{"id":3258,"date":"2015-04-04T07:08:01","date_gmt":"2015-04-04T05:08:01","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3258"},"modified":"2015-04-04T07:51:44","modified_gmt":"2015-04-04T05:51:44","slug":"400-000-secondes-critique-aisee-56","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3258","title":{"rendered":"400.000 secondes   (Critique ais\u00e9e 56)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Janvier 2015<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cent onze heures, pr\u00e8s de quatre cent mille secondes, c&rsquo;est le temps qu&rsquo;il faut pour lire la Recherche du Temps Perdu du d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, de l&rsquo;incipit \u00ab\u00a0<em>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure.<\/em>\u00ab\u00a0, que tout le monde connait, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;excipit que tout le monde ignore.<br \/>\nCent onze disques d&rsquo;une heure, cent onze heures, quatre cent mille secondes d&rsquo;enregistrement, voil\u00e0 ce que, il y a vingt-sept mois, quelques amis et parents, r\u00e9unis en tontine, m&rsquo;ont offert pour un anniversaire qu&rsquo;il est inutile de nommer plus pr\u00e9cis\u00e9ment.<br \/>\nVingt-sept mois, huit cent vingt trois jours, voil\u00e0 ce qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu pour \u00e9couter cent onze disques, quatre cent mille secondes de la Recherche du Temps Perdu.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, ces quatre cent mille secondes sont plus probablement cinq cent mille, car il m&rsquo;est arriv\u00e9 souvent d&rsquo;\u00e9couter certains passages plusieurs fois, comme on relit une page ou un paragraphe d&rsquo;un roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce matin, dimanche 25 janvier 2015, dans les bois de Fausses-Reposes que j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 les derni\u00e8res mille huit-cents secondes de la Recherche. J&rsquo;avais enfonc\u00e9 les \u00e9couteurs dans mes oreilles et les mains dans mes poches, et je marchais derri\u00e8re la croupe ondulante de mon chien, quand j&rsquo;ai entendu Andr\u00e9 Dussolier prononcer :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Si du moins il m\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 assez de temps pour accomplir mon \u0153uvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l\u2019id\u00e9e s\u2019imposait \u00e0 moi avec tant de force aujourd\u2019hui, et j\u2019y d\u00e9crirais les hommes, cela d\u00fbt-il les faire ressembler \u00e0 des \u00eatres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement consid\u00e9rable que celle si restreinte qui leur est r\u00e9serv\u00e9e dans l\u2019espace, une place, au contraire, prolong\u00e9e sans mesure, puisqu\u2019ils touchent simultan\u00e9ment, comme des g\u00e9ants, plong\u00e9s dans les ann\u00e9es, \u00e0 des \u00e9poques v\u00e9cues par eux, si distantes \u2013 entre lesquelles tant de jours sont venus se placer \u2013 dans le Temps.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis il a laiss\u00e9 passer un petit temps et il a dit doucement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00bb <em>Fin<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a m&rsquo;a fait tout dr\u00f4le. Deux ans derri\u00e8re Sari sur les chemins de Champ de Faye ou dans les all\u00e9es du Parc de Saint-Cloud, deux ans le soir, dans mon lit, lumi\u00e8re \u00e9teinte, deux ans dans mon bureau entre les \u00e9critures de deux petites histoires, deux ans \u00e0 \u00e9couter Dussolier, Podalydes, Wilson, Renucci, Gallienne, Lonsdale, deux ans \u00e0 suivre Swann, Charlus, Albertine, deux ann\u00e9es d&rsquo;analyses de caract\u00e8res, de peintures de paysages, de traits d&rsquo;esprit, de m\u00e9chancet\u00e9s, de troubles, de regrets, de jalousie, deux ann\u00e9es venaient de se terminer brutalement, comme \u00e7a, dans les bois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, je n&rsquo;avais pas pass\u00e9 deux ans \u00e0 ne faire que \u00e7a, \u00e0 ne lire que \u00e7a. Mais -je l&rsquo;avais annonc\u00e9 dans un papier dont le titre clamait : \u00ab\u00a0<em>Ne lisez jamais Proust<\/em>\u00ab\u00a0&#8211; apr\u00e8s \u00e7a, il est difficile de passer \u00e0 autre chose. Bien s\u00fbr, il y a Houellebecq, mais quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que la Recherche, c&rsquo;est (aussi) l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui raconte ce qu&rsquo;il a per\u00e7u des choses et des gens au cours de sa vie, tout en doutant continuellement qu&rsquo;il puisse jamais \u00eatre un \u00e9crivain, d\u00e9sol\u00e9 par la paresse qui l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;\u00e9crire son \u0153uvre. Et puis, \u00e0 la fin du dernier volume, gr\u00e2ce \u00e0 sa d\u00e9couverte et sa compr\u00e9hension soudaine de ce qu&rsquo;est la m\u00e9moire, il r\u00e9alise qu&rsquo;il est maintenant pr\u00eat \u00e0 \u00e9crire <em>son<\/em> livre. Le seul doute qui demeure alors en lui est \u00ab\u00a0<em>En aurai-je le temps ?<\/em>\u00a0\u00bb Eh bien, le temps, il l&rsquo;a eu, tout juste, mais il l&rsquo;a eu. Et il termine son r\u00e9cit en annon\u00e7ant qu&rsquo;il va enfin commencer \u00e0 \u00e9crire. Et la boucle est boucl\u00e9e, et la belle histoire reprend \u00e0 la premi\u00e8re page du premier tome avec \u00ab\u00a0<em>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, je reprends la premi\u00e8re heure des cent onze qui suivront. Alors, merci \u00e0 la tontine pour ce cadeau, deux fois plus beau qu&rsquo;on ne le pensait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, bonjour, Monsieur Dussolier : \u00ab\u00a0<em>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 2015 Cent onze heures, pr\u00e8s de quatre cent mille secondes, c&rsquo;est le temps qu&rsquo;il faut pour lire la Recherche du Temps Perdu du d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, de l&rsquo;incipit \u00ab\u00a0Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure.\u00ab\u00a0, que tout le monde connait, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;excipit que tout le monde ignore. 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