{"id":285,"date":"2014-01-04T04:49:47","date_gmt":"2014-01-04T02:49:47","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=285"},"modified":"2022-03-18T10:11:29","modified_gmt":"2022-03-18T09:11:29","slug":"suite-africaine-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=285","title":{"rendered":"Suite africaine n\u00b03 &#8211; Singing in the rain"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Singing in the rain<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai quitt\u00e9 Sabou, ses enfants et ses crocodiles et j&rsquo;ai repris ma route vers Bobo-Dioulasso.<br \/>\nC&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je conduis en brousse. On m\u2019avait mis en garde, mais la surprise est quand m\u00eame l\u00e0. Les parties d\u00e9fonc\u00e9es de la piste alternent avec la t\u00f4le ondul\u00e9e sur laquelle tous ceux qui ont lu le Salaire de la Peur savent qu&rsquo;il faut rouler vite sous peine de casser la suspension ou de se d\u00e9crocher la m\u00e2choire.<br \/>\nLa moiti\u00e9 des v\u00e9hicules que l\u2019on croise sont des taxis-brousse, Renault Estafettes charg\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la calandre de voyageurs, de bagages et de bicyclettes, et portant, peinte au-dessus du pare-brise, une devise suppos\u00e9e rassurer le client ou flatter son fatalisme : \u00ab C\u2019est Dieu qui conduit ! \u00bb ou bien \u00ab S\u2019en fout la mort ! \u00bb. Les autres v\u00e9hicules sont pour la plupart des camions. Ils font la route Abidjan-Ouagadougou-Niamey. Ils ont \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame comportement que les taxis-brousse, mais ils ne l\u2019annoncent pas : ils ne portent pas de devise trompe-la-mort. Ils la s\u00e8ment sans le dire. Tout ce qui roule sur cette piste tangue sur les parties d\u00e9fonc\u00e9es et vole sur la t\u00f4le ondul\u00e9e<br \/>\nPresque tous les camions sont bancals et surcharg\u00e9s de marchandises et de voyageurs. Ils penchent dangereusement dans les d\u00e9vers de la piste. Sur l&rsquo;une des rares sections en remblai, un camion est sorti de la route. Il a d\u00e9val\u00e9 le talus et a vers\u00e9 doucement sur le c\u00f4t\u00e9. Cela a d\u00fb se passer il y a plusieurs heures, peut-\u00eatre m\u00eame hier. La plupart des passagers sont rest\u00e9s sur place, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un prochain d\u00e9pannage et d&rsquo;une reprise de leur parcours vers le Niger. Ils ont pay\u00e9 leur voyage au chauffeur et ils ne le l\u00e2cheront pas de sit\u00f4t. Des toiles ont \u00e9t\u00e9 tendues et des feux allum\u00e9s. Un village est peut-\u00eatre en train de na\u00eetre..<br \/>\nLa route est longue, mais on ne s&rsquo;ennuie pas. La chaleur monte. Loin vers le nord, des nuages noirs annoncent un orage dont j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il abaissera la temp\u00e9rature. Je n&rsquo;ai pas vu un village ni crois\u00e9 une voiture ou un camion depuis des kilom\u00e8tres. La piste est droite et en bon \u00e9tat. \u00c7a permet de rouler vite, ce qui me d\u00e9tend et rafra\u00eechit un peu la cabine.<br \/>\nUn homme, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son v\u00e9lo sur le bord de la piste, me fait des grands signes. Apr\u00e8s un instant d&rsquo;h\u00e9sitation, je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 sa hauteur :<br \/>\n\u2014 Bonjour, patron. Je vais par l\u00e0. Je suis tr\u00e8s fatigu\u00e9. Tu peux me prendre ?<br \/>\nComme je suis d\u00b4accord, il pose son v\u00e9lo contre le pick-up, grimpe sur le plateau et y tire la bicyclette. Il n&rsquo;a pas fait mine de vouloir monter dans la cabine. \u00c7a doit \u00eatre l&rsquo;usage. La voiture repart.