{"id":25391,"date":"2020-09-01T16:47:58","date_gmt":"2020-09-01T14:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25391"},"modified":"2020-09-06T06:18:46","modified_gmt":"2020-09-06T04:18:46","slug":"rendez-vous-a-cinq-heures-65-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25391","title":{"rendered":"RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (65)"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (65)<\/strong><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-23460\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/TASSE-DE-THE%CC%81.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"127\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">1\/09\/2020<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Jeu de l\u2019excipit<\/strong><\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Voici le quatri\u00e8me texte participant au jeu.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">On rappelle qu\u2019ils s\u2019agissait d\u2019\u00e9crire un texte original se terminant obligatoirement par les lignes suivantes :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Par la fen\u00eatre du salon, Sassi Manoon regarda les feux du yacht disparaitre dans la nuit. Un des policiers vint lui tenir compagnie.<\/em><\/strong><strong><em><br \/>\n\u2014 Voyez-vous, miss Manoon, dit-il au bout d\u2019un instant, ce sont des jeunes gens comme ceux-l\u00e0 qui me donnent confiance en l\u2019avenir.<br \/>\n\u2014 Pour moi aussi, dit Sassi Manoon, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>SASSI MANOON 4<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La Belle Ang\u00e8le<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin du mois de septembre 1960, sur l\u2019une de ces rias typiques de la c\u00f4te de la Cornouaille anglaise, la Helford River qui s\u2019insinue dans les terres jusqu\u2019\u00e0 Gweek, remontait paresseusement un petit cotre breton,\u00a0La Belle Ang\u00e8le, profitant du flot et d\u2019une l\u00e9g\u00e8re brise de suroit. Ces rias de Cornouaille, ou creeks, expriment la beaut\u00e9 grandiose d\u2019une nature ou s\u2019entrem\u00ealent la mer, les collines verdoyantes et le ciel constamment changeant, magnifi\u00e9e par l\u2019apport de l\u2019homme qui a su l\u2019exploiter sans la d\u00e9naturer, en y ajoutant des petites taches blanches sur le paysage avec des moutons, en y implantant des belles maisons, cottages ou ch\u00e2teaux nich\u00e9s au fond des vall\u00e9es descendant vers le rivage, mais aussi quelques pubs auxquels on acc\u00e8de<!--more--> par la terre sur des petites routes discr\u00e8tes ou par la voie maritime \u00e0 bord de petites embarcations styl\u00e9es. La Cornouaille a \u00e9t\u00e9 le terrain de jeu pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de deux romanci\u00e8res c\u00e9l\u00e8bres, Daphn\u00e9 du Maurier et Agatha Christie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 bord de La Belle Ang\u00e8le se trouvaient deux jeunes gar\u00e7ons, navigateurs d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9s, qui avaient eux-m\u00eames joliment restaur\u00e9 ce vieux rafiot en bois sur les rives de l\u2019Aber Vrac\u2019h avec l\u2019aide d\u2019un vieux charpentier de marine, Malo Le Guennec. L\u2019un se nommait Lo\u00efc Caradec. Il \u00e9tait promis \u00e0 un avenir de p\u00eacheur sur les c\u00f4tes de la Cornouaille Bretonne comme son p\u00e8re et tous ses a\u00efeux avant lui. Exceptionnellement, son p\u00e8re, qu\u2019il secondait chaque jour depuis l\u2019\u00e2ge de quinze ans \u00e0 