{"id":26785,"date":"2020-12-04T07:47:17","date_gmt":"2020-12-04T06:47:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26785"},"modified":"2020-12-06T08:50:45","modified_gmt":"2020-12-06T07:50:45","slug":"26785","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26785","title":{"rendered":"Le m\u00e9canisme d&rsquo;Anticyth\u00e8re &#8211; Chapitre 9"},"content":{"rendered":"<p><strong>Chapitre 9 &#8211; Seirina<\/strong><br \/>\n<em>Printemps 1902\u00a0 <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-27014\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-21-a-10.41.18-150x146.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"146\" \/>Il \u00e9tait \u00e0 peine minuit, ce samedi soir au <em>To Doxeio.<\/em> Il faisait de plus en plus chaud dans le cabaret o\u00f9 les bouzoukis jouaient depuis plus d\u2019une heure. Quatre hommes dansaient au milieu des tables en se tenant par les \u00e9paules et en regardant le sol. Petit \u00e0 petit, le rythme se fit plus rapide et la musique plus forte. Quelques femmes rejoignirent les danseurs sur la piste. Une premi\u00e8re assiette vint se briser sur le sol au milieu d\u2019eux. Ce fut le signal\u00a0et tout le monde se mit \u00e0 projeter violemment \u00e0 terre tout ce qui pouvait se casser\u00a0: plats, carafes, assiettes, verres. La salle \u00e9tait maintenant remplie de cris, de fum\u00e9es, de chants, d\u2019\u00e9clats de fa\u00efence, de lourde musique, de rires, et de vapeurs de vin renvers\u00e9. Au milieu de cette folie, un vieux serveur passait entre les danseurs et balayait les d\u00e9bris, calmement, comme <!--more-->s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 seul dans une salle d\u00e9serte et silencieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le rythme atteignit une cadence infernale que plus personne ne pouvait suivre, la musique s\u2019arr\u00eata brutalement. Apr\u00e8s un instant d&rsquo;h\u00e9sitation, quelques rires et quelques applaudissements, les danseurs rejoignirent leurs tables en s\u2019essuyant le front et en d\u00e9collant de leurs poitrines leurs chemises tremp\u00e9es de sueur. C\u2019est alors que Timothy Grantham entra dans la salle. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de Valerios Doxiadis, l\u2019un de ses coll\u00e8gues du Mus\u00e9e d\u2019Arch\u00e9ologie, mais Seirina ne vit que lui. Sa taille, sa fine moustache, ses longs cheveux blonds le rendaient d\u00e9j\u00e0 unique parmi tous les hommes pr\u00e9sents ce soir-l\u00e0 dans le cabaret. Son pantalon beige rentr\u00e9 dans de hautes bottes de cuir fauve, sa redingote marron fonc\u00e9 port\u00e9e sur un gilet chin\u00e9, sa chemise blanche \u00e0 col haut, sa canne et le chapeau de chasse qu\u2019il tenait \u00e0 la main firent qu\u2019elle, la fille facile de Plaka, elle le prit pour un prince. Elle le regarda s\u2019installer \u00e0 la meilleure table que le patron venait de d\u00e9gager pour les deux arrivants de marque. Puis elle sortit dans la rue, marcha quelques instants pour se rafraichir et reprendre un teint moins vif, arrangea ses cheveux, et remit son corsage en place. Elle \u00e9tait pr\u00eate. Elle rentra dans la salle, saisit au passage une carafe d\u2019eau et se dirigea droit vers la table de Timothy. Arriv\u00e9e \u00e0 un m\u00e8tre de lui, elle tr\u00e9bucha et renversa la cruche sur la veste de l\u2019anglais en s\u2019affalant sur ses genoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une semaine plus tard, elle s\u2019installait chez lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait un peu plus d\u2019un an avant cette soir\u00e9e au <em>Doxeio<\/em> que Timothy Grantham avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait temps pour lui de quitter le Megali Britannia. Ce n\u2019\u00e9tait pas le prix du palace et de son merveilleux confort \u00e0 l\u2019anglaise qui l\u2019avait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 s\u2019en aller, car sa fortune \u00e9tait toujours imposante. Elle croissait m\u00eame chaque jour gr\u00e2ce \u00e0 la gestion audacieuse du cabinet Johnson, Johnson and Johnson, qui, par suite du d\u00e9c\u00e8s du fondateur et de l\u2019entr\u00e9e d\u2019un nouvel associ\u00e9 \u00e9tait devenu le Cabinet Johnson, Johnson and Schrameck. Non, l\u2019argent n\u2019avait rien \u00e0 voir dans cette d\u00e9cision. En r\u00e9alit\u00e9, le jeune chercheur en arch\u00e9ologie avait besoin d\u2019espace et de discr\u00e9tion, toutes choses que l\u2019H\u00f4tel de Grande-Bretagne ne pouvait lui offrir qu\u2019en quantit\u00e9 