{"id":3639,"date":"2015-04-19T15:38:16","date_gmt":"2015-04-19T13:38:16","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3639"},"modified":"2015-06-15T21:57:12","modified_gmt":"2015-06-15T19:57:12","slug":"3639","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3639","title":{"rendered":"Le bon, la brute et les enfants   (Texte int\u00e9gral)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Exercice de style<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019exercice consiste \u00e0 prendre une histoire simple et \u00e0 la raconter de plusieurs mani\u00e8res aussi diff\u00e9rentes que possible. Voici sept fa\u00e7ons de raconter l\u2019histoire du Bon, de la Brute et des Enfants\u00a0: dans l\u2019ordre, sous forme de simples notations, puis sous forme sentimentale, puis de mani\u00e8re auditive, ensuite de mani\u00e8re n\u00e9gative, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un t\u00e9l\u00e9gramme. Vient ensuite une forme plus \u00e9volu\u00e9e, la forme Proustienne. On terminera de mani\u00e8re plus sombre, \u00e0 la S\u00e9rie Noire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le bon, la brute et les enfants<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>1-Notations<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assis \u00e0 la terrasse du tabac le Week-End, je prends mon caf\u00e9-croissant. Il fait beau.<br \/>\nUn camion de livraison de bi\u00e8re se gare devant la terrasse. Le livreur est un jeune costaud. Il porte un sweatshirt moulant blanc sale. Son cr\u00e2ne est ras\u00e9 et ses bras sont couverts de tatouages. Il a l&rsquo;air press\u00e9 et de mauvaise humeur. Il d\u00e9barque ses tonneaux bruyamment. Il m&rsquo;est antipathique.<br \/>\nDes enfants d&rsquo;un lyc\u00e9e voisin passent en groupe. Ils vont au Luxembourg. Leur passage emp\u00eache l&rsquo;homme de continuer son d\u00e9bardage. Ils passent par deux entre le camion et la terrasse. Enti\u00e8rement occup\u00e9s par leurs conversations, ils ne voient rien autour d\u2019eux. Le livreur les regarde passer, debout sur son plateau. Il sourit. Parfois, il leur fait une farce en leur touchant la t\u00eate. Alors l&rsquo;enfant cherche en riant d&rsquo;o\u00f9 lui vient ce contact.<br \/>\nL\u2019atmosph\u00e8re du jour a chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #000080;\"><em>2-Sentimental<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hier matin, caf\u00e9-croissant-Proust dans un caf\u00e9-tabac de la rue Gay-Lussac. La salle est largement ouverte sur la rue. Un camion se gare devant le caf\u00e9 le long du trottoir qui, \u00e0 cet endroit, est assez \u00e9troit. La porte lat\u00e9rale est ouverte par un gros livreur, ras\u00e9 plus que chauve, 30 ans, tatou\u00e9. Il d\u00e9charge brutalement des cartons volumineux et les rentre dans le caf\u00e9 en les faisant glisser sur le sol. Au bout de quelques minutes, il est interrompu dans son travail par un cort\u00e8ge d\u2019enfants de 8 \u00e0 10 ans, accompagn\u00e9 par quelques adultes. Ils vont sans doute au Luxembourg. Je m\u2019attends ce que le livreur soit au moins agac\u00e9 par ces gamins qui retardent sa tourn\u00e9e. Au contraire, il les observe avec amusement et tendresse en souriant du haut de son camion. Les enfants, tout occup\u00e9s de leurs conversations, ne le voient m\u00eame pas. De temps en temps, il touche l\u2019\u00e9paule ou le cr\u00e2ne de l\u2019un d\u2019entre eux pour qu&rsquo;il se retourne et cherche d\u2019o\u00f9 vient ce contact. Le man\u00e8ge s\u2019ach\u00e8ve avec la fin du cort\u00e8ge. Le tatou\u00e9 reprend ses man\u0153uvres brutales. Ce livreur, je l\u2019aime\u00a0; il vient de changer la nature de ma matin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #000080;\"><em>3-Auditif<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la terrasse du caf\u00e9-tabac de la rue Gay-Lussac, le bruit de la circulation se m\u00e9lange aux chants des oiseaux, aux soufflements de la machine \u00e0 expresso et aux conversations tronqu\u00e9es des passants pour former une douce polyphonie. De temps en temps, ma cuill\u00e8re fait sonner ma tasse de caf\u00e9. Le tacatac du moteur diesel d&rsquo;un camion de livraison qui se gare devant le caf\u00e9 vient troubler cette harmonie. Un chauffeur-livreur \u00e0 l&rsquo;air brutal et peu sympathique saute de la cabine, claque bruyamment sa porti\u00e8re et hurle au patron qu&rsquo;il vient livrer de la bi\u00e8re.