{"id":25025,"date":"2020-09-14T07:47:03","date_gmt":"2020-09-14T05:47:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25025"},"modified":"2020-09-15T08:31:11","modified_gmt":"2020-09-15T06:31:11","slug":"le-cujas-35","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25025","title":{"rendered":"Le Cujas (35)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-25033\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Samuel.jpeg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"225\" \/>Bient\u00f4t on va partir d\u2019ici, on va arriver \u00e0 Rovno. Je retrouverai la famille. Ils nous cacheront jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre et apr\u00e8s, on prendra un train en premi\u00e8re classe et deux jours apr\u00e8s, on arrivera comme des rois Gare de l\u2019Est, en pleine forme. J\u2019irai retrouver Simone et tout recommencera comme avan<\/span>t.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 7 \u2014 Samuel Goldenberg<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Huiti\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">18 mars<br \/>\nOn l\u2019a \u00e9chapp\u00e9 belle. Avant-hier, pendant que j\u2019\u00e9tais dans la cuisine, j\u2019ai entendu un bruit comme je n\u2019avais jamais entendu. J\u2019\u00e9tais dans ma cuisine en train de pr\u00e9parer mes papiers pour \u00e9crire dans mon journal. D\u2019un coup, il y a eu une esp\u00e8ce de rugissement qui est pass\u00e9 \u00e0 toute vitesse au-dessus de la maison. J\u2019ai pas pu m\u2019emp\u00eacher de sortir dans la rue pour regarder et j\u2019ai vu un avion qui filait vers l\u2019Est en rase-motte. C\u2019\u00e9tait un allemand, \u00e7a c\u2019\u00e9tait s\u00fbr, et il \u00e9tait pas bien gros. \u00c7a devait \u00eatre un chasseur. J\u2019\u00e9tais pas rentr\u00e9 \u00e0 l\u2019abri qu\u2019un autre avion, un chasseur allemand aussi, passait en hurlant tout pareil au-dessus du village. J\u2019ai fil\u00e9 me cacher en esp\u00e9rant qu\u2019il m\u2019avait pas rep\u00e9r\u00e9.<br \/>\nAvec Maurice, on s\u2019est retrouv\u00e9 dans la cave. On se parlait pas, on \u00e9tait pas fiers. Finalement, on a d\u00e9cid\u00e9 de plus sortir du tout. On a recommenc\u00e9 \u00e0 avoir peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">25 mars<br \/>\nOn est rest\u00e9 comme \u00e7a pendant trois jours. On sortait qu\u2019une fois par nuit <!--more-->pour se soulager dehors. On guettait le moindre bruit, mais tout \u00e9tait calme. Mais le quatri\u00e8me jour, juste avant l\u2019aurore, il y a un bruit qui a commenc\u00e9 \u00e0 enfler. On a pas tard\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre que c\u2019\u00e9tait le bruit d\u2019une colonne de camions qui passait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du village. Heureusement, comme la rue principale \u00e9tait encombr\u00e9e de ruines, ils \u00e9vitaient le village en passant \u00e0 travers champs pour rejoindre la route un peu plus loin. Ils allaient dans le m\u00eame sens que les avions de l\u2019autre jour, vers L\u2019Est. \u00c7a ne pouvait \u00eatre que des Allemands. \u00c7a a dur\u00e9 toute la journ\u00e9e, des centaines de camions, peut-\u00eatre bien des milliers, qui sont pass\u00e9s comme \u00e7a pendant des heures \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous. On a entendu des chars aussi, et puis de temps en temps encore des avions.<br \/>\nLa nuit d\u2019apr\u00e8s, pendant que j\u2019\u00e9tais dehors pour mes besoins, y a deux camions et une automitrailleuse qui sont entr\u00e9s lentement dans le village. Il se sont arr\u00eat\u00e9s pas \u00e0 plus de vingt m\u00e8tres de moi. J\u2019\u00e9tais par terre, tellement mort de frousse que j\u2019essayais de rentrer dans le sol. Les boches sont descendus des camions et ils ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019installer pour casser la cro\u00fbte. Je les entendais qui discutaient entre eux, qui rigolaient m\u00eame. A Treblinka, \u00e0 force, j\u2019avais bien fini par apprendre un peu d\u2019allemand et je comprenais \u00e0 moiti\u00e9 ce que les soldats disaient. Il y avait une attaque russe qui \u00e9tait partie de l\u2019Est au d\u00e9but de l\u2019hiver et ils venaient en renfort des arm\u00e9es du centre pour arr\u00eater les russes. D\u2019un seul coup, y a un officier qu\u2019a cri\u00e9 quelque chose et ils ont tous pli\u00e9 bagage en vitesse. Ils ont saut\u00e9 dans les camions et ils ont fil\u00e9 vers l\u2019Est eux aussi.