{"id":35266,"date":"2022-04-02T07:47:37","date_gmt":"2022-04-02T05:47:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=35266"},"modified":"2022-04-02T16:49:15","modified_gmt":"2022-04-02T14:49:15","slug":"la-cena-pisana-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=35266","title":{"rendered":"La cena di Pisa (2\/2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Avec des gestes rapides mais pr\u00e9cis, elle d\u00e9coupa la jupe, l\u2019\u00f4ta du goulot et enfon\u00e7a le sommelier dans le bouchon. Quand elle l\u2019eut extrait sans un bruit, elle porta le bouchon pr\u00e8s de son nez. Nous \u00e9tions silencieux, attentifs, recueillis. Nous nous attendions \u00e0 devoir d\u00e9signer celui de nous trois qui devrait proc\u00e9der avec componction \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9gustation du Barolo et, apr\u00e8s les simagr\u00e9es d\u2019usage, autoriser la sommeli\u00e8re \u00e0 nous servir. Mais la jeune femme saisit de sa main gauche le verre qu\u2019elle avait plac\u00e9 au milieu de la table et, de sa main droite, elle renversa la bouteille \u00e0 la verticale au-dessus du verre, faisant glouglouter vivement le vin dans le goulot.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a02\/2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-35268\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/images-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"175\" height=\"202\" \/>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion d&rsquo;observer cette \u00e9nergique m\u00e9thode de verser le vin dans un restaurant parisien connu pour le prix litt\u00e9raire qu\u2019on y d\u00e9cerne chaque ann\u00e9e. Le sommelier \u00e0 qui j\u2019en avais fait la remarque m\u2019avait assur\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une excellente fa\u00e7on d\u2019a\u00e9rer le produit. Soit\u00a0! Notre sommeli\u00e8re a\u00e9rait le produit. Elle l\u2019a\u00e9ra m\u00eame en une telle quantit\u00e9, que j\u2019estimai alors \u00e0 une quinzaine de centilitres, que le cinqui\u00e8me du contenu de la bouteille se trouvait \u00e0 pr\u00e9sent dans son verre. Tous les trois, \u00e9bahis, nous regardions faire la sp\u00e9cialiste. Elle porta le vin \u00e0 ses l\u00e8vres, en but tr\u00e8s peu, fit toutes les grimaces qui sont d\u2019usage quand il s\u2019agit de gouter un vin et pronon\u00e7a comme pour elle-m\u00eame deux mots que je reconnus sans peine\u00a0:\u00a0<em>\u00e8 buono<\/em>. Puis, changeant de ton, elle lan\u00e7a vers le fond de la salle quelque chose comme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Eh\u00a0! Alfredo\u00a0! &#8230; blablabla&#8230; Barolo\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme apparut dans l\u2019encadrement de la porte de la cuisine. C\u2019\u00e9tait Alfredo, sans aucun doute, le patron\u00a0de l\u2019\u00e9tablissement : plut\u00f4t envelopp\u00e9, petit et rond, moustachu vif et souriant, il me fit penser au regrett\u00e9 Dario Moreno. Sur un pantalon noir, il portait<!--more--> une sobre chemise blanche et, dans sa main, un verre identique \u00e0 ceux qui se trouvaient d\u00e9j\u00e0 sur notre table. Apr\u00e8s nous avoir salu\u00e9 joyeusement, il tendit son verre \u00e0 la demoiselle qui, aussit\u00f4t, a\u00e9ra \u00e0 son profit une bonne quinzaine de centilitres de vin. Les yeux ferm\u00e9s, Alfredo porta le verre \u00e0 son nez et apr\u00e8s l\u2019avoir respir\u00e9 avec recueillement, en but une petite gorg\u00e9e. Puis il rouvrit les yeux et s\u2019adressant \u00e0 Fabiola\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Blablabla&#8230; e vero e molto bueno questo Barolo\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nLa jeune femme, se sentant ainsi autoris\u00e9e \u00e0 nous servir, a\u00e9ra le reste de la bouteille \u00a0\u00e9quitablement entre nos trois verres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Subjugu\u00e9s par le c\u00e9r\u00e9monial, nous port\u00e2mes enfin le vin \u00e0 nos l\u00e8vres et chacun de nous fit comme il put pour rendre un juste hommage au nectar du Pi\u00e9mont sous les regards approbateurs de Fabiola et d\u2019Alfredo, qui ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se retirer \u00e0 l\u2019office, sans doute pour finir leur verre entre professionnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette surprenante mani\u00e8re de gouter le vin avant de le servir au client nous fournit un excellent premier sujet de conversation et le diner avan\u00e7a joyeusement avec les plats qui se succ\u00e9daient. Mais, du fait de la dime pr\u00e9lev\u00e9e par Alfredo et Fabiola, bient\u00f4t le Barolo vint \u00e0 manquer.