{"id":25026,"date":"2020-09-16T07:47:05","date_gmt":"2020-09-16T05:47:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25026"},"modified":"2020-09-17T08:41:43","modified_gmt":"2020-09-17T06:41:43","slug":"le-cujas-36","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25026","title":{"rendered":"Le Cujas (36)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-25033\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Samuel.jpeg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"225\" \/>Vers midi on a entendu des camions qui arrivaient dans la rue du village. \u00c7a criait des ordres, \u00e7a discutait de partout. On a cru un moment que c\u2019\u00e9tait les boches qui revenaient, mais apr\u00e8s, on a vite compris que c\u2019\u00e9tait pas de l\u2019allemand qu\u2019ils parlaient. C\u2019\u00e9tait les Russes qui fouillaient le village. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><strong>Chapitre 7 \u2014 Samuel Goldenberg<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Neuvi\u00e8me \u00a0partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont pas mis longtemps \u00e0 trouver notre camouflage et ils sont entr\u00e9s \u00e0 cinq ou six dans notre cave. Nous on a lev\u00e9 les mains et on s\u2019est mis contre le mur en parlant le plus vite et le plus fort possible en fran\u00e7ais pour leur faire comprendre qui on \u00e9tait, qu\u2019on \u00e9tait de leur c\u00f4t\u00e9. \u00c7a les a pas emp\u00each\u00e9 de nous flanquer des coups de crosse et de nous trainer dehors. Ils nous ont mis contre un mur et ils se sont mis \u00e0 discuter, \u00e0 se chamailler sans plus s\u2019occuper de nous. Bien s\u00fbr, on ne comprenait pas ce qu\u2019ils disaient, mais je voyais bien qu\u2019ils \u00e9taient en train de se demander qui on \u00e9tait. Ils \u00e9taient une vingtaine autour de nous. Ils avaient l\u2019air de vraies brutes, des ploucs du genre sale, petit et costaud, et plut\u00f4t m\u00e9chants. Il y en a un qui est arriv\u00e9 et qui a tir\u00e9 un coup de pistolet en l\u2019air. \u00c7a a fait taire tout le monde. Il portait pas de fusil et il avait des barrettes sur son calot, \u00e7a devait \u00eatre un officier ou un sous-off. Il s\u2019est approch\u00e9 de Maurice et il lui a gueul\u00e9 dans la figure quelque chose qu\u2019on a pas compris. C\u2019est l\u00e0 que Maurice a<!--more--> commis l\u2019erreur. Il a r\u00e9pondu au hasard : \u00ab Fran\u00e7ais, on est fran\u00e7ais ! Pas allemands ! \u00bb Comme l\u2019autre ne comprenait pas, il lui a dit en allemand : \u00ab Wir sind Franzosich ! Nicht Deustch ! Franzosich ! Franzosich ! \u00bb Et l\u00e0 le type a pas d\u00fb comprendre parce qu\u2019il a tir\u00e9 une balle dans la t\u00eate de Maurice. Je l\u2019ai regard\u00e9 tomber en vrac juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. J\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement affol\u00e9. Ils avaient descendu Maurice, les salauds. J\u2019ai perdu la boule et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 crier moi aussi. En fran\u00e7ais, je les engueulais, je les traitais de salopards, de nazis, de tout ce qu\u2019on veut.\u00a0 Le sous-off s\u2019est tourn\u00e9 vers moi et il a dit \u00ab Du, auch nazi unberlaufer \u00bb et il a lev\u00e9 son pistolet. \u00c7a m\u2019a calm\u00e9 tout de suite. Je sais pas comment j\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e, mais je me suis mis \u00e0 lui parler en polonais. \u00ab On est fran\u00e7ais, esp\u00e8ce de salopard, je lui disais. On n\u2019est pas des d\u00e9serteurs nazis, pauvre con ! On est fran\u00e7ais, on \u00e9tait prisonniers des allemands \u00e0 Tr\u00e9blinka. On s\u2019est \u00e9vad\u00e9 y a un an. C\u2019\u00e9tait pas pour se faire descendre par un gros connard de Russe ! \u00bb Je pouvais plus m\u2019arr\u00eater d\u2019engueuler le sous-off. \u00ab Maurice, il \u00e9tait pianiste. C\u2019\u00e9tait un grand pianiste et toi, tu l\u2019as descendu, esp\u00e8ce de gros plouc crasseux !\u00bb C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il m\u2019a flanqu\u00e9 un grand coup de poing dans l\u2019estomac. \u00c7a m\u2019a fait taire illico. Et puis il s\u2019est tourn\u00e9 vers les autres qu\u2019\u00e9taient en train de se marrer et il leur a dit des trucs que je comprenais un peu. C\u2019\u00e9tait de l\u2019Ukrainien. C\u2019est pour \u00e7a que je comprenais un peu et que le sous-off m\u2019avait compris aussi.<br \/>\nL\u00e0, ils m\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 un camion et ils m\u2019ont donn\u00e9 un peu \u00e0 manger. Apr\u00e8s \u00e7a, ils m\u2019ont attach\u00e9 au parechoc et personne s\u2019est plus occup\u00e9 de moi jusqu\u2019au lendemain matin.