{"id":28258,"date":"2021-03-06T07:47:40","date_gmt":"2021-03-06T06:47:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28258"},"modified":"2021-03-08T17:44:04","modified_gmt":"2021-03-08T16:44:04","slug":"le-cujas-41","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28258","title":{"rendered":"Le Cujas (41)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=24692\" rel=\"attachment wp-att-24692\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-24692\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Georges-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>C\u2019est comme cela que nous nous sommes r\u00e9concili\u00e9s. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Nous avons repris tr\u00e8s vite nos habitudes, nos balades dans Paris, nos discussions sans fin dans les caf\u00e9s. Mais, \u00e0 vrai dire, nous n\u2019\u00e9tions plus des lyc\u00e9ens. \u00c0 cette \u00e9poque, je pr\u00e9parais le concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole Polytechnique et lui l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure. Ces noms ne vous disent probablement rien, mais&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Quatri\u00e8me partie <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah\u00a0? Vous connaissez\u00a0! Vous vous doutez donc que nous \u00e9tions plut\u00f4t charg\u00e9s en travail. Mais nous arrivions quand m\u00eame \u00e0 nous r\u00e9server du temps pour nous.<br \/>\nNous avions fait le serment de nous consacrer toutes les soir\u00e9es du vendredi et tous les apr\u00e8s-midi du dimanche.\u00a0 Quoi qu\u2019il arrive, le vendredi, nous nous retrouvions vers 9 heures du soir, la plupart du temps au Harry\u2019s Bar ou \u00e0 la Closerie et la soir\u00e9e commen\u00e7ait. Les restaurants, les revues, les bars, les clubs de jazz&#8230; Nos nuits n\u2019en finissaient pas. Je r\u00e9alise aujourd\u2019hui que, pour des \u00e9tudiants, nous d\u00e9pensions vraiment beaucoup. Antoine, lui, c\u2019\u00e9tait sans compter. L\u2019argent n\u2019avait pas d\u2019importance\u00a0; il invitait les amis, les inconnus\u00a0; il distribuait les pourboires, il faisait des cadeaux\u00a0; il jouait aux courses et dans<!--more--> les cercles\u00a0; il empruntait aussi, mais ce n\u2019\u00e9tait jamais un probl\u00e8me car son p\u00e8re \u00e9tait toujours l\u00e0 pour couvrir ses dettes. Je crois que \u00e7a lui faisait plaisir de voir son fils mener cette vie de b\u00e2ton de chaise, probablement la m\u00eame que celle qu\u2019il avait lui-m\u00eame v\u00e9cue. Moi, j\u2019\u00e9tais plus raisonnable mais, depuis la mort de mon p\u00e8re, je touchais une rente confortable de son assurance sur la vie. Sans atteindre aux folies d\u2019Antoine, j\u2019en d\u00e9pensais la plus grande partie avec lui.<br \/>\nNous \u00e9tions riches, nous \u00e9tions \u00e9tudiants, nous allions entrer dans les meilleures \u00e9coles de France, nous habitions la plus belle ville du monde, nous avions vingt ans. Nous \u00e9tions les rois de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les femmes\u00a0? Ah oui, les femmes&#8230; Je ne sais pas si je dois vous dire&#8230; Isabelle, vous comprenez&#8230;Oh et puis apr\u00e8s tout, je suis certain qu\u2019Antoine ne lui avait rien cach\u00e9 de sa jeunesse. Voil\u00e0&#8230;<br \/>\nDans ces fameux vendredis, nous \u00e9tions souvent entour\u00e9s d\u2019une bande d\u2019amis, des noceurs, des intellectuels, des pique-assiettes, des gens du monde, des voyous, des sportifs, toutes sortes de gens. Et bien s\u00fbr, il y avait des filles, des \u00e9tudiantes, des chanteuses, des mod\u00e8les, des femmes mari\u00e9es, des filles s\u00e9rieuses et des <em>demi-mondaines<\/em> comme disait Antoine. Nous nous d\u00e9placions en bande \u00e0 travers Paris et il n\u2019\u00e9tait pas rare que des couples se fassent et se d\u00e9fassent au cours de la nuit. Souvent, il y avait des filles qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 Antoine. Il n\u2019\u00e9tait pas&#8230;comment dire\u00a0?