{"id":31118,"date":"2021-08-06T07:47:10","date_gmt":"2021-08-06T05:47:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=31118"},"modified":"2021-08-07T06:58:59","modified_gmt":"2021-08-07T04:58:59","slug":"31118","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=31118","title":{"rendered":"Le Cujas (87)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Chapitre 10 &#8211; Dashiell Stiller<\/strong><br \/>\n<i style=\"color: #0000ff;\">Vingt-et-uni\u00e8me (et derni\u00e8re) partie<\/i><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=30470\" rel=\"attachment wp-att-30470\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-30470 alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Capture-decran-2021-05-18-a-19.33.05.jpeg\" alt=\"\" width=\"82\" height=\"82\" \/><\/a><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 (&#8230;)Ben, c\u2019est pas que j\u2019ai tellement le temps mais, un Am\u00e9ricain qu\u2019a fait la guerre chez nous, qu\u2019est-ce que je peux lui refuser ? Faites voir encore, cette photo. C\u2019est quoi votre nom, d\u00e9j\u00e0 ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Stiller, Dashiell Stiller.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u2014 Bon, allons-y, Stiller ! Moi, c&rsquo;est Marteau, Marcel Marteau, n\u00e9 le 12 octobre 1882 \u00e0 Ivry sur Seine, artisan \u00e9b\u00e9niste. \u00c7a va faire trente-huit ans que j&rsquo;ai ma boutique au 49 rue Monsieur le Prince. C&rsquo;est moi, l\u00e0, sur la photo. Je suis au bar, \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par la vitrine. La patronne l&rsquo;avait rabattue contre le&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>*<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me r\u00e9veille en nage malgr\u00e9 le froid. J\u2019ai dormi comme j\u2019ai pu, dans mon manteau, entre deux cauchemars. Les phares sont revenus, encore et encore. Une fois, c\u2019\u00e9tait Isabelle qui conduisait la Jeep, mais souvent, c\u2019\u00e9tait moi. <!--more-->Parfois, Engen \u00e9tait l\u00e0 et il riait quand la voiture plongeait dans le vide. Une autre fois, c\u2019est mon taxi qui est tomb\u00e9 entre les roues de la machine de Marly. Engen \u00e9tait encore l\u00e0, qui riait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est trois heures du matin. Il n\u2019est pas question de me rendormir. Je suis bien trop \u00e9nerv\u00e9. Je me l\u00e8ve pour faire chauffer de l\u2019eau avec la petite r\u00e9sistance \u00e9lectrique que j\u2019ai achet\u00e9e au bazar de la Rue Le Goff. Il n\u2019y a plus de caf\u00e9, mais j\u2019ai encore un peu de th\u00e9 et du faux sucre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je revois l\u2019\u00e9trange sc\u00e8ne du balcon de tout \u00e0 l\u2019heure. Elle a mis fin \u00e0 une rencontre bien plus \u00e9trange encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il avait d\u00fb bien s\u2019amuser, Engen. Il m\u2019avait pratiquement forc\u00e9 \u00e0 monter dans sa voiture avec son gorille taciturne\u00a0; il m\u2019avait attir\u00e9 \u00e0 Bougival pour pouvoir faire fouiller ma chambre par ses sbires\u00a0; il s\u2019\u00e9tait arrang\u00e9 pour que je doive rester chez lui toute la nuit et toute la journ\u00e9e suivante\u00a0; il m\u2019avait fourni tout un tas d\u2019informations plus surprenantes les unes que les autres, mais il avait pris bien soin de les noyer dans des r\u00e9cits de voyous nordiques ou dans des histoires de coucheries entre gens sans importance\u00a0; il avait continuellement souffl\u00e9 le chaud et le froid, passant