{"id":381,"date":"2017-11-27T08:47:25","date_gmt":"2017-11-27T06:47:25","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=381"},"modified":"2017-11-27T18:08:26","modified_gmt":"2017-11-27T16:08:26","slug":"america-america-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=381","title":{"rendered":"La Chose dans la Vall\u00e9e de la Mort"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><b>La Chose dans la Vall\u00e9e de la Mort<\/b><br \/>\nNous avions quitt\u00e9 Las Vegas et le Golden Nugget vers deux heures du matin apr\u00e8s une demie nuit de jeu effr\u00e9n\u00e9 : J&rsquo;avais gagn\u00e9 dix dollars d&rsquo;argent \u00e0 ma quatri\u00e8me tentative sur une machine \u00e0 sous et j&rsquo;avais jug\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait temps de m&rsquo;arr\u00eater. Ensuite, j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 \u00e0 danser d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre devant une table de black jack ou de roulette sans oser risquer le moindre de mes derniers cent dollars. Les trois autres avaient connu des fortunes diverses, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;ils avaient perdu plus ou moins d&rsquo;argent. Vers une heure du matin, une sorte d&rsquo;accord tacite s&rsquo;\u00e9tait fait entre nous quand nous nous \u00e9tions retrouv\u00e9s errant sous le gigantesque cow-boy lumineux qui dansait joyeusement au-dessus de l&rsquo;entr\u00e9e du casino. Encore une heure d&rsquo;h\u00e9sitation et pour conclure cette soir\u00e9e de folie, nous avions d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre la Chevrolet qui nous attendait sur le parking. <b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait mon tour de conduire. Nous avons roul\u00e9 une heure ou deux en direction du Nord-Ouest, vers la Vall\u00e9e de la Mort. Dans la lumi\u00e8re blanche des phares, le ciment de la route 95 avait <!--more-->la m\u00eame couleur blafarde que le d\u00e9sert. Fascin\u00e9 par la ligne peinte qui marque le milieu de la chauss\u00e9e, berc\u00e9 par le ronronnement du moteur, je pensais \u00e0 nos retours de Sologne de nuit, sur cette route si fran\u00e7aise bord\u00e9e de platanes. Je pensais au bruit des essuie-glaces, \u00e0 l&rsquo;odeur des cigares de mon p\u00e8re, aux engueulades des critiques du Masque et la Plume qui sortaient du poste de radio, \u00e0 la douce fatigue d&rsquo;une journ\u00e9e de marche, \u00e0 la b\u00e9atitude qui suit un repas de fin de chasse\u2026 Le toudoum-toudoum r\u00e9gulier que faisaient les pneus en passant sur les joints de la route fut remplac\u00e9 d&rsquo;un coup par le vacarme anarchique de cailloux venant cogner sous le plancher de la voiture accompagn\u00e9 par l&rsquo;entr\u00e9e soudaine de nuages de poussi\u00e8re par les quatre fen\u00eatres ouvertes. L&rsquo;un des avantages de cette partie des \u00c9tats Unis, c&rsquo;est que, lorsque vous sortez de la route, ce que nous venions de faire, vous avez toutes les chances de vous en sortir\u00a0 sans dommage, \u00e0 condition de ne pas rencontrer\u00a0 un foss\u00e9, un poteau t\u00e9l\u00e9graphique ou autre habitant du d\u00e9sert, ce que nous ne f\u00eemes pas. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 avec soulagement que la voiture \u00e9tait intacte, tout le monde avait trop sommeil pour penser \u00e0 m&rsquo;engueuler ou \u00e0 me remplacer au volant. Avec un minimum de mots, il fut d\u00e9cid\u00e9 de laisser la voiture l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait, dans le sable, et de dormir \u00e0 c\u00f4t\u00e9. <b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes allong\u00e9s sur les sacs de couchage, \u00e0 la belle \u00e9toile. Enerv\u00e9 par l&rsquo;incident, je n&rsquo;arrive pas \u00e0 m&rsquo;endormir. Davantage par romantisme que par souci de s\u00e9curit\u00e9, j&rsquo;ai charg\u00e9 le Colt P38 Special Police Positive \u00e0 canon sci\u00e9 achet\u00e9 pour 30 dollars quelques jours auparavant chez un armurier de Flagstaff et je l&rsquo;ai plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Je pense \u00e0 James Stewart dans Winchester 73. Couch\u00e9 sur le dos, je regarde les millions d&rsquo;\u00e9toiles, et je p\u00e8se d\u00b4un poids \u00e9norme sur le sol par toutes les parties de mon corps. J&rsquo;ai m\u00eame l&rsquo;impression de\u00a0 ressentir physiquement la rotation de la terre. Je pense \u00e0 Saint-Exup\u00e9ry, perdu dans son d\u00e9sert. Je pense que je m&rsquo;endors. Je dors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9veil est difficile, p\u00e2teux. Il fait froid et j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir mang\u00e9 un bon morceau de d\u00e9sert. Une lumi\u00e8re grise baigne la sc\u00e8ne que nous avons install\u00e9e la nuit derni\u00e8re : la Chevrolet est bien pos\u00e9e sur le sable, coffre arri\u00e8re b\u00e9ant; d&rsquo;une porti\u00e8re ouverte