{"id":2566,"date":"2014-12-21T07:12:33","date_gmt":"2014-12-21T05:12:33","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2566"},"modified":"2021-02-25T11:15:20","modified_gmt":"2021-02-25T10:15:20","slug":"boris-mikhail-spitz-et-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2566","title":{"rendered":"Boris, Mikha\u00efl, Spitz et moi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Je m&rsquo;arrange avec mes souvenirs en trichant comme il faut.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Louis-Ferdinand C\u00e9line<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Spitz et moi, nous venions de passer huit jours dans ce grand complexe p\u00e9trochimique de la PSSP \u00e0 Rovno. Sur le plan technique, cela avait \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t int\u00e9ressant et pas facile tous les jours. Pas facile, tout d\u2019abord parce que nous avions d\u00e9couvert les preuves que la majeure partie des gros probl\u00e8mes d&rsquo;exploitation de cette usine provenait des exploitants eux-m\u00eames et non des constructeurs franco-allemands comme les Russes le pr\u00e9tendaient pour r\u00e9clamer des millions de dollars d&rsquo;indemnit\u00e9. De plus, qu&rsquo;il y ait eu un peu de dessous de table \u00e0 la passation des march\u00e9s n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 pour nous \u00e9tonner. \u00c7a n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 facile non plus \u00e0 cause des lourdeurs de l&rsquo;administration et de la crainte permanente de chaque administratif, ouvrier, technicien ou ing\u00e9nieur devant toute autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, ce qui avait rendu chaque \u00e9tape lente, laborieuse et parfois p\u00e9nible. Pourtant, il \u00e9tait arriv\u00e9 parfois que ce soit dr\u00f4le. Dr\u00f4le quand, une fois devant l\u2019\u00e9norme r\u00e9servoir d\u2019acide super-phosphorique dont nous devions expertiser l\u2019int\u00e9rieur de fond en comble, nous avions constat\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 vid\u00e9, faute de consigne de la direction. Dr\u00f4le aussi quand, \u00e9puis\u00e9s et affal\u00e9s dans le minibus \u00e0 l\u2019arr\u00eat qui devait nous ramener en fin de journ\u00e9e \u00e0 notre h\u00f4tel en ville, nous avions pu observer pendant plus d\u2019une heure trois grosses femmes en bottes vider l\u2019eau du bassin d\u2019agr\u00e9ment de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019usine au moyen de trois seaux et de trois pelles plates. Dr\u00f4le enfin quand, un soir, au lieu de nous ramener en ville, le minibus nous avait conduits au milieu d\u2019une for\u00eat o\u00f9 nous attendait toute la direction du complexe autour d\u2019une grande table ronde install\u00e9e dans une clairi\u00e8re \u00e9clair\u00e9e par de grands feux de joie; nous y avions \u00e9t\u00e9 nourris l\u00e9g\u00e8rement de fromage et de concombres et abreuv\u00e9s abondamment de vodka ti\u00e8de servie dans des verres \u00e0 moutarde en portant des toasts \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 franco-russe jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on ne tienne plus debout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ces distractions, nous n&rsquo;\u00e9tions pas m\u00e9contents de rentrer en France et en particulier de laisser l\u00e0 Boris Grodsky. Boris \u00e9tait un petit bonhomme peu sympathique mais capable d\u2019absorber des quantit\u00e9s \u00e9tonnantes de champagne, de whisky et de vodka et ce, dans n\u2019importe quel ordre. Il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9p\u00each\u00e9 en tant qu\u2019ing\u00e9nieur m\u00e9canicien par la compagnie d\u2019assurance russe Black Sea pour participer \u00e0 notre expertise technique. Nous n&rsquo;avions pas mis longtemps \u00e0 d\u00e9couvrir que Boris n&rsquo;avait rien d&rsquo;un ing\u00e9nieur et qu&rsquo;il \u00e9tait plut\u00f4t charg\u00e9 de nous surveiller et de rapporter chacun de nos gestes \u00e0 des autorit\u00e9s dont nous soup\u00e7onnions