<br \/>\n-\u00c7a marche\u00a0! crie le patron.<br \/>\nLe livreur est debout sur le plateau. Sortant du casque qui est coll\u00e9 \u00e0 ses oreilles, je peux entendre les chuintements lourdement rythm\u00e9s de la musique stupide qui lui d\u00e9truit les tympans. De ses gros bras couverts de tatouages, il balance les f\u00fbts sur le trottoir dans un bruit d&rsquo;enfer.<br \/>\nAlors, un murmure de jeunes voix se fait entendre et grossit. Ce sont des enfants en cort\u00e8ge qui descende vers le Luxembourg. Ils passent en bavardant deux par deux dans le passage r\u00e9tr\u00e9ci entre le camion et la terrasse. Dans le caf\u00e9, tout se tait pour \u00e9couter leur merveilleux babillage. Le livreur a arr\u00eat\u00e9 le d\u00e9chargement des f\u00fbts et, du haut de son camion, il observe les enfants en sifflotant. Maintenant, il les regarde en souriant avec attendrissement. Parfois il touche le haut de la t\u00eate de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux en chantant \u00ab\u00a0coucou\u00bb. Alors l&rsquo;enfant est surpris, cherche d\u2019o\u00f9 vient la farce et rit.<br \/>\nDes anges sont pass\u00e9s. Le ton de la journ\u00e9e a chang\u00e9. J\u2019aime ce livreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #000080;\"><em>4-N\u00e9gatif<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas le soir que je ne prends pas un th\u00e9 sans p\u00e2tisserie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d\u2019un bureau de poste. C&rsquo;est le matin, c\u2019est dans un bistrot, c&rsquo;est un caf\u00e9 avec croissants et ce n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur car il\u00a0ne fait ni mauvais\u00a0ni froid.<br \/>\nUn livreur, qui n&rsquo;est ni \u00e9l\u00e9gant, ni chevelu, ni silencieux ni sympathique, n&rsquo;a pas choisi une autre heure pour ne pas livrer le caf\u00e9 d&rsquo;en face. Il n&rsquo;a pas l&rsquo;air d&rsquo;avoir de temps devant lui, donc il ne pose pas d\u00e9licatement ses f\u00fbts sur le trottoir.<br \/>\nUne bande d&rsquo;enfants ne passe pas devant le caf\u00e9 en ordre dispers\u00e9, mais en groupe. Ils ne sont pas silencieux et ne se pr\u00e9occupent pas du tout de ce qui se passe autour d&rsquo;eux. Le non-sympathique livreur ne continue pas ses man\u0153uvres et ne prend pas un air exc\u00e9d\u00e9 ni impatient. Il ne regarde pas \u00a0cette troupe avec animosit\u00e9, parfois, il ne touche pas l\u2019\u00e9paule d&rsquo;un enfant, mais le haut de sa t\u00eate pour le surprendre. L&rsquo;enfant n&rsquo;a pas peur, ne crie pas, mais rit. La journ\u00e9e n&rsquo;est pas finie. Elle ne sera pas moche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #000080;\"><em>5-T\u00e9l\u00e9graphique<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suis assis au caf\u00e9-tabac \/STOP\/ Ai command\u00e9 un caf\u00e9 croissant \/STOP\/ Camion de livraison se gare devant terrasse\/STOP Chauffeur costaud tatouages et cr\u00e2ne ras\u00e9 \/STOP\/ Objectif livraison de f\u00fbts de bi\u00e8re \/STOP\/ Op\u00e9ration bruyante emmerde tout le monde \/STOP\/ Groupe d&rsquo;enfants en route pour jardin passe entre camion et terrasse\/STOP\/ Discutent entre eux sans rien voir \/STOP\/ Chauffeur pas sympa se dit stop \/STOP\/ Stoppe son travail\/STOP\/ Regarde passer les enfants et leur fait des farces \/STOP\/ Chauffeur livreur sourit \/STOP\/ Moi aussi \/STOP\/ Journ\u00e9e transform\u00e9e \/STOP\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>6-Proustien <\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps, je me suis assis de bonne heure \u00e0 la terrasse de cet \u00e9tablissement de la rue Gay-Lussac, pour y d\u00e9guster ma premi\u00e8re coupe de champagne dans laquelle je laissais s\u2019amollir une petite madeleine dor\u00e9e et joufflue parmi les fines bulles qui montent en colonnes \u00e9l\u00e9gantes et spiral\u00e9es dans ce breuvage aristocratique.