{"id":35510,"date":"2022-02-19T07:47:07","date_gmt":"2022-02-19T06:47:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=35510"},"modified":"2022-02-20T08:11:45","modified_gmt":"2022-02-20T07:11:45","slug":"35510","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=35510","title":{"rendered":"Un barrage contre l\u2019Atlantique &#8211; Critique ais\u00e9e 225"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-35513\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-300x201.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"201\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-300x201.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-960x643.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-768x514.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-1536x1029.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_1286-2048x1372.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Critique ais\u00e9e n\u00b0225<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un barrage contre l\u2019Atlantique<\/strong><br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder<br \/>\n<em>Grasset \u2013 2022 \u2013 263 pages \u2013 20\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre, qui s&rsquo;auto-qualifie de roman, n\u2019en est pas un. Il a pour sous-titre \u00ab\u00a0<strong><em>Un roman fran\u00e7ais, tome 2<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb mais il n&rsquo;en est pas la suite.<br \/>\nAllons bon\u00a0! \u00c7a commence bien\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Un roman fran\u00e7ais<\/em><\/strong> (tome 1\u00a0?) \u00e9tait un bon livre. Ce n\u2019\u00e9tait pas un roman non plus, mais quand un r\u00e9cit est enlev\u00e9, fluide, souvent dr\u00f4le et parfois touchant, on ne va pas faire la fine gueule et lui reprocher sa classification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais <strong><em>Un barrage contre l\u2019Atlantique <\/em><\/strong>n\u2019est pas la suite d<strong><em>\u2019Un roman fran\u00e7ais. <\/em><\/strong>Ce n\u2019est pas un roman. C\u2019est \u00e0 peine un r\u00e9cit. Ce pourrait \u00eatre un journal, dans le genre de celui de Jules Renard (<em>que Jules me pardonne<\/em>), ou un recueil d\u2019aphorismes, de sentences, de pens\u00e9es diverses, une mine d\u2019exergues pour \u00e9crivains en mal de citations de la Bible ou de Shakespeare. Ce pourrait \u00eatre un r\u00e9pertoire de noms de familles, de lieux et de v\u00eatements branch\u00e9s. Ce pourrait \u00eatre enfin un t\u00e9moignage de gratitude, un cadeau de remerciement, tel un carton de Saint-\u00c9milion qu\u2019on envoie au propri\u00e9taire de la maison qui vous a accueilli l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Ce pourrait \u00eatre tout \u00e7a, mais certainement pas un roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon\u00a0! Et alors\u00a0? Un \u00e9crivain n\u2019est pas tenu <!--more-->\u00e0 n\u2019\u00e9crire que des romans et si on devait absolument classer le <strong><em>barrage<\/em><\/strong>\u00a0dans une autre cat\u00e9gorie litt\u00e9raire, ce serait le r\u00e9cit. Mais le <strong><em>barrage<\/em><\/strong> est un r\u00e9cit plein d\u2019analepses et de prolepses \u00ad(<em>termes fran\u00e7ais mais consid\u00e9r\u00e9s comme p\u00e9dants et signifiant e r\u00e9alit\u00e9 flashback et flashforward<\/em>), d\u2019incises, de consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur la vie et la mort, la mer et les mar\u00e9es, les phrases et l\u2019\u00e9criture, l\u2019amour et la masturbation&#8230;, tout ceci faisant que l\u2019on a du mal \u00e0 le consid\u00e9rer comme un r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Un barrage contre l\u2019Atlantique<\/em><\/strong> est un objet litt\u00e9raire inclassable, inclassable parce qu\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne dans la forme comme dans le fond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de la forme, le plus remarquable, je veux dire ce que l\u2019on remarque le plus dans les Livres I et II (<em>les trois-quarts\u00a0de cet \u00e9trange objet litt\u00e9raire<\/em>) c\u2019est un d\u00e9coupage tr\u00e8s particulier. Chaque phrase est s\u00e9par\u00e9e de la pr\u00e9c\u00e9dente et de la suivante par l\u2019\u00e9quivalent de deux lignes vierges. Au d\u00e9but c\u2019est surprenant, cela donne plus importance \u00e0 chaque phrase, \u00e7a lui apporte une sorte de solennit\u00e9. Mais rapidement, cette coquetterie devient aga\u00e7ante, tant beaucoup de phrases, qui ne m\u00e9ritent pas une telle mise en valeur, en deviennent pompeuses. On y reviendra.