{"id":34306,"date":"2021-12-22T07:47:08","date_gmt":"2021-12-22T06:47:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=34306"},"modified":"2022-06-02T17:31:41","modified_gmt":"2022-06-02T15:31:41","slug":"histoire-de-noel-seconde-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=34306","title":{"rendered":"Histoire de No\u00ebl (suite et fin)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #33cccc;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png\" alt=\"\" width=\"36\" height=\"36\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 36px) 100vw, 36px\" \/>temps de lecture : 13 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Il se mit \u00e0 g\u00e9mir, \u00e0 se frapper le front, \u00e0 tourner sur lui-m\u00eame. Il pleurait, criait vers le ciel, insultait la nuit, implorait la lune, maudissait sa jambe. \u00c9tourdi par ses pirouettes, essouffl\u00e9 par ses cris, il finit par se laisser tomber au sol, o\u00f9 il resta prostr\u00e9, assis sur ses talons, le front pos\u00e9 sur ses genoux. Les nuages revinrent en nombre et l\u2019obscurit\u00e9 et la pluie avec eux.<\/em><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-19368\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/images-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"389\" height=\"260\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout \u00e0 coup, No\u00ebl se rappela l\u2019\u00e9glise. Il redressa la t\u00eate, cherchant autour de lui. Il ne pouvait pas en apercevoir le mur, mais il savait qu&rsquo;elle \u00e9tait tout pr\u00e8s. Il pourrait certainement y trouver un abri pour la nuit. Le meilleur endroit serait la sacristie. Il y trouverait des cierges et de quoi les allumer. Au sec, avec de la lumi\u00e8re et le bon Dieu, la Sainte Vierge et Saint Martin pour le prot\u00e9ger des d\u00e9mons, il pourrait attendre en s\u00e9curit\u00e9 que le jour revienne. Il se releva, choisit une direction au hasard et commen\u00e7a \u00e0 avancer, les mains <!--more-->tendues devant lui. Ses pirouettes lui avaient fait perdre le sens de l\u2019orientation, mais il eut de la chance car ses paumes rencontr\u00e8rent tout de suite les pierres rugueuses du mur. Il lui suffisait maintenant de le longer \u00e0 t\u00e2tons pour parvenir in\u00e9vitablement \u00e0 la grille qui ouvrait sur l\u2019all\u00e9e de graviers menant \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9glise. Lorsque ses mains rencontr\u00e8rent le froid humide du m\u00e9tal, il commen\u00e7a \u00e0 palper la grille pour en trouver la serrure, mais il comprit qu&rsquo;elle \u00e9tait ouverte, ses deux vantaux tourn\u00e9s vers l\u2019int\u00e9rieur. Il p\u00e9n\u00e9tra dans le cimeti\u00e8re. T\u00e2tant prudemment le sol de son bon pied, il trouva les graviers de l\u2019all\u00e9e qui le m\u00e8nerait jusqu&rsquo;\u00e0 la porte de l&rsquo;\u00e9glise. Plus qu&rsquo;une douzaine de pas \u00e0 parcourir dans le noir et il serait enfin \u00e0 l&rsquo;abri et en s\u00e9curit\u00e9. Il atteignit enfin la grande porte et commen\u00e7a \u00e0 la parcourir du plat de la main \u00e0 la recherche de sa poign\u00e9e. Le bois de la porte ruisselait d&rsquo;eau de pluie, les gros clous de renfort qui le traversaient griffaient ses mains f\u00e9briles, mais il finit par en trouver le bec de cane. Bloqu\u00e9 ! La porte \u00e9tait ferm\u00e9e, ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9, verrouill\u00e9e, cadenass\u00e9e ! Fou de d\u00e9sespoir, accroch\u00e9 d&rsquo;une main au loquet, de l&rsquo;autre, No\u00ebl se mit \u00e0 frapper les battants en criant des suppliques et des injures m\u00eal\u00e9es de pri\u00e8res au Bon Dieu et \u00e0 tous les Saints du Paradis. Il ne s&rsquo;arr\u00eatait que pour coller son oreille au bois ruisselant, esp\u00e9rant sans y croire entendre un cur\u00e9, un sacristain, un fid\u00e8le, un \u00eatre humain r\u00e9pondre \u00e0 ses coups : \u00ab\u00a0Voil\u00e0, voil\u00e0 ! Qui est l\u00e0 ? Ah, c&rsquo;est toi, No\u00ebl de la Pr\u00e9tentaine. Attends, je vais t&rsquo;ouvrir !