<br \/>\nJe pensais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la morne journ\u00e9e qui s\u2019\u00e9tendait presque ind\u00e9finiment devant moi et qui me s\u00e9parait encore du souper mondain qui m\u2019attendait ce soir dans un h\u00f4tel du Faubourg Saint-Germain, quand une voiture \u00e0 chevaux vint s&rsquo;arr\u00eater devant ma table, obstruant ma vue sur les jeunes filles en fleur qui, \u00e0 cette heure matinale, descendent en cort\u00e8ge vers le Luxembourg en faisant virevolter leurs ombrelles multicolores.<br \/>\nLa voiture \u00e9tait conduite par un de ces hommes du peuple, de ceux que l\u2019on nomme Fort-des-Halles et dont les muscles sont orn\u00e9s par des artistes forains que l&rsquo;on rencontre dans ces lieux o\u00f9 les gens du monde ne vont qu\u2019en bande pour go\u00fbter aux charmes acidul\u00e9s de la canaille. La voiture \u00e9tait charg\u00e9e de f\u00fbts rebondis et probablement fuyards, car l\u2019odeur qui montait \u00e0 pr\u00e9sent de la carriole r\u00e9v\u00e9lait que leur contenu devait \u00eatre fait de bi\u00e8re, ce liquide ferment\u00e9 si semblable au champagne par la couleur mais si diff\u00e9rent par le go\u00fbt et par l\u2019usage qui en est fait.<br \/>\nJuch\u00e9 sur la voiture, l\u2019homme laissait tomber les f\u00fbts sonores les uns apr\u00e8s les autres sur le trottoir, sans pr\u00eater aucune attention aux r\u00e9actions que ces bruits provoquaient parmi les chevaux de l\u2019attelage et les clients de l\u2019\u00e9tablissement.<br \/>\nLes jeunes filles \u00e9tant devenues pour moi invisibles par la mauvaise gr\u00e2ce de l\u2019homme de peine et le cours de mes pens\u00e9es boulevers\u00e9 par son bruyant man\u00e8ge, je sentais monter en moi une antipathie grandissante envers la brute en m\u00eame temps que les premiers signes du malaise respiratoire qui ne manquerait pas de me gagner si ce supplice devait se prolonger encore quelques instants.<br \/>\nC\u2019est alors que, du haut de la rue, me parvint un bruit grandissant que je ne pus identifier imm\u00e9diatement. Il ressemblait presque \u00e0 celui que font ces petits torrents de moyenne montagne quand ils charrient quelques galets dans leurs tourbillons. Aux premi\u00e8res t\u00eates qui apparurent \u00e0 l\u2019angle de la terrasse, je compris que ce bruit charmant \u00e9tait celui des pas et des bavardages d\u2019un groupe de jeunes gar\u00e7ons partant au jardin sous la conduite de leur instituteur.<br \/>\nL\u2019espace restreint qui leur \u00e9tait laiss\u00e9 entre la terrasse et la voiture du livreur, encore r\u00e9duit par la pr\u00e9sence au sol de quelques tonneaux d\u00e9laiss\u00e9s, ralentit la marche des enfants et les obligea \u00e0 passer l\u2019obstacle deux par deux, ce qui ne troubla nullement leurs conversations, mais prolongea le passage de leur petite troupe devant le livreur en l\u2019emp\u00eachant de poursuivre sa t\u00e2che exasp\u00e9rante.<br \/>\nJ\u2019observais alors le livreur, qui \u00e9tait maintenant debout sur le plateau de sa voiture, les poings sur les hanches, et contemplait de haut les jeunes t\u00eates qui passaient devant lui. Lorsque je vis que, contrairement \u00e0 mon attente, il n\u2019affichait pas un air hostile, exc\u00e9d\u00e9 ni m\u00eame impatient mais, qu\u2019en fait, il souriait d\u2019un air attendri au spectacle qui lui \u00e9tait donn\u00e9, mon ressentiment \u00e0 son encontre fondit aussit\u00f4t. Quand, par plaisanterie, il se mit \u00e0 toquer doucement de son index recourb\u00e9 le sommet du cr\u00e2ne de certains des enfants, et que ceux qui \u00e9taient ainsi touch\u00e9s se mirent \u00e0 chercher en riant d\u2019o\u00f9 pouvait bien venir le coup farceur, je me pris \u00e0 l\u2019aimer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le fait des anges qui passent que de changer notre fa\u00e7on de voir les hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>7-S\u00e9rie Noire<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous n&rsquo;\u00eates jamais all\u00e9 dans le Bronx, continuez comme \u00e7a. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, vous deviez traverser ce quartier de New York pour\u00a0vous rendre\u00a0de JFK \u00e0 Manhattan par exemple, renfoncez-vous dans le creux de la banquette de votre taxi, ouvrez en grand le New York Times, plongez y votre nez et ne regardez pas dehors. Si par malheur vous deviez absolument vous y rendre et que vous\u00a0 passiez\u00a0du c\u00f4t\u00e9 du\u00a0carrefour Brook \/ \u00a0148\u00e8me, vous avez des chances, ou plut\u00f4t, des risques de m&rsquo;y rencontrer. Je traine tous les jours dans le coin,\u00a0plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0vers chez Matt, ou encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment devant le bar du \u00ab\u00a0Matt&rsquo;s cocktail lounge\u00a0\u00bb. Si jamais vous entriez dans l&rsquo;\u00e9tablissement, vous seriez tout\u00a0d&rsquo;abord surpris par le d\u00e9calage abyssal qui existe entre\u00a0 le standing du lieu et son appellation de \u00a0\u00ab\u00a0cocktail lounge\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance du mot\u00a0devait refl\u00e9ter les ambitions de Matt et les espoirs qu\u2019il avait mis dans sa boite quand il l&rsquo;avait ouverte\u00a0une demi-douzaine d&rsquo;ann\u00e9es plus t\u00f4t. C&rsquo;est l&rsquo;effet habituel du Bronx que de dissoudre ce genre de r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me chose qui pourrait vous surprendre, c&rsquo;est l&rsquo;aspect du type qui est assis au bar \u00e0 la place du fond\u00a0et qui parle \u00e0 sa bouteille de Milwaukee&rsquo;s Best Premium. (Elle doit s&rsquo;appeler Premium parce que c&rsquo;est la premi\u00e8re dans le classement des bi\u00e8res par ordre de prix croissant.) Un m\u00e8tre quatre-vingt-quinze, \u00a0cent-quinze kilos, chaussures de cuir avachies, chemise \u00e0 carreaux flottant sur un jean us\u00e9 mais v\u00e9ritable, l&rsquo;ensemble, homme et v\u00eatements, ayant l&rsquo;air tr\u00e8s fatigu\u00e9.\u00a0Le type assis au bar l\u00e0-bas, c&rsquo;est moi. \u00c7a doit bien faire une paire d&rsquo;ann\u00e9es que je suis devenu le client officiel de Matt et, lui, mon meilleur ami.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment j&rsquo;en suis arriv\u00e9 l\u00e0 ? C&rsquo;est une longue histoire qui demanderait\u00a0bien trois ou quatre Milwaukees, mais qu&rsquo;on peut aussi r\u00e9sumer comme \u00e7a si vous n&rsquo;avez pas les moyens de me les offrir:\u00a0P\u00e8re militaire, m\u00e8re partie, Northern Arizona State College, puis Northern Arizona University, quaterback de l&rsquo;\u00e9quipe de football, bel avenir professionnel, genou et avenir bousill\u00e9s par un arri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9quipe de Penn State dans une demi-finale du Sugar Bowl. Nouveau d\u00e9part \u00e0 Los Angeles derri\u00e8re une fille accueillante, tentative de cr\u00e9ation d&rsquo;une agence de d\u00e9tective priv\u00e9, r\u00e9cup\u00e9ration de cr\u00e9ances, filatures minables, et puis la belle affaire, qui tourne mal. Enfin, la fuite \u00e0 New-York, cach\u00e9 dans la foule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi j&rsquo;ai choisi le Bronx ? En r\u00e9alit\u00e9, personne ne choisit le Bronx. On y est n\u00e9 ou on y tombe. Moi, je suis tomb\u00e9 un\u00a0soir devant chez Matt et j&rsquo;ai pris racine. Depuis, je suis l\u00e0 une bonne partie de la journ\u00e9e, comme si j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 mon bureau, \u00e0 chercher des occasions de me faire quelques dollars, pas trop malhonn\u00eatement si possible, comme impressionner des d\u00e9biteurs n\u00e9gligents, conduire une voiture au garage, accompagner un maigrichon dans une affaire d\u00e9licate. \u00c7a me permet tout juste de payer de temps en temps ma chambre de la 146\u00e8me, un ou deux repas et quatre ou cinq bi\u00e8res par jour, en attendant que les choses se tassent, disons dans quatre ou cinq ans, et que je puisse retourner \u00e0 Los Angeles, dans la Cit\u00e9 des Anges, au soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A propos de