{"id":38105,"date":"2022-08-27T07:47:12","date_gmt":"2022-08-27T05:47:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38105"},"modified":"2022-08-27T16:53:33","modified_gmt":"2022-08-27T14:53:33","slug":"la-regle-du-jeu-critique-aisee-n234-3-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=38105","title":{"rendered":"La R\u00e8gle du Jeu  &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0235 &#8211; (3\/3)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) ils ont tous leurs d\u00e9fauts, leurs faiblesses, leurs snobismes, mais aucun n\u2019est trait\u00e9 avec m\u00e9pris ni m\u00e9chancet\u00e9, ni m\u00eame avec condescendance, car comme Octave dit \u00e0 Jurieux\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vois, mon vieux, dans la vie, le probl\u00e8me, c\u2019est que tout le monde a ses raisons\u00a0\u00bb. Autrement dit, il ne faut pas juger les gens car ils ont tous leurs raisons&#8230; Tol\u00e9rance, humanisme, c\u2019est toujours le point de vue de Renoir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>C\u2019est \u00e0 cause des acteurs\u00a0!<br \/>\n<\/strong>Ah oui\u00a0! Les acteurs\u00a0!<br \/>\nD\u2019abord Marcel Dalio, \u00e0 contre-emploi, habitu\u00e9 aux r\u00f4les de juif ou de personnage trouble, se voit ici confier celui d\u2019un aristocrate, l\u00e9ger, faible mais fonci\u00e8rement g\u00e9n\u00e9reux. il trouve ici peut-\u00eatre son meilleur r\u00f4le au cin\u00e9ma. La sc\u00e8ne muette o\u00f9, ravi aux anges comme seul un enfant peut l\u2019\u00eatre,\u00a0 il pr\u00e9sente \u00e0 ses amis l\u2019orgue de barbarie qu\u2019il vient d\u2019acqu\u00e9rir est un monument d\u2019\u00e9motion.<br \/>\nEnsuite, Jean Renoir lui-m\u00eame. Il est absolument <!--more-->parfait dans le r\u00f4le d\u2019Octave, l\u2019artiste rat\u00e9, l\u2019ami de tous, le boute en train des f\u00eates, le doux pique-assiette, gentil parasite de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et du marquis en particulier. Il faut le voir, comique, emp\u00eatr\u00e9 pendant toute la f\u00eate au ch\u00e2teau dans son costume d\u2019ours dont il n\u2019arrive \u00e0 sortir. Il faut le voir, \u00e9mouvant, mimer sur une vol\u00e9e de marches le grand chef d\u2019orchestre qu\u2019il a r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre avant d\u2019y renoncer.<br \/>\nJulien Carette, l\u2019habituel titi parisien, accomplit \u00e0 contre-emploi la performance de fabriquer un personnage peu cr\u00e9dible mais absolument r\u00e9jouissant de braconnier \u00e0 l\u2019accent des faubourgs qui r\u00e9alise son r\u00eave de devenir domestique \u00ab\u00a0\u00e0 cause du costume, Monsieur le Marquis, \u00e0 cause du costume\u00a0!\u00a0\u00bb.<br \/>\nPaulette Dubost, morte \u00e0 101 ans il y a 11 ans, avait 29 ans au moment du tournage. Elle est parfaite dans un r\u00f4le tr\u00e8s classique de petite soubrette, gaie, accorte et frivole.<br \/>\nIl n\u2019y a rien de particulier \u00e0 dire sur la marquise, Nora Gr\u00e9gor, ni sur l\u2019aviateur, Roland Toutain, classiques et bons dans leur personnage.<br \/>\nMais il faut dire quelque chose de Gaston Modot. Ami et mod\u00e8le de Modigliani, \u00e9ternel et modeste second r\u00f4le, il joue ici de fa\u00e7on impressionnante de naturel celui de Schumacher, le mari tromp\u00e9 de Lisette, le garde-chasse consciencieux du Marquis.<br \/>\nSans avoir \u00e0 donner leurs noms, il faut parler de tous ces petits r\u00f4les qui tournent autour des personnages principaux, tous parfaits, le G\u00e9n\u00e9ral, la grosse cousine, le snob idiot, la femme de l\u2019industriel du Nord, le majordome&#8230; tous parfaits.