{"id":3230,"date":"2015-08-08T07:07:02","date_gmt":"2015-08-08T05:07:02","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3230"},"modified":"2015-08-08T18:04:40","modified_gmt":"2015-08-08T16:04:40","slug":"les-chinois-cest-des-cons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=3230","title":{"rendered":"Les Chinois, c&rsquo;est des cons&#8230;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><em>Suite afric<\/em><em>aine n\u00b09<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0Antoine \u00e9tait un grand et beau gar\u00e7on de vingt-cinq ou vingt-six ans. Brun aux yeux bleus, il d\u00e9gageait une sorte de joie de vivre, ou plut\u00f4t d&rsquo;envie de vivre qui me l&rsquo;avait rendu tr\u00e8s vite sympathique. La semaine pr\u00e9c\u00e9dente, alors que nous \u00e9tions tous les deux \u00e0 Bobo Dioulasso, c&rsquo;est lui qui m&rsquo;avait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller passer le week-end \u00e0 Bamako plut\u00f4t que de rester \u00e0 attendre notre rendez-vous de lundi dans cette petite ville plut\u00f4t agr\u00e9able, mais sans grand int\u00e9r\u00eat. Plus de 1200 kilom\u00e8tres aller et retour sur des pistes en lat\u00e9rite sur la plus grande partie du parcours signifiaient au moins vingt heures de voyage dans un bruyant pick-up 404. Pourtant, il avait r\u00e9ussi \u00e0 me convaincre et nous \u00e9tions partis de Bobo-Dioulasso avant le lever du soleil. Rouler de nuit sur ce genre de route n&rsquo;est pas recommand\u00e9. C&rsquo;est m\u00eame conduire soi-m\u00eame qui est d\u00e9conseill\u00e9 dans certains coins d\u2019Afrique. Mais nous nous consid\u00e9rions sans doute d\u00e9j\u00e0 comme des habitu\u00e9s du pays. Et puis, nous n&rsquo;avions pas les moyens de faire autrement. Bref, nous \u00e9tions partis de bonne heure.<\/span><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Je n&rsquo;ai pas retenu grand-chose du trajet jusqu\u2019\u00e0 Bamako, plut\u00f4t monotone. En discutant avec Antoine durant le parcours, j&rsquo;ai compris rapidement que s&rsquo;il tenait tant \u00e0 passer ne serait-ce que quelques heures \u00e0 Bamako, c&rsquo;est parce que, un mois avant son d\u00e9part pour Ouagadougou, il avait rencontr\u00e9 \u00e0 Paris une jeune Malienne. Depuis, elle \u00e9tait rentr\u00e9e dans sa ville natale et Antoine avait la ferme intention d&rsquo;y renouer avec elle des relations apparemment intimes. Le coup de t\u00e9l\u00e9phone qu&rsquo;il lui avait pass\u00e9 depuis Ouagadougou lui avait sembl\u00e9 prometteur. Voil\u00e0 pourquoi nous avions roul\u00e9 pendant plus de sept heures quand nous franch\u00eemes le fameux pont sur le Niger. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Je passerai assez vite sur le peu glorieux \u00e9pisode de la rencontre d&rsquo;Antoine et de sa petite amie : nous l&rsquo;avions retrouv\u00e9e sur une place de la ville. Elle s\u2019\u00e9tait fait accompagner d\u2019une amie. A peine les avions-nous prises \u00e0 bord du pickup et roul\u00e9 quelques centaines de m\u00e8tres qu\u2019il fallut nous arr\u00eater \u00e0 un barrage routier pour un contr\u00f4le. C&rsquo;\u00e9tait alors une formalit\u00e9 courante dont nous avions pris l&rsquo;habitude. Mais les deux militaires qui tenaient le barrage proc\u00e9daient avec une m\u00e9ticulosit\u00e9 agressive et une animosit\u00e9 nerveuse que nous n\u2019avions pas connue en Haute-Volta. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 d\u00e9cider s\u2019il s\u2019agissait de l\u2019un de ces contr\u00f4le-p\u00e9ages dont on s\u2019acquitte avec un peu d\u2019argent ou d&rsquo;un effet de la dictature militaire au pouvoir. Il devint vite \u00e9vident que nous devions la rigueur du contr\u00f4le \u00e0 la pr\u00e9sence des deux jeunes filles noires dans notre voiture de blancs. Je n\u2019osai donc pas tenter le coup des billets gliss\u00e9s dans le permis de conduire. Quand le contr\u00f4le fut termin\u00e9 et nos papiers restitu\u00e9s, les deux filles eurent droit \u00e0 travers la porti\u00e8re ouverte de notre voiture \u00e0 un sermon des deux militaires, discours pour nous incompr\u00e9hensible, mais exprim\u00e9 sur un ton v\u00e9h\u00e9ment dans une langue volubile m\u00e9lang\u00e9e de malien et de fran\u00e7ais. Incompr\u00e9hensible, mais tr\u00e8s clair. Sans rien dire, t\u00eates baiss\u00e9es, les jeunes filles descendirent de la voiture et s&rsquo;\u00e9loign\u00e8rent sans m\u00eame un signe. Les miliciens se retourn\u00e8rent ensuite vers nous et nous conseill\u00e8rent, sur un ton tout aussi v\u00e9h\u00e9ment et volubile mais dans un fran\u00e7ais parfaitement compr\u00e9hensible, de faire en sorte qu&rsquo;on ne se rencontre pas une deuxi\u00e8me fois dans les m\u00eames circonstances.