\u00a0\u00bb Mais rien. Il n&rsquo;entendait rien, que le bruit du vent qui soufflait dans les ifs, de la pluie qui tombait sur le toit d&rsquo;ardoise et du sang qui battait dans ses oreilles. Il se laissa glisser au sol, le dos contre la porte, le visage tourn\u00e9 vers le ciel, inond\u00e9 de larmes et de pluie. Il \u00e9tait l\u00e0, tremblant, r\u00e9sign\u00e9, certain de mourir, emport\u00e9 aux enfers par une cr\u00e9ature immonde qui sortirait bient\u00f4t de l&rsquo;un des tombeaux qui l\u2019entouraient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les minutes pass\u00e8rent et la pluie cessa. Une fois de plus, le vent avait d\u00e9gag\u00e9 le ciel. La lumi\u00e8re blafarde redonna un peu de conscience \u00e0 No\u00ebl. Il se mit \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. L\u2019\u00e9glise \u00e9tait ferm\u00e9e. Personne n\u2019y habitait car le cur\u00e9 de Saint-Martin avait gard\u00e9 l\u2019usage de l\u2019ancien presbyt\u00e8re au centre du bourg. Rester l\u00e0, dehors, dans le cimeti\u00e8re \u00e9tait impensable, bien plus dangereux la nuit que n\u2019importe quelle for\u00eat profonde ou que n\u2019importe quel plateau venteux et d\u00e9sol\u00e9, chacun sait cela. Il fallait profiter de cette clart\u00e9 nouvelle pour descendre en ville et demander l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re maison venue&#8230; mais c\u2019\u00e9tait impossible : la route \u00e9tait inond\u00e9e&#8230; \u00a0mais il ne fallait pas rester l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait trop dangereux&#8230; mais la route de Saint-Martin \u00e9tait coup\u00e9e&#8230; mais\u2026 Ses pens\u00e9es qui tournaient en rond allaient de nouveau le conduire au d\u00e9sespoir quand il se souvint du raccourci qui permettait d\u2019acc\u00e9der directement du centre de St-Martin jusqu\u2019\u00e0 sa nouvelle \u00e9glise. Il l\u2019avait pris une fois quand il \u00e9tait enfant pour venir assister au mariage de la fille du docteur Bonenfant. C\u2019\u00e9tait un chemin si escarp\u00e9 que par endroits on avait d\u00fb y creuser des marches. En bas, il prenait naissance derri\u00e8re la Mairie et, tout en haut, il aboutissait \u00e0 une petite porte m\u00e9nag\u00e9e dans le mur d\u2019enceinte du cimeti\u00e8re. \u00ab\u00a0C\u2019est par l\u00e0 qu\u2019il faut descendre, se disait No\u00ebl. Il faut que je trouve la petite porte. Sainte Vierge et Saint Martin, faites que je trouve la petite porte.\u00a0\u00bb Le vent redoubla et un grand froid descendit sur lui. Sa mauvaise jambe \u00e9tait toute ankylos\u00e9e et sa cheville le faisait souffrir. No\u00ebl se releva avec peine en s\u2019appuyant sur le bois de la porte encore luisant de pluie. Tout en laissant sa main droite fr\u00f4ler les pierres, il commen\u00e7a \u00e0 longer l\u2019\u00e9glise. Il \u00e9carquillait les yeux, esp\u00e9rant rep\u00e9rer la porte qui lui permettrait de rejoindre le chemin vers le centre du bourg, mais l\u2019enchev\u00eatrement des monuments fun\u00e9raires et des croix l\u2019emp\u00eachait d\u2019apercevoir la moindre partie du mur. Il en \u00e9tait trop loin. Pour s\u2019en rapprocher, il lui faudrait quitter la protection que lui offrait la proximit\u00e9 de la maison de Dieu. Il faisait de plus