{"id":26778,"date":"2020-11-30T16:47:18","date_gmt":"2020-11-30T15:47:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26778"},"modified":"2023-04-17T07:16:25","modified_gmt":"2023-04-17T05:16:25","slug":"retour-de-campagne-n-bouvard-et-pecuchet-suitefin-par-philippe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26778","title":{"rendered":"Retour de Campagne (28) &#8211; Bouvard et P\u00e9cuchet -SUITE&#038;FIN par Philippe"},"content":{"rendered":"<p><strong>Retour de Campagne n\u00b028<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Bouvard et P\u00e9cuchet<br \/>\nSUITE&amp;FIN selon Philippe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Comme il faisait une chaleur de 33 degr\u00e9s, le boulevard Bourdon se trouvait absolument d\u00e9sert.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Plus bas le canal Saint-Martin, ferm\u00e9 par les deux \u00e9cluses \u00e9talait en ligne droite son eau couleur d&rsquo;encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Au-del\u00e0 du canal, entre les maisons que s\u00e9parent des chantiers le grand ciel pur se d\u00e9coupait en plaques d&rsquo;outremer, et sous la r\u00e9verb\u00e9ration du soleil, les fa\u00e7ades blanches, les toits d&rsquo;ardoises, les quais de granit \u00e9blouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l&rsquo;atmosph\u00e8re ti\u00e8de ; et tout\u00a0semblait engourdi par le d\u00e9s\u0153uvrement du dimanche et la tristesse des jours d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Deux hommes parurent.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le premier, mince et de haute stature, presque d\u00e9gingand\u00e9, portait une chemise blanche sans col qui blousait sur un \u00e9troit pantalon de toile noire. Nu t\u00eate, sa redingote de laine gris souris rejet\u00e9e sur son \u00e9paule, \u00e0 longs pas nonchalants il se dirigeait vers la Place de la Bastille tout en s\u2019\u00e9ventant de son chapeau melon.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le deuxi\u00e8me \u00e9tait plut\u00f4t petit et tout rond. Il \u00e9tait v\u00eatu d\u2019un pantalon de golf et d\u2019un gilet taill\u00e9s dans un m\u00eame tissu \u00e9cossais. Son veston, assorti, \u00e9tait pli\u00e9 sur son bras gauche tandis que, de sa casquette <!--more-->\u00e9galement \u00e9cossaise, il s\u2019\u00e9pongeait le front tous les trois pas, il marchait vite en direction de la Seine.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Assis sur mon banc, je me disais que ce serait int\u00e9ressant si ces deux-l\u00e0, dans quelques instants, quand il se croiseraient, se consid\u00e9raient, s\u2019arr\u00eataient et s\u2019adressaient la parole. Ils commenceraient par parler du temps, de la chaleur, in\u00e9vitablement, et, bient\u00f4t, une sympathie na\u00eetrait entre eux. Ils iraient s\u2019asseoir au bord du canal ou, mieux, \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 de la Bastille et l\u00e0, ils feraient connaissance. Ils se trouveraient des go\u00fbts communs, la bicyclette, les omelettes aux champignons, ou la science&#8230; Tiens oui, la science ! Et rapidement, une amiti\u00e9 s&rsquo;installerait, et pourquoi pas, ils d\u00e9cideraient de se retirer, ensemble, \u00e0 la campagne pour apprendre et mettre en pratique tout ce que la science pourrait avoir \u00e0 leur offrir.\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J\u2019\u00e9crirais cela sur un mode plut\u00f4t comique&#8230; ou ironique alors&#8230; oui, ironique&#8230; \u00c7a pourrait donner quelque chose d\u2019amusant.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mais les voil\u00e0 qui se croisent, mes deux bonshommes, sans m\u00eame se voir, tant l\u2019un parait press\u00e9 de se rendre \u00e0 la Gare d\u2019Austerlitz pour attraper le train d\u2019Orl\u00e9ans, tant l\u2019autre est plong\u00e9 dans le d\u00e9compte du nombre de platanes qu\u2019il a d\u00e9pass\u00e9 depuis le d\u00e9but du boulevard.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Dommage, \u00e7\u2019aurait pu donner quelque chose d&rsquo;amusant. Enfin&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mais voici qu\u2019une jeune femme s&rsquo;est assise sur le banc qui fait face au mien. Ses cheveux\u00a0chatains fort\u00a0tir\u00e9s\u00a0en arri\u00e8re, sa robe de dentelle noire, le ch\u00e2le bordeaux hors saison qu\u2019elle porte sur les \u00e9paules, tout la dit provinciale,\u00a0irr\u00e9m\u00e9diablement provinciale. Mais elle est jolie sous son ombrelle dont elle joue impatiemment en regardant \u00e0 droite et \u00e0 gauche. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Elle doit attendre quelqu\u2019un, son mari sans doute \u2014 car elle est mari\u00e9e, c\u2019est certain. Elle l\u2019a accompagn\u00e9\u00a0\u00e0 Paris, ce rustre \u2014 car c&rsquo;en est un \u2014, et tandis qu\u2019au Caf\u00e9 Fran\u00e7ais, il s\u2019empiffre au banquet de cl\u00f4ture du Congr\u00e8s des Pharmaciens de Haute Auvergne, elle s\u2019est promen\u00e9e, seule, dans la ville dont elle r\u00eave depuis toujours. Le parvis de Notre-Dame, les quais, l\u2019\u00eele Saint-Louis&#8230; Quand elle est descendue au bord du fleuve, elle a esp\u00e9r\u00e9, mais sans y croire vraiment, une rencontre romantique. Tandis qu\u2019elle \u00e9mietterait sa madeleine au profit d\u2019un cygne majestueux, un homme en chemise \u00e0 jabot l\u2019aborderait galamment et l\u2019emm\u00e8nerait prendre le th\u00e9 dans un endroit \u00e0 la mode. Et apr\u00e8s&#8230; Ah ! apr\u00e8s&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ce qu\u2019elle doit s\u2019ennuyer, cette jolie jeune femme, dans sa bourgade auvergnate, avec ce mari qui se goberge dans les congr\u00e8s et qui la laisse, seule, errer dans Paris ! <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cela aussi pourrait donner quelque chose d\u2019int\u00e9ressant. Peut-\u00eatre pas dans le genre comique, non&#8230; Plut\u00f4t dans le genre tragique&#8230; non, r\u00e9aliste&#8230; c\u2019est cela, r\u00e9aliste. Et puis, pas en Auvergne. C\u2019est trop loin, l&rsquo;Auvergne, pour aller y prendre des notes. En Normandie plut\u00f4t&#8230; je la connais bien, la Normandie, c\u2019est joli&#8230; Et puis il pleut souvent, c\u2019est nostalgique, \u00e7a porte plus facilement \u00e0 la neurasth\u00e9nie&#8230; Allez, c\u2019est dit&#8230; la Normandie.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour de Campagne n\u00b028 Bouvard et P\u00e9cuchet SUITE&amp;FIN selon Philippe Comme il faisait une chaleur de 33 degr\u00e9s, le boulevard Bourdon se trouvait absolument d\u00e9sert. Plus bas le canal Saint-Martin, ferm\u00e9 par les deux \u00e9cluses \u00e9talait en ligne droite son eau couleur d&rsquo;encre. 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