{"id":32490,"date":"2021-11-21T07:47:11","date_gmt":"2021-11-21T06:47:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=32490"},"modified":"2021-11-22T16:22:22","modified_gmt":"2021-11-22T15:22:22","slug":"la-nuit-des-roggenfelder-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=32490","title":{"rendered":"LES TROIS PREMI\u00c8RES FOIS : La nuit des Roggenfelder (2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-32508\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Unknown-150x104.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"104\" \/>(&#8230;) Nous partirons d\u2019ici demain \u00e0 trois heures. Je crois que tout le monde viendra. Demande \u00e0 l\u2019auberge qu\u2019on te pr\u00e9pare des sandwiches.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u2014 Mais si nous partons aussi tard, cela veut dire que nous ne serons pas arriv\u00e9s avant six heures du soir et qu\u2019il faudra rentrer de nuit !<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u2014 Sauf si on la passe au refuge, mon petit vieux !<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">\u2014 On passera la nuit l\u00e0-haut ? Mais les filles\u00a0? \u2026<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais, au grand jamais, mes s\u0153urs ou mes cousines n\u2019accepteraient de dormir dans un refuge avec des gar\u00e7ons. Elles n\u2019oseraient m\u00eame pas y songer. D\u2019ailleurs, leurs parents ne les y autoriseraient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Quoi, les filles ? s\u2019\u00e9tonna Anton. Elles viennent aussi, \u00a0bien s\u00fbr !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, au cours de nos apr\u00e8s-midi dans la campagne, il arrivait bien que quelques gestes amoureux s\u2019\u00e9changent entre gar\u00e7ons et filles, mais cela restait d\u00e9licat, l\u00e9ger, naturel et toujours au vu et au su des autres. Ces manifestations affectueuses, auxquelles, \u00e0 mon grand regret, je ne participais pas, auraient certainement choqu\u00e9 mes parents mais pour moi, elles restaient <!--more-->dans la limite de ce que, moi, je jugeais \u00eatre les convenances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, des gar\u00e7ons et des filles, toute une nuit dans une maison isol\u00e9e, sans adulte, sans chaperon aucun, j\u2019\u00e9tais stup\u00e9fait que cela puisse \u00eatre seulement envisag\u00e9. Comme je ne voulais pas passer pour pudibond, je dis seulement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Ah\u00a0? Eh bien tant mieux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce point de mon r\u00e9cit, il faut que vous sachiez qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019adolescent que j\u2019\u00e9tais n\u2019annon\u00e7ait en rien l\u2019homme m\u00fbr que je suis devenu et que vous commencez \u00e0 connaitre. Comme vous l\u2019avez sans doute compris \u00e0 m\u2019\u00e9couter, \u00e0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9, timide m\u00eame, et peu sociable. Je n\u2019avais pas d\u2019ami et donc pas de <em>meilleur ami<\/em>. Mes relations avec les gar\u00e7ons de mon \u00e2ge demeuraient superficielles. Il faut savoir \u00e9galement qu\u2019au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, dans les villes de mon pays, la s\u00e9paration des sexes \u00e9tait partout strictement respect\u00e9e et, qu\u2019en dehors des f\u00eates de famille, il n\u2019y avait, pour un gar\u00e7on comme moi, que fort peu d\u2019occasions de rencontrer des jeunes filles. C\u2019est pourquoi, \u00e0 l\u2019exception de deux ou trois cousines, laides ou sans int\u00e9r\u00eat, je n\u2019en connaissais aucune. D\u2019ailleurs, en aurais-je rencontr\u00e9, \u00e0 supposer que j\u2019eusse os\u00e9 leur adresser la parole, je n\u2019aurais pas su quoi leur dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques mois, sans l\u2019avoir vraiment compris, j\u2019avais atteint l\u2019\u00e2ge auquel s\u2019\u00e9veille la sensualit\u00e9 et naissent ces premi\u00e8res pulsions qui vous vous poussent vers le sexe oppos\u00e9 en vous le faisant craindre tout \u00e0 la