d\u2019une camaraderie joviale \u00e0 un rapport de force mena\u00e7ant. Chaque fois que \u00e7a lui avait paru n\u00e9cessaire, il avait montr\u00e9 ses muscles en \u00e9voquant la puissance de son organisation. Et surtout, \u00e0 la machine de Marly, il m\u2019avait clairement menac\u00e9. Je m\u2019\u00e9tais fait man\u0153uvrer du d\u00e9but jusqu\u2019\u00e0 la fin, incapable de r\u00e9agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dire que le personnage \u00e9tait hors du commun. Les heures pass\u00e9es avec lui avaient \u00e9t\u00e9 difficiles, mais toujours int\u00e9ressantes, et surtout fructueuses. Certes, je ne sortais pas glorieux de cette rencontre, mais quelle importance ? J\u2019avais amass\u00e9 une quantit\u00e9 incroyable d\u2019informations\u00a0; l\u2019\u00e9criture de mon roman s\u2019en trouvait relanc\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans Engen, je n\u2019aurais rien su du calvaire de Sammy\u00a0; je n\u2019aurais jamais eu de copie de son journal. D\u2019ailleurs je d\u00e9cidai d\u2019en faire un point fort du Cujas. Je le placerai dans un chapitre \u00e0 part, tel quel, sans correction, sans explication, comme un pav\u00e9 dans l\u2019histoire. La simplicit\u00e9 du r\u00e9cit ferait sa force&#8230; Il faudrait peut-\u00eatre que je rencontre Goldenberg pour lui demander son accord&#8230; \u00e0 moins de consid\u00e9rer que j\u2019avais l\u2019accord tacite du Su\u00e9dois et que c\u2019\u00e9tait tout ce qui comptait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regarde par la fen\u00eatre. Une lueur blanche vient d\u2019apparaitre. C\u2019est la lune. La neige a cess\u00e9 et les nuages ont disparu\u00a0; on dirait qu\u2019il fait de plus en plus froid\u00a0; \u00e7a ne me g\u00eane pas\u00a0; depuis mon hiver 44 dans les Ardennes, j\u2019y suis devenu presque indiff\u00e9rent. Je sors sur le balcon en remontant le col de mon manteau. Je me sens bien mieux, r\u00e9veill\u00e9, \u00e0 peine fatigu\u00e9, mais je commence \u00e0 avoir faim. Cinq heures\u00a0! Il est beaucoup trop t\u00f4t\u00a0; il n\u2019y a encore rien d\u2019ouvert\u00a0; il faudrait que j\u2019arrive \u00e0 retrouver ce caf\u00e9 des Halles&#8230; ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre&#8230; Nous y \u00e9tions all\u00e9s un matin avec Isabelle, \u00e0 l\u2019aurore, pour un petit d\u00e9jeuner au milieu des marchands.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Isabelle&#8230; Comment ai-je pu \u00eatre assez stupide pour tomber amoureux d\u2019Isabelle\u00a0? Comment ai-je pu \u00eatre assez idiot ? Bien s\u00fbr, elle, elle ne m\u2019aime pas. Oh\u00a0! Ce n\u2019est pas qu\u2019elle connaisse la v\u00e9rit\u00e9\u00a0; je ne lui ai rien dit de la mort d\u2019Antoine. Mais elle ne m\u2019aime pas, ou plut\u00f4t, elle m\u2019aime bien&#8230; et c\u2019est pire\u00a0! Et je dois vivre avec mon mensonge, dans cette \u00e9trange relation amis-amants, nonchalante, \u00e9pisodique, peut-\u00eatre m\u00eame termin\u00e9e&#8230;\u00a0 Est-ce que j\u2019arriverai un jour \u00e0 dire lui la v\u00e9rit\u00e9 ? Jamais, probablement\u00a0; ce serait perdre pour toujours le peu d\u2019elle qu\u2019elle me donne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les gens ne disent jamais la v\u00e9rit\u00e9 vraie\u00a0\u00bb, m\u2019avait dit Engen. Engen&#8230; c\u2019est vrai que, sans lui, je n\u2019aurais jamais rien su des petits et des gros mensonges des personnages de ma photo, l\u2019artisan, l\u2019Auvergnate, la prostitu\u00e9e, le petit voyou, le ministre&#8230;Mais