{"id":28260,"date":"2021-03-09T07:47:25","date_gmt":"2021-03-09T06:47:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28260"},"modified":"2021-03-09T18:43:08","modified_gmt":"2021-03-09T17:43:08","slug":"le-cujas-42","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28260","title":{"rendered":"Le Cujas (42)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=24692\" rel=\"attachment wp-att-24692\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-24692\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Georges-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Apr\u00e8s cette aventure qui n\u2019avait dur\u00e9 que quelques jours, j\u2019avais ressenti en moi un changement profond, une sorte de calme. J\u2019avais l\u2019impression de peser plus lourdement sur la terre : j\u2019avais fait l\u2019amour \u00e0 une femme, j\u2019\u00e9tais devenu un initi\u00e9, je savais&#8230; \u00c0 mon retour \u00e0 Paris, quand j\u2019avais revu Antoine, j\u2019avais bien senti que, lui, il ne savait pas. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Quand il me fit cet aveu, je jouai la surprise, mais pour ne pas le vexer, pas plus que s\u2019il venait de me dire qu\u2019il n\u2019avait jamais mang\u00e9 d\u2019orange.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0\u00c7a peut s\u2019arranger, tu sais\u00a0! Tout de suite, m\u00eame, si tu veux. Nous sommes \u00e0 deux pas du Chabanais. Je t\u2019y accompagne&#8230; en fr\u00e8re&#8230; d\u2019accord ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Je crois que c\u2019est exactement ce qu\u2019il attendait de moi car tout de suite, presque soulag\u00e9, il a dit \u00ab\u00a0D\u2019accord !\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Cinqui\u00e8me partie <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Chabanais c\u2019\u00e9tait la maison close la plus c\u00e9l\u00e8bre et la plus luxueuse de Paris. Je n\u2019y \u00e9tais jamais all\u00e9, pas plus que dans aucune autre maison d\u2019ailleurs, mais tenter l\u2019exp\u00e9rience avec comme pr\u00e9texte le d\u00e9pucelage de mon meilleur ami, \u00e7a me plaisait bien.<br \/>\nN\u2019entrait pas qui voulait au Chabanais, loin de l\u00e0. Il fallait montrer patte blanche. Il fallait \u00eatre ministre, artiste c\u00e9l\u00e8bre ou tr\u00e8s riche, ou m\u00eame prince r\u00e9gnant et nous n\u2019\u00e9tions que deux gamins de bonne famille. Mais mon oncle Charles, le fr\u00e8re de mon p\u00e8re, \u00e9tait un habitu\u00e9. Il m\u2019avait assur\u00e9 que, si un jour la chose me tentait, il me suffirait de donner son pseudonyme \u00e0 l\u2019entr\u00e9e pour que les portes me soient grand ouvertes et que tous les frais soient port\u00e9s sur sa note. Ce pseudonyme, c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0<em>Charles Martell, avec deux L<\/em>\u00a0\u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son cognac habituel. J&rsquo;ai de bonnes raisons de m&rsquo;en souvenir, vous verrez.<br \/>\nCette soir\u00e9e fut m\u00e9morable, pour bien des raisons d\u2019ailleurs. Nous sommes arriv\u00e9s au Chabanais vers dix heures et demi. C\u2019\u00e9tait encore tr\u00e8s t\u00f4t <!--more-->pour un \u00e9tablissement de cette classe et l\u2019endroit \u00e9tait d\u00e9sert. Il m\u2019a suffi de dire que nous venions de la part de \u00ab\u00a0<em>Charles Martell avec deux L\u00a0<\/em>\u00bb et le portier en habit qui nous avait ouvert s\u2019est inclin\u00e9 et nous a introduits dans le vestibule. \u00ab\u00a0Il est encore un peu t\u00f4t, nous a-t-il dit, mais Madame Kelly ne va pas tarder \u00e0 venir vous accueillir. Veuillez-vous asseoir, s\u2019il vous plait.