fois. Les barri\u00e8res dress\u00e9es par la ville, la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et mon invincible timidit\u00e9 m\u2019en avaient emp\u00each\u00e9 jusque-l\u00e0 et j\u2019en souffrais beaucoup. Alors, je me r\u00e9fugiais dans la litt\u00e9rature, qui d\u2019ailleurs ne faisait qu\u2019enflammer davantage mes d\u00e9sirs impr\u00e9cis d\u2019adolescent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sachant cela, vous comprendrez mieux que mon arriv\u00e9e dans ce milieu de jeunes campagnards, habitu\u00e9s depuis leur plus tendre enfance \u00e0 se fr\u00e9quenter librement sans distinction de sexe ni de classe sociale, avait constitu\u00e9 pour moi une r\u00e9volution ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, une r\u00e9v\u00e9lation : il \u00e9tait donc possible de passer du temps entre gar\u00e7ons et filles, librement, sans la pr\u00e9sence des parents, sans que personne ne trouve \u00e0 y redire\u00a0? On pouvait se baigner ensemble, rire ensemble, discuter de tout ensemble, se fr\u00f4ler et m\u00eame s\u2019embrasser sans honte ni g\u00eane\u00a0? L\u2019excursion projet\u00e9e aux Roggenfelder tendait d\u2019ailleurs \u00e0 me prouver qu\u2019on pouvait aller jusqu\u2019\u00e0 dormir ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constatant cela, quelques jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Sankt-Johann, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de profiter de ce qui restait \u00e0 courir de mon s\u00e9jour pour lier connaissance \u2014 je ne trouvais pas d\u2019autre mot pour d\u00e9finir ce que je n\u2019arrivais \u00e0 concevoir que vaguement \u2014 avec une fille ou, pourquoi pas, plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, de baignade en pique-nique, de balade en montagne en sieste au soleil, les jours avaient pass\u00e9 et rien de ce genre ne s\u2019\u00e9tait produit. Je ne saurais pas comment m\u2019y prendre, les apr\u00e8s-midi \u00e9tait bien trop courtes pour entreprendre quoi que ce soit, les jeunes filles ne semblaient pas me pr\u00eater attention, au contraire elles paraissaient s\u2019int\u00e9resser \u00e0 un autre gar\u00e7on&#8230; Autant de raisons que je me donnais pour ne rien tenter. Il fallait que cela cesse, il fallait que j\u2019ose et cette excursion aux Roggenfelder en serait l\u2019occasion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour dit, d\u00e8s trois heures, nous \u00e9tions treize autour de la fontaine, pr\u00eats \u00e0 partir. Dans le groupe, il y avait deux filles que je n\u2019avais jamais vues, et un gar\u00e7on aussi. Tous \u00e9taient \u00e9quip\u00e9s pour la randonn\u00e9e annonc\u00e9e. Bien s\u00fbr, le citadin que j\u2019\u00e9tais n\u2019avait ni sac \u00e0 dos ni chaussures convenables, mais on m\u2019en avait trouv\u00e9 sans difficult\u00e9s, tant les armoires de ces r\u00e9gions abondent en ce genre d\u2019\u00e9quipement. En ce milieu d\u2019apr\u00e8s-midi, il faisait tr\u00e8s chaud sur la place et si les gar\u00e7ons portaient des pantalons courts \u00e0 la mode anglaise, par biens\u00e9ance, les filles avaient d\u00fb se r\u00e9soudre \u00e0 mettre leurs \u00e9ternelles jupes de laine bleu marine ou kaki qui leur cachaient les genoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la sortie du bourg, nous quitt\u00e2mes la route qui montait vers le col du Gornergrat pour prendre un de ces chemins qui permettaient aux b\u00fbcherons de descendre les grumes jusqu\u2019\u00e0 la scierie Kaufmann. La mont\u00e9e \u00e9tait douce et, dans l\u2019ombre des grands pins, il faisait presque frais. Quelqu\u2019un entonna un chant de marche, et tout le monde se mit \u00e0 chanter, chanson apr\u00e8s chanson. Parfois, jaillissait une grosse plaisanterie pleine de sous-entendus. Alors, les gar\u00e7ons riaient tr\u00e8s fort et les filles baissaient la t\u00eate et se cachaient pour sourire ou m\u00eame pouffer. Et puis le chemin devint plus raide, et quand nous sort\u00eemes de la for\u00eat, la chaleur nous fit taire. Pench\u00e9 en avant sous mon sac \u00e0 dos, de temps en temps, je