est-ce qu\u2019Engen n\u2019avait pas menti lui aussi\u00a0? Un peu ? Beaucoup ? Comment le savoir\u00a0? Fallait-il le croire lui plus que les autres ? Et pourquoi n\u2019avait-il rien dit du meurtre de Momo ? Et pourquoi ne voulait-il pas que j\u2019aille \u00e0 Cannes\u00a0 rencontrer Goldenberg ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plaisir qu\u2019avait pris Engen \u00e0 raconter ses aventures \u00e9tait \u00e9vident. Mais c\u2019est un homme intelligent, sa r\u00e9ussite dans le monde des voyous le prouve suffisamment. Alors, comment croire qu\u2019il ait racont\u00e9 tout \u00e7a dans le seul but de se faire valoir\u00a0? Et, qui plus est, aux seuls yeux d\u2019un \u00e9tranger sans int\u00e9r\u00eat comme moi\u00a0? Le Su\u00e9dois devait poursuivre un but, c\u2019\u00e9tait certain, peut-\u00eatre plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voulait-il nuire \u00e0 Cambremer pour le punir de n\u2019avoir rien tent\u00e9 pour Sammy\u00a0? L\u2019affection du chef de bande pour le petit voyou \u00e9tait \u00e9vidente mais, quand on se rappelait qu\u2019il n\u2019avait rien fait contre Casquette qui l\u2019avait d\u00e9nonc\u00e9 aux Allemands, l\u2019amiti\u00e9 ne semblait pas \u00eatre un motif suffisant pour que le Su\u00e9dois se donne tant de mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui motivait Engen devait relever d\u2019un int\u00e9r\u00eat plus personnel\u00a0: il voulait se venger de quelqu\u2019un ou bien s\u2019en prot\u00e9ger, et ce quelqu\u2019un ne pouvait \u00eatre que Cambremer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce qu\u2019avait dit Engen \u00e9tait vrai, il devait \u00eatre assez fragile, Cambremer. Je lisais les journaux parisiens depuis assez longtemps pour avoir compris que dans le monde de la politique, celui de Cambremer, ni ses compromissions avec Vichy ni ses trafics avec les voyous n\u2019avaient beaucoup d\u2019importance, mais \u00e0 la condition\u00a0qu\u2019ils restent ignor\u00e9s du public. La p\u00e9riode de l\u2019\u00e9puration avait beau \u00eatre achev\u00e9e, la seule \u00e9vocation dans la presse qu\u2019un homme politique, ministre de surcroit, puisse avoir collabor\u00e9 suffirait \u00e0 d\u00e9clencher un scandale, et le scandale, une enqu\u00eate. Le bel avenir tout trac\u00e9 de Cambremer n\u2019y r\u00e9sisterait pas\u00a0; au mieux, il serait retard\u00e9 de dix ans. Pour Engen, risquer d\u2019avoir Cambremer \u00e0 un poste de Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur ou de Pr\u00e9sident du Conseil, ce n\u2019\u00e9tait pas rassurant au moment o\u00f9 il se lan\u00e7ait dans des affaires l\u00e9gales. Il avait donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9liminer ou, plus subtilement, \u00e0 fournir les \u00e9l\u00e9ments qui permettraient \u00e0 ses amis de le faire. Un r\u00e9cit, un roman \u00e0 cl\u00e9, bas\u00e9 sur des faits r\u00e9els, racontant les vicissitudes pass\u00e9es d\u2019un personnage de premier plan pourrait lui nuire \u00e9norm\u00e9ment, m\u00eame si ce roman \u00e9tait \u00e9crit par un journaliste \u00e9tranger&#8230; Non\u00a0! \u00a0&#8230; surtout s\u2019il \u00e9tait \u00e9crit par un journaliste \u00e9tranger, souvent jug\u00e9 plus impartial car d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Il suffirait de le publier au bon moment, sans oublier de distiller la liste des cl\u00e9s. Il aurait bien plus de retentissement qu\u2019une d\u00e9nonciation de Cambremer par Engen ou par l\u2019un de ses hommes de paille. Voil\u00e0 ce que cherchait Engen\u00a0: faire tomber Cambremer et pour \u00e7a, se servir de mon roman. Le reste, il s\u2019en fichait pas mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon roman&#8230; Il \u00e9tait bien \u00e9bauch\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent. Il suffirait de reprendre un peu l\u2019\u00e9criture des t\u00e9moignages, de changer certains noms de famille et de lieux et l\u2019affaire serait dans le sac&#8230; On aurait bien ce que je voulais au d\u00e9part\u00a0: les histoires m\u00eal\u00e9es de neuf personnages autour d\u2019une photo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais peut-\u00eatre faudrait-il trouver un sens \u00e0 tout \u00e7a, une le\u00e7on de vie, une morale&#8230;\u00a0? Et quelle pouvait \u00eatre cette le\u00e7on\u00a0? Que la guerre est une absurdit\u00e9\u00a0? Banalit\u00e9 ressass\u00e9e&#8230; Que les gens ne disent jamais la v\u00e9rit\u00e9\u00a0? \u00c9vidence geignarde&#8230; Que l\u2019amour m\u00e8ne le monde ? Que l\u2019argent, la vengeance aussi&#8230;\u00a0? Et puis quoi encore&#8230;\u00a0? Que le soleil se couche chaque soir\u00a0? Ne suffisait-il pas de raconter une histoire, du mieux possible, avec, comme disait Meg mon ex-femme, des messieurs et puis des dames, avec des vivants et des morts, avec un peu de choses dr\u00f4les et de choses tristes, un peu d\u2018\u00e9motions, un peu d\u2019amour, de l\u00e2chet\u00e9, de mensonge, un peu de courage, un peu de chance&#8230;\u00a0? Pourquoi faudrait-il n\u00e9cessairement donner un sens a priori \u00e0 un roman\u00a0? Pourquoi ne pas \u00e9crire et voir venir, laisser flotter les rubans\u00a0? \u00c9crire et laisser l\u2019histoire se d\u00e9velopper d\u2019elle-m\u00eame, laisser les personnages vivre leur destin selon leur caract\u00e8re et leur chance\u00a0; \u00e9crire et laisser le lecteur y trouver peut-\u00eatre un sens. C\u2019est pourtant bien comme \u00e7a, l\u2019existence. On vit et, de temps en temps, on s\u2019arr\u00eate et on regarde si tout cela a un sens. Parfois, c\u2019est \u00e0 la fin. Parfois, c\u2019est trop tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais moi, pourquoi voulais-je \u00e9crire ce roman-l\u00e0\u00a0? Pourquoi l\u2019histoire de ces gens du caf\u00e9 Cujas ? Je n\u2019avais pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir longtemps pour admettre que c\u2019\u00e9tait pour me punir de la mort d\u2019Antoine. Je voulais exposer ma faute au monde entier pour que le monde entier me pardonne. Mais le monde entier se fichait bien de la mort d\u2019Antoine et de ses circonstances. Ce n\u2019\u00e9tait pas son pardon qu\u2019il fallait obtenir\u00a0; c\u2019\u00e9tait celui d\u2019Isabelle, et pour cela il faudrait lui avouer&#8230; lui avouer que j\u2019\u00e9tais responsable de la mort de son mari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en avouant cela, j\u2019avouerais du m\u00eame coup lui avoir menti chaque jour depuis le premier jour de notre rencontre en lui cachant que j\u2019avais connu Antoine, qu\u2019il m\u2019avait tout racont\u00e9 de leur histoire, depuis leurs amours d\u2019adolescents jusqu\u2019\u00e0 sa d\u00e9pression et sa fuite dans le maquis. Comment pourrait-elle me pardonner de ne pas lui avoir dit que la guerre avait chang\u00e9 Antoine, qu\u2019il l\u2019aimait \u00e0 nouveau et qu\u2019il allait revenir\u00a0? Comment pourrait-elle accepter aupr\u00e8s d\u2019elle un homme comme moi, capable d\u2019une telle hypocrisie\u00a0? Comment pourrait-elle accepter de vivre avec le meurtrier de son