en plus froid. Brusquement d\u00e9cid\u00e9, il repoussa de la main le mur de l\u2019\u00e9glise et se dirigea vers une all\u00e9e entre les tombes. Il lui suffirait de la parcourir jusqu\u2019au bout. L\u00e0, il ne pourrait pas manquer de rencontrer le mur d\u2019enceinte qu\u2019il lui serait facile de suivre jusqu\u2019\u00e0 atteindre la petite porte. Il entra dans l&rsquo;all\u00e9e. C\u2019est quand il eut parcouru une dizaine de pas entre les premi\u00e8res st\u00e8les qu&rsquo;il crut voir quelque chose bouger sur sa gauche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Chapitre 4<\/strong><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-19366\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/images.jpeg\" alt=\"\" width=\"427\" height=\"189\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une impression fugitive saisie du coin de l&rsquo;\u0153il, aussit\u00f4t mise en doute, d\u00e9j\u00e0 presque oubli\u00e9e, \u00e0 peine la sensation vague du mouvement impr\u00e9cis d&rsquo;une ombre molle dans le monde min\u00e9ral des s\u00e9pultures, mais elle lui a fait dresser les cheveux sur la nuque. Il s\u2019arr\u00eate net, p\u00e9trifi\u00e9, regardant de tous ses yeux dans la direction de l\u2019ombre, mais il ne voit rien d\u2019autre que les pierres tombales qui luisent sous la lune et les ombres port\u00e9es des croix qui les surplombent. Son c\u0153ur lui bat dans les oreilles. Brusquement la lune disparait et le vent faiblit. Plong\u00e9 \u00e0 nouveau dans l&rsquo;obscurit\u00e9, No\u00ebl se met \u00e0 g\u00e9mir. Il n&rsquo;ose plus bouger. Un sourd grondement se fait entendre. Ce qui reste de raison \u00e0 No\u00ebl ne lui permet pas de comprendre que c&rsquo;est le tonnerre. Quelque part derri\u00e8re lui, un souffle, une respiration puissante ; il n&rsquo;ose pas se retourner ; maintenant, c&rsquo;est un frottement, puis le bruit d&rsquo;un pas lourd sur les graviers ; il n&rsquo;y tient plus, il se jette en avant. \u00c0 la deuxi\u00e8me enjamb\u00e9e, son bon pied butte contre un obstacle. Il s&rsquo;affale, les bras tendus devant lui. Tandis que sa main gauche vient r\u00e2per la pierre humide, la droite s&rsquo;\u00e9corche sur une fleur en fer forg\u00e9 et son genou heurte violemment le Christ de la croix de marbre qui est allong\u00e9e sur le tombeau. Sa main saigne, sa jambe le fait souffrir, il a froid, il tremble, il est terrifi\u00e9. Sans m\u00eame reprendre sa respiration, pouss\u00e9 par la panique, il tente de se relever pour fuir la cr\u00e9ature qui souffle derri\u00e8re lui, mais c&rsquo;est pour retomber aussit\u00f4t de tout son long sur le sol de l&rsquo;all\u00e9e centrale. \u00c9puis\u00e9, r\u00e9sign\u00e9, il enfouit sa t\u00eate dans ses bras, la joue coll\u00e9e contre les graviers et reste \u00e9tendu sur le ventre ; il attend le d\u00e9mon qui l&#8217;emportera bient\u00f4t aux enfers. Il ne tremble m\u00eame plus, il respire \u00e0 peine ; il prie Dieu, J\u00e9sus, Marie, Joseph et Saint Martin ; il regrette d&rsquo;avoir \u00e9cout\u00e9 le docteur Cottard, il regrette d&rsquo;\u00eatre all\u00e9 \u00e0 la ville sans rien dire aux Patrons, il demande pardon pour avoir voulu corriger son infirmit\u00e9, ce pied-bot que le Bon Dieu lui avait donn\u00e9 ; il regrette d&rsquo;avoir vol\u00e9 un couteau dans la cuisine de la Pr\u00e9tentaine, d&rsquo;avoir donn\u00e9 un coup de pied au chat de la Patronne, il regrette&#8230; il ne le fera plus, plus jamais&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les minutes passent, le silence r\u00e8gne autour de lui. Petit \u00e0 petit, sa respiration redevient r\u00e9guli\u00e8re et le