{"id":28198,"date":"2021-12-21T07:47:34","date_gmt":"2021-12-21T06:47:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28198"},"modified":"2022-06-02T17:32:17","modified_gmt":"2022-06-02T15:32:17","slug":"histoire-de-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28198","title":{"rendered":"Histoire de No\u00ebl (premi\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><i><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png\" alt=\"\" width=\"34\" height=\"34\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 34px) 100vw, 34px\" \/>Temps de lecture : 10 minutes\u00a0<\/i><\/span><\/p>\n<\/div>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em><strong>HISTOIRE DE N\u00d6EL<\/strong><\/em><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Chapitre 1<\/strong><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Tarn-768x549.jpg\" width=\"389\" height=\"278\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ann\u00e9e-l\u00e0, alors que la temp\u00e9rature restait \u00e9trangement douce, la pluie avait commenc\u00e9 \u00e0 tomber la veille de la Toussaint et, depuis ce jour, il n\u2019avait pas cess\u00e9 de pleuvoir. Les chemins s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s en bourbiers, les ruisseaux en torrents et les torrents en rivi\u00e8re. On disait que si \u00e7a continuait comme \u00e7a, demain, la route qui menait de St-G\u00e9raud \u00e0 La Claux serait coup\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl marchait sous la pluie depuis bient\u00f4t deux heures. Son chapeau de feutre avait perdu sa forme et ses larges rebords rabattus sur ses oreilles pendaient maintenant jusque sur ses \u00e9paules. Ses v\u00eatements d\u00e9tremp\u00e9s s&rsquo;\u00e9taient coll\u00e9s \u00e0 son corps et pesaient lourd sur son dos et sur ses reins. Il avan\u00e7ait encore plus p\u00e9niblement qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire, trainant son pied difforme dans les orni\u00e8res du chemin. No\u00ebl pressait le pas autant que sa d\u00e9marche le lui permettait. Il voulait arriver \u00e0 la Pr\u00e9tentaine avant la nuit car il avait gard\u00e9 de son enfance une sourde crainte de l\u2019obscurit\u00e9 et des esprits malfaisants qui la peuplent. D\u2019ailleurs aucun homme de la r\u00e9gion, m\u00eame le plus<!--more--> courageux ou le plus inconscient, n\u2019aurait eu l\u2019id\u00e9e de marcher dans l\u2019obscurit\u00e9, le vent et la pluie \u00e0 travers cette campagne \u00e0 demi submerg\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, malgr\u00e9 l\u2019humidit\u00e9 qui le p\u00e9n\u00e9trait, malgr\u00e9 la nuit qui approchait et malgr\u00e9 le mauvais chemin qu\u2019il lui restait encore \u00e0 parcourir, No\u00ebl \u00e9tait joyeux : c\u2019en serait bient\u00f4t fini de son infirmit\u00e9. Le docteur Cottard lui avait assur\u00e9 qu\u2019une intervention chirurgicale sans danger permettrait de donner \u00e0 son pied bot une mobilit\u00e9 quasi normale. C&rsquo;\u00e9tait sans danger : on lui couperait le malheureux tendon atrophi\u00e9 qui maintenait son pied tendu vers le bas et, au bout de quelques jours, tout rentrerait dans l\u2019ordre. Il pourrait marcher normalement. Le succ\u00e8s \u00e9tait assur\u00e9, avait dit le docteur, et ce serait presque sans douleur. La douleur, No\u00ebl s\u2019en moquait bien. Il avait d\u00e9j\u00e0 tant souffert \u00e0 cause de son pied bot qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 souffrir encore pour s\u2019en d\u00e9barrasser d\u00e9finitivement. Le docteur avait fix\u00e9 l\u2019op\u00e9ration \u00e0 la semaine prochaine, au 26 d\u00e9cembre exactement. Il la ferait pour rien, pour la science, avait-il dit en ajoutant gaiement : \u00ab\u00a0Ce sera mon cadeau d\u2019anniversaire, No\u00ebl !