politesse, par curiosit\u00e9, les deux probablement. Il avait arr\u00eat\u00e9 son tracteur au risque r\u00e9el de ne pouvoir le red\u00e9marrer qu\u2019apr\u00e8s beaucoup d\u2019efforts, juste pour me dire bonjour, \u00e9changer quelques banalit\u00e9s sur le temps, les chiens, les travaux des champs, Paris&#8230; Par la suite, je l\u2019ai crois\u00e9 souvent dans la campagne, et nous nous arr\u00eations c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te quelques instants. Nous n\u2019avions rien \u00e0 nous dire, mais nous le disions quand m\u00eame, le temps, les chiens, les travaux des champs, Paris&#8230; Monsieur Minette parlait peu, Ena s&rsquo;impatientait, alors nous nous s\u00e9parions sur une nouvelle banalit\u00e9, la raret\u00e9 du gibier, le renard qu&rsquo;on n\u2019arrive pas \u00e0 attraper, le temps qui passe, \u00e0 un de ces jours, Monsieur Minette&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE (apr\u00e8s demain, suite et fin)<\/em><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 6 minutes A l\u2019heureux temps du premier confinement, en ce beau d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020, nous \u00e9tions tous, plus ou moins, \u00e0 chercher quelque chose \u00e0 faire. Pour ce qui me concerne, j\u2019ai tenu un journal dans mon journal, un Journal de Campagne dans le Journal des Coutheillas. 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