sang bat moins fort dans ses oreilles. Il r\u00e9ussit \u00e0 ouvrir un \u0153il sur l&rsquo;obscurit\u00e9. Une br\u00e8ve lueur diffuse dans les nuages lui permet de voir l&rsquo;\u00e9toffe de sa veste dans laquelle il a enfoui son visage. La lueur disparait, mais aussit\u00f4t apr\u00e8s un grondement lointain lui fait comprendre enfin que c&rsquo;est le tonnerre : un orage approche. No\u00ebl n&rsquo;aime pas l&rsquo;orage, l&rsquo;orage qui couche les bl\u00e9s, qui affole les b\u00eates et qui parfois foudroie une vache, un cheval ou quelques moutons. Mais l&rsquo;orage, pour lui, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un mauvais moment que l&rsquo;on passe \u00e0 compter les secondes qui s\u00e9parent l&rsquo;\u00e9clair du tonnerre et \u00e0 prier que la foudre veuille bien \u00e9pargner la Pr\u00e9tentaine. Mais, dans l&rsquo;orage, il n&rsquo;y a rien de satanique ni m\u00eame de surnaturel. Il faut juste se mettre \u00e0 l&rsquo;abri et attendre qu&rsquo;il passe. Nouvelle lueur, nouveau grondement. No\u00ebl se sent un peu mieux : en relevant la t\u00eate, \u00e0 la faveur du dernier \u00e9clair, l\u00e0, sur sa gauche, il a pu apercevoir un bref instant les pierres du mur d&rsquo;enceinte. Il se rel\u00e8ve lentement, gardant la direction du mur en t\u00eate, attendant le prochain \u00e9clair. Quand le cimeti\u00e8re s&rsquo;\u00e9claire \u00e0 nouveau, il a juste le temps de contourner la pierre tombale qui l&rsquo;avait fait tr\u00e9bucher et de s&rsquo;engager d&rsquo;un seul pas dans l&rsquo;alignement qui le m\u00e8nera jusqu&rsquo;au mur. A nouveau dans le noir, il s&rsquo;immobilise, pr\u00eat \u00e0 repartir vers son but \u00e0 la prochaine lueur. Il attend, il attend. Il entend des grondements lointains, mais aucun \u00e9clair ne les accompagne. L&rsquo;orage s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9. Soudain, une violente bourrasque se l\u00e8ve, faisant claquer les basques de son manteau.\u00a0 Elle est suivie presque aussit\u00f4t d&rsquo;une averse brutale. D&rsquo;\u00e9normes gouttes glac\u00e9es viennent frapper son dos, ses \u00e9paules, son chapeau. Il attend, il attend toujours, esp\u00e9rant l&rsquo;\u00e9clair. Et le voil\u00e0, l&rsquo;\u00e9clair ; une tr\u00e8s forte clart\u00e9 dont on ne sait ni d&rsquo;o\u00f9 elle vient ni o\u00f9 elle va, et puis, un battement de c\u0153ur plus tard, un craquement sec, formidable, et puis de longs roulements qui vont en s&rsquo;affaiblissant. Cette fois-ci, No\u00ebl en est certain, il a vu le mur, tout blanc, \u00e0 moins de trente pas. Vite, il avance, No\u00ebl ; deux enjamb\u00e9es, trois, quatre ; mais \u00e0 nouveau il fait noir. Il s&rsquo;arr\u00eate, plein d&rsquo;espoir. Encore trois ou quatre coups de tonnerre et il atteindra le mur. Un nouvel \u00e9clair, encore plus formidable, celui-ci. Il est tomb\u00e9 tout droit du ciel, sur sa gauche ; instinctivement, No\u00ebl a tourn\u00e9 la t\u00eate et l\u00e0, dans la lumi\u00e8re qui vibrait encore dans l&rsquo;air, il a vu le monstre, le grand d\u00e9mon, Satan : \u00e0 six pas de lui, entre deux monuments fun\u00e9raires, une t\u00eate \u00e9norme, triangulaire, toute blanche, ruisselante de pluie, surmont\u00e9e de multiples cornes, une t\u00eate qui lui fait face avec, sur les c\u00f4t\u00e9s, deux yeux jaunes qui le fixent intens\u00e9ment ; le temps que l&rsquo;\u00e9clair s&rsquo;\u00e9teigne, la t\u00eate se renverse en arri\u00e8re, les yeux disparaissent et une gueule noire s&rsquo;ouvre tandis qu&rsquo;en sort un \u00e9norme cri rauque qui se noie dans le roulement du tonnerre. C&rsquo;est le Diable qui