mari\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Choisir d\u2019\u00e9crire cette histoire sous une forme \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e \u00e9tait sans doute pour moi un autre moyen de lui faire mes aveux, un moyen plus lent, moins d\u00e9finitif, une confession qui, quand elle l\u2019aurait lue, donnerait \u00e0 Isabelle le temps de r\u00e9fl\u00e9chir avant de me maudire et de me jeter dehors. C\u2019\u00e9tait aussi s\u2019en remettre au hasard, \u00e0 plus tard\u00a0: si le Cujas devait paraitre un jour, serions-nous encore ensemble\u00a0? Et si nous l\u2019\u00e9tions, le lirait-elle\u00a0? Le Cujas\u00a0?\u00a0 Une bouteille jet\u00e9e \u00e0 la mer avec l\u2019espoir qu\u2019elle coule&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a du bruit dans le couloir. C\u2019est mon voisin qui part travailler. Il fait grand jour. Je sors sur le balcon. Devant moi, un soleil \u00e9blouissant vient d\u2019\u00e9merger de derri\u00e8re la coupole du Panth\u00e9on et sur ma gauche, les toits de la ville ondulent&#8230; une vaste plaine enneig\u00e9e, perc\u00e9e de loin en loin par les beffrois de Notre-Dame, la fl\u00e8che de la Sainte Chapelle ou la tour Saint Jacques et domin\u00e9e par les formes \u00e9clatantes et molles du Sacr\u00e9-C\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9puis\u00e9, je rentre dans la chambre et commence \u00e0 me d\u00e9shabiller\u00a0; il faut que je dorme&#8230; mais, \u00e9crire\u00a0? ne pas \u00e9crire\u00a0?&#8230; avouer\u00a0? ne pas le faire\u00a0?&#8230; Une nuit enti\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, une nuit comme les pr\u00e9c\u00e9dentes, une nuit d\u2019ind\u00e9cision&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis trop fatigu\u00e9, trop \u00e9nerv\u00e9 et je sens qu\u2019il me sera impossible de m\u2019endormir. Je me rhabille. Il est surement trop tard pour le petit d\u00e9jeuner de l\u2019h\u00f4tel et je d\u00e9cide d\u2019aller marcher : je traverserai les Jardins du Luxembourg et j\u2019irai prendre un petit d\u00e9jeuner au soleil, \u00e0 la terrasse des Deux Magots. Avec un peu de chance, je tomberai peut-\u00eatre sur Isabelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sortant de l\u2019Excelsior, Dashiell a rejoint la rue Soufflot qu\u2019il a descendue vers le jardin du Luxembourg, mais les gardes n\u2019avaient pas ouvert les grilles \u00e0 cause de la neige. Il a pris la rue de M\u00e9dicis en pensant \u00e0 Isabelle. Il ne l\u2019avait pas vue depuis trois jours et elle lui manquait. En passant devant le S\u00e9nat, il s\u2019est demand\u00e9 encore\u00a0une fois s\u2019il fallait tout lui dire. Il a pris \u00e0 droite la rue de Tournon et puis \u00e0 gauche la rue Saint-Sulpice. Le gar\u00e7on du Caf\u00e9 de la Mairie \u00e9tait en train de d\u00e9gager un passage dans la neige accumul\u00e9e sur le trottoir. Devant l\u2019\u00e9glise, Dashiell s\u2019est arr\u00eat\u00e9 quelques instants et, face au soleil, il a compris qu\u2019il ne pourrait pas supporter de perdre Isabelle. Il a d\u00e9cid\u00e9 de jeter son roman au feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a pris la rue des Canettes. Quand il a d\u00e9bouch\u00e9 sur la petite place qui termine la rue des Ciseaux, il a d\u00e9couvert l\u2019\u00e9glise Saint Germain des Pr\u00e9s dans toute sa gloire, avec ses toits \u00e9tincelant sous le soleil, et il a su qu\u2019Isabelle serait aux Deux Magots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et elle \u00e9tait l\u00e0, seule, dans la premi\u00e8re