l&rsquo;identit\u00e9. Bien entendu, nous lui avions cach\u00e9 nos d\u00e9couvertes, et nous r\u00e9servions soigneusement nos conclusions pour notre rapport qui serait r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autorisation promise de voyager par avion ne nous \u00e9tant jamais parvenue, notre retour \u00e9tait pr\u00e9vu en train. Comme pour l&rsquo;aller et sauf retard, le trajet prendrait environ vingt-quatre heures jusqu&rsquo;\u00e0 Moscou, un parcours de moins de 1200 kilom\u00e8tres \u00e0 travers le nord de l\u2019Ukraine et le sud de la Russie. Cette fois-ci, nous aurions la chance de b\u00e9n\u00e9ficier de ce que les gens de l\u00e0-bas appellent un \u00ab\u00a0train mou\u00a0\u00bb. Les trains de voyageurs \u00e9taient alors compos\u00e9s de wagon \u00ab\u00a0durs\u00a0\u00bb et de wagons \u00ab\u00a0mous\u00a0\u00bb. Les wagons durs n\u2019avaient pas de compartiments mais des dizaines de couchettes raides et \u00e9troites sans aucun cloisonnement. Beaucoup plus confortable, un wagon mou comportait une dizaine de compartiments \u00ab\u00a0de luxe\u00a0\u00bb pour voyageurs et une cabine pour l\u2019employ\u00e9 du wagon charg\u00e9 du service et de l\u2019in\u00e9vitable samovar. Le qualificatif \u00ab\u00a0de luxe\u00a0\u00bb \u00e9tait justifi\u00e9 par les sombres boiseries, les lampes art moderne, les miroirs biseaut\u00e9s et les coussins charg\u00e9s de passementeries des larges couchettes. Dans chaque wagon, il\u00a0y avait deux compartiments \u00e0 une place et huit compartiments \u00e0 deux places. C\u2019est dans l\u2019un de ces derniers que nous devions voyager.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Passer encore vingt-quatre heures avec Spitz dans un lieu aussi confin\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment pour m&rsquo;enchanter. Depuis une douzaine de jours, tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de Moscou, puis dans le train \u00e0 l&rsquo;aller et enfin le soir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de Rovno, nous avions \u00e9puis\u00e9 tout ce qu&rsquo;on peut se raconter comme banalit\u00e9s sur le m\u00e9tier, la mission, la Russie, la politique fran\u00e7aise (nous \u00e9tions \u00e0 la veille de la victoire de Mitterrand sur Giscard d\u2019Estaing), les vacances, enfin toutes ces choses dont deux hommes en voyage peuvent parler quand ils se sont d\u00e9couverts peu d&rsquo;affinit\u00e9s. A la fin de ce s\u00e9jour, nous n&rsquo;avions plus grand chose \u00e0 nous dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de voyageurs devaient embarquer \u00e0 Rovno, des paysans et des militaires principalement. Le quai \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 encombr\u00e9 de leurs parents, leurs amis, leurs voisins alors que le d\u00e9part ne devait se produire que dans plus d\u2019une demi-heure. Spitz \u00e9tait parti \u00e0 la recherche de cigares et j\u2019\u00e9tais mont\u00e9 seul dans le wagon. Depuis une fen\u00eatre du couloir, j\u2019observais tout ce monde en train de discuter, de s&#8217;embrasser, de rire ou de pleurer lorsqu&rsquo;un groupe d&rsquo;une dizaine de personnes en uniformes chamarr\u00e9s surgit du b\u00e2timent de la gare pour remonter vivement le long du quai en \u00e9cartant la foule. Quand ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 quelques m\u00e8tres du marchepied menant \u00e0 notre wagon, je vis qu\u2019au milieu d&rsquo;eux, il y avait un grand gaillard d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es qui semblait le centre de gravit\u00e9 du groupe. Contrairement aux autres, il portait un costume civil, mais quel costume ! Pantalon de peau juste en dessous du genou, veste de chasse en tweed aux revers bord\u00e9s de cuir, loden gris-rose \u00e0 col de fourrure jet\u00e9 sur les \u00e9paules, chapka en astrakan et bottes mousquetaire en cuir souple. Je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 d\u00e9cider s&rsquo;il me faisait penser \u00e0 une gravure de mode de chez Arnys ou \u00e0 une caricature de sportsman. Tout ce beau