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>C\u2019est \u00e0 cause des dialogues\u00a0!<br \/>\n<\/strong>Bien s\u00fbr que c\u2019est \u00e0 cause des dialogues\u00a0! Ils ne sont pas particuli\u00e8rement brillants, les dialogues\u00a0; ce n\u2019est pas du Guitry, du Pr\u00e9vert ou du Jeanson. Ils sont de Charles Spaak et de Jean Renoir. Ils ne sont pas brillants, car ils sont naturels. Le naturalisme est la caract\u00e9ristique \u00e9vidente qui marque le film dans tous ses aspects, les situations, la mise en sc\u00e8ne, le jeu des acteurs, les dialogues. Et puis il y a la fa\u00e7on de les dire ces dialogues. Naturellement, comme dans la vie, les r\u00e9pliques se chevauchent, les personnages se coupent la parole, parlent parfois les uns sur les autres. Comme dans la vie, le spectateur n\u2019entend pas toujours la totalit\u00e9 des r\u00e9pliques. Il a souvent une impression d\u2019improvisation. Natruralisme&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>C\u2019est \u00e0 cause de la mise en sc\u00e8ne\u00a0!<br \/>\n<\/strong>L\u2019agilit\u00e9 du sc\u00e9nario, la peinture de la soci\u00e9t\u00e9, les caract\u00e8res des personnages, le jeu des acteurs, tout \u00e7a c\u2019est bien beau \u2014 c\u2019est m\u00eame tr\u00e8s beau \u2014 mais que serait-ce sans la mise en sc\u00e8ne ?<br \/>\nQuand, par cette chaude apr\u00e8s-midi du mois d\u2019aout, j\u2019avais vu pour la premi\u00e8re fois <em>La R\u00e8gle du Jeu<\/em> dans la grande salle du Champollion, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 transport\u00e9, immerg\u00e9 totalement dans cette intrigue pourtant si \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ma propre vie, au milieu de cette soci\u00e9t\u00e9 si diff\u00e9rente de la mienne, parmi ces personnages si \u00e9loign\u00e9s de ce que je connaissais, je n\u2019en avais pas compris les raisons. Je n\u2018avais d\u2019ailleurs certainement pas cherch\u00e9 \u00e0 les comprendre. Je n\u2019avais pas compris que cette sensation d\u2019\u00eatre emport\u00e9 dans un tourbillon, parfois une tornade, \u00e9tait due \u00e0 la r\u00e9alisation. Ce n\u2019est qu\u2019au bout de la deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me vision que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me rendre compte de la parfaite maitrise et de l\u2019incroyable virtuosit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne. C\u2019est dans les s\u00e9quences o\u00f9 interviennent plus de trois ou quatre com\u00e9diens que l\u2019on saisit toute sa qualit\u00e9 technique, son originalit\u00e9 et sa complexit\u00e9. On n\u2019avait encore jamais vu, je crois, dans une cam\u00e9ra de cin\u00e9ma une telle agilit\u00e9 virevoltante ni une telle profondeur de champ. La longue s\u00e9quence de la poursuite pendant la f\u00eate au ch\u00e2teau est exemplaire sur ce point : tandis que les invit\u00e9s, inconscients, aveugles, bavardent par petits groupes en buvant du champagne, deux actions parall\u00e8les se d\u00e9roulent simultan\u00e9ment au milieu d\u2019eux, en miroir l\u2019une de l\u2019autre, deux poursuites, l\u2019une comique, celle du garde-chasse poursuivant l\u2019amant de sa femme, l\u2019autre tragique, celle de l\u2019aviateur-amoureux pourchassant le snob imb\u00e9cile qui a d\u00e9cid\u00e9 de tenter sa chance en faisant la cour \u00e0 Christine. Dans chaque image, il y deux ou trois plans, et dans chacun de ces plans, il se passe quelque chose\u00a0: une sc\u00e8ne