bord de La Jeune Fran\u00e7oise, avait consenti \u00e0 cette travers\u00e9e vers l\u2019Angleterre avec son ami d\u2019enfance, Edouard Le Guennec, le petit fils du charpentier Malo Le Guennec. Lui n\u2019\u00e9tait pas attir\u00e9 par les m\u00e9tiers traditionnels de sa famille, marins p\u00eacheurs, charpentiers ou la marine nationale. Sa m\u00e8re, Marie-Anne Le Guennec, avait voulu que son fils, orphelin de p\u00e8re, fasse des \u00e9tudes. Mais lui ne r\u00eavait que de parcourir les oc\u00e9ans sur son vieux cotre en bois comme l\u2019avaient fait ses h\u00e9ros Alain Gerbault et plus r\u00e9cemment Jacques-Yves Le Toumelin. Il avait rachet\u00e9 ce vieux cotre \u00e0 son oncle en lui conservant son nom, La Belle Ang\u00e8le, celui de sa tante, une femme aussi belle que sa s\u0153ur Marie-Anne aux dires de tous \u00e0 l\u2019Aber Vrac\u2019h. Dame\u00a0! Les Le Guennec ne savaient pas que construire des bateaux en bois parfaits, sans plans, \u00e0 vue d\u2019\u0153il et des mains s\u00fbres, ils savaient aussi faire de belles et vraies pissouses! Mais pour l\u2019instant, quoique sensible \u00e0 la beaut\u00e9 environnante, Edouard \u00e9tait surtout absorb\u00e9 par la recherche d\u2019un point de mouillage pr\u00e8s du pub The Helford Arms que lui avait indiqu\u00e9 sa tante Saskia Manoon o\u00f9 il devait la retrouver d\u00e8s son arriv\u00e9e. La lettre de Saskia lui demandait de venir \u00e0 la demande du notaire local pour l\u2019ouverture d\u2019un testament qui le concernait. Il se doutait un peu du pourquoi de cette invitation, sa m\u00e8re lui avait depuis longtemps donn\u00e9 quelques explications, sans trop en dire, sur qui \u00e9tait son p\u00e8re biologique, un secret pour personne \u00e0 l\u2019Aber Vrac\u2019h.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour de l\u2019arriv\u00e9e de La Belle Ang\u00e8le dans les eaux de la Helford River, Saskia \u00e9tait en proie \u00e0 une angoisse grandissante. Une premi\u00e8re cause \u00e9tait purement int\u00e9rieure, que pouvait bien r\u00e9server ce testament paternel dont le notaire n\u2019avait rien voulu lui r\u00e9v\u00e9ler\u00a0? La deuxi\u00e8me \u00e9tait ce cadavre d\u00e9couvert t\u00f4t le matin m\u00eame, imm\u00e9diatement en bas de la petite falaise surplombant le rivage devant le pub, et la pr\u00e9sence fouineuse de l\u2019Inspecteur Barnaby venu de Truro avec son adjoint le Sergent Japp pour enqu\u00eater sur l\u2019affaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saskia Manoun \u00e9tait la propri\u00e9taire du Helford Arms depuis la mort de son mari John Manoon. Tous les habitu\u00e9s l\u2019appelaient affectueusement Sassi tant elle \u00e9tait affable. Son nom de naissance \u00e9tait Saskia Pooley, elle \u00e9tait la fille de Geoffrey Pooley, fermier sur la colline \u00e0 proximit\u00e9 du pub. Geoffrey Pooley avait eu trois enfants\u00a0: l\u2019ain\u00e9, Gregory Edward Pooley, pilote de la RAF mort en 1944 lors d\u2019un raid a\u00e9rien sur Berlin\u00a0; Saskia la fille unique, et George, le plus jeune qui avait repris l\u2019exploitation familiale quelques ann\u00e9es auparavant. Geoffrey Pooley \u00e9tait mort \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-dix ans quelques semaines avant l\u2019arriv\u00e9e de La Belle Ang\u00e8le \u00e0 Heldford.