{"id":2740,"date":"2015-04-19T06:48:52","date_gmt":"2015-04-19T04:48:52","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2740"},"modified":"2015-04-18T08:58:49","modified_gmt":"2015-04-18T06:58:49","slug":"le-bon-la-brute-et-les-enfants-version-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2740","title":{"rendered":"Le bon, la brute et les enfants  (Version 7-S\u00e9rie Noire)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Voici la septi\u00e8me et derni\u00e8re version de cet exercice de style. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"> <em>Apr\u00e8s la version Proustienne, voici la version Chandlerienne, du moins je l\u2019esp\u00e8re.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le bon, la brute et les enfants<\/strong><br \/>\n<em>Version 7-S\u00e9rie Noire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous n&rsquo;\u00eates jamais all\u00e9 dans le Bronx, continuez comme \u00e7a. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, vous deviez traverser ce quartier de New York pour\u00a0vous rendre\u00a0de JFK \u00e0 Manhattan par exemple, renfoncez-vous dans le creux de la banquette de votre taxi, ouvrez en grand le New York Times, plongez y votre nez et ne regardez pas dehors.<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/image1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-3420\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/image1-150x150.jpg\" alt=\"image\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><br \/>\nSi par malheur vous deviez absolument vous y rendre et que vous\u00a0 passiez\u00a0du c\u00f4t\u00e9 du\u00a0carrefour Brook \/ \u00a0148\u00e8me, vous avez des chances, ou plut\u00f4t, des risques de m&rsquo;y rencontrer. Je traine tous les jours dans le coin,\u00a0plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0vers chez Matt, ou encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment devant le bar du \u00ab\u00a0Matt&rsquo;s cocktail lounge\u00a0\u00bb. Si jamais vous entriez dans l&rsquo;\u00e9tablissement, vous seriez tout\u00a0d&rsquo;abord<!--more--> surpris par le d\u00e9calage abyssal qui existe entre\u00a0 le standing du lieu et son appellation de \u00a0\u00ab\u00a0cocktail lounge\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance du mot\u00a0devait refl\u00e9ter les ambitions de Matt et les espoirs qu\u2019il avait mis dans sa boite quand il l&rsquo;avait ouverte\u00a0une demi-douzaine d&rsquo;ann\u00e9es plus t\u00f4t. C&rsquo;est l&rsquo;effet habituel du Bronx que de dissoudre ce genre de r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me chose qui pourrait vous surprendre, c&rsquo;est l&rsquo;aspect du type qui est assis au bar \u00e0 la place du fond\u00a0et qui parle \u00e0 sa bouteille de Milwaukee&rsquo;s Best Premium. (Elle doit s&rsquo;appeler Premium parce que c&rsquo;est la premi\u00e8re dans le classement des bi\u00e8res par ordre de prix croissant.) Un m\u00e8tre quatre-vingt-quinze, \u00a0cent-quinze kilos, chaussures de cuir avachies, chemise \u00e0 carreaux flottant sur un jean us\u00e9 mais v\u00e9ritable, l&rsquo;ensemble, homme et v\u00eatements, ayant l&rsquo;air tr\u00e8s fatigu\u00e9.\u00a0Le type assis au bar l\u00e0-bas, \u00a0\u00e0 la place du fond, c&rsquo;est moi. \u00c7a doit bien faire une paire d&rsquo;ann\u00e9es que je suis devenu le client officiel de Matt et, lui, mon meilleur ami.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment j&rsquo;en suis arriv\u00e9 l\u00e0 ? C&rsquo;est une longue histoire qui demanderait\u00a0bien trois ou quatre Milwaukees, mais qu&rsquo;on peut aussi r\u00e9sumer comme \u00e7a si vous n&rsquo;avez pas les moyens de me les offrir:\u00a0P\u00e8re militaire, m\u00e8re partie, Northern Arizona State College, puis Northern Arizona University, quaterback de l&rsquo;\u00e9quipe de football, bel avenir professionnel, genou et avenir bousill\u00e9s par un arri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9quipe de Penn State dans une demi-finale du Sugar Bowl. Nouveau d\u00e9part \u00e0 Los Angeles derri\u00e8re une fille accueillante, tentative de cr\u00e9ation d&rsquo;une agence de d\u00e9tective priv\u00e9, r\u00e9cup\u00e9ration de cr\u00e9ances, filatures minables, et puis la belle affaire, qui tourne mal. Enfin, la fuite \u00e0 New-York, cach\u00e9 