soleil, comme aujourd&rsquo;hui il fait beau et que je suis le seul client, Matt a sorti une petite table et deux chaises m\u00e9talliques sur le trottoir o\u00f9 il m&rsquo;a rejoint avec deux caf\u00e9s, compliments de la maison. Gallagher, le flic irlandais, est pass\u00e9 devant nous au ralenti dans sa voiture de ronde. Il a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas relever l&rsquo;infraction. Il y a des jours comme \u00e7a, m\u00eame dans le Bronx. Apr\u00e8s une heure ou deux \u00e0 regarder passer les voitures, on \u00e9tait bien, surtout parce que Matt avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aggraver la faute en sortant quelques bi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors qu&rsquo;il est arriv\u00e9, comme un gros nuage de pollution dans mon ciel bleu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait Al Wheeler, le priv\u00e9 chic de Beverly Hills. Ce bon vieux Al, avec sa carrure de coureur de 100 m\u00e8tres, ses chaussures \u00e0 800 dollars, ses chemises de sport Ermenegildo Zegna, ses lunettes de soleil Dolce Gabana et son teint perp\u00e9tuellement hal\u00e9. Une ordure de premi\u00e8re, Al, un type qui vendrait sa s\u0153ur pour se faire quelques dollars, mais qui en plus ne livrerait pas. Un salopard sp\u00e9cialiste du nettoyage des \u00e9curies d\u2019Augias de Malibu \u00e0 West Hollywood. Un malfaisant qui m&rsquo;avait branch\u00e9 sur l&rsquo;affaire Collinson et \u00a0qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9brouill\u00e9 pour me faire porter le chapeau quand elle avait mal tourn\u00e9. Quand il est descendu de sa voiture de location, un cabriolet Mercedes de taille respectable, la silhouette d\u2019Al Wheeler sur Brook Avenue d\u00e9tonait autant que celle d\u2019une pom-pom girl au milieu d\u2019un camp de r\u00e9fugi\u00e9s. Il m\u2019a adress\u00e9 son large sourire californien, vous savez, celui qui vous dit \u00ab\u00a0Je p\u00e8te la sant\u00e9, je me fais blanchir les dents et je suis plein aux as. Pourquoi que tu fais pas pareil ?\u00a0\u00bb. (Malgr\u00e9 ses beaux habits, Al a toujours manqu\u00e9 de classe dans sa fa\u00e7on de parler.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant ce sourire en 16 \/ 9\u00e8me, je sens toute ma vieille haine contre lui remonter en moi. Je revois Los Angeles et tous ces mois de boulots minables \u00e0 essayer de rester honn\u00eate. Je revois cette affaire si prometteuse o\u00f9 je me suis fait manipuler par Wheeler et Collinson jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre mouill\u00e9-tremp\u00e9 dans l\u2019affaire des pots de vins du South Gate Freeway. Je revois ma lettre au District Attorney qui balan\u00e7ait tout le toutim avec les noms et les sommes vers\u00e9es. Je revois mes gal\u00e8res new-yorkaises depuis deux ans et je vois l\u2019\u00e9tat dans lequel je suis aujourd\u2019hui. Tout \u00e7a, c\u2019est \u00e0 Al que je le dois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A le voir comme \u00e7a, lui, il n\u2019a pas l\u2019air de m\u2019en vouloir. Pourtant, il n\u2019a surement pas oubli\u00e9 que deux ans plus t\u00f4t, quand j\u2019ai quitt\u00e9 L.A. en urgence pour \u00e9chapper aux sbires de Collinson, dont les meilleures intentions \u00e0 mon \u00e9gard \u00e9taient de me casser les genoux, je suis parti au volant de sa Porsche Panamera avec sa petite amie du moment apr\u00e8s avoir ravag\u00e9 son bureau en duplex de Wilshire Boulevard. Comme j&rsquo;ai plant\u00e9 la Porsche un peu plus tard entre Columbus et Pittsburgh et que la fille m&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9 aussit\u00f4t apr\u00e8s, je ne suis pas vraiment en mesure de les lui rendre. Alors, aujourd\u2019hui, il se pourrait qu\u2019il y ait du sport sur Brook avenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al ne peut pas \u00eatre l\u00e0 par hasard. Il a s\u00fbrement remplac\u00e9 la voiture et la fille depuis longtemps et ce n&rsquo;est pas pour les r\u00e9cup\u00e9rer qu&rsquo;il a suivi ma trace jusqu\u2019ici. Non, c\u2019est pour r\u00e9gler ses comptes. Et bien, il va \u00eatre