{"id":30899,"date":"2021-07-10T07:47:55","date_gmt":"2021-07-10T05:47:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=30899"},"modified":"2021-07-11T09:04:02","modified_gmt":"2021-07-11T07:04:02","slug":"le-cujas-78","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=30899","title":{"rendered":"Le Cujas (78)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Chapitre 10 &#8211; Dashiell Stiller<\/strong><br \/>\n<span style=\"caret-color: #0000ff;\"><i>Douzi\u00e8me \u00a0partie\u00a0<\/i><\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=30470\" rel=\"attachment wp-att-30470\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-30470 alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Capture-decran-2021-05-18-a-19.33.05.jpeg\" alt=\"\" width=\"82\" height=\"82\" \/><\/a>(&#8230;) A l\u2019\u00e9poque nous vivions \u00e0 Vauvenargues\u00a0; c\u2019est un petit village \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Aix en Provence. Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, le Comte Henri de Colmont, avait achet\u00e9 le ch\u00e2teau en 1839 aux Vauvenargues, en m\u00eame temps que des vignobles et des terres agricoles au Nord d\u2019Aix en Provence. Sous le Second Empire, mon grand-p\u00e8re avait beaucoup d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019exploitation des vignes. Il avait aussi diversifi\u00e9 son activit\u00e9 en se lan\u00e7ant dans la production de lavande sur le plateau de Valensole. Le vin, l\u2019agriculture traditionnelle, la lavande, tout cela avait permis \u00e0 la famille de traverser les crises politiques, les guerres et le phyllox\u00e9ra. Bref, au d\u00e9but des ann\u00e9es vingt, nous faisions partie des familles les plus riches de Provence.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis qu\u2019Antoine d\u00e9roulait l\u2019histoire de son enfance, Dashiell commen\u00e7ait \u00e0 dodeliner de la t\u00eate. La journ\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 longue, charg\u00e9e de nourriture, d\u2019alcools et d\u2019\u00e9motions. Il \u00e9tait plus de minuit et Antoine continuait \u00e0 parler, \u00e9grenant similitudes et diff\u00e9rences entre leurs jeunesses respectives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Vous voyez ce que je voulais dire tout \u00e0 l\u2019heure, Dashiell. Nous avons \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame \u00e2ge et nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 tous les deux dans l\u2019abondance et la facilit\u00e9. Mais pendant que vous h\u00e9sitiez entre le communisme, la finance et la photographie, je savais d\u00e9j\u00e0 que je voulais \u00eatre \u00e9crivain. Pendant que vous flirtiez gentiment dans les dunes avec une jeune voisine sportive, je tombais amoureux d\u2019une jolie cousine. Alors que vous \u00eates persuad\u00e9 que votre <!--more-->Patricia n\u2019a eu aucune influence sur l\u2019\u00e9volution de votre vie, toute la mienne a \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9e par mon Isabelle. D\u2019ailleurs, il faut que je vous raconte cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Dashiell, dans une douce torpeur entrecoup\u00e9e de br\u00e8ves plong\u00e9es dans l\u2019inconscience, entendit plus qu\u2019il ne l\u2019\u00e9couta l\u2019histoire d\u2019Antoine et de Georges, d\u2019Antoine et Isabelle, d\u2019Isabelle et Georges et d\u2019Isabelle et Antoine. Il ne remarqua pas \u2014 comment l\u2019aurait-il pu ? \u2014 qu\u2019Antoine \u00e9tait rest\u00e9 discret sur ses relations avec la petite Louise du Chabanais, la grande Simone de la rue Br\u00e9a et les autres ma\u00eetresses trimestrielles qu\u2019il avait eues. N\u2019y tenant plus, tandis qu\u2019Antoine d\u00e9ambulait devant lui, Dashiell finit pas allonger ses jambes sur le canap\u00e9. Il appuya sa nuque sur l\u2019accoudoir de velours et, berc\u00e9 par la voix d\u2019Antoine, il se permit