{"id":2714,"date":"2015-01-17T07:46:13","date_gmt":"2015-01-17T05:46:13","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2714"},"modified":"2020-05-30T07:16:45","modified_gmt":"2020-05-30T05:16:45","slug":"lamour-qui-passe-suite-africaine-n7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2714","title":{"rendered":"Suite africaine n\u00b07 -L\u2019amour qui passe"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>1969<\/em><\/strong><br \/>\nMa mission au Tchad se termine. Un peu plus d&rsquo;un mois \u00e0 naviguer entre Fort-Lamy, Moundou et Fort-Archambault, je trouve que c&rsquo;est largement suffisant. J&rsquo;y ai pourtant v\u00e9cu quelques moments int\u00e9ressants : la chasse au phacoch\u00e8re au milieu des enfants cach\u00e9s par les broussailles, la prison sur la place principale de Moundou avec ses femmes et les bicyclettes enferm\u00e9es en plein air derri\u00e8re un triple rang de barbel\u00e9s, l&rsquo;h\u00f4tel de Fort-Archambault avec son m\u00e9nate siffleur de Marseillaises et ses hippopotames baillant devant la terrasse au milieu des pirogues sur le Chari, les crises vesp\u00e9rales de paludisme de mon chef de mission, debout dans sa toute petite piscine, un verre de whisky \u00e0 la main agit\u00e9 de tremblements continus pendant pr\u00e8s d&rsquo;une heure, l&rsquo;exp\u00e9dition au lac Tchad en Jeep Willys avec lui et la jeune ethnologue Fran\u00e7oise Claustre, un an ou deux avant son enl\u00e8vement par Hiss\u00e8ne Habr\u00e9, les deux petits lionceaux qu&rsquo;elle voulait passer en fraude \u00e0 son retour en France, le recrutement et la formation d&rsquo;une vingtaine de tchadiens pour une enqu\u00eate de transport pendant un an sur l&rsquo;ensemble du territoire&#8230;.Pour un premier s\u00e9jour en Afrique noire, tout \u00e7a a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t int\u00e9ressant.<br \/>\nMais j&rsquo;ai h\u00e2te de retrouver Paris. Pourtant, je ne vais pas rentrer directement; car j&rsquo;ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 Jean, mon oncle de Douala.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s t\u00f4t, Jean a \u00e9t\u00e9 pour moi une sorte de h\u00e9ros. Dans la famille, il b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;une r\u00e9putation m\u00e9lang\u00e9e et assez floue. H\u00e9ros de guerre, s\u00e9ducteur, gestionnaire peu d\u00e9licat, aventurier, g\u00e9n\u00e9reux, colonialiste, charmeur, myst\u00e9rieux, businessman, prodigue&#8230;tout pour plaire \u00e0 l&rsquo;enfant sage puis au raisonnable adolescent que j&rsquo;\u00e9tais. Je me souviens de ses retours d&rsquo;Afrique avec ses arriv\u00e9es tonitruantes en Facel V\u00e9ga, ses cadeaux d\u00e9mesur\u00e9s, sa bonne humeur perp\u00e9tuelle et ses blagues africaines. Arriv\u00e9 \u00e0 Douala apr\u00e8s quelques aventures plus ou moins myst\u00e9rieuses, il avait cr\u00e9\u00e9 une exploitation foresti\u00e8re du cot\u00e9 de Kribi, la Soci\u00e9t\u00e9 Camerounaise de l\u2019Azob\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 Jean et, bien s\u00fbr, il m&rsquo;a invit\u00e9 \u00e0 passer quelques jours chez lui et, naturellement, je n&rsquo;ai pas r\u00e9sist\u00e9 longtemps \u00e0 son invitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;avion qui effectue deux fois par semaine la liaison Fort-Lamy &#8211; Douala est un vieux bi-moteur DC3 construit pendant la seconde guerre mondiale. On l&rsquo;appelle l&rsquo;avion laitier, sans doute parce qu&rsquo;il s&rsquo;arr\u00eate partout. Le parcours d&rsquo;un peu plus de 1600 km, Fort-Lamy &#8211; Maroua &#8211; Garoua &#8211; Ngaoundere &#8211; Yaound\u00e9 &#8211; Douala, lui prend toute la journ\u00e9e.<br \/>\nLa premi\u00e8re chose qui surprend quand on monte dans l&rsquo;avion laitier, c&rsquo;est la pr\u00e9sence des gros quartiers de viande qui pendent du plafond de la carlingue. Il faut les \u00e9carter pour avancer vers le fond de l&rsquo;appareil o\u00f9 se trouvent les places r\u00e9serv\u00e9es aux passagers. La deuxi\u00e8me chose surprenante, c&rsquo;est la forte pente de l&rsquo;all\u00e9e centrale qui vous fait d\u00e9valer vers votre si\u00e8ge. Enfin, votre si\u00e8ge lui-m\u00eame vous surprend \u00e0 son tour : il a l&rsquo;air d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur une 2cv des ann\u00e9es cinquante.