{"id":26366,"date":"2020-12-15T07:47:54","date_gmt":"2020-12-15T06:47:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26366"},"modified":"2020-12-15T18:40:42","modified_gmt":"2020-12-15T17:40:42","slug":"critique-aisee-n207-croquis-de-memoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=26366","title":{"rendered":"Croquis de m\u00e9moire &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0209"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0209\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Croquis de m\u00e9moire<\/strong><br \/>\n<em>Jean Cau &#8211; 1985 &#8211; La Table Ronde &#8211; 332 pages <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dr\u00f4le de type que ce Jean Cau.<br \/>\nIl est de la g\u00e9n\u00e9ration qui a eu vingt ans \u00e0 la Lib\u00e9ration. Pas grand chose de commun avec la mienne, donc. Pendant toute ma jeunesse et une bonne partie de mon \u00e2ge adulte (Jean Cau est mort en 1993), il \u00e9tait pour moi comme l\u2019<em>homme des piscines<\/em> de Modiano, celui que l\u2019on voit partout, sur toutes les photos, dans tous les salons, mais dont on ne sait pas tr\u00e8s bien qui il est ni ce qu\u2019il fait l\u00e0. Je comprenais petit \u00e0 petit <!--more--><\/p>\n<p>qu\u2019il avait fait de brillantes <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-26365\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-230x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-230x300.jpeg 230w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-737x960.jpeg 737w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-768x1000.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-1179x1536.jpeg 1179w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-1572x2048.jpeg 1572w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG_9018-scaled.jpeg 1966w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/>\u00e9tudes et qu\u2019il avait travaill\u00e9 quelques ann\u00e9es pour Jean-Paul Sartre. Cette derni\u00e8re pr\u00e9cision suffisait pour moi \u00e0 le classer dans les embobin\u00e9s ou les embobineurs, donc de toute fa\u00e7on dans les infr\u00e9quentables. Et puis, petit \u00e0 petit, la gauche omnipr\u00e9sente et sacr\u00e9e des ann\u00e9es 60 s\u2019est mise \u00e0 parler de lui comme d\u2019un personnage qui,\u00a0 comme disait Sartre de ceux qui s\u2019\u00e9cartaient de son dogme, <em>filait un mauvais coton<\/em>. En peu de temps et peu d\u2019articles, car apr\u00e8s son beau Goncourt de 1961 il \u00e9tait devenu surtout journaliste, il est pass\u00e9 au stade de tra\u00eetre, tra\u00eetre \u00e0 sa cause, \u00e0 ses amis, \u00e0 l\u2019intelligence, \u00e0 l\u2019intelligentsia \u2014 car \u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose. \u00c7a me le rendait plus sympathique, moi qui luttais en toute modestie et toute clandestinit\u00e9 contre les pantoufles intellectuelles des lecteurs du Monde. Plus sympathique, Cau, mais pas plus proche. Trop brillant, trop intellectuel, trop branch\u00e9 \u2014 si, si, branch\u00e9 ! il a vraiment rencontr\u00e9 tout le monde \u2014\u00a0 pour tout dire trop Saint Germain des Pr\u00e9s (dont il a dit plus tard que c\u2019\u00e9tait une pure invention des m\u00e9dias).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ceci pour dire que je n\u2019avais rien lu de Jean Cau. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un ami, qui bien s\u00fbr se reconna\u00eetra, me recommande plusieurs fois les portraits dress\u00e9s par Jean Cau.\u00a0 Constatant que ses recommandations n\u2019\u00e9taient pas suivies d\u2019effet, cet ami est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 m\u2019offrir ce petit recueil, <em>Croquis de m\u00e9moire<\/em>. Je l\u2019ai lu, cet opuscule, presque en entier. Seulement presque en entier ? Ben, oui. J\u2019en garde pour plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon. Voil\u00e0 mes impressions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, \u00e7a manque d\u2019une bonne intrigue. D\u2019accord, c\u2019est une s\u00e9rie de portraits, mais quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, il faut avouer que c\u2019est du beau style. Un peu trop m\u00eame, du beau style comme on en fait plus beaucoup depuis que Balzac a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus \u00e9crire. Chez Cau, la m\u00e9taphore est \u00e0 toutes les pages et elle est fil\u00e9e jusqu\u2019au bout. Le vocabulaire est riche, normalien. L\u2019adjectif est abondant et la d\u00e9clinaison fr\u00e9quente. Ce n\u2019est pas d\u00e9sagr\u00e9able, mais c\u2019est heureux que l\u2019on puisse respirer un peu entre deux croquis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis aussi, il faut dire que Cau ne se prend pas pour la moiti\u00e9 d\u2019un confetti, malgr\u00e9 quelques protestations \u00e9pisodiques de modestie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci dit, les portraits sont (rarement) amicaux, ou ( fr\u00e9quemment) vaches ou (parfois) m\u00e9prisants, mais (toujours) int\u00e9ressants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a pourtant quelques exceptions, notamment avec le portrait de Camus qui est particuli\u00e8rement d\u00e9cevant par sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, probablement\u00a0 influenc\u00e9 par l\u2019\u00e9norme pr\u00e9sence de Sartre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyez comment se termine le portrait\u00a0 de Mitterrand :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>(&#8230;) tout cela explique, lorsque j\u2019aper\u00e7ois, sur un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision, M.Mitterrand d\u00e9ambuler, raide, et rose \u00e0 la main, dans la crypte du Panth\u00e9on, escalader le caillou de Solutr\u00e9, m\u00e9diter bucoliquement dans son Arcadie de Latch\u00e9, passer en revue les troupes lors du 14 juillet ou s\u2019adresser, du haut du pinacle \u00e9lys\u00e9en, \u00ab\u00a0\u00e0 tous les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, tout cela explique pourquoi le voici en malaise et en recul. Il y a, \u00e0 mes yeux, dans le fond du paysage sur lequel il s\u2019autodessine, trop de nuit, de gris, de teintes pass\u00e9es, de perspectives trop fuyantes, l\u00e0-bas ; il y a trop de \u00ab\u00a0sfumato\u00a0\u00bb, obtenu \u00e0 l\u2019estompe. Je regarde et bient\u00f4t mes l\u00e8vres produisent un murmure et ce murmure dit : \u00ab\u00a0Comment est-il possible que Fran\u00e7ois Mitterrand soit pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ?\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Pompidou, c\u2019est plus gentil. C\u2019est m\u00eame affectueux. Un peu m\u00e9prisant, mais affectueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>(&#8230;) Il n\u2019\u00e9tait pas, c\u2019est un \u00e9loge, tr\u00e8s intelligent. Il ne pensait vite qu\u2019au terme d\u2019une r\u00e9flexion et toutes ses d\u00e9cisions \u00e9taient d\u2019abord des jugements. Il se surveillait car, se sachant parvenu, ce n\u2019est pas un bl\u00e2me, il se souvenait d\u2019anciennes ivresses qui avaient \u00e9t\u00e9 les siennes lorsqu\u2019il mesurait, de Montboudif aux salons rothschildiens, le chemin parcouru. Je me demandais parfois s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas, profond\u00e9ment, d\u2019ossature conservatrice et ne se disait pas : \u00ab\u00a0Pourquoi changer un monde o\u00f9 j\u2019ai si bien r\u00e9ussi ? Il \u00e9tait bon, ce monde, et ma vie le prouve.\u00a0\u00bb Mais en m\u00eame temps, une inqui\u00e9tude le visitait qui lui venait de ses jeunesses normaliennes. Du coup, en alibi frondeur, il aimait l\u2019art moderne. \u00ab\u00a0Moi, conservateur, alors que j\u2019aime Mondrian ?\u00a0\u00bb Je pensais \u00e0 un ch\u00eane sur lequel on aurait greff\u00e9 des rameaux incongrus et qui, au lieu de glands, aurait port\u00e9 des montres molles.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui de Giscard d\u2019Estaing est terrible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>(<span style=\"color: #0000ff;\">&#8230;) On a dit grand oiseau, ordinateur mont\u00e9 sur \u00e9chasses, \u00ab\u00a0magnifique Insecte, mais qui n\u2019a pas d\u2019antennes\u00a0\u00bb (Alexandre Sanguinetti), surdou\u00e9 ayant une case de trop, etc. On a tout dit, sauf qu\u2019il \u00e9tait physiQuement trop propre et croyait qu\u2019il entra\u00eenerait la France derri\u00e8re lui en laissant, dans son \u00e9l\u00e9gant sillage, un parfum d\u00e9licat de savonnette. C\u2019\u00e9tait oublier que les peuples, comme les chiens, aiment l\u2019odeur de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et m\u00eame troubles et d\u2019aventurier, celles que d\u00e9gagera Mitterrand.<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui de Boris Vian, lapidaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>(&#8230;) Ce cher Boris Vian que sa gloire posthume eut stup\u00e9fait. Et rien qu\u2019une trompinette.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis viennent Cocteau, Marie Bell, longs portraits amicaux qu\u2019il faut lire en entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cocteau : <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00ab\u00a0Tu comprends, mon ch\u00e9ri&#8230;\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Ce qui est tr\u00e8s dr\u00f4le, mon ch\u00e9ri&#8230;\u00a0\u00bb La terre \u00e9tait tout enti\u00e8re peupl\u00e9e de \u00ab\u00a0ch\u00e9ris\u00a0\u00bb aux ailes greff\u00e9es &#8211; \u00e0 la cire par Cocteau et tous les interlocuteurs, du jeune homme \u00e0 l\u2019ami en passant par la simple connaissance, devenaient des anges. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s agr\u00e9able.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marie Bell : <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Diva. D\u00e9esse. Grande ex-Fatale. Myope et souvent les yeux se plissent pour que le regard vous dessine. Une main qui serait moins belle si ne la terminaient pas de magnifiques griffes, longues, courbes et luisantes, avec lesquelles elle a d\u00fb d\u00e9chirer des hommes et la vie &#8211; et des femmes &#8211; porte aux l\u00e8vres minces une cigarette qui donne \u00e0 cette reine un air canaille de courtisane 1925 attendant que saute le bouchon de la bouteille de champagne offerte par le \u00ab\u00a0riche Argentin\u00a0\u00bb pendant que l\u2019orchestre joue un black-bottom.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le portrait de Sartre, qui termine le recueil, est fait de petite touches humanistes, admiratives sans idol\u00e2trie, amicales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dr\u00f4le de type que ce Jean Cau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0209\u00a0\u00a0 Croquis de m\u00e9moire Jean Cau &#8211; 1985 &#8211; La Table Ronde &#8211; 332 pages Dr\u00f4le de type que ce Jean Cau. 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