de fermer les yeux un instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, une odeur de caf\u00e9 le r\u00e9veillait. La lumi\u00e8re du jour per\u00e7ait \u00e0 travers les rideaux tir\u00e9s, le feu \u00e9tait \u00e9teint, et quelqu\u2019un s\u2019agitait dans la pi\u00e8ce. Ses Rangers \u00e9taient pos\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te au pied du canap\u00e9 et ses jambes \u00e9taient recouvertes d\u2019une lourde robe de chambre chamarr\u00e9e, celle que portait Antoine tout \u00e0 l\u2019heure. D\u2019ailleurs, c\u2019\u00e9tait lui qui s\u2019approchait du canap\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bonjour Dashiell.\u00a0 Vous avez bien dormi ? Le petit d\u00e9jeuner est pr\u00eat, l\u00e0, sur la grande table.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Antoine&#8230; je suis d\u00e9sol\u00e9. Excusez-moi&#8230; Je ne voulais pas&#8230; Vos cousins vont&#8230; Quelle heure est-il ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Il est huit heures et demie. Ne vous excusez pas, mon vieux. \u00c9lisabeth et Victor ont parfaitement compris que vous \u00e9tiez&#8230; disons&#8230; fatigu\u00e9&#8230; Un peu ivre aussi. Ils ont d\u00fb partir aux chais et ils s\u2019excusent de n\u2019avoir pu vous saluer ce matin. C\u2019est \u00e9patant, en ce moment, vous ne trouvez pas\u00a0? On nous pardonne tout, \u00e0 nous les militaires. Il faut en profiter, \u00e7a ne va pas durer&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Vraiment, je suis confus&#8230; j\u2019esp\u00e8re que&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Puisque je vous dis que ce sont eux qui s\u2019excusent ! N\u2019en parlons plus. Vous les verrez peut-\u00eatre tout \u00e0 l\u2019heure. Comment vous sentez-vous, mon vieux ? Vous voulez prendre votre bain avant ou apr\u00e8s le petit d\u00e9jeuner ? Pour moi, c\u2019est fait. Apr\u00e8s ? Parfait. Alors, on passe \u00e0 table. Allez zou !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Dashiell se sentait encore un peu vaseux, Antoine paraissait en pleine forme. Il \u00e9tait ras\u00e9, coiff\u00e9 et s\u2019\u00e9tait habill\u00e9 d\u2019un pantalon de flanelle gris clair et d\u2019un blazer crois\u00e9 bleu marine sur un pull \u00e0 col roul\u00e9 blanc. On l\u2019aurait cru \u00e0 un cocktail de fin de tournoi dans un country club. Dashiell tenta d\u2019oublier que lui portait son treillis de combat sur les m\u00eames sous-v\u00eatements depuis deux jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En versant le caf\u00e9, Antoine \u00e9tait en train de pr\u00e9ciser :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Celui-l\u00e0, c\u2019est la cuisini\u00e8re qui l\u2019a pr\u00e9par\u00e9. Je vous pr\u00e9viens\u00a0: il ne sera peut-\u00eatre pas aussi bon que celui que vous nous avez fait hier&#8230; Bon, mon vieux Dashiell, la nuit derni\u00e8re, j\u2019ai l\u2019impression que vous vous \u00eates endormi en plein milieu de mon histoire non ? Est-ce que vous vous souvenez que j\u2019ai fini par me marier avec Isabelle ? Oui ? Tant mieux, parce que j\u2019y tiens\u00a0! Apr\u00e8s \u00e7a, presque tout de suite, il y a eu la guerre&#8230; d\u2019abord la dr\u00f4le de guerre et puis la d\u00e9b\u00e2cle. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 fait prisonnier, comme tout le monde, et au bout de deux ans, j\u2019ai fini par m\u2019\u00e9vader. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 Vauvenargues, j\u2019\u00e9tais dans un sale \u00e9tat&#8230; pas beau \u00e0 voir&#8230; mais surtout, j\u2019\u00e9tais moralement \u00e9puis\u00e9, d\u00e9moli, battu. Les autres prisonniers que j\u2019ai rencontr\u00e9s par la suite m\u2019ont dit que \u00e7a arrivait souvent : ceux qui avaient bien r\u00e9sist\u00e9 aux camps et qui avait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9vader s\u2019\u00e9croulaient moralement une fois en libert\u00e9. Et c\u2019\u00e9tait \u00e7a\u00a0: j\u2019avais tenu le coup deux ans, gr\u00e2ce aux camarades, au bloc que nous formions contre les privations, les vexations, les brimades, le froid, la faim&#8230; contre les Allemands&#8230; Et maintenant que j\u2019\u00e9tais enfin au chaud, nourri, soign\u00e9, choy\u00e9 par deux femmes qui m\u2019aimaient, Isabelle et ma m\u00e8re, je m\u2019effondrais. J\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 dans une sorte de m\u00e9lancolie&#8230; c\u2019est un \u00e9tat terrible, vous savez&#8230; Rien n\u2019avait de sens, rien n\u2019\u00e9tait utile, rien ne valait qu\u2019on agisse&#8230; tout \u00e9tait d\u00e9risoire puisque, quoi qu\u2019on fasse, on allait mourir. \u00ab\u00a0Pourquoi donc suis-je n\u00e9 si ce n\u2019est pour toujours\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0 a dit je ne sais plus qui&#8230; Alors, \u00e0 quoi bon faire l\u2019amour \u00e0 sa femme ou parler avec son p\u00e8re, pourquoi s\u2019occuper de ses vignes ou entrer dans la R\u00e9sistance puisque, de toute fa\u00e7on, tout cela \u00e7a ne durerait que quelques instants&#8230; Je ne pensais m\u00eame pas au suicide, je crois que je n\u2019en avais pas l\u2019\u00e9nergie. Je passais mes journ\u00e9es dans une cabane en haut d\u2019un arbre \u00e0 lire et relire mes livres d\u2019enfant. Je ne voyais pas l\u2019enfer que je faisais subir \u00e0 ceux qui m\u2019aimaient&#8230; Et puis en juin dernier, un cousin et plusieurs amis d\u2019enfance se sont fait tuer le m\u00eame jour dans une attaque g\u00e9n\u00e9rale que la R\u00e9sistance avait lanc\u00e9e trop t\u00f4t contre les Allemands. Elle devait pr\u00e9parer le d\u00e9barquement en Provence. Ce fut un \u00e9chec terrible et le d\u00e9barquement n\u2019eut pas lieu.\u00a0 La mort inutile de mes amis aurait d\u00fb me confirmer dans ma conviction que toute action \u00e9tait vaine, mais ce fut le contraire. Quand j\u2019\u00e9tais au cachot dans le camp de Nuremberg, j\u2019avais eu un voisin, un communiste fervent. Nous arrivions \u00e0 discuter pendant des nuits enti\u00e8res. Les conditions \u00e9taient dures et il \u00e9tait tr\u00e8s malade. Un matin il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais surement crever bient\u00f4t, mais tant pis, ce n\u2019est pas grave&#8230; au moins j\u2019aurais agi&#8230;\u00a0\u00bb Je me suis rappel\u00e9 de cette phrase, et d\u2019un coup, je me suis dit que toute vie \u00e9tait peut-\u00eatre inutile, mais que, justement \u00e0 cause de \u00e7a, c\u2019\u00e9tait l\u2019action et seulement l\u2019action qui comptait. Le lendemain, j\u2019ai quitt\u00e9 le ch\u00e2teau et je suis parti dans le maquis. Quand le d\u00e9barquement a enfin eu lieu, j\u2019ai rejoint l\u2019arm\u00e9e de Lattre. Le reste, je vous l\u2019ai racont\u00e9 hier.<br \/>\nVoil\u00e0, vous savez tout&#8230; Vous savez tout, mais pas moi. \u00c0 moi, il me manque la fin de votre histoire, vous vous souvenez ? J\u2019en suis rest\u00e9 \u00e0 notre incroyable rencontre sur le boulevard Saint Michel. Alors ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois ou quatre heures de sommeil sur le canap\u00e9 du salon et le petit d\u00e9jeuner qu\u2019il avait entam\u00e9 avec enthousiasme avaient d\u00e9gag\u00e9 le cerveau de Dashiell de ses brumes \u00e9thyliques. Il se rappelait ses confidences de la nuit et sa timidit\u00e9 naturelle les lui faisait regretter. Il d\u00e9cida de ne plus s\u2019\u00e9pancher de la sorte et c\u2019est en des termes neutres qu\u2019il raconta la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En juillet 35, il avait achev\u00e9 son tour d\u2019Europe \u00e0 Ath\u00e8nes d\u2019o\u00f9 il avait rejoint Londres par avion pour embarquer pour New-York \u00e0 Southampton. L\u00e0, comme promis, il avait repris ses cours de finance \u00e0 Columbia tout en pr\u00e9parant un album et une