{"id":25313,"date":"2020-08-26T16:47:15","date_gmt":"2020-08-26T14:47:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25313"},"modified":"2020-08-27T08:20:28","modified_gmt":"2020-08-27T06:20:28","slug":"25313","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25313","title":{"rendered":"RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (62)"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (62)<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-23460\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/TASSE-DE-THE%CC%81.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"127\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">26\/08\/2020<\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\">ANTE SCRIPTUM : \u00e0 d\u00e9faut d\u2019interdire la b\u00eatise, ce qui parait \u00eatre une mesure trop impopulaire pour \u00eatre applicable, ne serait-il pas temps d\u2019interdire le football ?<\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Jeu de l\u2019excipit<\/strong><\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><i><u>premier concurrent\u00a0<\/u><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">A ce jour, le Journal des Coutheillas a re\u00e7u 4 textes r\u00e9pondant aux r\u00e8gles du jeu de l\u2019excipit propos\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Ces textes vont \u00eatre publi\u00e9s de fa\u00e7on anonyme dans le cadre des Rendez-vous \u00e0 cinq heures \u00e0 raison d\u2019un texte tous les deux jours. S<\/span><span style=\"color: #0000ff;\">i d\u2019autres textes devaient \u00eatre re\u00e7us par la suite, ils seraient publi\u00e9s \u00e0 la suite dans le m\u00eame cadre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Pour \u00e9viter de froisser quelques susceptibilit\u00e9s et de flatter quelques ego, on ne demandera pas aux lecteurs de classer ces textes par ordre de pr\u00e9f\u00e9rence. On leur demandera seulement, quand le temps sera venu, d\u2019en reconnaitre leurs auteurs dont la liste sera fournie \u00e9galement en temps utile.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">On rappelle pour les retardataires qu\u2019ils s\u2019agissait d\u2019\u00e9crire un texte original se terminant obligatoirement par les lignes suivantes :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Par la fen\u00eatre du salon, Sassi Manoon regarda les feux du yacht disparaitre dans la nuit. Un des policiers vint lui tenir compagnie.<\/em><\/strong><strong><em><br \/>\n\u2014 Voyez-vous, miss Manoon, dit-il au bout d\u2019un instant, ce sont des jeunes gens comme ceux-l\u00e0 qui me donnent confiance en l\u2019avenir.<br \/>\n\u2014 Pour moi aussi, dit Sassi Manoon, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Voici donc le premier texte :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">SASSI MANOON 1<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">R\u00e9sum\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bien s\u00fbr, Sassi avait perdu son mari dans l\u2019affaire mais pas son honneur, et encore moins son avenir mat\u00e9riel, tous les deux intacts gr\u00e2ce \u00e0 ces deux jeunes gar\u00e7ons. Personne ne saurait, et surtout pas la police, l\u2019origine du drame\u00a0: un adult\u00e8re banal avec deux morts accidentelles, enfin presque. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps, Sassi Manoon ne s\u2019\u00e9tait pas lev\u00e9e de bonne heure\u00a0et son mari ne semblait gu\u00e8re s\u2019en soucier. Ses affaires <!--more-->brassant des sommes consid\u00e9rables avaient du lui faire oublier la nonchalance de sa femme qu\u2019il aurait r\u00e9prouv\u00e9e et combattue s\u2019il en avait eu connaissance. Mais il ne le savait pas ou feignait de ne pas le savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sassi Manoon et Francis Charlus Jr. s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s dans une garden-party un peu pinc\u00e9e pour ne pas dire snob chez les parents du jeune homme, de riches milliardaires new yorkais dont la vaste demeure avec ascenseur et climatisation ressemblait \u00e0 un vacherin \u00e0 la vanille soutenu par des colonnes doriques. Les deux jeunes gens avaient sympathis\u00e9 sur les pelouses dont la coupe rase d\u00e9passait en perfection celle de leurs golfs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Lui, Francis Charlus Jr., r\u00e9cent dipl\u00f4m\u00e9 en \u00e9conomie, avait eu un cursus universitaire brillant au MIT et revenait d\u2019un stage \u00e0 