{"id":28297,"date":"2021-02-25T07:47:41","date_gmt":"2021-02-25T06:47:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28297"},"modified":"2021-02-26T11:56:48","modified_gmt":"2021-02-26T10:56:48","slug":"le-cujas-38-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28297","title":{"rendered":"Le Cujas (38)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Premi\u00e8re partie <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=24692\" rel=\"attachment wp-att-24692\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-24692\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Georges-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Bonjour Monsieur Stiller, asseyez-vous je vous prie. Une premi\u00e8re question, si vous le permettez : pr\u00e9f\u00e9rez-vous que nous ayons cette conversation en fran\u00e7ais ou en anglais ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant mieux. Je vois que vous \u00eates tr\u00e8s familier de notre langue. En fran\u00e7ais, donc. Vous savez que Bob Dunbarr ne tarit pas d\u2019\u00e9loges sur vous\u00a0? Excellente famille, brillante universit\u00e9, ami de la France, journaliste, \u00e9crivain. Je n\u2019ai donc pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde pour vous accorder cet entretien, ceci, je dois dire, malgr\u00e9 un emploi du temps plut\u00f4t charg\u00e9 ces derniers temps. Vous n&rsquo;ignorez pas que nous sommes au bord d\u2019une crise minist\u00e9rielle&#8230; Oui, c\u2019est assez fr\u00e9quent par ici. Alors, les r\u00e9unions \u00e0 tout instant, les conversations de couloir, les convocations \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale, dans les minist\u00e8res ou m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, tout cela prend un temps fou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, je vous remercie, mais \u00e0 vrai dire demain ou la semaine prochaine, je serai tout aussi occup\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cet apr\u00e8s-midi, je crois pouvoir disposer de toute une heure. Alors, je vous \u00e9coute&#8230;<br \/>\nViviane, mon petit, apportez-nous donc deux caf\u00e9s, voulez-vous ? Veillez aussi \u00e0 ce que l&rsquo;on ne nous d\u00e9range pas. Je vous remercie. Donc, cher Monsieur Stiller, que puis-je faire pour vous ?<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette photo ? Tiens, mais c&rsquo;est moi, \u00e7a ! Avec Antoine ! Et cette fille aussi ! Comment s\u2019appelait-elle d\u00e9j\u00e0\u00a0? Simone, oui c\u2019est \u00e7a, Simone\u00a0! Comme c&rsquo;est dr\u00f4le ! L&rsquo;avant-guerre, les \u00e9tudes, les ann\u00e9es insouciantes&#8230; Vous vous rendez compte ? On commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 parler d&rsquo;Hitler&#8230; Non, je ne l&rsquo;avais jamais vue. Elle a d\u00fb \u00eatre prise Boulevard Saint-Michel. Mais dites-moi, comment \u00eates-vous en sa possession ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ? Non je ne me souviens pas, ni de la photo, ni de vous. Vous voudrez bien m&rsquo;excuser, mais elle doit dater d&rsquo;une bonne dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, non ? Treize, dites-vous ? Treize ans\u00a0! 1935&#8230; Il s&rsquo;est pass\u00e9 tellement de choses depuis&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette photo ? Qu\u2019est-ce voulez-vous que je vous dise ? Que j\u2019y vois d\u2019abord et surtout mon ami d&rsquo;enfance Antoine, Antoine de Colmont\u00a0? \u00a0Que c&rsquo;\u00e9tait un type \u00e9patant ? Qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00e0 la toute fin de la guerre ? Un h\u00e9ros&#8230; prisonnier en 40, \u00e9vad\u00e9 deux fois, r\u00e9sistant de la premi\u00e8re heure, engag\u00e9 volontaire dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Division Blind\u00e9e, mort au combat en mai 45 quelque part en Bavi\u00e8re\u2026 Un type brillant&#8230; il aurait pu accomplir de grandes choses, surtout aujourd\u2019hui o\u00f9 tout est \u00e0 refaire. Mais voil\u00e0&#8230;<br \/>\nMerci Viviane, vous pouvez vous retirer&#8230;<br \/>\nVeuillez m&rsquo;excuser, Monsieur Stiller, mais chaque fois qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de penser \u00e0 Antoine, l&rsquo;\u00e9motion me reprend \u00e0 la gorge\u2026 Un peu de sucre ?