jetais un coup d\u2019\u0153il aux deux nouvelles. Elles avan\u00e7aient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et parlaient sans cesse entre elles. Il y en avait une grande, trop grande, plus grande que moi, et une plus petite, jolie. Ce n\u2019est pas que la plus grande ait \u00e9t\u00e9 laide, mais elle n\u2019\u00e9tait pas aussi jolie que la plus petite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de trois heures de marche, apr\u00e8s un dernier raidillon qui me cassa les jambes et le souffle, nous d\u00e9bouch\u00e2mes sur un plateau couvert d\u2019herbes hautes et dor\u00e9es qu\u2019un l\u00e9ger vent faisait onduler devant nous. Au bout de cette prairie inattendue se dessinait une b\u00e2tisse en grosses pierres dont les lauzes luisaient sous le soleil d\u00e9clinant\u00a0: nous \u00e9tions arriv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les derniers cent m\u00e8tres se firent presque en courant. Un homme nous accueillit \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. C\u2019\u00e9tait G\u00f6ran, me dit Anton, un vieux berger serbe \u00e0 qui le bourgmestre avait confi\u00e9 la garde du refuge. Il nous assura que tout \u00e9tait pr\u00eat, les couchages, le bois pour le feu et l\u2019eau potable. On trouverait dans le garde-manger des fromages de sa fabrication mais il n\u2019avait pas eu le temps d\u2019achever la r\u00e9paration du toit. C\u2019\u00e9tait ennuyeux, disait-il, parce que cette nuit, il y aurait de l\u2019orage. Mais c\u2019\u00e9tait bien aussi parce qu\u2019il n\u2019avait pas plu depuis si longtemps que bient\u00f4t, ses ch\u00e8vres n\u2019auraient plus rien \u00e0 manger. Il nous confiait le refuge, car lui, il allait dormir plus haut dans la montagne avec son chien et son troupeau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dortoir occupait la totalit\u00e9 du premier \u00e9tage. On y acc\u00e9dait par une \u00e9chelle de meunier et, quand on franchissait la trappe qui \u00e9tait m\u00e9nag\u00e9e dans le plancher, on \u00e9tait tout de suite saisi par la chaleur s\u00e8che qui y r\u00e9gnait. La salle \u00e9tait \u00e9clair\u00e9e par deux petites fen\u00eatres perc\u00e9es dans les pignons. Par l\u2019une d\u2019elles, les rayons du soleil couchant entraient, formant un faisceau peine inclin\u00e9 dans lequel gonflaient lentement les volutes de poussi\u00e8res que notre entr\u00e9e en bousculade avait soulev\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De part et d\u2019autre d\u2019une all\u00e9e centrale, pos\u00e9es directement sur le plancher de bois gris clair, quatorze paillasses se faisaient face deux par deux, chacune s\u00e9par\u00e9e de ses voisines par une \u00e9troite ruelle. Lorsque j\u2019arrivai enfin dans le dortoir, la plupart des gar\u00e7ons et des filles avaient d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 leur territoire en jetant leur sac sur le couchage de leur choix. Devant moi, je voyais les deux filles nouvelles se diriger vers le fond de la grande salle o\u00f9 quelques matelas \u00e9taient encore vacants. Elles en choisirent deux c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Par chance, ceux qui les entouraient demeuraient \u00e9galement libres et je d\u00e9cidai de m\u2019installer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plus petite des deux filles, la plus jolie. Mais, comme j\u2019h\u00e9sitai un instant sur la fa\u00e7on de m\u2019y prendre, la s\u0153ur d\u2019Anton, Lara, vint m\u2019en emp\u00eacher en posant son sac \u00e0 l\u2019endroit que j\u2019avais choisi. J\u2019en fus r\u00e9duit \u00e0 faire trois pas de plus vers le fond et \u00e0 jeter d\u2019un air indiff\u00e9rent mon sac \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui de la plus grande des deux filles ; la plus grande ; la moins jolie ; mais jolie assez quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>\u00c0 suivre<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Nous partirons d\u2019ici demain \u00e0 trois heures. Je crois que tout le monde viendra. 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