{"id":25019,"date":"2020-09-08T07:47:00","date_gmt":"2020-09-08T05:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25019"},"modified":"2020-09-10T14:03:37","modified_gmt":"2020-09-10T12:03:37","slug":"le-cujas-32","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25019","title":{"rendered":"Le Cujas (32)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-25033\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Samuel.jpeg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"225\" \/>Je voudrais pas que \u00e7a rate parce que je commence \u00e0 y croire \u00e0 l\u2019\u00e9vasion. \u00c7a pourrait bien marcher. Simon a l\u2019air vraiment costaud comme organisateur. Et puis les boches s\u2019y attendent s\u00fbrement pas. On sait jamais, peut-\u00eatre que \u00e7a va marcher. Y a de l\u2019espoir. Mais l\u2019espoir, c\u2019est \u00e7a qui fout la trouille.<br \/>\nC\u2019est pour dans 5 jours.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 7 \u2014 Samuel Goldenberg<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Cinqui\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour<br \/>\nJe sais plus quel jour on est. \u00c7a doit faire trois semaines qu\u2019on s\u2019est \u00e9vad\u00e9 du camp, Arkine et moi. Et depuis on s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9 de marcher, la nuit surtout. D\u2019abord vers l\u2019Est et puis apr\u00e8s vers le Sud. L\u2019id\u00e9e c\u2019est de rejoindre Rovno. C\u2019est l\u00e0 que je suis n\u00e9. J\u2019y suis rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 mes quinze ans. C\u2019est pour \u00e7a que je parle pas trop mal le polonais. Je dois avoir encore un peu de famille l\u00e0-bas. Arkine, lui il voulait aller vers la France ou la Suisse, il \u00e9tait pas vraiment fix\u00e9. Je lui ai dit qu\u2019on avait pas le choix, que Paris c\u2019\u00e9tait bien trop loin et Gen\u00e8ve pareil. Tandis que Rovno, \u00e7a devait pas \u00eatre \u00e0 plus de 3 ou 400 kilom\u00e8tres. On avait une petite chance. A travers la Pologne occup\u00e9e par les allemands, \u00e7a serait pas du g\u00e2teau, mais comme<!--more--> j\u2019ai dit \u00e0 Arkine, on a pas le choix. Alors, on est parti vers l\u2019Est. Mais je vais pas raconter \u00e7a tout de suite.<br \/>\nMaintenant qu\u2019on a trouv\u00e9 une planque \u00e0 peu pr\u00e8s sure, on va pouvoir se reposer un peu, juste de quoi se refaire une sant\u00e9. Et je vais pouvoir continuer mon journal.<br \/>\nMais il faut que je reprenne les choses dans l\u2019ordre, sans \u00e7a j\u2019y arriverai pas.<br \/>\nBon, Simon avait organis\u00e9 la r\u00e9volte pour le mercredi d\u2019apr\u00e8s, le 5 ao\u00fbt. Mais \u00e7a s\u2019est pas pass\u00e9 comme on avait pr\u00e9vu. Trois jours avant, le dimanche, voil\u00e0 qu\u2019on rentre du boulot comme d\u2019habitude, vers 8 heures du soir. Je suis le premier \u00e0 rentrer dans la baraque et l\u00e0, y a deux soldats et un garde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Merde c\u2019est la fouille, je me dis. Mais y a pire. Le wachmann a trouv\u00e9 mon journal. Il a pos\u00e9 sa canne contre le montant d\u2019une couchette et il est debout pr\u00e8s de la mienne en train de lire. Les soldats restent \u00e0 surveiller ceux qui rentrent. Y en a un qui a une mitraillette et l\u2019autre un fusil. Bien s\u00fbr, le russe, il comprend rien \u00e0 ce qu\u2019il lit. Mais s\u2019il rapporte mon journal \u00e0 l\u2019officier, on sera tous foutus. Dedans, y a