la City de Londres chez JP Morgan aur\u00e9ol\u00e9 des f\u00e9licitations de ses employeurs dans un \u00e9tablissement bancaire traitant des transactions financi\u00e8res au plus haut niveau europ\u00e9en. Sassi, elle, d\u2019une intelligence remarquable mais pragmatique, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 une mauvaise \u00e9l\u00e8ve mais elle s\u2019int\u00e9ressait surtout \u00e0 la lecture, aux voyages et aux flirts qui occupaient la majeure partie de son temps. Bien que personne de son entourage ne le sut, elle avait abandonn\u00e9 ses \u00e9tudes d\u2019Histoire de l\u2019Art et ses parents mortifi\u00e9s se seraient suicid\u00e9s plut\u00f4t que de l\u2019avouer \u00e0 leurs amis de la bourgeoisie new yorkaise. Leur fille unique voyageait donc \u00ab\u00a0pour ses \u00e9tudes\u00a0\u00bb et il faut reconna\u00eetre qu\u2019elle se cultivait fort bien\u00a0: Paris, Rome, Venise, Monte Carlo, Saint-Tropez et Saint-Germain-des-Pr\u00e9s n\u2019avaient plus de secrets pour elle\u00a0; elle en connaissait tous les quartiers int\u00e9ressants, les rues branch\u00e9es et les bo\u00eetes de nuit. On aurait pu dire que c\u2019\u00e9tait une fille \u00e0 papa et ce n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9. Sassi avait une autre qualit\u00e9 elle aussi plus utile que respectable\u00a0: c\u2019\u00e9tait une personnalit\u00e9 cam\u00e9l\u00e9on capable de se calquer exactement sur son interlocuteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019elle devenait la jeune fille que son interlocuteur d\u00e9sirait avoir en face de lui et m\u00eame dans son lit. Ses malheureux parents ignoraient le redoutable pouvoir de s\u00e9duction de leur ch\u00e8re et unique fille qui leur manquait plus d\u2019un mois sur deux. Et pour cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre eux, ce fut un v\u00e9ritable coup de foudre mais pour des raisons diff\u00e9rentes. Aux yeux de Francis, Sassi \u00e9tait belle et aux yeux de Sassi, Francis \u00e9tait riche. Avec un futur mari obnubil\u00e9 par ses affaires, elle entrevoyait un avenir radieux o\u00f9 elle pourrait continuer \u00e0 mener sa vie de plaisir aux quatre coins du monde. Le mariage fut conclu vite fait bien fait. Par chance, son mari ne souhaitait pas avoir d\u2019enfants tout de suite en raison de ses incessants voyages professionnels \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019\u00e9tant lui-m\u00eame jamais \u00e0 New York, Francis encouragea Sassi \u00e0 s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Ecole du Louvre \u00e0 Paris. C\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un ami d\u2019enfance, L\u00e9o Gillepsie, en ann\u00e9e sabbatique depuis plus de trois ans rue Mouffetard o\u00f9 il chantait tous les soirs de la musique folk en s\u2019accompagnant \u00e0 la guitare et en recevant des pourboires substantiels, qu\u2019elle fit la connaissance et tomba \u00e9perdument amoureuse de Philip Couthey, son camarade sorti d\u2019Harvard avec un dipl\u00f4me fort pris\u00e9 en Engineering for Bridges and Socks. L\u00e9o Gillepsie, pourtant assez s\u00e9duisant lui aussi avec sa barbe clairsem\u00e9e et son bonnet de boy scout, ne parvint jamais \u00e0 en comprendre la raison parce que Philip, malgr\u00e9 son visage d\u2019angelot puritain, \u00e9tait selon lui un gar\u00e7on d\u2019une rare vulgarit\u00e9 : il parlait, disait L\u00e9o, comme un \u00ab\u00a0charretier\u00a0\u00bb, terme d\u00e9suet qui veut bien dire ce qu\u2019il veut dire. Quant \u00e0 son teint h\u00e2l\u00e9 m\u00eame en hiver, il le devait \u00e0 un job lucratif de skipper occasionnel \u00e0 bord de somptueux yachts cabotant en M\u00e9diterran\u00e9e, de pr\u00e9f\u00e9rence. Leur premi\u00e8re rencontre eut lieu \u00e0 la terrasse ensoleill\u00e9e d\u2019un caf\u00e9 donnant sur les grilles alors vierges du Jardin du Luxembourg, non loin du Panth\u00e9on. Les photos de l\u2019\u00e9poque confirment le charme irr\u00e9sistible de Couthey dont les yeux bleus et le sourire enj\u00f4leur eurent raison en moins de dix minutes des scrupules de la jeune mari\u00e9e. L\u00e9o abandonna \u00e0 contrec\u0153ur son duplex aux deux tourtereaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils se donn\u00e8rent rendez-vous \u00e0 l\u2019automne dans la propri\u00e9t\u00e9 au bord de l\u2019Hudson du jeune couple dont, comme on l\u2019a vu, le mari \u00e9tait absent la plupart du temps. Par un concours de circonstances qu\u2019il serait