salle, pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e, sous le bouquet de fleurs qui chaque jour accueille les clients, pench\u00e9e sur une liasse de feuillets, studieuse, ravissante, merveilleuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mon Dieu, qu\u2019elle est belle\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce que Dashiell n\u2019avait pu s\u2019emp\u00eacher de murmurer en poussant la porte vitr\u00e9e et qu\u2019elle n\u2019avait pas entendu. Elle a lev\u00e9 les yeux vers lui, et elle lui a adress\u00e9 un sourire joyeux en lui disant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Tiens\u00a0! Dashiell\u00a0! Je pensais justement \u00e0 vous\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dashiell s\u2019est senti l\u00e9ger, confiant, heureux. Jamais, jamais il n\u2019avouerait&#8230;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Vous prenez un caf\u00e9 avec moi\u00a0? Je pensais \u00e0 vous parce que j\u2019aimerais vous faire rencontrer quelqu\u2019un. C\u2019est un vague cousin de cousins encore plus vagues, mais vous savez comment nous sommes. Pour les gens comme nous, la famille, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus important\u00a0! Apr\u00e8s l\u2019honneur, bien s\u00fbr\u00a0! Ce cousin de cousin de cousin est militaire, colonel je crois. Il\u00a0est nomm\u00e9 \u00e0 l\u2019ambassade de France \u00e0 Washington et il part l\u00e0-bas la semaine prochaine. Il n\u2019a jamais mis les pieds en Am\u00e9rique. J\u2019ai pens\u00e9 que vous pourriez lui parler de votre pays. Ce soir chez moi, vers neuf heures, pour une dinette tout ce qu\u2019il y a de simple&#8230; \u00c7a vous va\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a lui allait tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Parfait\u00a0! continua Isabelle. Je ne l\u2019ai jamais rencontr\u00e9, mais on m\u2019a dit que c\u2019\u00e9tait un homme tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9&#8230; Colonel de Varax&#8230; Jean de Varax&#8230; Il a fait la guerre avec Leclerc, dans la 2<sup>\u00e8me<\/sup> DB&#8230; comme Antoine. Peut-\u00eatre pourra-t-il nous parler de lui&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Fin<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>7 Ao\u00fbt, 07:47 Photos souvenirs \u2013 4<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>8 Ao\u00fbt, 07:47 Tactique contre le conspirationisme<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>9 Ao\u00fbt, 07:47 Le Cujas \u2013 Chapitre 10 -Dashiell Stiller (texte int\u00e9gral)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 10 &#8211; Dashiell Stiller Vingt-et-uni\u00e8me (et derni\u00e8re) partie \u2014 (&#8230;)Ben, c\u2019est pas que j\u2019ai tellement le temps mais, un Am\u00e9ricain qu\u2019a fait la guerre chez nous, qu\u2019est-ce que je peux lui refuser ? Faites voir encore, cette photo. C\u2019est quoi votre nom, d\u00e9j\u00e0 ? \u2014 Stiller, Dashiell Stiller. \u2014 Bon, allons-y, Stiller ! Moi, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=31118\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (87)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-31118","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/31118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=31118"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/31118\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=31118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=31118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=31118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}