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Inspecteur Barnaby et Japp avaient \u00e9cout\u00e9 les conclusions de l\u2019autopsie pratiqu\u00e9e par le m\u00e9decin local et pass\u00e9 tout le reste de la journ\u00e9e \u00e0 interroger les habitu\u00e9s du pub. Aucun indice s\u00e9rieux ne faisait progresser l\u2019enqu\u00eate. Le cadavre \u00e9tait celui d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 William Crawford, un ouvrier agricole de passage dans la r\u00e9gion ayant rapidement acquis une r\u00e9putation d\u2019ivrogne pouvant \u00eatre violent. Les traces relev\u00e9es sur son corps par le Docteur Weatherspoon confirmait l\u2019homicide, volontaire ou involontaire cela restait \u00e0 \u00e9claircir, caus\u00e9 la veille par un coup port\u00e9 \u00e0 la nuque et la pr\u00e9cipitation du corps en bas de la falaise. La journ\u00e9e touchait \u00e0 sa fin quand Barnaby s\u2019avisa qu\u2019un bateau inconnu, battant pavillon fran\u00e7ais, \u00e9tait mouill\u00e9 non loin de l\u00e0. Well, well, well\u00a0! dit Barnaby pos\u00e9ment \u00e0 son adjoint Japp, le ou les voil\u00e0 nos suspects. Il ne faisait aucun doute dans l\u2019esprit de Barnaby, fervent lecteur des romans de Daphn\u00e9 du Maurier, que l\u2019Helford River \u00e9tait l\u2019antre o\u00f9 se cachait le pirate fran\u00e7ais Jean-Benoit Aub\u00e9ry qui razziait les c\u00f4tes anglaise quelques trois cents ans auparavant dans le roman Frenchman Creek, et que par cons\u00e9quent tout bateau fran\u00e7ais qui venait \u00e0 s\u2019y trouver \u00e9tait forc\u00e9ment suspect. Quelques minutes plus tard, Barnaby et Japp interpellaient Le Guennec et Caradec et entreprirent de les interroger rudement pour obtenir des aveux. D\u2019abord, demanda Barnaby, avez-vous vos passeports vous autorisant \u00e0 fouler le sol de sa majest\u00e9 la Reine\u00a0? R\u00e9ponse, les voil\u00e0\u00a0! Hum, suspect \u00e7a\u00a0! O\u00f9 \u00e9tiez-vous hier soir\u00a0? R\u00e9ponse, en mer\u00a0!\u00a0 But of course\u00a0! des preuves, un alibi\u00a0? Yes sir\u00a0! hier en fin de journ\u00e9e, vers 18 heures La Belle Ang\u00e8le se trouvait un peu au large de Falmouth, o\u00f9 nous sommes venus au secours d\u2019un petit voilier chavir\u00e9, avec ses deux jeunes navigateurs inexp\u00e9riment\u00e9s dans l\u2019eau et incapables de redresser leur embarcation, nous les avons embarqu\u00e9s, avons redress\u00e9 le voilier et, apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9cop\u00e9 suffisamment, nous l\u2019avons remorqu\u00e9 vers Falmouth et avons remis le voilier et ses occupants \u00e0 ce que nous appelons chez nous Les Sauveteurs Bretons et chez vous la RNLI (Royal National Lifeboat Institution, l\u2019\u00e9quivalent de la SNSM fran\u00e7aise), nous avons ensuite mouill\u00e9 dans l\u2019avant-port de Falmouth pour la nuit et avons repris notre route pour Helford Creek ce matin\u00a0; vous pouvez v\u00e9rifier notre alibi en appelant la RNLI. Very well\u00a0! C\u2019est ce que nous allons faire dit Barnaby sur un ton un peu d\u00e9pit\u00e9. Il ne proc\u00e9da \u00e0 aucune inculpation, lib\u00e9ra les jeunes Le Guennec et Caradec sans leur rendre leurs passeports et leur ordonna de rester \u00e0 Helford jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons \u00e0 Gregory Pooley, le fils ain\u00e9 de Geoffrey Pooley. En 1939, tout frais \u00e9moulu du Royal Institute of Technology, il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans la RAF et avait vaillamment combattu avec son Spitfire tout au long de la Bataille d\u2019Angleterre, avec d\u2019autant plus de fougue que les allemands avaient plusieurs fois bombard\u00e9 Plymouth et Falmouth faisant de nombreuses victimes dans la population civile. A partir de mi-1941, c\u2019est aux commandes des Lancasters qu\u2019il