comique au premier plan, une sc\u00e8ne tragique au troisi\u00e8me, tandis qu\u2019un \u00e9v\u00e8nement anodin ou ridicule nous est montr\u00e9 au plan interm\u00e9diaire. Quand la cam\u00e9ra vous fait suivre le braconnier tentant de fuir Schumacher \u00e0 travers les salons du ch\u00e2teau, vous croisez une grosse cousine qui d\u2019un air hagard cherche un partenaire au bridge. Une porte s\u2019ouvre et derri\u00e8re elle, le temps d\u2019un clin d\u2019\u0153il, vous pouvez voir le Marquis gifler sa maitresse pour la dessouler. Cette sc\u00e8ne de la f\u00eate, essoufflante,\u00a0 \u00e9poustouflante, pour moi le point culminant du film, est d\u2019ailleurs repr\u00e9sentative de l\u2019esprit du film, m\u00e9lange des genres \u2014\u00a0 com\u00e9die et trag\u00e9die \u2014 m\u00e9langes des classes \u2014 maitres et valets\u00a0: tout le monde court apr\u00e8s tout le monde, tout le monde veut casser la figure \u00e0 tout le monde, les portes claques, les plats d\u2019argent tombent au sol avec fracas, les femmes crient, les hommes s\u2019empoignent.<br \/>\nC\u2019est dans cette s\u00e9quence que j\u2019ai trouv\u00e9 la r\u00e9plique qui d\u00e9finit le ton de tout le film\u00a0: Le Marquis de la Chesnay, exc\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9sordre de la poursuite, ordonne \u00e0 son majordome Corneille\u00a0:<br \/>\n\u2014 Mais enfin, Corneille, faites cesser cette com\u00e9die\u00a0!<br \/>\n\u2014 Laquelle, Monsieur\u00a0?\u00a0\u00bb r\u00e9pond Corneille, tr\u00e8s digne, qui soutient encore dans ses bras une femme \u00e9vanouie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>C\u2019est \u00e0 cause du Patron<br \/>\n<\/strong>Il est probable que ce dithyrambe qui tire \u00e0 sa fin vous aura laiss\u00e9 dans l\u2019expectative. Vous ne demandiez qu\u2019\u00e0 \u00eatre convaincu, mais au bout du compte,\u00a0 vous restez plut\u00f4t sur la r\u00e9serve. C\u2019est normal. Les mots ne peuvent pas toujours exprimer les sentiments comme on le voudrait, que ce soit en amour, en amiti\u00e9 ou en admiration.<br \/>\nSachez seulement que la Nouvelle Vague consid\u00e9rait Jean Renoir comme \u00ab\u00a0Le Patron\u00a0\u00bb, et <em>La R\u00e8gle du jeu<\/em> comme son chef d\u2019\u0153uvre.<br \/>\nPlus tard Renoir dira\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mon intention premi\u00e8re fut de tourner une transposition des Caprices de Marianne \u00e0 notre \u00e9poque (&#8230;) l&rsquo;histoire d&rsquo;une tragique m\u00e9prise\u00a0: l&rsquo;amoureux de Marianne est pris pour un autre et est abattu dans un guet-apens (&#8230;) j&rsquo;avais voulu au d\u00e9part pr\u00e9senter au public non pas une \u0153uvre d&rsquo;avant-garde, mais un bon petit film normal.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un bon petit film normal&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>FIN<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Si hier et avant-hier, vous n&rsquo;avez pas lu les 2 premi\u00e8res parties de cette critique, le texte int\u00e9gral en sera publi\u00e9 ce soir \u00e0 16h47.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) ils ont tous leurs d\u00e9fauts, leurs faiblesses, leurs snobismes, mais aucun n\u2019est trait\u00e9 avec m\u00e9pris ni m\u00e9chancet\u00e9, ni m\u00eame avec condescendance, car comme Octave dit \u00e0 Jurieux\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vois, mon vieux, dans la vie, le probl\u00e8me, c\u2019est que tout le monde a ses raisons\u00a0\u00bb. 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