limit\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son incroyable achat dans le port de Nauplie, Timothy avait h\u00e9sit\u00e9 une partie de la nuit entre garder l\u2019astrolabe pour lui tout seul ou l\u2019exhiber \u00e0 ses coll\u00e8gues d\u00e8s le lendemain matin. S\u2019il gardait l\u2019instrument, il pourrait mener ses recherches comme il l\u2019entendrait et acqu\u00e9rir peut-\u00eatre un jour une gloire personnelle immense. Oui, mais il r\u00e9colterait en m\u00eame temps un opprobre g\u00e9n\u00e9ral et probablement d\u00e9finitif de la part du monde scientifique. S\u2019il rendait public son achat, il devrait remettre imm\u00e9diatement l\u2019objet au mus\u00e9e et ne serait plus maitre des recherches qui suivraient.\u00a0 Oui, mais il serait congratul\u00e9 pour sa trouvaille et sa rigueur morale. Il r\u00e9fl\u00e9chit longuement et finit par se dire que, puisqu\u2019on \u00e9tait en Gr\u00e8ce, pays des compromis subtils et des d\u00e9licates pr\u00e9varications, il trouverait toujours un arrangement pour se faire nommer responsable de la future \u00e9quipe de recherche sur l\u2019astrolabe, en tant que premier d\u00e9couvreur de l\u2019objet et chercheur aux moyens financiers personnels illimit\u00e9s. Il choisit donc d\u2019\u00eatre honn\u00eate et annon\u00e7a sa d\u00e9couverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fut tout naturellement nomm\u00e9 Directeur des recherches sur l\u2019astrolabe d\u2019Anticyth\u00e8re. Il \u00e9tablit alors un programme qui d\u00e9montrait qu\u2019il n\u2019avait aucun besoin d\u2019assistant et commen\u00e7a \u00e0 travailler dans l\u2019un des ateliers du mus\u00e9e. Le local \u00e9tait inconfortable et mal pratique. Situ\u00e9 en sous-sol, il ne prenait la lumi\u00e8re que par un petit soupirail. Il y faisait froid en hiver et \u00e9touffant en \u00e9t\u00e9. Moyennant une nouvelle donation, Timothy obtint l\u2019autorisation de cr\u00e9er, \u00e0 ses frais, un atelier \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du mus\u00e9e. Il trouva facilement une grande maison \u00e0 louer \u00e0 mi-hauteur du Lycabette. Il installa son logement au premier \u00e9tage et son grand bureau-laboratoire au second. Pour pouvoir enfin travailler dans de bonnes conditions, il ne lui restait plus qu\u2019\u00e0 engager un couple de domestiques qu\u2019il pourrait loger au rez-de-chauss\u00e9e, sous la terrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son laboratoire est maintenant bien install\u00e9, bien \u00e9quip\u00e9. Il est m\u00eame confortable, de ce confort britannique feutr\u00e9 o\u00f9 un grand canap\u00e9 Chesterfield tout neuf voisine avec un secr\u00e9taire Regency ou une table Chippendale sur lesquels sont pos\u00e9s quelques appareils scientifiques rutilants de cuivre et de verre. Pourtant, les recherches de Timothy n\u2019avancent pas. Impressionn\u00e9 par l\u2019importance de ce qu\u2019il pressent, il h\u00e9site \u00e0 se lancer et se complait dans des travaux pr\u00e9paratoires. Il a commenc\u00e9 par faire venir de Londres deux de ces appareils photographiques que les successeurs de feu William Talbot ont lanc\u00e9 en concurrence de ceux de Monsieur Daguerre. Depuis que les deux boites noires sont arriv\u00e9es, il s\u2019exerce \u00e0 photographier les objets de son laboratoire sous tous les angles et dans toutes les conditions de lumi\u00e8re possibles. Il se rend aussi tr\u00e8s souvent dans les petites boutiques obscures de Plaka ou du Pir\u00e9e pour y trouver des vieux objets rouill\u00e9s sur lesquels il exp\u00e9rimente des techniques de nettoyages m\u00e9caniques et chimiques. En dehors de ces travaux pratiques, il tourne autour de <em>sa<\/em> machine et prend des multitudes de notes, de croquis et de clich\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pendant ce temps, Seirina s&rsquo;ennuie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-26194\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux-960x509.png\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux-960x509.png 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux-300x159.png 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux-768x408.png 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux-1536x815.png 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Carte-des-lieux.png 1681w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 9 &#8211; Seirina Printemps 1902\u00a0 Il \u00e9tait \u00e0 peine minuit, ce samedi soir au To Doxeio. 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