{"id":28262,"date":"2021-03-12T07:47:14","date_gmt":"2021-03-12T06:47:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28262"},"modified":"2021-03-13T11:30:33","modified_gmt":"2021-03-13T10:30:33","slug":"le-cujas-43","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28262","title":{"rendered":"Le Cujas (43)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=24692\" rel=\"attachment wp-att-24692\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-24692\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Georges-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>De temps en temps, un homme se levait pour suivre l\u2019une des filles et disparaitre derri\u00e8re l\u2019une des portes dans la fum\u00e9e de son cigare. J\u2019avais fini par m\u2019installer au bar pour discuter avec le barman, un grand et beau m\u00e9tis de la Martinique. Je me souviens qu\u2019il portait une veste de smoking blanche avec un \u0153illet rouge \u00e0 la boutonni\u00e8re. Il me parlait respectueusement de la pluie et du beau temps avec distinction et sans aucun accent de son pays. De temps en temps, une fille venait nous rejoindre, sans doute pour tenter sa chance aupr\u00e8s de moi, mais avec une grande discr\u00e9tion et sans jamais insister. Dr\u00f4le de soir\u00e9e&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Sixi\u00e8me partie <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019y viens, j\u2019y viens. Antoine a fini par reparaitre dans le salon de musique. C\u2019\u00e9tait bien apr\u00e8s minuit. En le regardant venir vers moi, je guettais un sourire, une g\u00eane, un air r\u00eaveur, une expression quelconque, quelque chose qui aurait pu me donner un indice sur la fa\u00e7on dont ces deux derni\u00e8res heures s\u2019\u00e9taient pass\u00e9es pour lui. Mais son visage restait impassible. Sans un mot, il a pris mon bras et m\u2019a entrain\u00e9 vers la sortie.<br \/>\nDehors, il faisait bon. Nous avons march\u00e9 jusqu\u2019au jardin du Palais-Royal, nous nous sommes assis sur un banc face \u00e0 la fontaine et l\u00e0, il s\u2019est mis \u00e0 parler. Solennel comme \u00e0 son habitude, il a commenc\u00e9 par me remercier. \u00ab\u00a0Mon cher Georges, laisse-moi t\u2019exprimer<!--more--> ma gratitude. Gr\u00e2ce \u00e0 toi, je viens de passer la soir\u00e9e la plus passionnante et la plus instructive de ma vie.\u00a0\u00bb Comme je lui demandai un peu plus de d\u00e9tails, il a commenc\u00e9 \u00e0 parler de sa nuit. La petite Louise \u00e9tait absolument adorable. Elle lui avait racont\u00e9 sa br\u00e8ve existence, elle qui \u00e9tait n\u00e9e dans un ch\u00e2teau \u00e9cossais des amours d\u2019un Lord et d\u2019une servante. Chass\u00e9e apr\u00e8s l\u2019accouchement, sa m\u00e8re l\u2019avait emmen\u00e9e avec elle dans une ferme anglaise du Surrey o\u00f9 elle avait trouv\u00e9 un emploi. \u00a0Orpheline \u00e0 treize ans, pourchass\u00e9e par les assiduit\u00e9s du fermier, Louise avait fui en France avec un \u00e9tudiant de passage qui l\u2019avait ramen\u00e9e \u00e0 Paris. Ils y avaient v\u00e9cu deux ann\u00e9es de bonheur. Et puis, l\u2019\u00e9tudiant \u00e9tait mort dans un accident de chemin de fer pr\u00e8s de Limoges. Seule, \u00e0 la rue et sans ressource, elle avait trouv\u00e9 un emploi de soubrette chez Madame Kelly, qui l\u2019avait prise sous sa protection et lui avait propos\u00e9 de travailler au Chabanais pour se constituer une dot. Dans deux ou trois ans, elle aurait assez d\u2019argent pour arr\u00eater le m\u00e9tier et retourner s\u2019installer en Ecosse pour y ouvrir une confiserie.<br \/>\nD\u2019un ton un peu goguenard, je lui ai dit que c\u2019\u00e9tait une bien belle et triste histoire. Il n\u2019a pas d\u00fb saisir l\u2019ironie de ma remarque, car il m\u2019a r\u00e9pondu en riant\u00a0: \u00ab\u00a0Enfin, Georges, tu ne vois pas que tout \u00e7a c\u2019est du toc\u00a0? C\u2019est une histoire mont\u00e9e de toutes pi\u00e8ces. Je suis persuad\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a rien de vrai dans tout \u00e7a et que Louise a comme \u00e7a trois ou quatre versions qu\u2019elle sort selon le client du moment. Vu mon \u00e2ge, elle a d\u00fb me prendre pour un lyc\u00e9en romantique et sensible. Et toi, tu y aurais cru\u00a0! Tu es d\u2019un na\u00eff, mon cher\u00a0!\u00a0\u00bb Je lui demandai ensuite si Louise lui avait racont\u00e9 son histoire avant ou apr\u00e8s&#8230; la chose&#8230; \u00ab\u00a0Ni l\u2019un ni l\u2019autre, mon vieux Georges, il n\u2019y a eu ni avant, ni apr\u00e8s, parce qu\u2019il n\u2019y a rien eu.\u00a0\u00bb Et il m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait rien arriv\u00e9 de ce que j\u2019imaginais, qu\u2019ils avaient pass\u00e9 tout ce temps \u00e0 parler. Apr\u00e8s qu\u2019il lui ait dit qu\u2019il ne croyait pas un mot de son histoire, ils avaient bien ri et une sorte de confiance platonique s\u2019\u00e9tait \u00e9tablie entre eux, une \u00e9trange complicit\u00e9. Bien s\u00fbr, elle s\u2019\u00e9tait mise nue. Bien s\u00fbr, il l\u2019avait regard\u00e9e sous toutes les coutures, il l\u2019avait touch\u00e9e m\u00eame, mais comme il l\u2019aurait fait d\u2019une statue, en artiste, en anatomiste, tandis qu\u2019elle lui d\u00e9crivait les parties du corps de la femme et leur r\u00f4le dans le plaisir. De la m\u00eame mani\u00e8re, elle lui avait expliqu\u00e9 le corps de l\u2019homme et ses sensibilit\u00e9s, mais sans joindre le geste \u00e0 la parole, car il avait refus\u00e9 qu\u2019elle le touche. La seule chose \u00e0 laquelle il avait consenti, c\u2019\u00e9tait qu\u2019elle l\u2019embrasse. Elle lui avait fait promettre de ne rien dire \u00e0 Madame Kelly de leur soir\u00e9e et ils s\u2019\u00e9taient quitt\u00e9s en riant, bons amis.