<br \/>\nVous comprenez, c&rsquo;\u00e9tait un ami d&rsquo;enfance&#8230;<br \/>\nQuand nous nous sommes rencontr\u00e9s pour la premi\u00e8re fois, je devais avoir onze ou douze ans et lui, un an de moins. Mes parents louaient chaque \u00e9t\u00e9 une villa dans les environs d&rsquo;Aix en Provence. Un jour, nous sommes all\u00e9s d\u00e9jeuner chez les Colmont dans leur ch\u00e2teau de Vauvenargues. Je crois que mon p\u00e8re avait connu celui d&rsquo;Antoine \u00e0 la Fac de Droit \u00e0 Paris. Je me rappelle presque chaque instant de cette journ\u00e9e. Quand j\u2019y pense aujourd\u2019hui, je me dis que ce fut l&rsquo;une des plus importantes de ma vie. Tout d&rsquo;abord, c&rsquo;est le jour o\u00f9 je suis tomb\u00e9 amoureux pour la premi\u00e8re fois&#8230;<br \/>\nLa m\u00e8re d&rsquo;Antoine, Madame de Colmont, devait avoir trente-cinq ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque ; \u00e0 part ma m\u00e8re, je n&rsquo;avais jamais vu une femme aussi belle. \u00c0 notre arriv\u00e9e au ch\u00e2teau, elle ne m&rsquo;avait pas embrass\u00e9 comme toutes les amies de ma m\u00e8re tentaient de le faire \u2014 je d\u00e9testais \u00e7a \u00ad\u2014 mais elle m&rsquo;avait adress\u00e9 un doux sourire et, en me tendant sa main, elle m&rsquo;avait dit : \u00ab\u00a0Bonjour Georges. Je sais que vous aimez beaucoup la lecture. Alors, vous devriez bien vous entendre avec notre fils Antoine, que voici.\u00a0\u00bb Je n&rsquo;en revenais pas qu&rsquo;une si belle femme puisse me vouvoyer et me parler comme \u00e0 un adulte. J\u2019\u00e9tais rest\u00e9 muet, plant\u00e9 l\u00e0, sans pouvoir la quitter des yeux. Et puis, b\u00eatement, j\u2019avais voulu lui baiser la main mais, en m\u2019avan\u00e7ant, j\u2019avais tr\u00e9buch\u00e9. Dieu merci, elle n\u2019avait pas ri. \u00ab\u00a0Quel galant homme\u00a0! avait-elle dit en souriant, puis en se tournant vers son fils, Antoine, mon ch\u00e9ri, voulez-vous accompagner Georges jusqu&rsquo;\u00e0 la biblioth\u00e8que ? Vous lui montrerez les livres que vous aimez. Je vous ferai appeler lorsqu&rsquo;il sera temps de passer \u00e0 table.\u00a0\u00bb J&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 amoureux instantan\u00e9ment. Je crois que je le suis rest\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 mes quatorze ans, quand je me suis mis \u00e0 aimer une stupide cousine \u00e9loign\u00e9e. Elle avait deux ans de plus que moi et elle ne me regardait m\u00eame pas.<br \/>\nApr\u00e8s le d\u00e9jeuner, Antoine me fit d&rsquo;abord visiter le ch\u00e2teau. Il \u00e9tait parfaitement poli avec moi, mais malgr\u00e9 mon \u00e9tat de somnambule amoureux, je percevais une certaine hostilit\u00e9 de sa part, que bien s\u00fbr je ne comprenais pas. Le reste de l&rsquo;apr\u00e8s-midi fut consacr\u00e9 \u00e0 la visite du parc. Antoine me montrait ses endroits favoris \u2014 le vieux pont sur la rivi\u00e8re, le platane tricentenaire, les fortifications \u2014 mais il le faisait avec une certaine raideur, plut\u00f4t par obligation, par politesse naturelle ou sur ordre de ses parents. Bref, mon premier contact avec Antoine fut plut\u00f4t froid. Des ann\u00e9es plus tard, alors que nous \u00e9tions devenus vraiment amis, il m\u2019a avou\u00e9 que ce jour-l\u00e0, il avait tout de suite compris mes sentiments envers sa m\u00e8re et qu&rsquo;il m&rsquo;avait d\u00e9test\u00e9 pour \u00e7a.<br \/>\nLe soir, en rentrant vers Aix, je me dis que je ne pourrai pas vivre longtemps sans revoir l\u2019amour de ma vie. D\u00e8s notre arriv\u00e9e \u00e0 la villa, je d\u00e9clarai \u00e0 mes parents que j\u2019avais pass\u00e9 une journ\u00e9e \u00e9patante, qu\u2019Antoine et moi, nous nous entendions tr\u00e8s bien et que j\u2019aimerais beaucoup retourner chez les Colmont pour jouer avec mon nouvel ami. Mes parents \u00e9taient ravis. D\u00e8s le lendemain, ils t\u00e9l\u00e9phon\u00e8rent aux Colmont et la chose fut arrang\u00e9e : chaque jour \u00e0 dix heures, le chauffeur des Colmont viendrait me chercher pour m\u2019amener \u00e0 Vauvenargues et me ramener \u00e0 mes parents le soir vers six heures. Quand j\u2019arrivai au ch\u00e2teau le jour suivant, Madame de Colmont n\u2019y \u00e9tait pas. J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9, mais sur l&rsquo;assurance que je pourrai la voir d\u00e8s le lendemain, je surmontai ma d\u00e9ception et je me consacrai compl\u00e8tement \u00e0 Antoine et \u00e0 ses jeux d\u2019enfants. Ce fut une journ\u00e9e tout aussi extraordinaire que celle de la veille. Hier, je d\u00e9couvrais le grand amour et aujourd&rsquo;hui, mon meilleur ami&#8230;<br \/>\nC\u2019est aussi ce jour-l\u00e0 que j\u2019ai rencontr\u00e9 Isabelle, Isabelle de Prosny, une cousine d\u2019Antoine qui habitait en ville, \u00e0 Aix. Ils ont fini par se marier, tous les deux. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible\u00a0: amis d\u2019enfance, cousins \u00e9loign\u00e9s, sang bleu&#8230; Pendant des ann\u00e9es, jusque vers l\u2019\u00e2ge de quinze, seize ans nous avons pass\u00e9 presque tous les \u00e9t\u00e9s ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>26 F\u00e9v, 07:47 Brooklyn bridge \u2013 d\u00e9tail<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>27 F\u00e9v, 07:47 Heureuse<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer Premi\u00e8re partie Bonjour Monsieur Stiller, asseyez-vous je vous prie. 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