op\u00e9rait des missions de bombardement sur l\u2019Allemagne et sur la France, des missions moins exaltantes que les classiques dog-fights entre Spitfires anglais et Messerschmitt allemands et surtout plus dangereuses. C\u2019est au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1942 que la chance tourna au cours d\u2019une mission de nuit sur Brest. Le Lancaster mortellement atteint par la DCA ennemie, en feu, ses organes vitaux hors d\u2019usage, Gregory Pooley dirigea tant bien que mal l\u2019appareil vers la mer et se r\u00e9solut \u00e0 donner l\u2019ordre aux membres de l\u2019\u00e9quipage survivants ou encore capables de quitter l\u2019appareil et sauter en parachute. Lui-m\u00eame fut le dernier \u00e0 sauter apr\u00e8s avoir d\u00e9truits les quelques appareils \u00e0 cacher des nazis. Il savait qu\u2019ils se trouvaient \u00e0 une distance proche de la c\u00f4te bretonne quelque part entre l\u2019Aber Vrac\u2019h et Brignogan et que leurs chances de survie n\u2019\u00e9taient pas minces car les r\u00e9seaux de r\u00e9sistance locale avaient la r\u00e9putation de veiller efficacement \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration des rescap\u00e9s de la RAF et \u00e0 leur exfiltration vers l\u2019Angleterre. Il ne s\u2019\u00e9tait pas tromp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit m\u00eame, le p\u00e8re de Jo\u00ebl Caradec, \u00e0 bord de sa Jeune Fran\u00e7oise, r\u00e9cemment mise \u00e0 l\u2019eau au chantier de Malo Le Guennec, avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 Gregory Pooley et deux autres anglais. De retour \u00e0 l\u2019Aber Vrac\u2019h, ils furent imm\u00e9diatement h\u00e9berg\u00e9s, cach\u00e9s, nourris, par des familles alentours en attendant d\u2019\u00eatre pris en charge par les fili\u00e8res d\u2019\u00e9vasion organis\u00e9es localement, par mer le plus souvent. Gregory fut plac\u00e9 chez Malo Le Guennec. Les Le Guennec et Caradec \u00e9taient entr\u00e9s en R\u00e9sistance tr\u00e8s t\u00f4t. Ils op\u00e9raient des missions de renseignements sur toutes les activit\u00e9s allemandes, les constructions, les mouvements des navires et des arm\u00e9es, etc. Malo Le Guennec, par exemple, construisait ou r\u00e9parait des bateaux pour remplacer ceux partis pour les c\u00f4tes de Cornouaille anglaise avec des passagers afin de ne pas \u00e9veiller les soup\u00e7ons des allemands. Sa fille Marie-Madeleine parcourait avec sa vieille bicyclette bleue les routes sur la c\u00f4te jusqu\u2019\u00e0 Brest pour relever les mouvements ennemis et transmettre des messages aux r\u00e9seaux. Gregory n\u2019avait jamais imagin\u00e9 tout ce trafic et le contemplait avec admiration. Cependant, ce confinement sans pouvoir y participer activement le minait. Il aidait un peu Malo dans la construction des bateaux. C\u2019est surtout Marie-Madelaine qui le fascinait. Elle \u00e9tait belle, elle \u00e9tait gaie, elle \u00e9tait insouciante du danger et elle s\u2019amusait \u00e0 le taquiner joyeusement. Ils pass\u00e8rent de plus en plus de temps ensemble, il lui enseignait l\u2019anglais at home, ils se promenaient tard le soir sur la lande et ce qui devait arriver arriva\u00a0: ils tomb\u00e8rent follement amoureux\u00a0! Le p\u00e8re Malo comprit qu\u2019il \u00e9tait temps d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9vasion de Gregory. La situation devenait trop dangereuse car les d\u00e9nonciations, souvent contre r\u00e9mun\u00e9rations, existaient. Gregory fut embarqu\u00e9 un soir sur un petit cotre vers l\u2019Angleterre avec 20 