d\u00e9passent les pieds de Michel, qui a d\u00fb se r\u00e9fugier cette nuit sur la banquette arri\u00e8re; Jean-Louis et Patrick dorment encore, allong\u00e9s comme moi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la voiture. Je r\u00e9alise petit \u00e0 petit que la premi\u00e8re tasse de caf\u00e9 est encore tr\u00e8s lointaine, qu&rsquo;il va falloir sortir la voiture de l\u00e0 et qu&rsquo;aux premi\u00e8res difficult\u00e9s, les reproches \u00e0 mon encontre vont pleuvoir. Je n&rsquo;ai pas envie d&rsquo;affronter tout \u00e7a maintenant et je d\u00e9cide de me rendormir en laissant quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre donner le signal du r\u00e9veil. <b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en me retournant sur le c\u00f4t\u00e9 gauche que je sens qu&rsquo;il y a quelque chose de vivant dans un pli de mon sac de couchage. Une image me monte imm\u00e9diatement \u00e0 la t\u00eate et occupe la totalit\u00e9 de mon cerveau, celle d&rsquo;un serpent du d\u00e9sert, du genre m\u00e9chant crotale, venu dormir au chaud dans mon giron. Le fait de me retourner a plac\u00e9 maintenant la Chose dans mon dos. Les yeux \u00e9carquill\u00e9s, je fais face \u00e0 Patrick qui dort profond\u00e9ment. Je n&rsquo;ose pas passer la main derri\u00e8re moi pour une reconnaissance \u00e0 t\u00e2tons. La Chose bouge doucement contre mes reins. Je suis paralys\u00e9 par la peur. B\u00eatement, il me revient que le nom de la phobie des serpents est l&rsquo;ophidiophobie. Centim\u00e8tre par centim\u00e8tre, j&rsquo;arrive \u00e0 avancer ma main droite jusque sur le P38, tout en me demandant ce que je vais bien pouvoir faire avec \u00e7a contre un serpent coll\u00e9 contre mon dos. Je n&rsquo;en peux plus de rester fig\u00e9 et, quasiment hors de moi, je bondis sur mes pieds en criant \u00ab\u00a0Saloperie de bestiole!\u00a0\u00bb. Ce faisant, je pi\u00e9tine les chevilles de Patrick. Il est bien trop surpris de me voir hurler en brandissant un revolver au milieu de nulle part dans le petit matin pour protester contre un tel r\u00e9veil. Mais la Chose s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9e, elle aussi. Elle se d\u00e9gage du sac de couchage et part en courant. Oui, en courant, car il s&rsquo;agit d&rsquo;un petit chat tigr\u00e9 tout mignon, mais maintenant tout effray\u00e9. La Chose zigzague entre les cailloux, s&rsquo;arr\u00eate de temps en temps pour m&rsquo;observer, comme si elle n&rsquo;arrivait pas \u00e0 croire \u00e0 une telle m\u00e9chancet\u00e9. Je la suis des yeux jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle disparaisse dans la cabane qui se dresse au bord de la route et que la nuit nous avait cach\u00e9e.<b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cinquante ans plus tard, je me rappelle encore tr\u00e8s bien qu&rsquo;il ne me fut pas facile, sans perdre la face, d&rsquo;expliquer aux copains, qui \u00e9taient d&rsquo;un naturel volontiers sarcastique et que je venais de r\u00e9veiller en sursaut, que j&rsquo;avais connu la terreur de ma vie par la faute d&rsquo;un petit chat tigr\u00e9 du Nevada que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 massacrer \u00e0 l\u2019aide d\u2019un Colt \u00e0 canon sci\u00e9.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1244-LEAVING-LAS-VEGAS.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-384 aligncenter\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1244-LEAVING-LAS-VEGAS-300x175.jpg\" alt=\"1244-LEAVING LAS VEGAS\" width=\"300\" height=\"175\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1244-LEAVING-LAS-VEGAS-300x175.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1244-LEAVING-LAS-VEGAS-960x563.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Chose dans la Vall\u00e9e de la Mort Nous avions quitt\u00e9 Las Vegas et le Golden Nugget vers deux heures du matin apr\u00e8s une demie nuit de jeu effr\u00e9n\u00e9 : J&rsquo;avais gagn\u00e9 dix dollars d&rsquo;argent \u00e0 ma quatri\u00e8me tentative sur une machine \u00e0 sous et j&rsquo;avais jug\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait temps de m&rsquo;arr\u00eater. Ensuite, j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=381\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La Chose dans la Vall\u00e9e de la Mort<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[110,109,108,21],"class_list":["post-381","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-colt","tag-crotale","tag-las-vegas","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/381","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=381"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/381\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=381"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=381"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=381"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}