dans la foule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi j&rsquo;ai choisi le Bronx ? En r\u00e9alit\u00e9, personne ne choisit le Bronx. On y est n\u00e9 ou on y tombe. Moi, je suis tomb\u00e9 un\u00a0soir devant chez Matt et j&rsquo;ai pris racine. Depuis, je suis l\u00e0 une bonne partie de la journ\u00e9e, comme si j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 mon bureau, \u00e0 chercher des occasions de me faire quelques dollars, pas trop malhonn\u00eatement si possible, comme impressionner des d\u00e9biteurs n\u00e9gligents, conduire une voiture au garage, accompagner un maigrichon dans une affaire d\u00e9licate. \u00c7a me permet tout juste de payer de temps en temps ma chambre de la 146\u00e8me, un ou deux repas et quatre ou cinq bi\u00e8res par jour, en attendant que les choses se tassent, disons dans quatre ou cinq ans, et que je puisse retourner \u00e0 Los Angeles, dans la Cit\u00e9 des Anges, au soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A propos de soleil, comme aujourd&rsquo;hui il fait beau et que je suis le seul client, Matt a sorti une petite table et deux chaises m\u00e9talliques sur le trottoir o\u00f9 il m&rsquo;a rejoint avec deux caf\u00e9s, compliments de la maison. Gallagher, le flic irlandais, est pass\u00e9 devant nous au ralenti dans sa voiture de ronde. Il a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas relever l&rsquo;infraction. Il y a des jours comme \u00e7a, m\u00eame dans le Bronx. Apr\u00e8s une heure ou deux \u00e0 regarder passer les voitures, on \u00e9tait bien, surtout parce que Matt avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aggraver la faute en sortant quelques bi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors qu&rsquo;il est arriv\u00e9, comme un gros nuage de pollution dans mon ciel bleu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait Al Wheeler, le priv\u00e9 chic de Beverly Hills. Ce bon vieux Al, avec sa carrure de coureur de 100 m\u00e8tres, ses chaussures \u00e0 800 dollars, ses chemises de sport Ermenegildo Zegna, ses lunettes de soleil Dolce Gabana et son teint perp\u00e9tuellement hal\u00e9. Une ordure de premi\u00e8re, Al, un type qui vous vendrait sa s\u0153ur pour se faire quelques dollars, mais qui en plus ne la livrerait pas. Un salopard sp\u00e9cialiste du nettoyage des \u00e9curies d\u2019Augias entre Malibu et West Hollywood. Un malfaisant qui m&rsquo;avait branch\u00e9 sur l&rsquo;affaire Collinson et \u00a0qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9brouill\u00e9 pour me faire porter le chapeau quand elle avait mal tourn\u00e9. Quand il est descendu de sa voiture de location, un cabriolet Mercedes de taille respectable, la silhouette d\u2019Al Wheeler sur Brook Avenue d\u00e9tonait autant que celle d\u2019une pom-pom girl au milieu d\u2019un camp de r\u00e9fugi\u00e9s. Il m\u2019a adress\u00e9 son large sourire californien, vous savez, celui qui vous dit \u00ab\u00a0Je p\u00e8te la sant\u00e9, je me fais blanchir les dents et je suis plein aux as. Pourquoi que tu fais pas pareil ?\u00a0\u00bb. (Malgr\u00e9 ses beaux habits, Al a toujours manqu\u00e9 de classe dans sa fa\u00e7on de parler.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant ce sourire en 16 \/ 9\u00e8me, je sens toute ma vieille haine contre lui remonter en moi. Je revois Los Angeles et tous ces mois de boulots minables \u00e0 essayer de rester honn\u00eate. Je revois cette affaire si prometteuse o\u00f9 je me suis fait manipuler par Wheeler et Collinson jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre mouill\u00e9-tremp\u00e9 dans l\u2019affaire des pots de vins du South Gate Freeway. Je revois ma lettre au District Attorney qui balan\u00e7ait tout le toutim avec les noms et les sommes vers\u00e9es. Je revois mes gal\u00e8res new-yorkaises depuis deux ans et je vois l\u2019\u00e9tat dans lequel je suis aujourd\u2019hui. Tout \u00e7a, c\u2019est \u00e0 Al que je le dois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A le voir comme \u00e7a, lui, il n\u2019a pas l\u2019air de m\u2019en vouloir. Pourtant, il n\u2019a surement pas oubli\u00e9 que deux ans plus t\u00f4t, quand j\u2019ai quitt\u00e9 L.A. en urgence pour \u00e9chapper aux sbires de Collinson, dont les meilleures intentions \u00e0 mon \u00e9gard \u00e9taient de me casser les genoux, je suis parti au volant de sa Porsche Panamera avec sa petite amie du moment apr\u00e8s avoir ravag\u00e9 son bureau en duplex de Wilshire Boulevard. Comme j&rsquo;ai plant\u00e9 la Porsche un peu plus tard entre Columbus et Pittsburgh et que la fille m&rsquo;a l\u00e2ch\u00e9 aussit\u00f4t apr\u00e8s, je ne suis pas vraiment en mesure de les lui rendre. Alors, aujourd\u2019hui, il se pourrait qu\u2019il y ait du sport sur Brook avenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al ne peut pas \u00eatre l\u00e0 par hasard. Il a s\u00fbrement remplac\u00e9 la voiture et la fille depuis longtemps et ce n&rsquo;est pas pour les r\u00e9cup\u00e9rer qu&rsquo;il a suivi ma trace jusqu\u2019ici. Non, c\u2019est pour r\u00e9gler ses comptes. Et bien, il va \u00eatre servi. J\u2019ai beau peser trente livres de trop et manquer s\u00e9v\u00e8rement d\u2019entrainement, ce n\u2019est pas son body-building \u00e0 la mode Venice Beach qui va me faire peur. Il ne fait litt\u00e9ralement pas le poids, Al. Je vais le ratatiner, Al. Je vais lui faire avaler ses Dolce Gabana et sa carte de cr\u00e9dit Platinum Infinite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu&rsquo;il entreprend de traverser le large trottoir dans ma direction, je me l\u00e8ve lentement de ma chaise que je saisis derri\u00e8re moi par son dossier. Matt a compris qu&rsquo;il se passait quelque chose. Il s&rsquo;est lev\u00e9 et s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9 un peu pour me donner du champ. Mon plan est le suivant : quand Wheeler ne sera plus qu&rsquo;\u00e0 deux ou trois m\u00e8tres, je lui balancerai ma chaise dans les jambes et l\u00e0, de deux choses l&rsquo;une, ou bien il tombera emp\u00eatr\u00e9 dans la chaise, ou bien il se penchera en avant pour frotter ses tibias douloureux. Dans les deux cas, je l&rsquo;entreprendrai avec un grand coup de tatane au visage pour le finir en improvisant sur le trottoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al continue d&rsquo;avancer, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son menton volontaire et de son sourire ultra-blanc. J&rsquo;amorce le mouvement de balancier qui va me permettre de lancer la chaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce moment, un bruit grandissant se fait entendre du c\u00f4t\u00e9 du carrefour. C\u2019est un bruit qui me rappelle un peu celui d\u00b4une cascade. Je jette un coup d&rsquo;\u0153il vers le haut de l&rsquo;avenue, mais on ne voit encore rien. Le bruit enfle, et puis, \u00e0 l&rsquo;angle, apparaissent les deux premiers gamins. Ils arrivent de la 148<sup>\u00e8me<\/sup> et tournent dans Brook Avenue. Ils sont accroupis, presque agenouill\u00e9s sur leur skate-board, un bras tendu en avant, la main \u00e0 plat, paume vers le bas, dans une splendide position de recherche de vitesse. Ils sont imm\u00e9diatement suivis par une dizaine d\u2019autres enfants, strictement dans la m\u00eame attitude. On ne peut les distinguer que par la couleur de leur peau, noire, brune ou blanche et de leurs chemises flamboyantes. Dans deux ou trois ans, ils auront tous atteint l&rsquo;\u00e2ge qui dans le Bronx les fera consid\u00e9rer comme dangereux, mais pour le moment, ils font la course, ils descendent Brook \u00e0 toute allure, aussi l\u00e9gers et inoffensifs qu&rsquo;une vol\u00e9e de moineaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai suspendu mon m\u00e9chant geste, et Al s&rsquo;est immobilis\u00e9 pour laisser passer les bolides entre nous deux. Malgr\u00e9 la tension du moment, je ressens d&rsquo;un coup une sorte d&rsquo;\u00e9lan de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 m\u00eal\u00e9e de nostalgie \u00e0 la vue de cette bande de gosses si concentr\u00e9s sur leur course qu&rsquo;ils ne voient rien autour d&rsquo;eux. Je surveille Al, et je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;il arbore la m\u00eame expression. Sale hypocrite ! Et puis l&rsquo;avant dernier gamin, qui n&rsquo;avait vu Al qu&rsquo;au dernier moment, est tomb\u00e9 en essayant de le contourner, entra\u00eenant dans sa chute le dernier des coureurs. Nous voil\u00e0 avec deux gosses roulant au sol, alors que le reste de la troupe est d\u00e9j\u00e0 trop loin pour s&rsquo;apercevoir de quoi que ce