exposition de ses photos qu\u2019il intitula simplement \u00ab\u00a0Visages d\u2019Europe\u00a0\u00bb. Ses parents lui lou\u00e8rent pour deux mois une galerie dans le quartier de Chelsea. Ils firent imprimer l\u2019album de l\u2019exposition \u00e0 compte d\u2019auteur. Le jour du vernissage fut pour lui le plus beau jour de sa vie. Pour une fois confiant, il comptait sur le succ\u00e8s de l\u2019exposition et sur la vente des albums pour lui permettre de dire adieu \u00e0 la Stiller Inc. et se lancer dans la seule carri\u00e8re qui l\u2019attirait un tant soit peu, la carri\u00e8re d\u2019artiste. Mais l\u2019exposition fut un \u00e9chec. La presse ne se d\u00e9rangea qu\u2019en tr\u00e8s petit nombre et les rares critiques furent m\u00e9diocres ou franchement mauvaises. Dashiell se souvenait plus particuli\u00e8rement de l\u2019une d\u2019entre elles : \u00ab\u00a0<em>Visages d\u2019Europe<\/em> : <em>de banales photos de vacances d\u2019un fils de famille qui, de Londres \u00e0 Ath\u00e8nes et de Paris \u00e0 Berlin, ne nous donne \u00e0 voir que du pittoresque rab\u00e2ch\u00e9. Au moins, le jeune Dashiell Stiller aura fait un beau voyage. Pas nous&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bien s\u00fbr, avec de telles critiques, l\u2019album ne s\u2019est pas vendu. Je me suis aper\u00e7u que mon p\u00e8re ne paraissait pas m\u00e9content de cet \u00e9chec. Un temps, je me suis m\u00eame demand\u00e9 si&#8230; Je ne sais pas. En tout cas, j\u2019ai abandonn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de faire carri\u00e8re dans la photographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un peu t\u00f4t pour abandonner, vous ne croyez pas ? Un \u00e9chec, et surtout un premier \u00e9chec, \u00e7a ne porte pas forc\u00e9ment \u00e0 cons\u00e9quence pour un artiste. Vous n\u2019avez jamais r\u00e9essay\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Non, j\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement d\u00e9courag\u00e9. Et puis au fond, je me demande si j\u2019y tenais vraiment, \u00e0 faire de la photo mon m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 qu\u2019il repartait dans les confidences geignardes. Il d\u00e9cida de faire plus attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Toujours est-il que j\u2019ai pass\u00e9 mon dipl\u00f4me de Columbia, continua-t-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Et, le lendemain, vous \u00eates entr\u00e9 comme vice-pr\u00e9sident \u00e0 la Stiller Inc.\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Vous vous moquez de moi, Antoine. En fait, j\u2019ai refus\u00e9 fermement d\u2019entrer \u00e0 la direction financi\u00e8re au si\u00e8ge, m\u00eame comme sous-assistant d&rsquo;un sous-directeur. J\u2019ai exig\u00e9 de passer d\u2019abord en usine pendant un an ou deux. La premi\u00e8re usine du groupe, c\u2019\u00e9tait Pittsburgh. \u00c7a me convenait tr\u00e8s bien. Je ne sais pas si ma tendance r\u00e9volutionnaire refaisait surface ou si je cherchais \u00e0 me punir de mon \u00e9chec, mais ouvrier \u00e0 Pittsburgh, pour moi, c\u2019\u00e9tait parfait. Mon p\u00e8re a accept\u00e9 \u00e0 condition que je me fasse embaucher sous un autre nom que le mien. Je crois m\u00eame qu\u2019un instant, il a \u00e9prouv\u00e9 un peu d\u2019admiration pour moi&#8230; refuser la facilit\u00e9, accepter d\u2019\u00eatre ouvrier&#8230; Mais \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et voil\u00e0, c\u2019est reparti, se disait Stiller, je ne peux pas m\u2019en emp\u00eacher\u2026\u00a0\u00bb Et il continuait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Pittsburgh, c\u2019\u00e9tait parfait parce que, comme plus tard au camp de Toccoa, je n\u2019avais pas \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, le contremaitre le faisait pour moi. La vie d\u2019un ouvrier n\u2019\u00e9tait pas facile \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais \u00e7a allait. J\u2019avais des copains, ils ne demandaient pas d\u2019o\u00f9 je venais, ni pourquoi je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait comme eux, avec ma fa\u00e7on de parler, de manger, de boire. Ils m\u2019acceptaient sans poser de question. Tr\u00e8s vite, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019inviter \u00e0 des f\u00eates, des mariages, \u00e0 la chasse m\u00eame, une fois ou deux. J\u2019y allais. Je n\u2019\u00e9tais jamais tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019aise, parce que \u00e7a me g\u00eanait de leur cacher que j\u2019\u00e9tais le fils du patron. Ils essayaient de me pr\u00e9senter des filles, des filles de l\u2019usine ou des employ\u00e9es de chez Safeway. Elles \u00e9taient plut\u00f4t gentilles en g\u00e9n\u00e9ral et, de fille en fille, j\u2019ai fini par en \u00e9pouser une. Elle s\u2019appelait Meg. Je ne sais pas vraiment pourquoi nous nous sommes mari\u00e9s&#8230; pour changer, pour voir, pour faire quelque chose de nouveau, pour la f\u00eate&#8230; je ne sais pas. On a divorc\u00e9 au bout d\u2019un an. Elle avait rencontr\u00e9 un type de passage\u00a0; elle voulait partir avec lui au Canada. \u00c7a s\u2019est fait \u00e0 l\u2019amiable, sans disputes, sans probl\u00e8me. Je crois m\u00eame qu\u2019apr\u00e8s, quand je l\u2019ai accompagn\u00e9e \u00e0 la gare, je me suis senti soulag\u00e9.<br \/>\nJ\u2019ai encore tenu le coup pendant un an, et puis j\u2019en ai eu assez de la com\u00e9die que je devais jouer tous les jours devant les copains. J\u2019ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re pour lui dire que je rentrais \u00e0 New-York et j\u2019ai quitt\u00e9 Pittsburgh sans rien dire \u00e0 personne.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9 au si\u00e8ge, sous mon vrai nom cette fois-ci, au service comptable. On m\u2019y a accueilli avec empressement. Tout le monde savait tr\u00e8s bien qui j\u2019\u00e9tais et que je n\u2019y resterai pas longtemps. Je suis pass\u00e9 \u00e0 la Direction financi\u00e8re six mois plus tard et, le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 41, une semaine avant Pearl Harbor, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Directeur Fiscal et Financier. Brillante carri\u00e8re, n\u2019est-ce pas, Antoine\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>11 Juil, 07:47 \u00bf TAVUSSA ? (76) \u2013 Mais o\u00f9 donc habite le Diable ?<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>11 Juil, 16:47 Rendez-vous \u00e0 cinq heures : Anne H. est-elle de gauche ou d\u2019ailleurs ?<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>12 Juil, 07:47 Il n\u2019y a plus de temple du soleil<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>13 Juil, 07:47 Le Cujas (79)<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 10 &#8211; Dashiell Stiller Douzi\u00e8me \u00a0partie\u00a0 (&#8230;) A l\u2019\u00e9poque nous vivions \u00e0 Vauvenargues\u00a0; c\u2019est un petit village \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Aix en Provence. Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, le Comte Henri de Colmont, avait achet\u00e9 le ch\u00e2teau en 1839 aux Vauvenargues, en m\u00eame temps que des vignobles et des terres agricoles au Nord d\u2019Aix en Provence. Sous le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=30899\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (78)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-30899","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/30899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=30899"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/30899\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=30899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=30899"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=30899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}