<br \/>\nLe moteur droit cafouille un temps, l\u00e2che un petit nuage noir, puis s&#8217;emballe en chassant vers l&rsquo;arri\u00e8re des panaches de fum\u00e9es bleues. Le moteur gauche d\u00e9marre plus facilement. Le bruit est infernal. La carlingue tremble. L&rsquo;avion pivote sur place et roule vers la piste derri\u00e8re un Boeing 707 d&rsquo;UTA qui rentre sur Paris. Le DC3 attend son tour en vibrant. Sur un signe invisible, il reprend sa course vers le bout de la piste d&rsquo;envol, acc\u00e9l\u00e8re dans le virage et d\u00e9colle lentement. Je regarde vers le bas et je reconnais la case du chef de mission avec sa Jeep et sa petite piscine carr\u00e9e. La ville dispara\u00eet rapidement sous l&rsquo;aile droite. Elle laisse la place \u00e0 la terre ocre, parsem\u00e9e d&rsquo;arbustes et de petites cases, stri\u00e9e de sentiers en tous sens. L&rsquo;ombre de l&rsquo;avion traverse le fleuve : nous sommes au Cameroun. Terre ocre, arbustes, cases, sentiers&#8230;<br \/>\nLe vol se passe sans encombre, dans les odeurs m\u00e9lang\u00e9es de viande, d&rsquo;essence et de gaz d&rsquo;\u00e9chappement. Pas de service \u00e0 bord, bien sur, mais j&rsquo;arrive \u00e0 manger quelque chose dans l&rsquo;a\u00e9rogare de la capitale, Yaound\u00e9.<br \/>\n\u00c0 Douala, pour parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;a\u00e9rogare, le petit avion zig-zague entre les Caravelles, les DC6 et les Boeing 707 d&rsquo;UTA, Air Afrique, Lufthansa&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean est l\u00e0, \u00e0 la descente de l&rsquo;avion, souriant, joyeux, volubile, superbe, Jean. Il est accompagn\u00e9 du chef d&rsquo;escale. Nous traversons les contr\u00f4les de police et de douane avec un simple petit signe de t\u00eate aux fonctionnaires. Quand nous arrivons \u00e0 sa voiture, il a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 une dizaine de connaissances, noirs ou blancs, avec lesquels il a plaisant\u00e9 ou \u00e9chang\u00e9 quelques mots.<br \/>\nIl m&#8217;emm\u00e8ne directement aux Cocotiers, le seul h\u00f4tel de luxe de la ville. Je prendrai une douche et il viendra me rechercher pour diner \u00ab\u00a0\u00e0 la case\u00a0\u00bb avec sa deuxi\u00e8me \u00e9pouse, Mich\u00e8le, que je connais \u00e0 peine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mich\u00e8le me vouvoie. C&rsquo;est une belle femme, sophistiqu\u00e9e et froide. Elle s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00eatre aimable avec moi, de me faire parler et de me mettre en valeur, mais elle para\u00eet mal \u00e0 l&rsquo;aise. Visiblement, elle n&rsquo;aime pas l&rsquo;Afrique et se plaint beaucoup des conditions de vie \u00e0 Douala. Elle parle souvent de la belle \u00e9poque, de sa belle \u00e9poque, \u00e0 Saint-Germain des Pr\u00e9s. Jean plaisante continuellement, peut \u00eatre pour dissiper une certaine tension et la g\u00eane qui s&rsquo;ensuit.<br \/>\nLe repas termin\u00e9, Jean d\u00e9cide d&rsquo;aller prendre un verre dans une bo\u00eete de nuit. Mich\u00e8le ren\u00e2cle un peu, mais finit par c\u00e9der pour ne pas para\u00eetre g\u00e2cher la soir\u00e9e.<br \/>\nJean semble aussi connu dans la bo\u00eete que dans l&rsquo;a\u00e9roport. La client\u00e8le est m\u00e9lang\u00e9e, noirs et blancs, et beaucoup viennent lui dire bonjour. Mich\u00e8le a les l\u00e8vres serr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean d\u00e9cide de rentrer de bonne heure car, dit-il, nous partirons pour Kribi aux aurores demain matin. Il n&rsquo;est pas encore minuit, mais ma journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 longue depuis Fort-Lamy, et je suis content de rentrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel. Au moment o\u00f9 je vais me coucher, on frappe \u00e0 la porte.<br \/>\n&#8211; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est?<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est l&rsquo;amour qui passe, patron!<br \/>\nC\u2019est une des filles qui font les cents pas &#8211; si j\u2019ose dire &#8211; en mobylette devant l\u2019h\u00f4tel, qui a vu la lumi\u00e8re de ma chambre s\u2019allumer et qui tente sa chance\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<span style=\"color: #000080;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0(\u00e0 suivre)<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1969 Ma mission au Tchad se termine. 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