<br \/>\nLe lendemain, y a un type qui est venu me r\u00e9veiller \u00e0 grands coups de botte dans les jambes. C\u2019\u00e9tait surement un officier. Il parlait bien le polonais et m\u00eame deux ou trois mots de fran\u00e7ais. Il m\u2019a dit d\u2019abord que j\u2019avais pas de papier pour prouver que j\u2019\u00e9tais ce que j\u2019avais dit. Donc il pouvait me croire ou pas. Ou bien j\u2019\u00e9tais vraiment un \u00e9vad\u00e9 fran\u00e7ais ennemi d\u2019Hitler et j\u2019acceptais d\u2019entrer comme volontaire \u00e9tranger dans l\u2019Arm\u00e9e Rouge, ou bien je refusais parce que j\u2019\u00e9tais allemand et il me faisait fusiller tout de suite.<br \/>\nC\u2019est comme \u00e7a que je suis entr\u00e9 dans l\u2019Arm\u00e9e Rouge. Pour aller me battre contre Hitler.<br \/>\n\u00c7a va faire deux mois que je porte l\u2019uniforme russe, ou plut\u00f4t la moiti\u00e9 de l\u2019uniforme, le haut seulement. Pour le bas, c\u2019est une culotte r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e sur un allemand. Notre section, elle est pas bien \u00e9quip\u00e9e mais les gars sont gonfl\u00e9s comme pas beaucoup. Au d\u00e9but, ils me surveillaient pas mal, mais maintenant je fais partie du groupe. Je suis pas vraiment comme eux. D\u2019abord, je suis pas aussi costaud. Deux ans \u00e0 presque pas manger et que des cochonneries, \u00e7a vous met pas un mec en forme. Mais j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils m\u2019aiment bien, comme la mascotte du r\u00e9giment. Ils me prot\u00e8gent du sous-off et dans les assauts, ils passent souvent devant moi. Le soir au repos, je leur raconte les histoires de Maurice, en polonais et en fran\u00e7ais. Ils en comprennent pas le quart, mais \u00e7a les fait marrer.<br \/>\nAu d\u00e9but, on a couru pas mal apr\u00e8s les boches qui se carapataient vers l\u2019Allemagne et puis on nous a emmen\u00e9 en train jusqu\u2019\u00e0 Odessa. L\u00e0, on a pris un bateau pour d\u00e9barquer sur une plage en Crim\u00e9e. A partir de l\u00e0, on a travers\u00e9 l\u2019ile dans tous les sens pour d\u00e9truire tout ce qu\u2019il restait d\u2019allemands. Quand \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fini, on nous a mis au repos \u00e0 S\u00e9bastopol. \u00c7a fait une semaine qu\u2019on est l\u00e0 \u00e0 pas faire grand-chose. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai eu le temps de reprendre mon journal. \u00c7a m\u2019a fait penser \u00e0 Claude et \u00e0 Maurice, et \u00e7a m\u2019a foutu le cafard. Je me disais que j\u2019aurais bien aim\u00e9 les connaitre \u00e0 Paris, ces deux-l\u00e0, aller prendre des pots avec eux au soleil \u00e0 la terrasse du Wepler. Ils m\u2019auraient appris des choses. Je les aurais fait marrer. Mais je me disais aussi qu\u2019\u00e0 Paris, jamais j\u2019aurais pu devenir ami avec des mecs comme \u00e7a. Un grand pianiste et un prof d\u2019histoire communiste ! Comment j\u2019aurais pu seulement les rencontrer ? De toute fa\u00e7on maintenant, ils sont morts. Alors je suis triste pendant une heure ou deux. Et puis je vais me souler avec les copains de la section et j\u2019oublie Maurice et Claude jusqu\u2019au prochain coup de cafard. De temps en temps aussi, je me mets \u00e0 penser \u00e0 Simone et \u00e0 Casquette et m\u00eame \u00e0 Momo et au Su\u00e9dois. Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est loin tout \u00e7a. Je me demande s\u2019ils pensent \u00e0 moi. Ils doivent me croire mort, depuis le temps. Maurice, Simone, Claude, Casquette, ils me manquent c\u2019est s\u00fbr. Mais ce qui me manque vraiment, et parfois jusqu\u2019\u00e0 en chialer, c\u2019est Paris. Le mois de juin \u00e0 Paris, les grands boulevards, la Seine, les petits rades de la rue des Abbesses, les demis \u00e0 la terrasse de la Coupole, les petits blancs sur le zinc, les marronniers, les jolies filles bien habill\u00e9es. Bon Dieu, ce que \u00e7a peut me manquer. Et ce que j\u2019en ai marre de tout \u00e7a.<br \/>\nHier on s\u2019est balad\u00e9 dans S\u00e9bastopol. Il en reste pas grand-chose, c\u2019est presque compl\u00e8tement ras\u00e9. Mais il fait beau et il y a des belles plages pas loin. Pourvu qu\u2019on nous foute la paix encore un peu, parce que j\u2019en ai marre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers midi on a entendu des camions qui arrivaient dans la rue du village. \u00c7a criait des ordres, \u00e7a discutait de partout. On a cru un moment que c\u2019\u00e9tait les boches qui revenaient, mais apr\u00e8s, on a vite compris que c\u2019\u00e9tait pas de l\u2019allemand qu\u2019ils parlaient. 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