monde en uniforme papillonnait autour de lui qui souriait largement et riait fort. Le peuple des autres voyageurs le regardait en restant \u00e0 distance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait temps de monter dans le train et l\u2019homme au loden gris-rose fut le dernier \u00e0 le faire apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9 poliment pour laisser monter Spitz et ses cigares. Il resta quelques instants sur le marchepied \u00e0 plaisanter avec les uniformes tandis que le train commen\u00e7ait \u00e0 rouler. Quand il fut parvenu au bout du quai, il rejoignit le compartiment voisin du n\u00f4tre. Spitz baissa les rideaux qui donnaient sur le couloir et nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 nous installer pour vingt-quatre heures de roulis \u00e0 petite vitesse entre deux murs de bouleaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d&rsquo;une heure, on frappe \u00e0 notre porte. Pensant qu&rsquo;il s&rsquo;agit du pr\u00e9pos\u00e9 au samovar qui vient servir le th\u00e9, j&rsquo;ouvre sans poser de question. C\u2019est l&rsquo;homme au loden. Il porte sur son visage un large sourire et sous son bras un seau en argent avec une bouteille de Champagne et trois fl\u00fbtes enfouies dans de la glace. Il dit dans un anglais presque correct grammaticalement mais qui, phon\u00e9tiquement, semble sorti d&rsquo;une op\u00e9rette:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ah ! Maintenant tous ces cr\u00e9tins sont partis, alors nous allons pouvoir boire tranquillement entre gentlemen. J\u2019esp\u00e8re je d\u00e9range pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je r\u00e9ponds dans la m\u00eame langue :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Pas du tout, Monsieur, mais\u2026je ne comprends pas\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ah ! Je vois vous \u00eates pas anglais. Fran\u00e7ais, non ? Alors nous parlons fran\u00e7ais plut\u00f4t, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il poursuit dans un fran\u00e7ais du m\u00eame tonneau que son anglais :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Eh bien, nous avons un long voyage \u00e0 faire et j\u2019ai compris vous \u00eates \u00e9trangers. J\u2019aime bien parler aux \u00e9trangers, il y a toujours quelque chose \u00e0 apprendre. Alors, j\u2019apporte \u00e0 boire. J\u2019esp\u00e8re je d\u00e9range pas. Je d\u00e9range ? Ah ! Je reviens plus tard !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Pas du tout, pas du tout. C\u2019est tr\u00e8s aimable, vraiment\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en parlant, je regarde Spitz qui est torse nu derri\u00e8re moi en train de mettre une veste de pyjama. Il me fait un signe que j\u2019interpr\u00e8te comme un acquiescement. Je continue donc :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ecoutez, nous sommes ravis. Peut-\u00eatre pourrions-nous vous rejoindre dans votre compartiment dans quelques minutes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ravi de m\u00eame, enchant\u00e9, content ! Dix minutes alors ? Chez moi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Dans dix minutes, alors\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il est sorti, je demande \u00e0 Spitz:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce bonhomme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Sais pas. Mais c\u2019est un type important : tu as vu l\u2019escorte \u00e0 la gare. Un haut fonctionnaire, quelqu&rsquo;un du Parti, quelque chose comme \u00e7a. Le pays en est plein. Vaut mieux y aller et faire attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -D\u2019accord. On y va.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le compartiment de notre h\u00f4te parait beaucoup plus grand car il ne comporte qu\u2019une seule large couchette dans une alc\u00f4ve en boiserie \u00e0 demi dissimul\u00e9e par une lourde tenture retenue par une embrase. Deux fauteuils, deux chaises pliantes et un gu\u00e9ridon \u00e0 trois pieds compl\u00e8tent l\u2019ameublement. Le seau \u00e0 champagne tr\u00f4ne sur la petite table. Allong\u00e9 sur sa couchette \u00e0 notre entr\u00e9e, l\u2019homme s\u2019est lev\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ah ! Mikha\u00efl Boronov ! Plaisant vous rencontrer !