<br \/>\nL&rsquo;orage approche et je commence \u00e0 voir de temps en temps de magnifiques \u00e9clairs s&rsquo;\u00e9tirer entre les nuages. Des bourrasques de vent soul\u00e8vent de la poussi\u00e8re, des feuilles et des buissons. Et d&rsquo;un seul coup, l&rsquo;averse frappe le pare-brise, \u00e9norme.<br \/>\nJe deviens aussit\u00f4t tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 chercher la commande des essuie-glaces, allumer les phares, fermer les vitres et ralentir tr\u00e8s progressivement en essayant de rester sur la piste. Au bout de quelques dizaines de m\u00e8tres, j&rsquo;ai trouv\u00e9 mes rep\u00e8res et je reprends une allure mod\u00e9r\u00e9e mais r\u00e9guli\u00e8re. Par-dessus le vacarme que fait la pluie sur le toit de la cabine, je commence \u00e0 percevoir un bruit anormal, un bruit qui n&rsquo;est pas m\u00e9canique, un bruit qui ressemble \u00e0 celui que ferait le vent dans un toit ouvrant \u00e0 demi referm\u00e9. Mais mon pick-up n&rsquo;a pas de toit ouvrant.<br \/>\nJe r\u00e9alise d&rsquo;un coup que j&rsquo;ai un passager sur le plateau et que ce doit \u00eatre lui qui proteste contre ses conditions de transport. J&rsquo;arr\u00eate la voiture d\u00e8s que je peux et je sors sous la pluie pour lui proposer de passer \u00e0 l&rsquo;abri dans la cabine. Il est debout sur le plateau face \u00e0 la route, agripp\u00e9 au cadre m\u00e9tallique qui surplombe la cabine, tremp\u00e9, hilare. Il me dit qu&rsquo;il veut rester l\u00e0.<br \/>\n\u2014 Alors, pourquoi tu cries ?<br \/>\n\u2014 Je crie pas. Il pleut. Alors, je chante !<br \/>\nJe reprends la route sous la pluie qui est devenue moins violente et il reprend sa chanson au-dessus de moi. La pluie cesse et la chanson aussi. Contrairement \u00e0 ce que je pensais, l&rsquo;averse n&rsquo;a fait qu&rsquo;augmenter l&rsquo;impression de chaleur. A l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un petit village de cases poussi\u00e9reuses, il tape sur le toit de la cabine pour que je m&rsquo;arr\u00eate. Il saute du plateau, attrape son v\u00e9lo et me sourit largement : \u00ab\u00a0Merci patron! Tu veux venir \u00e0 la case pour manger quelque chose?\u00a0\u00bb. Je refuse le plus gentiment possible et repars vers Bobo.<br \/>\nAu moment o\u00f9 j&rsquo;arrive dans la ville, la nuit vient de tomber. Suspendues au-dessus de la piste maintenant goudronn\u00e9e, des lampes \u00e9clairent le sol de leur lumi\u00e8re jaune sodium. Des dizaines d&rsquo;enfants courent en tous sens sur la route en criant et en brandissant des bassines sous les lampadaires. Je m&rsquo;arr\u00eate pour regarder ce qui se passe: des millions d&rsquo;insectes volants virevoltent autour des lampes, beaucoup d&rsquo;entre eux s&rsquo;y br\u00fblent et tombent, grill\u00e9s, dans les bassines des enfants, qui les mangent sur place ou les rapportent chez eux. J&rsquo;apprendrai tout \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u00e9mergence d&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8res, insecte qui ne vit que quelques heures sous sa forme volante et qui, grill\u00e9, constitue un met raffin\u00e9.<br \/>\nJe trouve facilement mon h\u00f4tel. Il porte le m\u00eame nom que mon h\u00f4tel de Ouagadougou, le RAN, mais, lui, il n&rsquo;a pas de m\u00e9nagerie.\u00a0Juste des \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, par millions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Singing in the rain J&rsquo;ai quitt\u00e9 Sabou, ses enfants et ses crocodiles et j&rsquo;ai repris ma route vers Bobo-Dioulasso. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je conduis en brousse. On m\u2019avait mis en garde, mais la surprise est quand m\u00eame l\u00e0. 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