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl Couvresac \u00e9tait n\u00e9 vingt-huit ans auparavant, le 24 d\u00e9cembre 1850, d\u2019Amandine Couvresac et de p\u00e8re inconnu. La pauvre Amandine, servante \u00e0 la ferme de la Pr\u00e9tentaine, \u00e9tait morte en le mettant au monde. Elle n\u2019avait que dix-sept ans. Le symbole de ce b\u00e9b\u00e9 arrivant la nuit de No\u00ebl avait touch\u00e9 Hector Patenaude, le ma\u00eetre de la Pr\u00e9tentaine, et il avait accept\u00e9 que la Patronne, son \u00e9pouse Marcelle, \u00e9l\u00e8ve le nouveau-n\u00e9 au milieu de ses quatre enfants. Bien s\u00fbr, ils lui donn\u00e8rent le nom de No\u00ebl, No\u00ebl Couvresac. L\u2019ann\u00e9e suivante fut bonne pour la Pr\u00e9tentaine, les fruits furent abondants et la moisson inesp\u00e9r\u00e9e. No\u00ebl grandissait, trait\u00e9 par Marcelle comme elle avait trait\u00e9 ses propres enfants au m\u00eame \u00e2ge.<br \/>\nCependant, tandis qu\u2019approchait la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de son existence, l\u2019\u00e9trange position du pied gauche du petit No\u00ebl devenait de plus en plus manifeste. Il fut bient\u00f4t impossible pour Marcelle Patenaude de pr\u00e9tendre l\u2019ignorer plus longtemps. Bien qu\u2019elle n\u2019en ait jamais vu auparavant, elle n\u2019avait pas tard\u00e9 \u00e0 mettre un nom sur l&rsquo;infirmit\u00e9\u00a0: un pied bot. No\u00ebl avait un pied bot.<br \/>\nLes saisons passaient, mais pour la Pr\u00e9tentaine, l\u2019ann\u00e9e 1852 fut mauvaise : la grange br\u00fbla enti\u00e8rement au d\u00e9but du printemps, une demi-douzaine de vaches mourut brusquement sans qu\u2019on sache pourquoi et un bon tiers de la moisson fut perdu \u00e0 cause des orages de la fin de juillet. Le P\u00e8re restait de mauvaise humeur du matin au soir et cherchait plus souvent querelle \u00e0 sa femme. De son c\u00f4t\u00e9, la Patronne s\u2019aga\u00e7ait \u00e0 voir cet enfant qui ne se d\u00e9cidait pas \u00e0 marcher et qui persistait \u00e0 se trainer de cot\u00e9 sur le sol de la cuisine. Dans les ann\u00e9es qui suivirent, l\u2019abondance revint mais les choses empir\u00e8rent pour No\u00ebl tandis que son infirmit\u00e9 devenait de plus en plus visible. Sans s\u2019en rendre compte, Marcelle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 le ha\u00efr. Aussi, la premi\u00e8re fois qu&rsquo;en sa pr\u00e9sence, l\u2019ain\u00e9 de ses gar\u00e7ons se moqua m\u00e9chamment de No\u00ebl en contrefaisant sa d\u00e9marche, elle ne prit m\u00eame pas la peine de le r\u00e9primander. Au contraire, elle \u00e9clata de rire, et toute la tabl\u00e9e avec elle. \u00c0 partir de ce jour, c\u2019en fut fini pour No\u00ebl. Sans devenir tout \u00e0 fait le souffre-douleur de la famille, il sentit qu\u2019il n\u2019en faisait plus partie. Il n&rsquo;avait que sept ans.<br \/>\nEn quelques courtes ann\u00e9es, son statut \u00e0 la ferme se d\u00e9grada de fils adoptif \u00e0 orphelin, puis d\u2019orphelin \u00e0 valet de ferme. Il n\u2019\u00e9tait pas mal trait\u00e9, mais il ne mangeait plus \u00e0 la grande table, on ne lui parlait plus que pour lui adresser des ordres ou des rebuffades et quand des voisins ou des \u00e9trangers venaient le soir faire une visite \u00e0 la Pr\u00e9tentaine, on l\u2019envoyait \u00e0 l&rsquo;\u00e9table o\u00f9 un r\u00e9duit lui avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 pour qu&rsquo;il en fasse son logement. Tout d\u2019abord meurtri par cet exil, il avait fini par aimer ce refuge contre les moqueries fr\u00e9quentes et les m\u00e9chancet\u00e9s occasionnelles de la famille. De plus, pour lui qui avait peur des goules, des sorci\u00e8res, des d\u00e9mons et de toutes les cr\u00e9atures diaboliques de la nuit, c\u2019\u00e9tait rassurant de dormir dans la