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous pr\u00e9sentons \u00e0 notre tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Asseyez-vous, s\u2019il vous plait. Je pense vous aimez le champagne ? C\u2019est une piti\u00e9, c\u2019est Champansko\u00efe, champagne russe. On trouve plus dans mon pays Veuve Clicquot depuis un an. Tr\u00e8s dommage, mais le Champansko\u00efe est tr\u00e8s bon quand bien glac\u00e9. Je sers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Merci beaucoup, dis-je<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Merci beaucoup, dit Spitz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Court instant de g\u00eane dans la conversation, cach\u00e9 par le rituel de la d\u00e9gustation du champagne. Il ressemble \u00e0 du demi-sec ; j\u2019ai horreur de \u00e7a mais, au moins, il est frapp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Eh ! Pas mal, pas mal du tout, dis-je hypocritement. Tr\u00e8s agr\u00e9able en tout cas !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Vraiment ? J\u2019ai aussi caviar si vous aimez. Pas russe, iranien. Contrebande. Chut ! Ah!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contre, je suis un fou de caviar et, depuis un s\u00e9jour d\u00e9j\u00e0 ancien \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, surtout de l\u2019iranien. Du fond du seau \u00e0 glace, il extrait une boite m\u00e9tallique dont le couvercle repr\u00e9sente un gros poisson noir dans un cercle bleu. Il l\u2019ouvre avec d\u00e9licatesse et le tr\u00e9sor gris apparait, brillant, humide, huileux. Il doit bien y en avoir cinq cents grammes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019heure qui suit, nous consommons la totalit\u00e9 du caviar et deux bouteilles de champagne demi-sec. La conversation se d\u00e9veloppe agr\u00e9ablement. Nous parlons d\u2019abord avec prudence des relations entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, de Leonid Brejnev et de Ronald Reagan. Nous nous lib\u00e9rons un peu avec la politique fran\u00e7aise, apprenant \u00e0 Mikha\u00efl (depuis quelques instants, nous nous appelons par nos pr\u00e9noms) que tous les sondages donnent Giscard gagnant contre Mitterrand. Enfin, nous nous d\u00e9tendons compl\u00e8tement en parlant des beaut\u00e9s de la France, du cin\u00e9ma am\u00e9ricain, de Paris (j\u2019adore le cin\u00e9ma am\u00e9ricain et Paris; \u00e7a tombe bien, Mikha\u00efl aussi !).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme, ce long voyage commence bien. La nuit est maintenant tomb\u00e9e, mais qu\u2019importe. Nous ne nous soucions pas vraiment d\u2019admirer des plaines vides ni d\u2019interminables for\u00eats de bouleaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mikha\u00efl a fait venir l\u2019employ\u00e9 du wagon et lui a adress\u00e9 s\u00e8chement quelques br\u00e8ves paroles. Une demi-heure plus tard, l\u2019homme est de retour avec un plateau charg\u00e9 de morceaux de poulet, de charcuteries, de concombres et autres boulettes dont je ne connais ni le nom ni l\u2019usage. Il revient quelques minutes apr\u00e8s pour renouveler la glace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conversation continue et les bouteilles se succ\u00e8dent dans le seau d\u2019argent. Je commence \u00e0 avoir sommeil. Nous parlons \u00e0 pr\u00e9sent de nos m\u00e9tiers : Mikha\u00efl est un \u00ab\u00a0businessman\u00a0\u00bb, comme il dit lui-m\u00eame. Ses affaires paraissent nombreuses, complexes et plut\u00f4t vagues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et nous ? Nous ? Nous sommes des experts travaillant pour les compagnies d\u2019assurance\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -Ah bon ? dit Mikha\u00efl. Et c&rsquo;est bonne profession ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la cinqui\u00e8me bouteille, Mikha\u00efl conna\u00eet tout des finesses du m\u00e9tier. \u00c0 la sixi\u00e8me, le jour se l\u00e8ve sur une for\u00eat de bouleaux, et nous avons racont\u00e9 \u00e0 Mikha\u00efl, le plus souvent sur le ton de la plaisanterie, \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que nous avons fait dans l&rsquo;usine de Rovno. Il rit beaucoup. Au milieu de la septi\u00e8me, je quitte le compartiment \u00e0 t\u00e2tons, j&rsquo;arrive \u00e0 rejoindre ma couchette et je m&rsquo;endors imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un soleil de fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi qui vient me r\u00e9veiller \u00e0 travers la vitre dont nous avions oubli\u00e9 de tirer le rideau. Spitz n&rsquo;est pas dans le compartiment. Il doit \u00eatre en train de fumer dans le couloir. Petit \u00e0 petit, la campagne fait place \u00e0 la banlieue. Le train ralentit et commence \u00e0 basculer continuellement d&rsquo;un aiguillage sur l&rsquo;autre. Nous entrons dans la gare Kievsky. Ni tr\u00e8s frais ni tr\u00e8s dispos, nous rassemblons nos affaires et nous descendons sur le quai. Gr\u00e9gory Fedkine, notre correspondant \u00e0 Moscou, est l\u00e0 qui attend. J&rsquo;aper\u00e7ois Mikha\u00efl qui s&rsquo;\u00e9loigne \u00e0 grands pas suivi de son porteur, son grand loden gris-rose flottant derri\u00e8re lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e9gory nous dit:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0 -C&rsquo;est dr\u00f4le. Vous avez voyag\u00e9 dans le m\u00eame train que Monsieur Boronov. Vous le saviez ? Il m&rsquo;a remis cette lettre pour vous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Spitz ouvre l&rsquo;enveloppe et je lis par-dessus son \u00e9paule:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Amis chers, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;esp\u00e8re notre soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 excellente pour vous. Pour moi, ce fut grand plaisir.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour l&rsquo;usine, Boris Grodsky avait rien compris. Il est un cr\u00e9tin. Je le d\u00e9grade et je le poste maintenant \u00e0 notre usine de Norilsk, en orientale Sib\u00e9rie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Apr\u00e8s, pour moi, je pense j&rsquo;ai grand temps pour m&rsquo;exporter \u00e0 Miami-Beach.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Merci encore pour votre informative conversation.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dasvidania.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mikha\u00efl BORONOV (R.G.P. , A.P.M.S)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Administrateur du Consortium La P\u00e9trochimie Socialiste au Service du Peuple<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Directeur de la plateforme <\/em><em>Bohdan Khmelnytsky<\/em><em> (Rovno, Ukraine)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m&rsquo;arrange avec mes souvenirs en trichant comme il faut. Louis-Ferdinand C\u00e9line Spitz et moi, nous venions de passer huit jours dans ce grand complexe p\u00e9trochimique de la PSSP \u00e0 Rovno. Sur le plan technique, cela avait \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t int\u00e9ressant et pas facile tous les jours. Pas facile, tout d\u2019abord parce que nous avions d\u00e9couvert &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2566\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Boris, Mikha\u00efl, Spitz et moi<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,12,2],"tags":[619,21,618,620,621],"class_list":["post-2566","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-recit","category-textes","tag-champagne-russe","tag-philippe","tag-rovno","tag-train-dur","tag-train-mou"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2566"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2566\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2566"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}