\u00a0\u00bb C\u2019est dr\u00f4le, je revois encore certains d\u00e9tails comme si c\u2019\u00e9tait hier. Antoine et moi, nous affections une d\u00e9contraction m\u00eal\u00e9e d\u2019un l\u00e9ger ennui que nous n\u2019\u00e9prouvions pas du tout. \u00c0 vrai dire, nous \u00e9tions s\u00e9rieusement intimid\u00e9s. Le vestibule o\u00f9 nous nous trouvions \u00e9tait impressionnant. La pi\u00e8ce \u00e9tait ronde, surmont\u00e9e par une haute coupole sur laquelle \u00e9taient peintes des sc\u00e8nes galantes. On y voyait des bergers embrassant des marquises \u00e0 l\u2019abri d\u2019un fourr\u00e9 et des marquis lutinant des servantes dans des chambres mansard\u00e9es. Du sommet de la coupole pendait un immense lustre en verre de Venise multicolore qu\u2019un m\u00e9canisme invisible faisait lentement tourner sur lui-m\u00eame. En plus de la petite porte d\u2019entr\u00e9e que nous venions de franchir, le vestibule donnait sur trois larges portes ouvrag\u00e9es. Nous imaginions qu\u2019elles devaient ouvrir sur des lieux de plaisir inou\u00efs que nous allions bient\u00f4t d\u00e9couvrir, mais pour l\u2019instant elles demeuraient ferm\u00e9es. Entre les portes, chaque panneau en arc de cercle \u00e9tait constitu\u00e9 de plusieurs miroirs \u00e0 l\u2019ancienne, biseaut\u00e9s et parsem\u00e9s de petites taches dor\u00e9es l\u00e0 o\u00f9 le tain s\u2019\u00e9tait d\u00e9coll\u00e9. Leur disposition donnait \u00e0 la pi\u00e8ce une allure d\u2019immensit\u00e9 qui faisait tituber quand on la parcourait. Le sol du vestibule, une rosace compliqu\u00e9e de carrelages noirs et blancs, accentuait encore cette impression de d\u00e9s\u00e9quilibre qui nous avait saisis d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e. \u00c0 mi-hauteur, au-dessus de nos t\u00eates, courait une galerie circulaire soutenue par des colonnes torsad\u00e9es et d\u00e9cor\u00e9es de guirlandes de fleurs artificielles. \u00c0 travers sa balustrade, on pouvait voir les portes de ce que nous imagin\u00e2mes aussit\u00f4t \u00eatre d\u2019autres lieux de plaisir subtils et ineffables qui nous \u00e9taient promis. Au centre du vestibule, une fontaine de pierre \u00e9tait entour\u00e9e d\u2019une banquette circulaire couverte en cuir rouge clout\u00e9 sur laquelle nous nous ass\u00eemes. Quelques minutes plus tard, une porte dissimul\u00e9e dans l\u2019un des miroirs s\u2019ouvrit et une femme entra. Elle traversa la pi\u00e8ce \u00e0 grands pas en nous tendant sa main \u00e0 serrer. \u00ab\u00a0Je suis madame Kelly, d\u00e9clara-t-elle.\u00a0\u00bb J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 entendu parler d\u2019une Madame Kelly, fondatrice du Chabanais une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t. Ce ne pouvait \u00e9videmment pas \u00eatre la m\u00eame\u00a0: celle-ci n\u2019avait que quarante ans tout au plus. Taille moyenne, joli visage, silhouette \u00e9lanc\u00e9e, cheveux bruns et courts, un petit chapeau cloche assorti \u00e0 une s\u00e9v\u00e8re tenue de chasse en tweed \u00e0 chevrons, et fines bottes de cuir. Tout cela donnait l\u2019image d\u2019une femme moderne, \u00e9nergique et sportive tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de l\u2019image vaporeuse et alanguie que je m\u2019\u00e9tais faite d\u2019une patronne de maison, aussi sophistiqu\u00e9e soit-elle. Je me lan\u00e7ai\u00a0: \u00ab\u00a0Mes hommages, Madame. Je suis le neveu de Charles Martell. Mon nom est &#8230;\u00a0\u00bb Elle m\u2019interrompit aussit\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous en prie, jeune homme, pas de nom. Ici, nous ne nous connaissons que sous des pseudonymes. Vous choisirez les v\u00f4tres tout \u00e0 l\u2019heure.\u00a0 Pour votre oncle, je suis au courant, je viens de lui t\u00e9l\u00e9phoner.