rit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Chapitre 5<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pouvante a envahi l&rsquo;esprit de No\u00ebl. Il est p\u00e9trifi\u00e9 par la terreur. Alors que le hurlement de la B\u00eate a repris, sa silhouette massive grossit en contre-jour dans la vague lueur d&rsquo;un nouvel \u00e9clair lointain. No\u00ebl comprend que le monstre est en train de foncer sur lui. Il se retourne et se met \u00e0 courir pour \u00e9chapper \u00e0 cette horreur bondissante. Dans le noir absolu, il ne r\u00e9fl\u00e9chit pas, il court, il tr\u00e9buche, il se redresse, il se heurte \u00e0 une grande croix de pierre, il se blesse au fer forg\u00e9 qui entoure un monument fun\u00e9raire, il court. Il entend derri\u00e8re lui le souffle immonde qui se rapproche \u00e0 chaque foul\u00e9e. Il se met \u00e0 hurler de terreur et son hurlement se confond avec le rire du d\u00e9mon qui le poursuit. Alors, dans la lumi\u00e8re d&rsquo;un dernier \u00e9clair, il aper\u00e7oit la porte, la petite porte qui lui permettra de sortir de cet enfer, de d\u00e9valer vers la ville, de sauver son \u00e2me. Une seule pierre tombale l&rsquo;en s\u00e9pare. Il faut qu&rsquo;il la saute. Instinctivement, il prend appui sur sa bonne jambe et s&rsquo;\u00e9lance. Il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, le visage fouett\u00e9 par le vent. Son manteau bat sur ses flancs, son chapeau s&rsquo;envole tandis qu&rsquo;il redescend vers le sol, crisp\u00e9 dans l&rsquo;attente du choc douloureux de son pied-bot sur l&rsquo;all\u00e9e. Mais sa chute lui semble durer une \u00e9ternit\u00e9 et c&rsquo;est sur ses deux genoux et ses deux coudes qu&rsquo;il finit par tomber dans quelques pieds d&rsquo;eau. En un \u00e9clair, il pense qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas bless\u00e9, qu&rsquo;il va pouvoir se relever, reprendre sa course, atteindre cette porte et fuir vers les hommes, loin des monstres de la nuit. Il est presque debout quand une masse \u00e9norme frappe sa nuque, ses \u00e9paules et ses reins. Il est projet\u00e9 dans la boue, \u00e0 plat sur le ventre. La B\u00eate hurle. No\u00ebl lutte et se d\u00e9bat pour garder la t\u00eate hors de l&rsquo;eau, pour se d\u00e9barrasser de ce poids qui le presse contre le sol. Mais au-dessus de lui, le Diable se d\u00e9chaine, le pi\u00e9tine de ses sabots ac\u00e9r\u00e9s. D\u00e9j\u00e0 sa cuisse est ouverte, puis son \u00e9paule bris\u00e9e, puis son dos transperc\u00e9. No\u00ebl, fou de douleur et de terreur, veut crier, mais il ne peut plus que cracher du sang. Sa souffrance est atroce. Elle cesse lorsqu&rsquo;un sabot vient lui briser la nuque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orage s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9. La cloche de l&rsquo;\u00e9glise \u00e9gr\u00e8ne quelques coups. La neige commence \u00e0 tomber. Il n&rsquo;est que huit heures du soir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-16688 alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/IMG_6888-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"140\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, le jour \u00e0 peine lev\u00e9, quand Abel Armengeat est mont\u00e9 au cimeti\u00e8re pour achever la fosse qui, le jour m\u00eame, devait recevoir le cercueil d&rsquo;Ad\u00e9la\u00efde Bignon, il a vu la ramure d&rsquo;un grand cerf immobile qui d\u00e9passait du sol et les volutes de vapeurs qui montaient du grand trou entour\u00e9 de neige dans le froid soleil du matin. Il n&rsquo;a pas os\u00e9 s&rsquo;approcher davantage du dangereux animal et il est redescendu chez le Maire pour l&rsquo;informer de sa d\u00e9couverte. \u00ab\u00a0C&rsquo;en est une dr\u00f4le d&rsquo;affaire, Monsieur le Maire, il y a un cerf qu&rsquo;est dans la fosse \u00e0 la m\u00e8re Bignon\u00a0\u00bb, lui a-t-il dit. \u00ab\u00a0Il doit bien \u00eatre gros comme un cheval. C&rsquo;est la crue de la Petite Sandre qui a d\u00fb le pousser par l\u00e0. \u00a0Et puis, dans le noir, il sera tomb\u00e9 dans mon trou ! Il faut faire quelque chose, Monsieur le Maire, parce que moi, ce soir, il faut que j&rsquo;y mette la Bignon !