servi. J\u2019ai beau peser trente livres de trop et manquer s\u00e9v\u00e8rement d\u2019entrainement, ce n\u2019est pas son body-building \u00e0 la mode Venice Beach qui va me faire peur. Il ne fait litt\u00e9ralement pas le poids, Al. Je vais le ratatiner, Al. Je vais lui faire avaler ses Dolce Gabana et sa carte de cr\u00e9dit Platinum Infinite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu&rsquo;il entreprend de traverser le large trottoir dans ma direction, je me l\u00e8ve lentement de ma chaise que je saisis derri\u00e8re moi par son dossier. Matt a compris qu&rsquo;il se passait quelque chose. Il s&rsquo;est lev\u00e9 et s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9 un peu pour me donner du champ. Mon plan est le suivant : quand Wheeler ne sera plus qu&rsquo;\u00e0 deux ou trois m\u00e8tres, je lui balancerai ma chaise dans les jambes et l\u00e0, de deux choses l&rsquo;une, ou bien il tombera emp\u00eatr\u00e9 dans la chaise, ou bien il se penchera en avant pour frotter ses tibias douloureux. Dans les deux cas, je l&rsquo;entreprendrai avec un grand coup de tatane au visage pour le finir en improvisant sur le trottoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al continue d&rsquo;avancer, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son menton volontaire et de son sourire ultra-blanc. J&rsquo;amorce le mouvement de balancier qui va me permettre de lancer la chaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce moment, un bruit grandissant se fait entendre du c\u00f4t\u00e9 du carrefour. C\u2019est un bruit qui me rappelle un peu celui d\u00b4une cascade. Je jette un coup d&rsquo;\u0153il vers le haut de l&rsquo;avenue, mais on ne voit encore rien. Le bruit enfle, et puis, \u00e0 l&rsquo;angle, apparaissent les deux premiers gamins. Ils arrivent de la 148\u00e8me\u00a0et tournent dans Brook Avenue. Ils sont accroupis, presque agenouill\u00e9s sur leur skate-board, un bras tendu en avant, la main \u00e0 plat, paume vers le bas, dans une splendide position de recherche de vitesse. Ils sont imm\u00e9diatement suivis par une dizaine d\u2019autres enfants, strictement dans la m\u00eame attitude. On ne peut les distinguer que par la couleur de leur peau, noire, brune ou blanche et de leurs chemises flamboyantes. Dans deux ou trois ans, ils auront tous atteint l&rsquo;\u00e2ge qui dans le Bronx les fera consid\u00e9rer comme dangereux, mais pour le moment, ils font la course, ils descendent Brook \u00e0 toute allure, aussi l\u00e9gers et inoffensifs qu&rsquo;une vol\u00e9e de moineaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai suspendu mon m\u00e9chant geste, et Al s&rsquo;est immobilis\u00e9 pour laisser passer les bolides entre nous deux. Malgr\u00e9 la tension du moment, je ressens d&rsquo;un coup une sorte d&rsquo;\u00e9lan de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 m\u00eal\u00e9e de nostalgie \u00e0 la vue de cette bande de gosses si concentr\u00e9s sur leur course qu&rsquo;ils ne voient rien autour d&rsquo;eux. Je surveille Al, et je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;il arbore la m\u00eame expression. Sale hypocrite ! Et puis l&rsquo;avant dernier gamin, qui n&rsquo;avait vu Al qu&rsquo;au dernier moment, est tomb\u00e9 en essayant de le contourner, entra\u00eenant dans sa chute le dernier des coureurs. Nous voil\u00e0 avec deux gosses roulant au sol, alors que le reste de la troupe est d\u00e9j\u00e0 trop loin pour s&rsquo;apercevoir de quoi que ce soit. Ils sont par terre, entre nous, un peu sonn\u00e9s. J&rsquo;ai l\u00e2ch\u00e9 le dossier de ma chaise et me suis pench\u00e9 sur le gamin le plus proche pour le relever. Du coin de l&rsquo;\u0153il, je vois Al qui fait la m\u00eame chose avec l\u2019autre. Mon gamin a perdu une chaussure et saigne un peu du coude. Celui d&rsquo;Al a la figure pleine de poussi\u00e8re et il a d\u00e9chir\u00e9 son jean. Aucun des deux n\u2019a l\u2019air vraiment mal en point, ils en ont vu d&rsquo;autres, et d\u2019ailleurs, ils se tortillent d\u00e9j\u00e0 pour s&rsquo;arracher \u00e0 nos mains, remonter sur leur planche et foncer