les noms et l\u2019essentiel du plan. Et ce sera ma faute. Derri\u00e8re moi, les autres continuent \u00e0 entrer dans la baraque. Merde de merde. Je sais pas ce qui me prend d\u2019un coup, sans r\u00e9fl\u00e9chir, je fonce sur le wachmann, j\u2019attrape sa canne au passage et je lui en fous un grand coup sur la nuque. Les soldats derri\u00e8re vont pour r\u00e9agir, mais les copains ont compris la situation. Ils se mettent \u00e0 quatre ou cinq sur chaque soldat pour les faire tomber et les maintenir par terre en s\u2019entassant sur eux. Je refous un grand coup sur la gueule du wachmann. Il tombe et s\u2019agite mollement entre les couchettes. Je vais \u00e0 mon autre planque et j\u2019en sors le couteau qu\u2019on m\u2019a fabriqu\u00e9. La lame fait que dix centim\u00e8tres, mais \u00e7a va suffire. Je fonce vers un des soldats au sol et je lui plonge mon couteau dans le cou, en faisant gaffe de pas toucher les copains qui le tiennent au sol. Je vois qu\u2019on s\u2019est occup\u00e9 de l\u2019autre soldat. Ils sont en train de l\u2019\u00e9trangler avec sa jugulaire. Je reviens au wachmann. Il est pli\u00e9 en deux en train de se relever en titubant. Par-dessous, je lui file un coup de couteau dans le ventre et puis un autre et puis un autre, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il tombe.<br \/>\nQuand \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fini, les copains on est rest\u00e9 comme \u00e7a, plant\u00e9s, essouffl\u00e9s, sans rien dire. On avait tu\u00e9 deux boches et un salopard de russe. On avait une mitraillette, un fusil et deux ba\u00efonnettes. Tout \u00e7a sans un bruit. Simon a ferm\u00e9 la porte et il a chuchot\u00e9 \u00ab silence \u00bb. Il a ferm\u00e9 les yeux cinq secondes et il a dit \u00ab Faut y aller maintenant \u00bb. Il a commenc\u00e9 \u00e0 donner des ordres. On a planqu\u00e9 les cadavres sous les couchettes et on a distribu\u00e9 les armes, celles des boches et celles qu\u2019on avait fabriqu\u00e9es. Comme il faisait encore jour, on a attendu un peu et puis on a commenc\u00e9 la danse. Je sais pas tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 en d\u00e9tail parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t occup\u00e9 pendant toute la nuit, mais tout ce que je sais, c\u2019est que vers onze heures, y avait notre baraque, le poste de garde, la cantine de la troupe et trois baraques de prisonniers qui br\u00fblaient. Aucune id\u00e9e d\u2019o\u00f9 les copains avaient trouv\u00e9 des grenades, mais ils les avaient balanc\u00e9es dans le mess des officiers \u00e0 l\u2019heure du diner. Un carnage. Pendant qu\u2019on montait une barricade en travers de l\u2019all\u00e9e centrale, y en avait qui ouvraient les baraques et les wagons de prisonniers les uns apr\u00e8s les autres et qui essayaient de leur expliquer l\u2019affaire. Mais tout ce qu\u2019ils comprenaient les pauvres, c\u2019est que les portes \u00e9taient ouvertes et que \u00e7a tirait de partout. Alors ils se mettaient \u00e0 courir dans tous les sens comme des poulets affol\u00e9s et ils se faisaient descendre par dizaines. \u00c7a faisait mal au c\u0153ur de voir tous ces pauvres gens tomber devant les fusils des boches. Mais en un sens, \u00e7a nous arrangeait un peu quand m\u00eame, parce que \u00e7a mettait la panique partout et les allemands savaient plus o\u00f9 donner de la t\u00eate. On avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 en bousiller une dizaine, sans compter les