\u00a0Il avait termin\u00e9 son r\u00e9cit en d\u00e9clarant \u00ab\u00a0Mon vieux, maintenant, je suis pr\u00eat \u00e0 affronter toutes les femmes de la terre, je sais tout d\u2019elles, je sais comment les s\u00e9duire, comment les bouleverser, comment les renverser. Et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 toi, mon ami, gr\u00e2ce \u00e0 tes relations et \u00e0 leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Que soient lou\u00e9s Georges Cambremer et ses bonnes id\u00e9es\u00a0! B\u00e9nis soient Charles Martell et ses deux ailes\u00a0! Pour c\u00e9l\u00e9brer cette \u00e9piphanie, je t\u2019invite. Je veux aller souper quelque part o\u00f9 il y ait du monde, de la musique et des femmes&#8230; surtout des femmes.\u00a0\u00bb<br \/>\nEt c\u2019est comme \u00e7a que nous sommes partis pour la seconde partie de cette nuit m\u00e9morable&#8230;<br \/>\nMon Dieu. Bient\u00f4t quatre heures\u00a0! Je n\u2019ai pas vu le temps passer. Cela fait plus d\u2019une heure que nous parlons. Vous n\u2019en avez pas assez, d\u2019Antoine de Colmont\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, veuillez m\u2019excuser un instant.<br \/>\nAllo\u00a0? Vivianne, mon petit, voulez-vous appeler Armengeat et lui dire que j\u2019aurai une petite demi-heure de retard\u00a0? Merci.<br \/>\nBon, voil\u00e0. Antoine et moi nous sommes devant le Th\u00e9\u00e2tre du Palais Royal. Il n\u2019est qu\u2019une heure du matin et Le Nemours est ouvert. Nous entrons dans la brasserie. La salle est brillamment \u00e9clair\u00e9e, bruyante, enfum\u00e9e. La plupart des tables sont occup\u00e9es par des gens qui finissent de souper. Tout au fond, un couple se l\u00e8ve et quitte sa table. Nous la prenons. La table d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 est occup\u00e9e par six jeunes femmes qui discutent en fumant et en buvant du ros\u00e9. Elles se taisent quelques secondes pour nous observer pendant que nous nous installons, puis l\u2019une d\u2019entre elles lance une blague\u00a0\u00e0 propos de notre \u00e2ge. Elles rient. Je r\u00e9ponds par une plaisanterie et aussit\u00f4t la glace est rompue. Un quart d\u2019heure plus tard, nous avions pris place \u00e0 leur table et tandis que je flirtais gentiment avec deux ou trois d\u2019entre elles, je voyais Antoine en grande conversation avec une jolie petite brune. C\u2019\u00e9tait Sylvette. \u00c0 deux heures du matin, la brasserie fermait et on nous fit sortir. Nous sommes rest\u00e9s l\u00e0 quelques instants, devant la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, \u00e0 discuter de fa\u00e7on confuse et puis, j\u2019ai vu Antoine me faire un petit signe de la main et s\u2019\u00e9loigner vers les guichets du Louvre avec Sylvette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, c\u2019est Sylvette qui a \u00e9t\u00e9 sa premi\u00e8re fois. C\u2019est dr\u00f4le que cela ait eu lieu le soir m\u00eame o\u00f9 il sortait vierge d\u2019une maison close, vous ne trouvez pas\u00a0? Il n\u2019avait rien voulu accepter des services professionnels que lui proposait la petite Louise, mais \u00e0 peine quelques heures plus tard, il connaissait son premier grand frisson gr\u00e2ce \u00e0 une gentille fille rencontr\u00e9e par hasard. Mais Sylvette n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 que sa premi\u00e8re fois. Elle a \u00e9t\u00e9 aussi sa premi\u00e8re liaison.<\/p>\n<p><strong><em>A SUIVRE\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>13 Mar, 07:47 Clair de Lune<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>14 Mar, 07:47 La parole de Yogi Berra<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>14 Mar, 16:47 Rendez-vous \u00e0 cinq heures : un Incipit \u00e0 faire peur<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>15 Mar, 07:47 Le Cujas (44)<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De temps en temps, un homme se levait pour suivre l\u2019une des filles et disparaitre derri\u00e8re l\u2019une des portes dans la fum\u00e9e de son cigare. J\u2019avais fini par m\u2019installer au bar pour discuter avec le barman, un grand et beau m\u00e9tis de la Martinique. Je me souviens qu\u2019il portait une veste de smoking blanche avec &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28262\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (43)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-28262","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=28262"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28262\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=28262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=28262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=28262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}