<br \/>\nAu livre III (un cinqui\u00e8me du volume), l\u2019auteur ne s\u00e9pare plus ses phrases que par une seule ligne vierge et au Livre IV, la ligne vierge disparait au profit d\u2019un simple retour \u00e0 la ligne. Comme on ne tarde pas \u00e0 s\u2019apercevoir que, malgr\u00e9 ces modifications de composition, le style ne change pas, on se demande quel \u00e9tait l\u2019int\u00e9r\u00eat des lignes blanches des deux premiers livres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est du \u00a0fond, le <strong><em>barrage <\/em><\/strong>a pour pr\u00e9texte et leitmotiv les milliers de tonnes que Benoit Bartherotte d\u00e9verse devant chez lui depuis vingt ou trente ans pour emp\u00eacher la mar\u00e9e descendante d\u2019emporter dans l\u2019Atlantique la pointe sablonneuse du Cap-Ferret dont il poss\u00e8de une bonne partie. De l\u00e0 d\u00e9coulent quelques consid\u00e9rations de l\u2019auteur sur la condition humaine en passant par le mythe de Sisyphe ou le tonneau des Dana\u00efdes. Mais le v\u00e9ritable sujet, ce sont les souvenirs de Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, son enfance bourgeoise et perturb\u00e9e d\u2019enfant de divorc\u00e9s, son adolescence complex\u00e9e, sa jeunesse d\u00e9brid\u00e9e, son entr\u00e9e dans le monde orgiaque, et sa r\u00e9demption gr\u00e2ce \u00e0 une femme. Ce pourrait \u00eatre un <em><strong>Je me souviens<\/strong><\/em>\u00a0\u00e0 la Perec. Apr\u00e8s tout pourquoi pas\u00a0? Mais sur pr\u00e8s de 300 pages, je me souviens, c\u2019est lassant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme je l\u2019ai dit plus haut, ces J<em>e me souviens<\/em> sont entrecoup\u00e9s de sentences. L\u2019auteur, qui met en exergue de son livre une citation de Jules Renard\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>l\u2019id\u00e9e n\u2019est rien ; sans la phrase, je vais me coucher\u00a0\u00bb, <\/em>ne cache pas son d\u00e9sir de <em>faire<\/em> des phrases. C\u2019est d\u2019ailleurs le titre du livre I\u00a0: <strong><em>Phrases.<\/em><\/strong><br \/>\nIl y a du bon en elles, parfois m\u00eame du joli, mais pas mal de banal et parfois de creux. Je laisse votre gout choisir dans quelle cat\u00e9gorie les sentences qui suivent\u00a0peuvent se classer\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Isol\u00e9e sur la page, ma phrase crane comme un mannequin dans une vitrine.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Ce sont des phrases sans gravit\u00e9, des silex gonfl\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00e9lium.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Toute phrase est une fen\u00eatre sur le monde.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>L\u2019avantage d\u2019\u00eatre n\u00e9 dans un milieu bourgeois est notre capacit\u00e9 \u00e0 transformer tout drame passionnel en pi\u00e8ce de Feydeau. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Ma chevelure au vent est celle d\u2019un vieux jeune, une parodie de nouveau romantique.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Une soci\u00e9t\u00e9 qui interdit aux gens de se serrer la main ou de s\u2019embrasser m\u00e9rite sa disparition.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Les filles du Cap-Ferret ont les dents blanches telles les drag\u00e9es de leur futur mariage.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>L\u2019id\u00e9e est simple\u00a0: pour sauver les phrases, il faut peut-\u00eatre sacrifier le roman.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qui est d\u00e9routant avec Beigbeder, c\u2019est qu\u2019il est quand m\u00eame conscient du caract\u00e8re artificiel de son proc\u00e9d\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Ce stratag\u00e8me permet aussi d\u2019augmenter la pagination de ce livre.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Certaines phrases se surestiment\u00a0: elles se prennent pour des maximes, comme nune instagrammeuse se prend pour une star.\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le c\u00f4t\u00e9 artificiel de l\u2019espacement apparait nettement, par exemple \u00a0quand Beigbeder raconte une petite anecdote de cette fa\u00e7on\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>J\u2019avais vingt ans et le t\u00e9l\u00e9phone portable n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 invent\u00e9.