{"id":28256,"date":"2021-03-03T07:47:59","date_gmt":"2021-03-03T06:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28256"},"modified":"2021-03-03T18:00:37","modified_gmt":"2021-03-03T17:00:37","slug":"le-cujas-40","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28256","title":{"rendered":"Le Cujas (40)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?attachment_id=24692\" rel=\"attachment wp-att-24692\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-24692\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Georges-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>(&#8230;) le dimanche \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la famille et le samedi apr\u00e8s-midi, j\u2019allais jouer au foot au Bois de Boulogne avec les gar\u00e7ons d\u2019un patronage. J\u2019avais bien essay\u00e9 d\u2019y entra\u00eener Antoine, mais sans succ\u00e8s. Pourtant, un jour, il avait fini par accepter d\u2019assister \u00e0 l\u2019un de nos matchs. Il pleuvait. Nous, les joueurs, nous \u00e9tions tremp\u00e9s, couverts de boue, surexcit\u00e9s, heureux&#8230; Lui, je le vois encore nous observer, \u00e0 l\u2019abri dans la limousine familiale. C\u2019est \u00e0 peine s\u2019il en avait entr\u2019ouvert la vitre. A la fin de la partie, il \u00e9tait venu jusqu\u2019\u00e0 moi sous son parapluie pour me dire qu\u2019il avait trouv\u00e9 le spectacle assez ennuyeux et carr\u00e9ment vulgaire et qu\u2019il \u00e9tait surpris que je me plaise \u00e0 ce pugilat braillard que nous appelions du sport.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 8 \u2013 Georges Cambremer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Troisi\u00e8me partie <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a a \u00e9t\u00e9 la cause de la premi\u00e8re de nos vraies disputes. Emport\u00e9 comme j\u2019\u00e9tais, je le traitai de fillette et de poule mouill\u00e9e et je lui tournai le dos. Le jeudi suivant, je refusai de me rendre chez lui, mais le jeudi d\u2019apr\u00e8s, \u00e0 l\u2019heure habituelle, il se pr\u00e9senta chez nous. Il apportait un bouquet de fleurs pour ma m\u00e8re et, pour moi, un livre. Le livre, c\u2019\u00e9tait <em>Les Aventures de Tom Sawyer<\/em>. Sur la page de garde, il avait \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>\u00c0 mon ami Georges, parce qu\u2019il aime les aventures et parce que je l\u2019aime ; \u00e0 Paris, le 22 avril 1927<\/em>\u00a0\u00bb Ce bouquin, je l\u2019ai toujours. Regardez, il est l\u00e0, dans ma biblioth\u00e8que. Tenez, prenez-le&#8230;<br \/>\nVoyez cette \u00e9criture\u00a0! \u00c9tonnant pour un gar\u00e7on de treize ans, non ? Et l&#8217;emphase de cette d\u00e9dicace ? Et en m\u00eame temps sa simplicit\u00e9\u00a0! Elle m&rsquo;avait touch\u00e9e au c\u0153ur, au point que j&rsquo;en avais la gorge serr\u00e9e. Tenez\u00a0! Encore aujourd\u2019hui&#8230; Incapable de prononcer <!--more-->un mot, je ne fis que lui serrer la main. Il comprit. A partir de ce moment, nos relations chang\u00e8rent. Je ne saurais vraiment dire ni pourquoi ni comment, mais apr\u00e8s cette brouille d&rsquo;enfants, ou plut\u00f4t apr\u00e8s cette virile r\u00e9conciliation, nous n\u2019\u00e9tions plus les m\u00eames. Nous venions de passer de l&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;adolescence. En quelques jours, je d\u00e9vorai Tom Sawyer. En quelques semaines, je cessai d\u2019aller jouer au football, je rangeai d\u00e9finitivement mon Monopoly et mon train \u00e9lectrique.<br \/>\nUn soir, au milieu du diner, je demandai \u00e0 mes parents l&rsquo;autorisation permanente de sortir avec Antoine les jeudis apr\u00e8s-midi comme je l&rsquo;entendais. Nous n\u2019\u00e9tions plus des enfants, nous voulions discuter et d\u00e9couvrir Paris. Apr\u00e8s une longue n\u00e9gociation, quelques cris, pas mal de supplications et aussi quelques fausses sorties de table, je r\u00e9ussis \u00e0 obtenir l&rsquo;autorisation demand\u00e9e. Elle n&rsquo;\u00e9tait que provisoire et son renouvellement mensuel \u00e9tait conditionn\u00e9 par une am\u00e9lioration tangible \u2014 et je dis bien <em>tangible<\/em>, avait martel\u00e9 mon p\u00e8re \u2014 de mes r\u00e9sultats scolaires. Mais l&rsquo;autorisation, je l&rsquo;avais. Je savais que ce m\u00eame jour, Antoine devait pr\u00e9senter la m\u00eame demande \u00e0 ses parents. Je fus abasourdi d&rsquo;apprendre de lui plus tard qu\u2019il avait obtenu ce droit de sortie en quelques minutes et sur sa seule parole : cette libert\u00e9 nouvelle ne devrait pas nuire \u00e0 son travail et il ne ferait rien qui puisse ternir l&rsquo;honneur des Colmont.