<br \/>\nJe suis descendu tout raconter \u00e0 Maurice et on s\u2019est mis \u00e0 discuter. Le front devait pas \u00eatre loin et \u00e7a allait s\u00fbrement cogner fort. Tout \u00e7a c\u2019\u00e9tait pas bien bon pour nous parce que si les allemands reculaient, on allait se retrouver en plein milieu de la bagarre. Qu\u2019est-ce qu\u2019on pouvait faire ? Rien que l\u2019id\u00e9e de retourner vers l\u2019Ouest, vers Treblinka, \u00e7a nous tordait les entrailles, et partir vers l\u2019Est, c\u2019\u00e9tait se retrouver sur le front. Alors, on s\u2019est dit que la seule chose \u00e0 faire, c\u2019\u00e9tait rien, c\u2019\u00e9tait de rester sur place. On est quand m\u00eame remont\u00e9 en surface pour voir si les schleus auraient pas oubli\u00e9 des trucs. On a bien fait parce qu\u2019on a trouv\u00e9 tout un tas de rations militaires et m\u00eame un peu d\u2019alcool. Tout \u00e0 l\u2019heure, on ira faire ce qu\u2019on aurait d\u00fb faire depuis qu\u2019on \u00e9tait arriv\u00e9 l\u00e0 : camoufler compl\u00e8tement l\u2019entr\u00e9e de la cave et faire dispara\u00eetre toutes les traces de vie qu\u2019on avait pu laisser en haut. Mais avant \u00e7a on va s\u2019ouvrir chacun une ration et on va se boire un coup de schnaps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">30 Juin 1944<br \/>\nJ\u2019ai v\u00e9cu encore des dr\u00f4les d\u2019aventures depuis notre cave dans le village juif. J\u2019avais encore perdu le compte des jours, mais ce matin, c\u2019est un sous-off qui m\u2019a donn\u00e9 la date. On est fin juin. \u00c7a fait donc trois mois qu\u2019on a quitt\u00e9 le village sans nom. Il faut que je raconte tout \u00e7a parce que maintenant j\u2019ai un peu de temps libre et du papier tant que je veux et puis aussi en souvenir de Claude et de Maurice.<br \/>\nJe ne sais pas vraiment comment j\u2019ai fait pour trimballer mon journal \u00e0 travers tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 depuis Tr\u00e9blinka, mais j\u2019y suis arriv\u00e9. Je l\u2019ai avec moi, tout le temps. \u00c0 l\u2019heure qu\u2019il est, il est plaqu\u00e9 dans mon dos avec des bandes de tissu et des ficelles, tout ce que je peux trouver. Il est plus important pour moi que manger. Maintenant j\u2019ai vraiment besoin d\u2019\u00e9crire pour pas devenir fou aussi pour pas oublier Claude et Maurice. Parce que Maurice est mort lui aussi.<br \/>\nLe lendemain du jour o\u00f9 on s\u2019\u00e9tait tap\u00e9 chacun une ration dans notre cave, toute la journ\u00e9e et toute la nuit suivante et tout le jour d\u2019apr\u00e8s, on a entendu le bruit de la bataille entre la Wehrmacht et l\u2019Arm\u00e9e Rouge. \u00c7a devait se passer pas bien loin, une trentaine de kilom\u00e8tres peut-\u00eatre. Les coups de canons, les bombes, \u00e7a roulait en continu. La nuit quand on sortait \u00e0 l\u2019air libre, on voyait des lueurs partout vers l\u2019Est et vers le Sud. Le jour, \u00e7a continuait avec en plus des avions qui passaient au-dessus de nos t\u00eates. Et puis, la deuxi\u00e8me nuit, \u00e7a s\u2019est calm\u00e9. C\u2019\u00e9tait tout aussi inqui\u00e9tant.<br \/>\nPeut-\u00eatre une heure avant l\u2019aube, des colonnes de camions, d\u2019automitrailleuses et de tanks se sont mises \u00e0 traverser ou \u00e0 contourner le village \u00e0 toute allure vers l\u2019Ouest. \u00c7a voulait dire que les boches \u00e9taient en train de prendre une d\u00e9rouill\u00e9e et que les Russes allaient pas tarder \u00e0 arriver. Avec Maurice, planqu\u00e9s dans la cave, on se demandait quoi faire quand les Russes seraient l\u00e0. Sortir et se montrer ou rester cach\u00e9s ? Finalement on a rien d\u00e9cid\u00e9 et c\u2019est les Russes qui ont d\u00e9cid\u00e9 pour nous. Vers midi on a entendu des camions qui arrivaient dans la rue du village. \u00c7a criait des ordres, \u00e7a discutait de partout. On a cru un moment que c\u2019\u00e9tait les boches qui revenaient, mais apr\u00e8s, on a vite compris que c\u2019\u00e9tait pas de l\u2019allemand qu\u2019ils parlaient. C\u2019\u00e9tait les Russes qui fouillaient le village.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bient\u00f4t on va partir d\u2019ici, on va arriver \u00e0 Rovno. Je retrouverai la famille. Ils nous cacheront jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre et apr\u00e8s, on prendra un train en premi\u00e8re classe et deux jours apr\u00e8s, on arrivera comme des rois Gare de l\u2019Est, en pleine forme. J\u2019irai retrouver Simone et tout recommencera comme avant. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25025\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (35)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-25025","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25025","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=25025"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/25025\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=25025"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=25025"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=25025"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}