derri\u00e8re leurs copains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous les regardons dispara\u00eetre dans un flottement de chemises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis nous nous regardons tous les deux. Al reprend son sourire idiot, \u00e9poussette sa belle chemise et s\u2019avance. Il est maintenant trop pr\u00e8s pour que je lui lance ma chaise, que j\u2019ai d\u2019ailleurs l\u00e2ch\u00e9e dans mon imitation de Florence Nightingale, et mon plan est fichu, provisoirement. Il parle le premier\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, George. Marrants, les gosses, hein\u00a0? \u00c7a fait presque deux ans que je te cherche. Content de t\u2019avoir trouv\u00e9\u00a0! \u00c7a a pas l\u2019air d\u2019aller trop fort pour toi, hein\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Qu\u2019est-ce que tu veux\u00a0? Si c\u2019est pour la Porsche ou pour Carol, tu dois savoir que je les ai plant\u00e9es toutes les deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ni l\u2019une, ni l\u2019autre. Des Porsche, y en a plein les garages \u00e0 L.A. Quant \u00e0 Carol, si tu veux savoir, quand elle t\u2019a plaqu\u00e9, elle est revenue me voir, et c\u2019est moi qui l\u2019ai vir\u00e9e. Non, je t\u2019en veux pas pour \u00e7a, m\u00eame pas pour ta peinture \u00e0 neuf de mes bureaux \u00e0 la bombe rouge pompier et noir pompes fun\u00e8bres. Non, c\u2019est rien tout \u00e7a. C\u2019est moi qui te dois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis-moi, on serait pas mieux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u00a0? Je t\u2019offre un verre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al entre dans la p\u00e9nombre du bar et je le suis en restant sur mes gardes. Il choisit un compartiment du fond. Matt nous surveille depuis sa caisse o\u00f9 il fait semblant de v\u00e9rifier la recette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, je te raconte. Quand tu es parti en plantant tout le syst\u00e8me du South Gate Freeway, le District Attorney a lanc\u00e9 un mandat contre Collinson, qui a fichu le camp aussit\u00f4t au Mexique. Les flics mexicains l\u2019ont arr\u00eat\u00e9 deux mois plus tard \u00e0 la demande de la police de Los Angeles dans sa planque d\u2019Ensenada. Ils allaient l\u2019extrader, mais ils se sont aper\u00e7us qu\u2019il \u00e9tait recherch\u00e9 depuis dix ans pour un trafic de drogue dans le Yucatan. Ils ont donc d\u00e9cid\u00e9 de le garder jusqu\u2019\u00e0 \u00e9claircissement complet de l\u2019affaire. Il y a des gens qui font en sorte que \u00e7a prenne un peu de temps. Collinson est maintenant \u00e0 Chetumal, dans une charmante petite prison mexicaine. D\u2019apr\u00e8s mes informateurs, il n\u2019en sortira pas avant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, s\u2019il en sort vivant. Voil\u00e0 pour Collinson. Plus rien \u00e0 craindre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Merci pour le pronostic, \u00e7a fait plaisir. Mais tu m\u2019as quand m\u00eame fait porter le chapeau. Je risque toujours d\u2019aller en prison \u00e0 ta place et je ne peux pas retourner \u00e0 Los Angeles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Plus maintenant. Quand ils ont appris que Collinson \u00e9tait recherch\u00e9 pour trafic de drogue au Mexique, les huiles qui \u00e9taient mouill\u00e9es dans l\u2019affaire ont fait ce qu\u2019il fallait pour qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 et transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Chetumal, \u00e0 l\u2019autre bout du pays. Du coup, plus de Collinson, plus de t\u00e9moin, et plus de t\u00e9moin, plus d\u2019affaire. Le D.A. s\u2019est fait une raison. Il est pass\u00e9 \u00e0 autre chose. Tu peux rentrer quand tu veux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons pass\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi et le d\u00e9but de la soir\u00e9e \u00e0 revivre l\u2019affaire Collinson en assurant \u00e0 Matt sa plus belle recette de la semaine. Plus la journ\u00e9e avan\u00e7ait, plus je sentais que le poids qui m\u2019oppressait