{"id":27440,"date":"2020-12-22T16:47:12","date_gmt":"2020-12-22T15:47:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=27440"},"modified":"2021-01-06T13:18:34","modified_gmt":"2021-01-06T12:18:34","slug":"retour-de-campagne-le-jeu-de-lentre-deux-selon-philippe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=27440","title":{"rendered":"Rendez-vous \u00e0 cinq heures avec l&rsquo;Entre-deux selon Philippe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\"><strong><em>La page de 16h47 est ouverte&#8230;*<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-23460\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/TASSE-DE-THE%CC%81.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"127\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><br \/>\nComme vous l&rsquo;avez compris, je l&rsquo;esp\u00e8re, les textes en gras sont l&rsquo;incipit et l&rsquo;excipit d&rsquo; \u00c0 la recherche du temps perdu, et ce qui est entre les deux est de Philippe<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure<\/b>,<br \/>\nvers les sept heures, sept heures trente. La plupart du temps, je m\u2019endormais sans difficult\u00e9, presque imm\u00e9diatement, pour me r\u00e9veiller sur les coups de trois heures du matin sous l\u2019effet d\u2019un besoin naturel de satisfaire une envie pressante. Alors, en v\u00eatement de nuit, malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9 la plus totale qui r\u00e9gnait dans notre maison et gr\u00e2ce \u00e0 la parfaite connaissance que l\u2019habitude m\u2019en avait donn\u00e9e, je franchissais sans difficult\u00e9 les quelques m\u00e8tres qui me s\u00e9paraient des lieux d\u2019aisance. Ceci fait, et une fois de retour dans ma chambre, j\u2019allumais enfin ma chandelle et me consacrais \u00e0 ma collection d&rsquo;aiguilles de pin d\u2019Alep jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019immanquablement, \u00e0 sept heures pr\u00e9cises, Fran\u00e7oise m\u2019apport\u00e2t mon petit d\u00e9jeuner.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un matin de novembre, je trouvai, appuy\u00e9e<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>contre la th\u00e9i\u00e8re d\u2019argent <!--more-->du service<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>que m\u2019avait offert ma tante L\u00e9onie pour mon troisi\u00e8me anniversaire, un bristol o\u00f9 se dessinaient en un l\u00e9ger relief des armes \u00e9l\u00e9gantes que je reconnus imm\u00e9diatement. C\u2019\u00e9tait une invitation du duc de Guermantes \u00e0 passer quelques jours dans le ch\u00e2teau qu\u2019il poss\u00e9dait \u00e0 M\u00e9s\u00e9glise, \u00e0 trois lieues de Combray o\u00f9 se trouvait la maison de ma tante L\u00e9onie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au jour dit, je me pr\u00e9sentai au ch\u00e2teau o\u00f9 je fus re\u00e7u par la duchesse. Elle m\u2019expliqua qu\u2019elle et son mari \u00e9taient transport\u00e9s de joie de pouvoir enfin me recevoir, mais qu\u2019ils connaissaient mes difficult\u00e9s \u00e0 quitter mes lieux familiers et \u00e0 changer mes habitudes. En cons\u00e9quence et pour m\u2019\u00eatre agr\u00e9ables, ils feraient servir le diner \u00e0 six heures. Ainsi fut fait, et vers sept heures et quart, avec sa d\u00e9licatesse coutumi\u00e8re, all\u00e9guant un d\u00e9but de migraine, la duchesse quitta la table, donnant ainsi le signal de la fin du repas.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 sept heures trente pass\u00e9es seulement de quelques minutes, je me couchai et, \u00e0 peine ma bougie \u00e9teinte, mes yeux se ferm\u00e8rent si vite que je n\u2019eus pas le temps de me dire : \u00ab\u00a0je m\u2019endors\u00a0\u00bb. Tout avait \u00e9t\u00e9 si bien fait pour que mes habitudes soient respect\u00e9es que le besoin habituel qui me r\u00e9veillait chaque nuit aux petites heures du matin ne manqua pas de se faire sentir. A la lumi\u00e8re de la bougie rallum\u00e9e, ma montre me confirma qu\u2019il \u00e9tait bien l\u2019heure habituelle de mon r\u00e9veil nocturne : trois heures.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me levai donc et passai dans le corridor, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du pauvre flambeau vacillant que je brandissais devant moi \u00e0 la recherche de la pi\u00e8ce o\u00f9 je pourrai me soulager. Un long couloir se dessinait devant moi lorsque la porte de ma chambre se referma et ma bougie s\u2019\u00e9teign\u00eet dans le m\u00eame instant sous l\u2019effet d\u2019un courant d\u2019air aussi violent qu\u2019inopportun. J\u2019\u00e9tais pieds nus, en chemise, dans l\u2019obscurit\u00e9 totale, dans des lieux qui m\u2019\u00e9taient \u00e9trangers et sous la pression d\u2019une urgence grandissante. Semblable \u00e0 l\u2019\u00e2ne de Buridan, j\u2019h\u00e9sitais entre retourner \u00e0 ma chambre pour y qu\u00e9rir les allumettes que j\u2019y avais laiss\u00e9es ou progresser dans le couloir vers le havre que mes fonctions naturelles exigeaient ardemment. Mais je m\u2019aper\u00e7us vite que, au contraire de cet \u00e2ne fameux qui, lui, voyait tr\u00e8s bien o\u00f9 se trouvaient les deux picotins entre lesquels il h\u00e9sita jusqu&rsquo;\u00e0 en mourir, plong\u00e9 dans mes t\u00e9n\u00e8bres, je ne savais d\u00e9j\u00e0 plus o\u00f9 ne se trouvaient ni ma chambre ni l\u2019hypoth\u00e9tique port de mon salut.