passagers. Il \u00e9tait impatient de terminer cette guerre pour revenir et se marier avec Marie-Madeleine, mais sans savoir qu\u2019il serait p\u00e8re d\u2019un fils quelques mois plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain de son interpellation, Edouard Le Guennec accompagna Saskia Pooley, alias Sassi Manoon, et son fr\u00e8re George Pooley chez le notaire \u00e0 Truro. Master Baker accepta d\u2019ouvrir le testament bien qu\u2019Edouard n\u2019avait pas son passeport pour prouver son identit\u00e9, un probl\u00e8me rapidement r\u00e9solu par un rapide coup de fil \u00e0 l\u2019Inspecteur Barnaby qu\u2019il connaissait bien. Le testament du fermier Geoffrey Pooley, \u00e9tabli en 1940 et sans modification depuis, \u00e9tait simple: la valeur de tous ses biens devait \u00eatre divis\u00e9e en trois parts \u00e9gales, chacune destin\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses trois enfants, Gregory, Saskia et George, ou \u00e0 leurs ayants-droit en cas de d\u00e9c\u00e8s de l\u2019un ou l\u2019autre. \u00c0 eux de proc\u00e9der aux \u00e9valuations et \u00e0 se mettre d\u2019accord sur leurs r\u00e9partitions ou sur leur emploi collectif. Master Baker r\u00e9v\u00e9la ensuite que Gregory Pooley lui avait remis un testament en 1943, peu de temps apr\u00e8s son retour en Angleterre depuis la France. Ce testament \u00e9crit de sa main par Gregory Pooley, conscient du danger encouru par ses missions dans la RAF, stipulait qu\u2019en cas de mort avant la fin de la guerre et l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019\u00eatre mari\u00e9 avec l\u2019\u00e9lue de son c\u0153ur Marie-Madeleine Le Guennec de l\u2019Aber Vrac\u2019h en France, l\u2019ensemble de ses biens devait revenir \u00e0 son fils n\u00e9 en France. Manifestement il avait alors connaissance de l\u2019existence de ce fils qu\u2019il n\u2019avait pas vu naitre et dont il ne connaissait pas le nom, s\u00e9curit\u00e9 oblige pour la famille Le Guennec, mais la porosit\u00e9 entre les deux Cornouailles fonctionnait et les informations circulaient. Ainsi, le d\u00e9c\u00e8s de Geoffrey Pooley faisait d\u2019Edouard un h\u00e9ritier au m\u00eame titre et avec les m\u00eames avantages que ceux d\u00e9volus \u00e0 sa tante Saskia et son oncle George. Master Baker dit que sa mission s\u2019arr\u00eatait l\u00e0. La pi\u00e8ce restait silencieuse. Edouard \u00e9tait prostr\u00e9, ne sachant quoi dire mais tellement heureux de d\u00e9couvrir cette tante et cet oncle en Cornouaille anglaise. Sassi et George \u00e9taient pensifs, ils avaient tant aim\u00e9 leur grand fr\u00e8re, un exemple, une fiert\u00e9 pour eux, m\u00eame s\u2019il avait d\u00e9\u00e7u leur p\u00e8re en ne reprenant pas l\u2019exploitation familiale comme le voulait la tradition. Eux aussi \u00e9taient ravis par la d\u00e9couverte de ce neveu fran\u00e7ais, mais qu\u2019adviendrait-il \u00e0 la ferme familiale\u00a0? Il fallait en discuter au plus vite avec Edouard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour \u00e0 l\u2019Helford Arms, autour d\u2019un d\u00e9jeuner de Cornish pasties arros\u00e9 de Cornish Bitter, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait maintenant d\u00e9tendue. C\u2019est Edouard qui prit le premier la parole d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s mature pour son jeune \u00e2ge. Il exposa d\u2019abord son bonheur de retrouver une famille en Cornouaille et surtout la confirmation d\u2019un p\u00e8re admirable. Il invita Sassi et George \u00e0 venir faire la connaissance de sa m\u00e8re