<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Tous mes amis \u00e9taient injoignables<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Partout dans Paris des sonneries r\u00e9sonnaient dans des salons vides. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>On s\u2019\u00e9crivait des lettres puis on attendait \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 une jeune fille qui n\u2019arrivait jamais. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>C\u2019\u00e9tait horrible sur le moment\u00a0; c\u2019est merveilleux d\u2019y repenser aujourd\u2019hui. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personnellement, je ne pense pas \u00a0qu\u2019on y perde beaucoup si on pr\u00e9sente \u00e7a comme \u00e7a\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>J\u2019avais vingt ans et le t\u00e9l\u00e9phone portable n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 invent\u00e9.<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Tous mes amis \u00e9taient injoignables<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Partout dans Paris des sonneries r\u00e9sonnaient dans des salons vides. <\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>On s\u2019\u00e9crivait des lettres puis on attendait \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 une jeune fille qui n\u2019arrivait jamais. <\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>C\u2019\u00e9tait horrible sur le moment\u00a0; c\u2019est merveilleux d\u2019y repenser aujourd\u2019hui. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou m\u00eame comme \u00e7a\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>J\u2019avais vingt ans et le t\u00e9l\u00e9phone portable n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 invent\u00e9. Tous mes amis \u00e9taient injoignables Partout dans Paris des sonneries r\u00e9sonnaient dans des salons vides. <\/strong><\/span><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\">On s\u2019\u00e9crivait des lettres puis on attendait \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 une jeune fille qui n\u2019arrivait jamais. C\u2019\u00e9tait horrible sur le moment\u00a0; c\u2019est merveilleux d\u2019y repenser aujourd\u2019hui.<\/span> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus d\u00e9plaisant dans le <em><strong>barrage<\/strong><\/em>, c\u2019est quand l\u2019auteur se laisse aller \u00e0 raconter des frasques qui n\u2019ont d\u2019int\u00e9r\u00eat que pour ceux qui y ont particip\u00e9, et encore\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Je pense \u00e0 cet \u00e9t\u00e9 o\u00f9 j\u2019ai gar\u00e9 ma Mini Austin dans le salon d\u2019une maison \u00e0 Saint Tropez<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>On se lan\u00e7ait des d\u00e9fis : \u00ab cap ou pas cap de traverser la Maison du Caviar \u00e0 poil \u00bb, \u00ab cap ou pas cap d\u2019imiter la Statue de la Libert\u00e9, sans bouger, debout sur le bar \u00bb, \u00ab cap ou pas cap de rouler des pelles \u00e0 toute cette table \u00bb, \u00ab cap ou pas cap de boire cinq shots de tequila d\u2019affil\u00e9e \u00bb.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, le personnage de Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder m\u2019est sympathique depuis longtemps. J\u2019aime ses critiques litt\u00e9raires et cin\u00e9matographiques, j\u2019aime son c\u00f4t\u00e9 dandy complex\u00e9, sa distance par rapport \u00e0 sa vie, son humour, son autod\u00e9rision, son style. Je dirais m\u00eame que le\u00a0<strong><em>barrage<\/em><\/strong> a quelque chose de touchant par sa sinc\u00e9rit\u00e9 et sa na\u00efvet\u00e9.\u00a0Mais franchement, ce n\u2019est pas un roman. C\u2019est une suite de souvenirs sans grand int\u00e9r\u00eat et de pens\u00e9es souvent banales parsem\u00e9es de jolies petites perles de nostalgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour pouvoir en faire une critique honn\u00eate, je m\u2019\u00e9tais promis d\u2019aller jusqu\u2019au bout du bouquin, mais je l\u2019ai laiss\u00e9 tomber 20 pages avant la fin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0225 Un barrage contre l\u2019Atlantique Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder Grasset \u2013 2022 \u2013 263 pages \u2013 20\u20ac Ce livre, qui s&rsquo;auto-qualifie de roman, n\u2019en est pas un. Il a pour sous-titre \u00ab\u00a0Un roman fran\u00e7ais, tome 2\u00a0\u00bb mais il n&rsquo;en est pas la suite. Allons bon\u00a0! \u00c7a commence bien\u00a0! 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