<br \/>\n\u2014 Un\u2019altra bottiglia di Barolo, per favore\u00a0! lanc\u00e9-je gaiment au gar\u00e7on qui passait.<br \/>\nTrois minutes plus tard, Fabiola et Alfredo rejoignaient notre table pour reprendre pas \u00e0 pas avec une nouvelle bouteille l\u2019exacte liturgie qu\u2019ils avaient suivie avec la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions fatigu\u00e9s par le voyage, il commen\u00e7ait \u00e0 se faire tard et nous devions nous trouver \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre d\u00e8s le lendemain huit heures dans la banlieue de la ville. Il n\u2019y eut donc pas de troisi\u00e8me bouteille. Quand je fis signe au gar\u00e7on pour obtenir l\u2019addition, ce fut Alfredo qui se pr\u00e9senta, tenant \u00e0 la main quatre petits verres et l\u2019in\u00e9vitable bouteille de Grappa. Nous discut\u00e2mes quelques instants de choses et d\u2019autres dans un franco-italien approximatif autour de la bouteille d\u2019alcool, jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019insiste pour obtenir la note. Alors, avec un soupir, Alfredo tira une chaise d\u2019une table voisine, s\u2019assit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi et, sortant un crayon de sa pochette de chemise, commen\u00e7a le d\u00e9compte de notre diner. D\u2019une \u00e9criture rapide et illisible, il tra\u00e7ait sur la nappe en papier un ou deux mots qu\u2019il faisait suivre d\u2019un nombre. Au bout d\u2019une demi-douzaine de lignes, il tira un trait sous la colonne des chiffres et inscrivit le nombre 314. Puis, comme s\u2019il voulait me jauger, il me regarda d\u2019un air h\u00e9sitant. Enfin, il biffa le nombre 314 d\u2019un trait g\u00e9n\u00e9reux pour le remplacer par celui de 300.<br \/>\n\u2014 <em>Ecco la\u00a0! Trecento\u00a0!<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela fait plusieurs ann\u00e9es qu\u2019il est devenu possible en Italie de payer ses achats par carte de cr\u00e9dit. Mais cette aventure se situe il y aura bient\u00f4t vingt ans. \u00c0 cette \u00e9poque, en m\u00eame temps qu\u2019une bonne partie de l\u2019Europe, le pays venait de passer \u00e0 l\u2019Euro. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 suffisamment compliqu\u00e9 comme \u00e7a pour les restaurateurs pour ne pas ajouter \u00e0 leurs soucis un paiement par American Express. Je sortis donc les billets n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019acquittement de la somme due augment\u00e9e comme il se doit du <em>servizio che non \u00e8 compreso<\/em>.<br \/>\nQuand je demandai qu\u2019on veuille bien m\u2019\u00e9tablir une note \u2014 n\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un repas d\u2019affaires \u2014 Alfredo d\u00e9chira adroitement le coin de nappe sur lequel il avait \u00e9tabli ses calculs, apposa sa signature sur le bout de papier, le plia en deux et me le mis entre les mains avec un grand sourire.<br \/>\n\u2014 <em>Il biglietto, signore<\/em> !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien entendu, le service comptabilit\u00e9 refusa d\u2019inclure la d\u00e9dicace d\u2019Alfredo dans ma note de frais. Mais ce diner de Pise reste pour moi l\u2019un des diners d\u2019affaires les plus agr\u00e9ables et les plus m\u00e9morables qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Fin<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Avec des gestes rapides mais pr\u00e9cis, elle d\u00e9coupa la jupe, l\u2019\u00f4ta du goulot et enfon\u00e7a le sommelier dans le bouchon. Quand elle l\u2019eut extrait sans un bruit, elle porta le bouchon pr\u00e8s de son nez. Nous \u00e9tions silencieux, attentifs, recueillis. 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