Marie-Madeleine qui n\u2019avait pas pu devenir leur belle-s\u0153ur mais qui \u00e9tait si gentille et si admirable elle-m\u00eame. N\u2019avait-elle pas contribu\u00e9 \u00e0 sauver leur fr\u00e8re Gregory d\u2019un emprisonnement, ou pire, par les nazis, au p\u00e9ril de sa vie et de celle de tous les autres membres de sa famille\u00a0? Enfin, sans g\u00eane, de la fa\u00e7on la plus naturelle, devinant les pens\u00e9es de ses nouveaux parents, il leur d\u00e9clara qu\u2019il ne souhaitait pas profiter de cette disposition testamentaire, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9ress\u00e9 par une interf\u00e9rence dans l\u2019exploitation familiale d\u2019Helford, en v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il souhaitait refuser formellement sa part de l\u2019h\u00e9ritage et qu\u2019il souhaitait revoir Master Baker pour formaliser cette disposition, d\u00e8s aujourd\u2019hui si possible. Il lui fallait retourner \u00e0 l\u2019Aber Vrac\u2019h au plus vite car son co\u00e9quipier Jo\u00ebl Caradec devait \u00eatre attendu avec impatience par son p\u00e8re. Sassi et George, les larmes aux yeux, ne sachant que dire, prirent Edouard dans leurs bras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette entrefaite, Barnaby entra dans la salle et s\u2019approcha de la table. Il ne savait rien encore de ce qui c\u2019\u00e9tait pass\u00e9 le matin chez le notaire. Il dit\u00a0: Monsieur Le Guennec vous \u00eates libre voici votre passeport et celui de votre ami Jo\u00ebl Caradec. Permettez-moi de vous dire mon admiration pour tous les deux. La RNLI de Falmouth m\u2019a confirm\u00e9 ce matin votre comportement de marins exemplaires d\u2019avant-hier pour sauver les deux jeunes navigateurs imprudents. J\u2019ai \u00e9galement t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 mon vieil ami le Commissaire Leludec \u00e0 Brest, nous sommes connus pendant la guerre, lui dans la r\u00e9sistance, moi dans le SOE, et il m\u2019a fait part du comportement h\u00e9ro\u00efque des membres de vos familles Le Guennec et Caradec qui risquaient une mort assur\u00e9e s\u2019ils \u00e9taient pris par les nazis. Je n\u2019ai qu\u2019une chose \u00e0 dire, like father, like son\u00a0! Je crois qu\u2019en fran\u00e7ais vous dites bon sang ne saurait mentir\u00a0! Car Barnaby, enqu\u00eateur malin et cultiv\u00e9, parlait parfaitement la langue de Victor Hugo. Il s\u2019en retourna avec Japp \u00e0 la poursuite de leur enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir m\u00eame, La Belle Ang\u00e8le ayant hiss\u00e9 ses voiles et lev\u00e9 son ancre, profitant du jusant sur la Helford River et d\u2019un petit vent de noroit, elle quitta impeccablement les lieux pour rejoindre le large.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la fen\u00eatre du salon, Sassi Manoon regarda les feux du yacht dispara\u00eetre dans la nuit. Un des policiers vint lui tenir compagnie.<br \/>\n\u2014 Voyez-vous, miss Manoon, dit-il au bout d\u2019un instant, ce sont des jeunes gens comme eux qui me donnent confiance dans l\u2019avenir.<br \/>\n\u2014 Pour moi aussi, dit Sassi Manoon, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (65) 1\/09\/2020 Jeu de l\u2019excipit Voici le quatri\u00e8me texte participant au jeu.\u00a0 On rappelle qu\u2019ils s\u2019agissait d\u2019\u00e9crire un texte original se terminant obligatoirement par les lignes suivantes : Par la fen\u00eatre du salon, Sassi Manoon regarda les feux du yacht disparaitre dans la nuit. 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