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Apr\u00e8s un triste diner en ville et une mauvaise nuit sur les lits militaires d&rsquo;un pauvre motel, nous repart\u00eemes le lendemain matin. Le retour, plut\u00f4t morose, fut coup\u00e9, peu apr\u00e8s la fronti\u00e8re, d&rsquo;un piquenique et d&rsquo;une sieste \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un arbre au bord de la route. Une heure avant d&rsquo;arriver \u00e0 Bobo, un paysage \u00e9trange apparut. Apr\u00e8s tant de kilom\u00e8tres de brousse jaune et poussi\u00e9reuse, nous nous retrouvions au milieu de champs d&rsquo;un vert soutenu, quadrill\u00e9s par des lev\u00e9es de terre impeccablement d\u00e9gag\u00e9es de toute v\u00e9g\u00e9tation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Debout sur une digue \u00e0 proximit\u00e9 de la route, un jeune homme nous regarde passer. Antoine ralentit et arr\u00eate la voiture un peu plus loin. Tandis que nous marchons vers lui, il nous sourit largement. Il est grand et d\u00e9gingand\u00e9. Il est v\u00eatu d&rsquo;un short brun et d&rsquo;une chemise \u00e0 l&rsquo;effigie de Nelson Mandela. Il porte en bandouli\u00e8re une sorte de gibeci\u00e8re en toile de jute. Apr\u00e8s le \u00ab\u00a0Bonjour, patron !\u00a0\u00bb traditionnel qu&rsquo;il nous adresse, nous engageons la conversation sur la chaleur, la pluie qui va peut \u00eatre venir, la distance jusqu&rsquo;\u00e0 Bama, le prochain village. Lui, bien s\u00fbr, ne pose aucune question. Il ne nous conna\u00eet pas, nous sommes blancs et \u00e7a lui suffit. Il est difficile de savoir si c&rsquo;est la crainte ou le manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui motive cette discr\u00e9tion. Nous n&rsquo;avons pas les m\u00eames r\u00e9serves et, les politesses pass\u00e9es, je lui demande ce qu&rsquo;il fait l\u00e0, tout seul.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">&#8211; Je chasse les oiseaux.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Et tu en as tu\u00e9 beaucoup aujourd&rsquo;hui ?<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Je ne les tue pas, je les chasse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Il plonge la main dans son sac de jute et en sort un caillou.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">&#8211; Je leur lance des pierres pour qu&rsquo;ils s&rsquo;en aillent ailleurs.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Et pourquoi fais-tu \u00e7a ?<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Pour les Chinois.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u00e9cid\u00e9ment, ou le bonhomme est naturellement laconique ou il se fiche de nous. Comme Antoine voit que je commence \u00e0 m&rsquo;\u00e9nerver, c&rsquo;est lui qui reprend l&rsquo;interrogatoire :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">&#8211; Les Chinois ? Quels Chinois ? Tu peux nous expliquer un peu ? \u00c7a nous int\u00e9resse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;intervention d&rsquo;Antoine semble avoir d\u00e9bloqu\u00e9 le jeune noir, et c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;il s&rsquo;adresse :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">&#8211; Tu vois tout \u00e7a, l\u00e0, dit-il en balayant du bras le paysage de digues et de verdure, c&rsquo;est la rizi\u00e8re des Chinois. Ils ont construit les digues, ils ont amen\u00e9 l&rsquo;eau du Kou et ils ont plant\u00e9 du riz. Mais, les oiseaux sont venus manger le riz. Alors, ils m&rsquo;ont dit de chasser les oiseaux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Tout en parlant, nous l&rsquo;avons amen\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la voiture. On a rabattu la ridelle et on s&rsquo;est assis sur le plateau du pick-up. On a ouvert des bouteilles de Coca-Cola ti\u00e8de et on l&rsquo;a \u00e9cout\u00e9 nous raconter en peu de mots comment il y a trois ans les coop\u00e9rants chinois sont arriv\u00e9s pour construire ces rizi\u00e8res, comment ils ont employ\u00e9 la population pour les terrassements et le creusement des canaux, comment cet afflux soudain de travail avait apport\u00e9 un peu de richesse \u00e0 la petite ville de Bama. Comme la confiance s&rsquo;\u00e9tablissait entre nous, et comme nous admirions l&rsquo;aide chinoise, il nous dit brutalement :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">&#8211; Oui mais, les Chinois, c&rsquo;est des cons.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Ah bon ! Mais pourquoi ?<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Parce que, les Chinois, ils sont douze ; ils ont construit une seule grande case pour y habiter ; ils ont une seule voiture et huit mobylettes, et \u00e0 part moi et deux autres amis \u00e0 moi pour chasser les oiseaux, ils n&#8217;emploient personne.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Et alors ? C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas mal.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">&#8211; Oui, mais si \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 des Fran\u00e7ais, ils auraient \u00e9t\u00e9 cinq blancs, ils auraient construit cinq cases plus une case de passage, ils auraient eu cinq voitures et un camion, et ils auraient engag\u00e9 trois chauffeurs, quatre boys et deux cuisini\u00e8res. Et \u00e0 Bama, tout le monde aurait aim\u00e9 les Fran\u00e7ais. Mais, les Chinois, c&rsquo;est des cons.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">Un peu plus tard, nous repartions confiants dans l&rsquo;avenir de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise en Haute Volta.<\/span><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite africaine n\u00b09 \u00a0Antoine \u00e9tait un grand et beau gar\u00e7on de vingt-cinq ou vingt-six ans. 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