\u00a0Vous \u00eates ses invit\u00e9s. Je vous propose que nous passions au salon de musique\u00a0; il n\u2019y a encore personne. Nous discuterons de vos d\u00e9sirs devant une coupe de champagne, voulez-vous\u00a0? \u00bb Et c\u2019est ainsi que nous nous sommes retrouv\u00e9s avec Madame Kelly autour d\u2019une bouteille de Dom P\u00e9rignon dans un salon au d\u00e9cor irr\u00e9el, m\u00e9lange oppressant de style Louis XV et de Second Empire. Je n\u2019aurais pas \u00e9t\u00e9 plus surpris que \u00e7a d\u2019y rencontrer Sarah Bernhardt et le Prince de Galles en train de sabrer le champagne.<br \/>\nJ\u2019exposai \u00e0 la maitresse des lieux la situation de mon ami Antoine et mon souhait de lui faire abandonner sa virginit\u00e9 dans les meilleures conditions possibles. En ce qui me concernait, et pour ce soir-l\u00e0, je ne souhaitais consommer rien d\u2019autre qu\u2019une ou deux coupes de champagne.<br \/>\nPendant que nous parlions, des portes s\u2019\u00e9taient ouvertes les unes apr\u00e8s les autres, et quelques jeunes femmes silencieuses aux tenues froufroutantes \u00e9taient venues s\u2019installer nonchalamment sur des fauteuils, au bar ou m\u00eame au piano. Comme Antoine ne disait pas un mot et qu\u2019il restait les yeux fix\u00e9s sur le bout de sa canne, Madame Kelly et moi nous nous sommes mis d\u2019accord sur l\u2019une de ses pensionnaires. Son nom \u00e9tait Louise. Sa petite taille, ses cheveux roux, courts et fris\u00e9s, ses multiples taches de rousseur et sa tenue modeste donnaient une impression de fragilit\u00e9 propre \u00e0 mettre Antoine en confiance. Madame Kelly se leva pour aller lui dire quelques mots, puis elle quitta la pi\u00e8ce. Louise se leva \u00e0 son tour, s\u2019approcha de notre table, prit Antoine par la main pour le conduire jusqu\u2019\u00e0 une porte derri\u00e8re laquelle ils disparurent. Je restai seul au salon de musique avec quatre jeunes femmes \u00e0 faire damner tous les \u00e9tudiants de Paris.<br \/>\nApr\u00e8s le d\u00e9part d\u2019Antoine, le salon s\u2019est peupl\u00e9 de messieurs de la bonne soci\u00e9t\u00e9. Certains entraient seuls et me saluaient discr\u00e8tement d\u2019un hochement de t\u00eate avant de s\u2019installer au bar. D\u2019autres faisaient irruption par deux ou trois dans la pi\u00e8ce en riant et ne me pr\u00eataient aucune attention. Ils s\u2019asseyaient autour d\u2019une table basse et buvaient du champagne ou du cognac en discutant galamment avec les pensionnaires dont le va et vient \u00e9tait incessant. De temps en temps, un homme se levait pour suivre l\u2019une des filles et disparaitre derri\u00e8re une porte dans la fum\u00e9e de son cigare. J\u2019avais fini par m\u2019installer au bar pour discuter avec le barman, un grand et beau m\u00e9tis de la Martinique. Je me souviens qu\u2019il portait une veste de smoking blanche avec un \u0153illet rouge \u00e0 la boutonni\u00e8re. Il me parlait respectueusement de la pluie et du beau temps avec distinction et sans aucun accent de son pays. De temps en temps, une fille venait nous rejoindre, sans doute pour tenter sa chance aupr\u00e8s de moi, mais avec une grande discr\u00e9tion et sans jamais insister. Dr\u00f4le de soir\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>A SUIVRE<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Demain, 16:47 Rendez-vous \u00e0 cinq heures : La naus\u00e9e<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>10 Mar, 07:47 Tours \u2013 5<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>12 Mar, 07:47 Le Cujas (43)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s cette aventure qui n\u2019avait dur\u00e9 que quelques jours, j\u2019avais ressenti en moi un changement profond, une sorte de calme. 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