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je commen\u00e7ai donc \u00e0 avancer dans ce couloir, t\u00e2tonnant les murs jusqu\u2019\u00e0 ce que mes doigts fi\u00e9vreux sentent quelque moulure r\u00e9v\u00e9latrice d&rsquo;une huisserie, et ces portes rencontr\u00e9es, je les ouvris les unes apr\u00e8s les autres. La premi\u00e8re fut celle de ce que je reconnus comme \u00e9tant un placard \u00e0 la quantit\u00e9 de balais qui s\u2019effondr\u00e8rent dans le couloir, heurtant mes pieds nus et entravant mes chevilles. La deuxi\u00e8me fut celle d\u2019une pi\u00e8ce que j\u2019identifiai comme \u00e9tant une chambre gr\u00e2ce au \u00a0ronflement qui en provenait. La troisi\u00e8me ne tarda pas \u00e0 se faire connaitre quand j\u2019y heurtai un lourd meuble recouvert d\u2019un tissu tendu sur lequel \u00e9tait pos\u00e9es, je le devinai au toucher, quelques boules d\u2019ivoire. C\u2019\u00e9tait un salon de billard, certainement priv\u00e9 de cet accessoire dont je ressentais un besoin de plus en plus pr\u00e9gnant. Dans la plus compl\u00e8te obscurit\u00e9, je passai ainsi de placard en chambre, de chambre en billard, de billard en biblioth\u00e8que et de biblioth\u00e8que en office. Je tremblais de froid et d\u2019envie, j\u2019\u00e9tais presque nu, j\u2019avais heurt\u00e9 du pied, du genou ou de la hanche tous les obstacles que le sort avait dress\u00e9s devant moi. Je fus pris alors d\u2019un d\u00e9sespoir soudain et me laissai glisser au sol en m\u2019y recroquevillant avec l\u2019intention d&rsquo;y \u00a0mourir. C\u2019est \u00e0 cet instant que, sous l\u2019effet de mon poids accru de tout le d\u00e9sespoir du monde, la porte contre laquelle je venais de m\u2019effondrer s\u2019ouvr\u00eet. Une faible clart\u00e9 r\u00e9gnait dans la pi\u00e8ce qu&rsquo;elle commandait du fait de l\u2019absence de volet et de rideau propres \u00e0 occulter sa lucarne, ce qui permettait \u00e0 quelques rayons lunaires d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. \u00c0 travers mes larmes, je vis se profiler ma d\u00e9livrance en la silhouette de plus en plus pr\u00e9cise d\u2019une cuvette de water-closets. J\u2019\u00e9tais sauv\u00e9 !<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais bien cru mourir, de douleur et de honte,<br \/>\n<b>mais c\u2019est quelquefois au moment o\u00f9 tout nous semble perdu que l\u2019avertissement arrive qui peut nous sauver\u00a0: on a frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par o\u00f9 on peut entrer et qu\u2019on aurait cherch\u00e9e en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir et elle s\u2019ouvre.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #993366;\"><em>*(&#8230;) RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES pourrait \u00eatre l\u2019occasion pour vous de reprendre cette expression, \u00e0 propos de tout, de rien, d\u2019un \u00e9v\u00e8nement, d\u2019un film, d\u2019un animal (plus de veaux svp), du temps qu\u2019il fait. Un texte de fiction, un souvenir, un po\u00e8me, un coup de col\u00e8re ou d\u2019enthousiasme sur la vie qui va, un peu tout ce que je fais en tant que r\u00e9dacteur quasi unique du JdC. L\u2019avantage du RENDEZ-VOUS par rapport au commentaire d\u2019article est que vous serez lib\u00e9r\u00e9s de l\u2019obligation de rester \u00e0 peu pr\u00e8s dans le cadre du sujet de l\u2019article.<br \/>\n\u00c7a pourrait marcher comme \u00e7a : vous \u00e9crivez votre machin en Word, vous lui donnez un titre et si vous le souhaitez, vous y joignez une photo vous m\u2019envoyez le tout par email en me pr\u00e9cisant quelle signature vous souhaitez voir appara\u00eetre sous le texte, votre pseudonyme ou votre vrai nom. (&#8230;)<br \/>\n(JdC du 13\/05\/2020 \u2014 Extrait))<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La page de 16h47 est ouverte&#8230;* Comme vous l&rsquo;avez compris, je l&rsquo;esp\u00e8re, les textes en gras sont l&rsquo;incipit et l&rsquo;excipit d&rsquo; \u00c0 la recherche du temps perdu, et ce qui est entre les deux est de Philippe Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure, vers les sept heures, sept heures trente. 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