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Maire a pris son fusil en bandouli\u00e8re et quelques cartouches dans sa poche, il a rassembl\u00e9 quatre hommes robustes qu&rsquo;il a fait s&rsquo;\u00e9quiper de cordes et, tous les six, en file indienne, Abel Armengeat en t\u00eate, ils ont pris le raccourci du cimeti\u00e8re. L&rsquo;animal \u00e9tait toujours l\u00e0. Il paraissait \u00e9puis\u00e9, sans doute par les vains efforts qu&rsquo;il avait d\u00e9ploy\u00e9s pour sortir de sa prison. A la vue des hommes qui le surplombaient, le cerf s&rsquo;est agit\u00e9 fr\u00e9n\u00e9tiquement, bramant et griffant les parois de la fosse de ses sabots pour tenter encore une fois d&rsquo;en sortir. Le Maire a approch\u00e9 le canon de son fusil de l&rsquo;\u0153il furieux de l&rsquo;animal et lui a tir\u00e9 une cartouche de chevrotines en pleine t\u00eate. La b\u00eate s&rsquo;est effondr\u00e9e d&rsquo;une seule masse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, un peu plus tard, deux des hommes descendirent dans la fosse et qu&rsquo;ils se mirent \u00e0 patauger dans l&rsquo;eau boueuse jusqu&rsquo;aux genoux autour du grand animal inerte pour passer des cordes sous son cadavre, ils sentirent quelque chose qui roulait sous leurs pieds et qui les entravait. Tout \u00e0 leur effort, ils n&rsquo;y pr\u00eat\u00e8rent pas trop d&rsquo;attention. Des racines peut-\u00eatre, des branchages entrain\u00e9s par le cerf. Mais quand, d\u00e9gag\u00e9 par un certain mouvement, un pied nu et difforme se mit \u00e0 surnager \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mufle de l&rsquo;animal, ils furent saisis de frayeur. Ils remont\u00e8rent pr\u00e9cipitamment de la fosse et refus\u00e8rent obstin\u00e9ment d&rsquo;y redescendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est que trois heures plus tard, lorsqu&rsquo;on eut enfin sorti la b\u00eate de la fosse et qu&rsquo;on y eut install\u00e9 une \u00e9chelle, que le Docteur Cottard, dont c&rsquo;\u00e9tait le jour de visite \u00e0 Saint-Martin, put remonter le corps bris\u00e9 de No\u00ebl Couvresac.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>FIN<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 13 minutes\u00a0 (&#8230;) Il se mit \u00e0 g\u00e9mir, \u00e0 se frapper le front, \u00e0 tourner sur lui-m\u00eame. Il pleurait, criait vers le ciel, insultait la nuit, implorait la lune, maudissait sa jambe. \u00c9tourdi par ses pirouettes, essouffl\u00e9 par ses cris, il finit par se laisser tomber au sol, o\u00f9 il resta &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=34306\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Histoire de No\u00ebl (suite et fin)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-34306","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/34306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=34306"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/34306\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=34306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=34306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=34306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}