soit. Ils sont par terre, entre nous, un peu sonn\u00e9s. J&rsquo;ai l\u00e2ch\u00e9 le dossier de ma chaise et me suis pench\u00e9 sur le gamin le plus proche pour le relever. Du coin de l&rsquo;\u0153il, je vois Al qui fait la m\u00eame chose avec l\u2019autre. Mon gamin a perdu une chaussure et saigne un peu du coude. Celui d&rsquo;Al a la figure pleine de poussi\u00e8re et il a d\u00e9chir\u00e9 son jean. Aucun des deux n\u2019a l\u2019air vraiment mal en point, ils en ont vu d&rsquo;autres, et d\u2019ailleurs, ils se tortillent d\u00e9j\u00e0 pour s&rsquo;arracher \u00e0 nos mains, remonter sur leur planche et foncer derri\u00e8re leurs copains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous les regardons dispara\u00eetre dans un flottement de chemises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis nous nous regardons tous les deux. Al reprend son sourire idiot, \u00e9poussette sa belle chemise et s\u2019avance. Il est maintenant trop pr\u00e8s pour que je lui lance ma chaise, que j\u2019ai d\u2019ailleurs l\u00e2ch\u00e9e dans mon num\u00e9ro d&rsquo;imitation de Florence Nightingale, et mon plan est fichu, provisoirement. Il parle le premier\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, George. Marrants, les gosses, hein\u00a0? \u00c7a fait presque deux ans que je te cherche. Content de t\u2019avoir trouv\u00e9\u00a0! \u00c7a a pas l\u2019air d\u2019aller trop fort pour toi, hein\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Qu\u2019est-ce que tu veux\u00a0? Si c\u2019est pour la Porsche ou pour Carol, tu dois savoir que je les ai plant\u00e9es toutes les deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ni l\u2019une, ni l\u2019autre. Des Porsche, y en a plein les garages \u00e0 L.A. Quant \u00e0 Carol, si tu veux savoir, quand elle t\u2019a plaqu\u00e9, elle est revenue me voir, et c\u2019est moi qui l\u2019ai vir\u00e9e. Non, je t\u2019en veux pas pour \u00e7a, m\u00eame pas pour ta peinture \u00e0 neuf de mes bureaux \u00e0 la bombe rouge pompier et noir pompes fun\u00e8bres. Non, c\u2019est rien tout \u00e7a. C\u2019est moi qui te dois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0???<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis-moi, on serait pas mieux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u00a0? Je t\u2019offre un verre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Al entre dans la p\u00e9nombre du bar et je le suis en restant sur mes gardes. Il choisit un compartiment du fond. Matt nous surveille depuis sa caisse o\u00f9 il fait semblant de v\u00e9rifier la recette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, je te raconte. Quand tu es parti en plantant tout le syst\u00e8me du South Gate Freeway, le District Attorney a lanc\u00e9 un mandat contre Collinson, qui a fichu le camp aussit\u00f4t au Mexique. Les flics mexicains l\u2019ont arr\u00eat\u00e9 deux mois plus tard \u00e0 la demande de la police de Los Angeles dans sa planque d\u2019Ensenada. Ils allaient l\u2019extrader, mais ils se sont aper\u00e7us qu\u2019il \u00e9tait recherch\u00e9 depuis dix ans pour un trafic de drogue dans le Yucatan. Ils ont donc d\u00e9cid\u00e9 de le garder jusqu\u2019\u00e0 \u00e9claircissement complet de l\u2019affaire. Il y a des gens qui font en sorte que \u00e7a prenne un peu de temps. Collinson est maintenant \u00e0 Chetumal, dans une charmante petite prison mexicaine. D\u2019apr\u00e8s mes informateurs, il n\u2019en sortira pas avant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, s\u2019il en sort vivant. Voil\u00e0 pour Collinson. Plus rien \u00e0 craindre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Merci pour le pronostic, \u00e7a fait plaisir. Mais tu m\u2019as quand m\u00eame fait porter le chapeau. Je risque toujours d\u2019aller en prison \u00e0 ta place et je ne peux pas retourner \u00e0 Los Angeles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Plus maintenant. Quand ils ont appris que Collinson \u00e9tait recherch\u00e9 pour trafic de drogue au Mexique, les huiles qui \u00e9taient mouill\u00e9es dans l\u2019affaire South Gate ont fait ce qu\u2019il fallait pour qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 et transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Chetumal, \u00e0 l\u2019autre bout du pays. Du