<br \/>\nA partir de ce jour, nous avons pass\u00e9 tous nos jeudis apr\u00e8s-midi \u00e0 nous promener. Le plus souvent, nous nous retrouvions place de la Concorde devant l\u2019entr\u00e9e des Tuileries, et de l\u00e0, selon un programme pr\u00e9par\u00e9 soigneusement par lui ou par moi \u00e0 tour de r\u00f4le, nous partions en exp\u00e9dition. Quand c&rsquo;\u00e9tait mon tour, je choisissais volontiers le quartier des Champs \u00c9lys\u00e9es ou de l&rsquo;Op\u00e9ra, les Grands Boulevards, la Bourse&#8230; Antoine nous conduisait plut\u00f4t vers Saint Germain des Pr\u00e9s, le Quartier Latin, l&rsquo;Ile Saint-Louis. Je lui racontais les fortunes qui peuplaient mes quartiers, il me parlait de l&rsquo;Histoire qui chargeait les siens. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, avant de nous s\u00e9parer pour rentrer chacun chez soi, nous nous arr\u00eations dans un salon de th\u00e9 chic de la rive droite ou dans un caf\u00e9 en vogue de la rive gauche. Nous n\u2019avions pas trente ans \u00e0 nous deux\u00a0! Nous devions para\u00eetre totalement d\u00e9plac\u00e9s au milieu de ces femmes en fourrure ou de ces intellectuels en velours c\u00f4tel\u00e9. Mais nous, nous affections d\u2019\u00eatre tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise et nous parlions tr\u00e8s fort d\u2019art, de litt\u00e9rature ou des avantages relatifs des diff\u00e9rents quartiers de Paris. Je crois que nous devions \u00eatre insupportables de pr\u00e9tention, mais peu importait\u00a0: nous parlions de tout et nous \u00e9tions sinc\u00e8res. Aujourd\u2019hui, je reste persuad\u00e9 que ce sont ces discussions avec Antoine qui ont form\u00e9 mon jugement, bien plus que les cours de philo de mes professeurs ou les le\u00e7ons de morale de mon p\u00e8re.<br \/>\nLes ann\u00e9es ont pass\u00e9 comme \u00e7a, et puis un jour, nous nous sommes f\u00e2ch\u00e9s, gravement cette fois. C\u2019\u00e9tait vers la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1930. Nous ne nous sommes pas revus pendant plus de deux ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oh\u00a0! Pour une chose sans importance, un truc de gar\u00e7ons, un enfantillage\u00a0! C\u2019est sans int\u00e9r\u00eat&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien, je vous dis&#8230; En fait, nous nous \u00e9tions mis \u00e0 parler politique. Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois, mais cette fois-l\u00e0, je ne sais plus pourquoi, le ton \u00e9tait mont\u00e9 tr\u00e8s vite. Mon p\u00e8re \u00e9tait au Parti R\u00e9publicain. Il me disait souvent que les Colmont \u00e9taient royalistes et qu\u2019ils donnaient beaucoup d\u2019argent \u00e0 l\u2019Action Fran\u00e7aise. Alors, \u00e0 un moment, je crois que j\u2019ai qualifi\u00e9 les Colmont d\u2019<em>aristocrates aveugl\u00e9s par leur fortune h\u00e9rit\u00e9e et leurs privil\u00e8ges imm\u00e9rit\u00e9s<\/em>, ou quelque chose comme \u00e7a, un truc bien pompeux. Il a r\u00e9pondu en traitant mon p\u00e8re et sa descendance de nouveaux riches et de petits bourgeois complex\u00e9s. Furieux, il m\u2019a m\u00eame avou\u00e9 qu\u2019au Ch\u00e2teau, quand je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0, tout le monde nous appelait les \u00ab\u00a0Camembert\u00a0\u00bb, y compris Isabelle\u00a0! Vous voyez o\u00f9 nous en \u00e9tions, c\u2019\u00e9tait idiot. On aurait dit une dispute de gosses dans une cour d\u2019\u00e9cole. Si \u00e7a c\u2019\u00e9tait trouv\u00e9, une bonne petite bagarre aurait r\u00e9gl\u00e9 