depuis deux ans devenait l\u00e9ger. Vers 10 heures du soir, Al et moi sommes all\u00e9s manger un morceau \u00e0 Manhattan, l\u00e0 o\u00f9 vous pouvez laisser un cabriolet Mercedes plus de dix minutes sans qu\u2019il disparaisse. Vers 3 heures du matin, nous \u00e9tions les meilleurs amis du monde et nous nous jurions fid\u00e9lit\u00e9 dans une \u00e9locution p\u00e2teuse que nous seuls pouvions comprendre. A 6 heures du matin, nous \u00e9tions allong\u00e9s sur l\u2019herbe humide de Bryant Park, un peu dessoul\u00e9s par la fraicheur du matin. \u00c7a faisait bien une demi-heure que nous \u00e9coutions sans rien dire les bruits de la ville qui se r\u00e9veillait. Et puis\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ecoute, George, j\u2019ai bien r\u00e9fl\u00e9chi. Je te dois quelque chose. \u00c7a fait longtemps que j\u2019ai envie d\u2019ouvrir une agence \u00e0 Santa Barbara. Y a pas mal de fric \u00e0 ramasser l\u00e0-bas et je peux pas passer mon temps \u00e0 faire l\u2019aller-retour sur l\u2019US 101. Alors voil\u00e0, je t\u2019aide \u00e0 monter l\u2019agence Wheeler-Willoughby (c\u2019est mon nom\u00a0!), je te file mon carnet d\u2019adresse, tu te d\u00e9brouilles et tu me donnes 50% des honoraires. Y aura pas de probl\u00e8me pour toi \u00e0 Santa Barbara, tu as la classe et l\u2019\u00e9ducation pour traiter avec les rupins du coin. Moi, je pourrais pas. Mon terrain, c\u2019est le show business, la politique, pas les bourgeois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Qu\u2019est-ce que t\u2019en dis\u00a0? Je rentre \u00e0 L.A. en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi. Viens avec moi. On passe le week-end chez moi et on met au point tout \u00e7a. Qu\u2019est-ce que t\u2019en dis, hein ? Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;en dis ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis r\u00e9veill\u00e9 au moment o\u00f9 les roues du Boeing touchaient le b\u00e9ton de la piste de LAX. Dans la demi-torpeur du r\u00e9veil, j\u2019ai suivi Al jusqu\u2019aux bagages o\u00f9 il a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sa valise Vuitton, puis jusqu\u2019au parking o\u00f9 il m\u2019avait dit avoir laiss\u00e9 sa voiture. Nous nous sommes dirig\u00e9s vers une grosse berline Mercedes aux vitres fum\u00e9es. Il a ouvert le coffre pour y mettre sa valise, puis la porti\u00e8re arri\u00e8re pour y jeter son imperm\u00e9able.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cet instant que j&rsquo;ai vu Collinson, confortablement install\u00e9 sur la banquette, souriant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Bix, son \u00e9ternel gorille. C\u2019est presque en m\u00eame temps que j&rsquo;ai remarqu\u00e9 la batte de baseball pos\u00e9e sur le plancher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, George ! a dit Collinson.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><i>Fin<\/i><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exercice de style L\u2019exercice consiste \u00e0 prendre une histoire simple et \u00e0 la raconter de plusieurs mani\u00e8res aussi diff\u00e9rentes que possible. Voici sept fa\u00e7ons de raconter l\u2019histoire du Bon, de la Brute et des Enfants\u00a0: dans l\u2019ordre, sous forme de simples notations, puis sous forme sentimentale, puis de mani\u00e8re auditive, ensuite de mani\u00e8re n\u00e9gative, \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3639\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le bon, la brute et les enfants   (Texte int\u00e9gral)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[2,15],"tags":[],"class_list":["post-3639","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","category-themes"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3639","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3639"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3639\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3639"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3639"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3639"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}