&#8230; Antoine n\u2019\u00e9tait pas beau, vous savez, pas tr\u00e8s grand, un peu trapu, le visage trop carr\u00e9 des Colmont&#8230; Et puis aussi, cette fa\u00e7on un peu particuli\u00e8re de s\u2019habiller\u00a0! Dat\u00e9e, d\u00e9cal\u00e9e&#8230; son c\u00f4t\u00e9 Vieille France sans doute. Bref, il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la mode. De plus, Antoine \u00e9tait incapable de badiner. Badiner&#8230; vous voyez ce que je veux dire\u00a0? Mais si&#8230; rire de tout et de rien, dire gravement des choses l\u00e9g\u00e8res et l\u00e9g\u00e8rement des choses graves, flatter, s\u2019exclamer sur le chic d\u2019un petit chapeau, sur l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019un sac \u00e0 main, la beaut\u00e9 d\u2019un collier de pacotille&#8230; et surtout parler, parler sans s\u2019arr\u00eater, parler pour \u00eatre dr\u00f4le&#8230; ne jamais \u00eatre s\u00e9rieux&#8230; Or, la plupart du temps, Antoine \u00e9tait solennel comme un archev\u00eaque, pratiquement d\u00e9nu\u00e9 de sens de l\u2019humour, tout entier dans ce qu\u2019il disait. S\u2019il lui arrivait de d\u00e9clarer \u00e0 une fille qu\u2019elle \u00e9tait jolie, cela ne sonnait pas comme un compliment, mais comme une constatation objective, irr\u00e9futable. Antoine ne faisait donc rien de ce qu\u2019il fallait pour plaire aux femmes&#8230; et pourtant, il leur plaisait. \u00c0 certaines tout au moins. Celles-l\u00e0 devaient aimer sa diff\u00e9rence, sa franchise, sa culture&#8230; Et puis, disons-le, je crois que ce qui les piquait au vif, c\u2019\u00e9tait qu\u2019il ne leur pr\u00eatait aucune attention, je veux dire en tant que femme.<br \/>\nDonc, malgr\u00e9 toutes ses occasions, qu\u2019il ne percevait d\u2019ailleurs pas, je n\u2019avais jamais vu Antoine tenter de s\u00e9duire une des filles habituelles ou de passage dans notre petite bande.<br \/>\nUn soir que nous sortions du Caf\u00e9 de la Paix, Antoine me d\u00e9clara brusquement qu\u2019il n\u2019avait jamais connu de femme. \u00ab\u00a0Connu&#8230; tu comprends ce que je veux dire\u00a0?\u00a0\u00bb avait-il ajout\u00e9 en me regardant par en dessous.<br \/>\nCela faisait des ann\u00e9es que nous n\u2019avions plus abord\u00e9 le sujet. La derni\u00e8re fois, nous devions avoir douze ou treize ans. Ce jour-l\u00e0, Isabelle n\u2019\u00e9tait pas venue au ch\u00e2teau et, bien install\u00e9s au Paradis, nous en avions profit\u00e9 pour parler de filles, de femmes et de sexe. Mais cette fois-l\u00e0, nous l\u2019avions fait en toute franchise, avec s\u00e9rieux, sans vantardise, sans que l\u2019un essaye de faire croire \u00e0 l\u2019autre qu\u2019il en savait plus long que lui. Et nous avions tr\u00e8s s\u00e9rieusement conclu que, finalement, tout cela \u00e9tait bien myst\u00e9rieux, pas tr\u00e8s engageant et que \u00e7a constituait plut\u00f4t une perte de temps qu\u2019autre chose. Par la suite, le sujet \u00e9tait devenu tabou. Nous n\u2019en parlions jamais, et quand la question se profilait dans une conversation, nous nous en tirions avec une plaisanterie ou un air entendu.<br \/>\nCe qu\u2019Antoine venait de m\u2019avouer, je le savais depuis longtemps, en fait depuis que moi-m\u00eame, \u00e0 seize ans, j\u2019avais connu les faveurs d\u2019une amie de ma m\u00e8re pendant un voyage en Am\u00e9rique. Apr\u00e8s cette aventure qui n\u2019avait dur\u00e9 que quelques jours, j\u2019avais ressenti en moi un changement profond, une sorte de calme. J\u2019avais l\u2019impression de peser plus lourdement sur la terre : j\u2019avais fait l\u2019amour \u00e0 une femme, j\u2019\u00e9tais devenu un initi\u00e9, je savais&#8230; \u00c0 mon retour \u00e0 Paris, quand j\u2019avais revu Antoine, j\u2019avais bien senti que, lui, il ne savait pas.<br \/>\nQuand il me fit cet aveu, je jouai la surprise, mais pour ne pas le vexer, pas plus que s\u2019il venait de me dire qu\u2019il n\u2019avait jamais mang\u00e9 d\u2019orange.<br \/>\n\u00ab\u00a0\u00c7a peut s\u2019arranger, tu sais\u00a0! Tout de suite, m\u00eame, si tu veux. Nous sommes \u00e0 deux pas du Chabanais. Je t\u2019y accompagne&#8230; en fr\u00e8re&#8230; d\u2019accord ?\u00a0\u00bb<br \/>\nJe crois que c\u2019est exactement ce qu\u2019il attendait de moi car tout de suite, presque soulag\u00e9, il a dit \u00ab\u00a0D\u2019accord !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><em><strong>A SUIVRE\u00a0<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>7 Mar, 07:47 Tours \u2013 4<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>7 Mar, 16:47 Rendez-vous \u00e0 cinq heures : encore heureux que la Marie-Joseph soit un bon bateau<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>8 Mar, 07:47 En direct du Luxembourg<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est comme cela que nous nous sommes r\u00e9concili\u00e9s. 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