tout \u00e7a. Nous nous serions r\u00e9concili\u00e9s en riant de nos yeux au beurre noir. Mais non, Antoine ne se battait pas. Et de toute fa\u00e7on, nous nous consid\u00e9rions tous les deux comme au-dessus de \u00e7a. Se battre, c\u2019eut \u00e9t\u00e9 indigne des deux intellectuels que nous nous efforcions d\u2019\u00eatre. Alors, nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s sur ces insultes. Pendant trois ans\u00a0! Il a fallu presque trois ans pour que nous nous retrouvions&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re est mort en Allemagne le 23 mars 1933. Il s\u2019est tu\u00e9 dans un accident de voiture entre Potsdam et Berlin pendant un voyage d\u2019affaires. Ma m\u00e8re et moi sommes partis pour Berlin et nous avons ramen\u00e9 le corps de mon p\u00e8re \u00e0 Paris. Les fun\u00e9railles ont eu lieu deux jours plus tard \u00e0 Saint-Honor\u00e9 d\u2019Eylau. J\u2019\u00e9tais surpris de ne voir Antoine ni \u00e0 l\u2019\u00e9glise ni pendant le parcours jusqu\u2019au cimeti\u00e8re de Passy. Je le cherchais encore des yeux pendant que nous \u00e9coutions les discours sous une pluie battante. J\u2019\u00e9tais triste et d\u00e9\u00e7u qu\u2019il ne soit pas l\u00e0. Je trouvais qu\u2019il avait la rancune tenace et je lui en voulais pour \u00e7a. Puis je r\u00e9fl\u00e9chissais et je me disais qu\u2019il avait d\u00fb \u00eatre emp\u00each\u00e9, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas \u00e0 Paris. Et l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, je pensais que dans ce cas, il aurait pu au moins envoyer un pneu, un t\u00e9l\u00e9gramme, quelque chose&#8230; et je retombais dans mon amertume.<br \/>\nC\u2019est en sortant du cimeti\u00e8re que je l\u2019ai aper\u00e7u. Il s\u2019abritait sous un arbre de la petite place qui fait face \u00e0 la sortie. Il portait un horrible imperm\u00e9able jaune mais il n\u2019avait ni chapeau ni parapluie. Il devait \u00eatre l\u00e0 depuis longtemps car ses cheveux \u00e9taient coll\u00e9s sur son front et son visage ruisselait de pluie. Il restait l\u00e0, immobile sous son arbre. Il avait l\u2019air path\u00e9tique, tragique m\u00eame. J\u2019\u00e9tais entour\u00e9 d\u2019un tas de gens que pour la plupart je n\u2019avais jamais vus et qui tenaient \u00e0 m\u2019exprimer leur sympathie. Je les ai plant\u00e9s l\u00e0 et j\u2019ai travers\u00e9 la petite rue. Quand je suis arriv\u00e9 pr\u00e8s d\u2019Antoine, j\u2019avais la gorge nou\u00e9e, je ne savais pas quoi lui dire. Alors j\u2019ai juste fait le mouvement d\u2019avancer mon parapluie pour le mettre \u00e0 l\u2019abri. Sans rien dire lui non plus, il a fondu en larme, et c\u2019est moi qui me suis mis \u00e0 le consoler, moi qui venais de perdre mon p\u00e8re et lui de retrouver un ami&#8230;<br \/>\nC\u2019est comme cela que nous nous sommes r\u00e9concili\u00e9s.<br \/>\nNous avons repris tr\u00e8s vite nos habitudes, nos balades dans Paris, nos discussions sans fin dans les caf\u00e9s. Mais, \u00e0 vrai dire, nous n\u2019\u00e9tions plus des lyc\u00e9ens. \u00c0 cette \u00e9poque, je pr\u00e9parais le concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole Polytechnique et lui l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure. Ces noms ne vous disent probablement rien, mais&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE\u00a0<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>3 Mar, 16:47 Derni\u00e8re heure : Le Journal des Coutheillas revient !<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>4 Mar, 07:47 TABLEAU 338<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>5 Mar, 07:47 Rhinoc\u00e9ros<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>5 Mar, 16:47 Rendez-vous \u00e0 cinq heures : des bulles dans l\u2019eau de mer<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) le dimanche \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la famille et le samedi apr\u00e8s-midi, j\u2019allais jouer au foot au Bois de Boulogne avec les gar\u00e7ons d\u2019un patronage. 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