coup, plus de Collinson, plus de t\u00e9moin, et plus de t\u00e9moin, plus d\u2019affaire. Le D.A. s\u2019est fait une raison. Il est pass\u00e9 \u00e0 autre chose. Tu peux rentrer quand tu veux\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons pass\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi et le d\u00e9but de la soir\u00e9e \u00e0 revivre l\u2019affaire Collinson en assurant \u00e0 Matt sa plus belle recette de la semaine. Plus la journ\u00e9e avan\u00e7ait, plus je sentais que le poids qui m\u2019oppressait depuis deux ans devenait l\u00e9ger. Vers 10 heures du soir, Al et moi sommes all\u00e9s manger un morceau \u00e0 Manhattan, l\u00e0 o\u00f9 vous pouvez laisser un cabriolet Mercedes plus de dix minutes sans qu\u2019il disparaisse. Vers 3 heures du matin, nous \u00e9tions les meilleurs amis du monde et nous nous jurions fid\u00e9lit\u00e9 dans une \u00e9locution p\u00e2teuse que nous seuls pouvions comprendre. A 6 heures du matin, nous \u00e9tions allong\u00e9s sur l\u2019herbe humide de Bryant Park, un peu dessoul\u00e9s par la fraicheur du matin. \u00c7a faisait bien une demi-heure que nous \u00e9coutions sans rien dire les bruits de la ville qui se r\u00e9veillait. Et puis\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ecoute, George, j\u2019ai bien r\u00e9fl\u00e9chi. Je te dois quelque chose. \u00c7a fait longtemps que j\u2019ai envie d\u2019ouvrir une agence \u00e0 Santa Barbara. Y a pas mal de fric \u00e0 ramasser l\u00e0-bas et je peux pas passer mon temps \u00e0 faire l\u2019aller-retour sur l\u2019US 101. Alors voil\u00e0, je t\u2019aide \u00e0 monter l\u2019agence Wheeler-Willoughby (c\u2019est mon nom\u00a0!), je te file mon carnet d\u2019adresse, tu te d\u00e9brouilles et tu me donnes 50% des honoraires. Y aura pas de probl\u00e8me pour toi \u00e0 Santa, tu as la classe et l\u2019\u00e9ducation pour traiter avec les rupins du coin. Moi, je pourrais pas. Mon terrain, c\u2019est le show business, la politique, pas les bourgeois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Qu\u2019est-ce que t\u2019en dis\u00a0? Je rentre \u00e0 L.A. en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi. Viens avec moi. On passe le week-end chez moi et on met tout \u00e7a au point. Qu\u2019est-ce que t\u2019en dis, hein ? Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;en dis ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis r\u00e9veill\u00e9 au moment o\u00f9 les roues du Boeing touchaient le b\u00e9ton de la piste de LAX. Dans la demi-torpeur du r\u00e9veil, j\u2019ai suivi Al jusqu\u2019aux bagages o\u00f9 il a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sa valise Vuitton, puis jusqu\u2019au parking o\u00f9 il m\u2019avait dit avoir laiss\u00e9 sa voiture. Nous nous sommes dirig\u00e9s vers une grosse berline Mercedes aux vitres fum\u00e9es. Il a ouvert le coffre pour y mettre sa valise, puis la porti\u00e8re arri\u00e8re pour y jeter son imperm\u00e9able.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cet instant que j&rsquo;ai vu Collinson, confortablement install\u00e9 sur la banquette, souriant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Bix, son \u00e9ternel gorille. C\u2019est presque en m\u00eame temps que j&rsquo;ai remarqu\u00e9 la batte de baseball pos\u00e9e sur le plancher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, George ! a dit Collinson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Fin<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la septi\u00e8me et derni\u00e8re version de cet exercice de style. Apr\u00e8s la version Proustienne, voici la version Chandlerienne, du moins je l\u2019esp\u00e8re. Le bon, la brute et les enfants Version 7-S\u00e9rie Noire Si vous n&rsquo;\u00eates jamais all\u00e9 dans le Bronx, continuez comme \u00e7a. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2740\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le bon, la brute et les enfants  (Version 7-S\u00e9rie Noire)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[2,15],"tags":[789,21,790],"class_list":["post-2740","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","category-themes","tag-bronx","tag-philippe","tag-santa-barbara"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2740\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}