fastidieux de relater ici, Francis revint de Hong Kong \u00e0 l\u2019improviste et d\u00e9couvrit les deux amants au bord de la piscine en train de faire ce que les fran\u00e7ais appellent des \u00ab\u00a0galipettes\u00a0\u00bb. L\u00e9o, discret comme \u00e0 son habitude et indiff\u00e9rent au drame qui se jouait \u00e0 quelques m\u00e8tres de lui, continuait \u00e0 gratter sa guitare. L\u2019intelligence sup\u00e9rieure de Francis lui fit entrevoir dans la seconde le ridicule de sa situation. Il se pr\u00e9cipita \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison et en ressortit avec un colt P3501 offert par sa (peu) fid\u00e8le \u00e9pouse. Pour des anglicans, la sc\u00e8ne autour de la piscine d\u2019un bleu-turquoise hockneyen avait un et m\u00eame deux c\u00f4t\u00e9s surr\u00e9alistes\u00a0: c\u00f4t\u00e9 gauche, un homme d\u2019affaire en costume-cravate arm\u00e9 d\u2019un revolver de la guerre de s\u00e9cession et, c\u00f4t\u00e9 droit, deux amants nus comme des vers et un guitariste barbu fredonnant en boucle la premi\u00e8re strophe d\u2019un vieil air folk, The House of the Rising Sun, quelque peu d\u00e9plac\u00e9 dans ce contexte\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>There is a house in New Orleans<br \/>\nThey call the Rising Sun<\/em><br \/>\n<em>And it\u2019s been the ruin of many a poor Boy<\/em><br \/>\n<em>And God I know I\u2019m one<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors que Donald, le jardinier des Charlus, arriva pour l\u2019entretien de la piscine. Francis eut le tort de se retourner et Philip en profita (c\u2019\u00e9tait un habitu\u00e9 des sports de combat) pour se jeter sur lui et retourner l\u2019arme vers son c\u0153ur. Le coup partit et le tua net. Heureusement, Philip n\u2019avait pas que des qualit\u00e9s de skipper, de close-combattant et d\u2019Engineering in Bridges and Socks\u00a0! II avait aussi une connaissance inou\u00efe des polars am\u00e9ricains de s\u00e9rie B et savait comment r\u00e9agir de mani\u00e8re rapide, \u00e9l\u00e9gante et efficace dans toute situation compromettante. Se saisissant du colt avec la serviette de bain, il s\u2019en servit pour abattre sans h\u00e9sitation l\u2019innocent jardinier puis le pla\u00e7a dans sa main d\u00e9j\u00e0 glac\u00e9e. Il t\u00e9l\u00e9phona ensuite au commissariat pour signaler le drame meurtrier survenu au domicile des Charlus Jr. En pleurs mais en tenue d\u00e9cente, Sassi expliqua aux policiers que le jardinier Donald, pris d\u2019une folie meurtri\u00e8re inexplicable (encore qu\u2019on lui savait un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour le brandy), avait abattu Francis et envisageait de lui faire subir le m\u00eame sort quand survint par le plus grand des hasards L\u00e9o, son ami d\u2019enfance, accompagn\u00e9 de Philip qui, apr\u00e8s une lutte in\u00e9gale tant ses qualit\u00e9s physiques \u00e9taient sup\u00e9rieures, prit le dessus sur lui mais ne put emp\u00eacher le coup de partir tout seul. Le jardinier d\u00e9ment s\u2019effondra, mort \u00e0 son tour. L\u2019enqu\u00eate confirma point par point la version mensong\u00e8re des deux amants d\u2019autant que Donald, le fid\u00e8le jardinier, n\u2019\u00e9tait pas blanc comme neige, ce qui, dans ce pays traditionnaliste, n\u2019\u00e9tait pas non plus \u00e0 son avantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philip, accompagn\u00e9 de L\u00e9o, prit la mer peu de temps apr\u00e8s pour convoyer un yacht de New-York \u00e0 Miami. Ils pass\u00e8rent devant la propri\u00e9t\u00e9 des Charlus Jr. au bord de l\u2019Hudson d\u2019o\u00f9 la jolie Sassi put les voir s\u2019\u00e9loigner. Ce soir-l\u00e0, elle \u00e9tait en compagnie d\u2019un policier venu soi-disant lui soutenir le moral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la fen\u00eatre du salon, Sassi Manoon regarda les feux du yacht disparaitre dans la nuit. Un des policiers vint lui tenir compagnie.<br \/>\n\u2014 Voyez-vous, miss Manoon, dit-il au bout d\u2019un instant, ce sont des jeunes gens comme ceux-l\u00e0 qui me donnent confiance en l\u2019avenir.<br \/>\n\u2014 Pour moi aussi, dit Sassi Manoon, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (62) 26\/08\/2020 ANTE SCRIPTUM : \u00e0 d\u00e9faut d\u2019interdire la b\u00eatise, ce qui parait \u00eatre une mesure trop impopulaire pour \u00eatre applicable, ne serait-il pas temps d\u2019interdire le football ? 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