chaleur de l\u2019\u00e9table, au milieu des odeurs et des bruits familiers du troupeau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est ainsi que les ann\u00e9es avaient pass\u00e9, lui travaillant \u00e0 l&rsquo;\u00e9table ou aux champs, faisant son ordinaire des restes de la famille et dormant pr\u00e8s des vaches, jour apr\u00e8s jour, nuit apr\u00e8s nuit, saison apr\u00e8s saison. \u00c0 l&rsquo;exception du Ma\u00eetre ou de la Patronne quand ils lui donnaient des ordres, personne ne lui adressait la parole. Il ne parlait jamais \u00e0 personne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Chapitre 2<\/strong><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-19370 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/90-DEBUT-D-HIVER-copie-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"348\" height=\"348\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, le nouveau m\u00e9decin de Saint-G\u00e9raud, le docteur Cottard, \u00e9tait venu se pr\u00e9senter \u00e0 la Pr\u00e9tentaine. Il venait de reprendre le cabinet du bon docteur Bonenfant et faisait la tourn\u00e9e des fermes des environs afin de rencontrer la patient\u00e8le qu&rsquo;il avait achet\u00e9e, d&rsquo;ailleurs fort cher, \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Apr\u00e8s avoir donn\u00e9 une premi\u00e8re consultation gratuite pour la jambe enfl\u00e9e de la Patronne, il avait accept\u00e9, pour la route, un petit verre de liqueur de ch\u00e2taigne. Il allait prendre cong\u00e9, quand No\u00ebl entra brusquement dans la grande salle pour informer la cantonade que la Maurine allait v\u00ealer dans l&rsquo;heure.\u00a0 Plaisantant \u00e0 demi, Patenaude sugg\u00e9ra au docteur de venir assister la vache dans son v\u00ealage. Cottard d\u00e9clina l&rsquo;offre sur le m\u00eame ton trivial, mais en retour, il proposa d&rsquo;examiner sur le champ l&rsquo;infirmit\u00e9 de No\u00ebl. \u00ab\u00a0Il se trouve, disait-il, qu&rsquo;au temps de mes \u00e9tudes, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 quelques mois l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du Professeur Armand Panetier, titulaire de la chaire de chirurgie orthop\u00e9dique de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Montpellier. J&rsquo;ai eu ainsi l&rsquo;occasion d\u2019assister cet homme extraordinaire dans quelques op\u00e9rations r\u00e9paratrices pour des difformit\u00e9s usuelles, dont le varus \u00e9quin, autrement dit le pied bot. Nous avons ici avec ce jeune homme un cas int\u00e9ressant que j&rsquo;aimerais examiner. Vous permettez ?\u00a0\u00bb En des termes bien trop alambiqu\u00e9s pour qu&rsquo;ils soient sinc\u00e8res, on lui fit comprendre que No\u00ebl \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9, surtout avec la Maurine qui allait v\u00ealer. Une vache d\u00e9licate, celle-l\u00e0, et vicieuse avec \u00e7a, et que seul No\u00ebl parviendrait \u00e0 calmer pour la mise-bas. \u00ab\u00a0C&rsquo;est s\u00fbr que \u00e7a va bien lui prendre toute la nuit\u00a0\u00bb, ajouta la Patronne. Cottard n&rsquo;insista pas, mais juste avant de partir, il r\u00e9ussit \u00e0 glisser au valet de ferme : \u00ab\u00a0Viens me voir \u00e0 St-G\u00e9raud. \u00c0 n&rsquo;importe quelle heure du jour, mais seulement le mardi ou le jeudi. Tu n&rsquo;auras rien \u00e0 payer. N\u2019oublie pas, le mardi et le jeudi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voil\u00e0 pourquoi en ce jeudi de d\u00e9cembre, sur un chemin boueux quelque part entre Saint-G\u00e9raud et la Pr\u00e9tentaine, No\u00ebl luttait contre le vent et la pluie, \u00e9puis\u00e9, tremp\u00e9 mais heureux. Dans deux ou trois semaines, il pourrait marcher comme tous les autres et dans moins d\u2019une heure, peu avant la tomb\u00e9e de la nuit, il serait \u00e0 l\u2019abri dans son \u00e9table, dans la ti\u00e9deur animale de ses vaches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la travers\u00e9e du bois de l\u2019Hautil, le chemin descend pendant une centaine de pas vers le pont de pierre qui enjambe la Petite Sandre. Une fois franchi le pont et mont\u00e9e la c\u00f4te du Pr\u00e9 au Diable, il n\u2019y a plus que trois quarts de lieues \u00e0 parcourir pour arriver \u00e0 la Pr\u00e9tentaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl avan\u00e7ait dans l\u2019obscurit\u00e9 presque totale du sous-bois, mais devant lui, l\u2019or\u00e9e se dessinait comme une tache grise sur un noir linceul. Quand il y parvint, la faible lumi\u00e8re du jour qui persistait encore lui permit d\u2019apercevoir le vieux pont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Petite Sandre, gonfl\u00e9e comme un torrent, ne se contentait plus du passage sous l\u2019arche de pierre. Elle l\u2019avait contourn\u00e9e de chaque c\u00f4t\u00e9 et ne laissait plus apparaitre que le dos d\u2019\u00e2ne que formait le pont au milieu d\u2019un furieux tourbillon. De sa position de surplomb, No\u00ebl pouvait distinguer le chemin qui plongeait dans la rivi\u00e8re une bonne trentaine de pas avant le pont. Il comprit que s\u2019il tentait de rejoindre sa partie \u00e9merg\u00e9e, il serait vite emport\u00e9 par le courant. Il lui fallait donc rebrousser chemin jusqu\u2019\u00e0 la grand-route, l\u2019emprunter jusqu\u2019\u00e0 Saint-Martin, en esp\u00e9rant que le pont n\u2019y ait pas \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 et, de l\u00e0, rejoindre le chemin de la Pr\u00e9tentaine.\u00a0 Cela signifiait deux lieues de plus \u00e0 parcourir, au moins deux heures de marche dans le noir presque absolu. No\u00ebl commen\u00e7ait \u00e0 ressentir fatigue et d\u00e9couragement. Un moment, il envisagea de se confectionner un abri dans le bois de l\u2019Hautil et d\u2019y attendre le jour, mais l\u2019id\u00e9e de passer la nuit dehors lui noua le ventre. L\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait venue. Il resta debout, de longues minutes \u00e0 \u00e9couter la rivi\u00e8re en crue, incapable de choisir entre la terreur d\u2019une nuit en for\u00eat et le risque d\u2019une travers\u00e9e de la campagne \u00e0 l\u2019aveugle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pluie cessa brusquement et le vent chassa les nuages, faisant naitre la pleine lune. La Petite Sandre apparut dans la lumi\u00e8re blafarde comme une coul\u00e9e de lave argent\u00e9e. De temps en temps, une forme noire crevait un instant sa surface pour bondir et dispara\u00eetre \u00e0 nouveau dans le remous comme un marsouin dans la vague.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle clart\u00e9 rassura No\u00ebl. Il pensa qu&rsquo;en se h\u00e2tant, il pourrait encore arriver \u00e0 la ferme \u00e0 temps pour qu\u00e9mander un bol de soupe \u00e0 la Patronne. Il tourna le dos \u00e0 la rivi\u00e8re en folie et se mit en chemin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les nuages poursuivaient leur course sous la lune, alternant les moments de t\u00e9n\u00e8bres et de clart\u00e9. Quand l\u2019obscurit\u00e9 durait trop longtemps, No\u00ebl s\u2019arr\u00eatait jusqu\u2019\u00e0 ce que le ciel se lib\u00e8re. Il avait rejoint la grand-route depuis plus d\u2019une heure, et bient\u00f4t, il put apercevoir le clocher de la nouvelle \u00e9glise de St-Martin dont la pointe d\u2019ardoises luisait sous la lune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 construite plus de deux cents ans auparavant, on continuait de l\u2019appeler la <em>nouvelle \u00e9glise<\/em>. L\u2019ancienne, qui se trouvait alors pr\u00e8s de la rivi\u00e8re, au c\u0153ur du village, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite par un incendie. Un an apr\u00e8s la catastrophe, le Comte de Clavi\u00e8res avait offert un grand terrain situ\u00e9 sur le plateau pour qu&rsquo;on l&rsquo;y reconstruise. C\u2019\u00e9tait un ancien verger qui ne donnait plus. Il \u00e9tait entour\u00e9 d\u2019un mur croulant et limit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du couchant par l\u2019escarpement qu&rsquo;une boucle que la Petite Sandre avait creus\u00e9 au cours des si\u00e8cles. Pendant qu\u2019on y transportait les tombes de l\u2019ancien cimeti\u00e8re, on avait construit une \u00e9glise plus grande et plus belle. Et depuis cette \u00e9poque, entour\u00e9e des tombeaux des habitants, prot\u00e9g\u00e9e par son mur d\u2019enceinte, la nouvelle \u00e9glise dominait la petite ville comme un ch\u00e2teau seigneurial.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Chapitre 3<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand la grand-route qui vient de St-G\u00e9raud approche de St-Martin, elle commence par longer le mur du cimeti\u00e8re, puis elle descend du plateau pour contourner la butte de l\u2019\u00e9glise. Elle passe entre la rivi\u00e8re et la petite falaise pour entrer dans le bourg, le traverser et rejoindre enfin le pont qui lui permet de filer vers La Claux et au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl avait \u00e0 peine entrepris la descente vers le bourg qu&rsquo;il comprit que cette route aussi \u00e9tait coup\u00e9e. La Petite Sandre en crue avait envahi tout l\u2019espace entre son lit habituel et le pied de la butte de l\u2019\u00e9glise. L\u2019\u00e9puisement et le d\u00e9sespoir le saisirent d&rsquo;un coup. Il faisait nuit et seul le bon vouloir d&rsquo;une lune incertaine lui permettait d&rsquo;avancer sans chuter tous les dix pas. L&rsquo;angoisse d&rsquo;avoir peut-\u00eatre \u00e0 attendre le jour sans toit ni murs pour le prot\u00e9ger des cr\u00e9atures de la nuit l&rsquo;avait \u00e9treint depuis la travers\u00e9e du bois de l&rsquo;Hautil. Maintenant que rejoindre la Pr\u00e9tentaine \u00e9tait devenu chose impossible, elle se transforma en panique. Il se mit \u00e0 g\u00e9mir, \u00e0 se frapper le front, \u00e0 tourner sur lui-m\u00eame. Il pleurait, criait vers le ciel, insultait la nuit, implorait la lune, maudissait sa jambe. \u00c9tourdi par ses pirouettes, essouffl\u00e9 par ses cris, il finit par se laisser tomber au sol, o\u00f9 il resta prostr\u00e9, assis sur ses talons, le front pos\u00e9 sur ses genoux. Les nuages revinrent en nombre et l\u2019obscurit\u00e9 et la pluie avec eux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>A SUIVRE\u00a0<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Temps de lecture : 10 minutes\u00a0 HISTOIRE DE N\u00d6EL Chapitre 1 Cette ann\u00e9e-l\u00e0, alors que la temp\u00e9rature restait \u00e9trangement douce, la pluie avait commenc\u00e9 \u00e0 tomber la veille de la Toussaint et, depuis ce jour, il n\u2019avait pas cess\u00e9 de pleuvoir. Les chemins s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s en bourbiers, les ruisseaux en torrents et les torrents en &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=28198\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Histoire de No\u00ebl (premi\u00e8re partie)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[],"class_list":["post-28198","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28198","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=28198"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/28198\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=28198"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=28198"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=28198"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}