officiers au mess. On commen\u00e7ait \u00e0 avoir quelques armes. Pendant que les schleus \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 tirer dans le tas, Simon avait form\u00e9 un petit groupe de cinq costauds bien gonfl\u00e9s. Il leur avait donn\u00e9 presque toutes les armes \u00e0 feu qu\u2019on avait piqu\u00e9es et il les avait envoy\u00e9s attaquer l\u2019armurerie. \u00ab Si vous r\u00e9ussissez pas, dans une heure on sera tous morts. Bonne chance, qu\u2019il leur a dit \u00bb. Je sais pas comment ils ont fait, mais vingt minutes apr\u00e8s, deux des gars revenaient avec des mitraillettes plein les bras. En rigolant, il y en a un qui disait : \u00ab Allez-vous servir, la boutique est ouverte ! Et c\u2019est gratuit ! \u00bb \u00c7a y est, on avait des fusils, des mitraillettes et des grenades et m\u00eame deux mitrailleuses, mais \u00e7a on a pas su s\u2019en servir. \u00c7a commen\u00e7ait \u00e0 tourner vinaigre pour les boches et ils se sont mis \u00e0 reculer. Je peux pas dire ce que \u00e7a m\u2019a fait de voir ces ordures foutre le camp devant nous. J\u2019ai vu Simon qui riait et qui pleurait et je crois bien que j\u2019ai pleur\u00e9 aussi. Alors Simon m\u2019a dit qu\u2019il fallait pas r\u00eaver, qu\u2019ils allaient revenir en force avec les soldats de Treblinka I qu\u2019\u00e9tait \u00e0 deux-trois kilom\u00e8tres pas plus, une petite demi-heure, c\u2019est tout. Fallait qu\u2019on s\u2019organise. On a construit une autre barricade devant la seule entr\u00e9e du camp, et on est all\u00e9 ouvrir le reste des baraques et des wagons. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on a trouv\u00e9 une trentaine de wachmann qu\u2019\u00e9taient rest\u00e9s planqu\u00e9s sous le plancher de leur baraque. On les a fait sortir de l\u00e0-dessous vite fait et on leur a tir\u00e9 \u00e0 tous une balle dans le ventre. Ils ont d\u00fb mettre des heures \u00e0 crever. Pour \u00e7a, on a bien \u00e9t\u00e9 d\u2019accord. Apr\u00e8s, avec les prisonniers on a form\u00e9 six groupes qu\u2019on a \u00e9quip\u00e9 avec des cisailles et qui sont partis \u00e0 l\u2019autre bout du camp pour d\u00e9couper des ouvertures dans les trois lignes de barbel\u00e9s. Apr\u00e8s \u00e7a, Simon m\u2019a pris \u00e0 part avec cinq autres gars pour expliquer la man\u0153uvre. Il allait prendre le commandement d\u2019une vingtaine de copains bien arm\u00e9s pour d\u00e9fendre la barricade de l\u2019entr\u00e9e le plus longtemps possible. Nous, on devrait guider les prisonniers vers les sorties d\u00e9coup\u00e9es dans la cl\u00f4ture. Le but, c\u2019\u00e9tait de faire sortir du camp le plus possible de juifs et de leur dire de partir dans tous les sens, n\u2019importe o\u00f9, le plus loin possible, le plus longtemps possible et d\u2019essayer de sauver leur peau. Fallait semer la plus grande pagaille possible. C\u2019\u00e9tait la meilleure chance pour qu\u2019il y en ait quelques-uns qui arrivent \u00e0 survivre.<br \/>\nOn s\u2019est dit au revoir avec Simon et on est parti faire ce qu\u2019on avait \u00e0 faire. Moi, je suis all\u00e9 vers une des sorties en criant de me suivre, vite, qu\u2019on allait se sauver par-l\u00e0, vers la for\u00eat, qu\u2019on allait s\u2019en sortir. A ce moment-l\u00e0, je m\u2019en foutais de mourir. J\u2019\u00e9tais m\u00eame persuad\u00e9 que \u00e7a allait pas tarder. Mais je sais pas, j\u2019avais envie de faire mon boulot et d\u2019emmener tous ces gens vers la for\u00eat. Bien s\u00fbr c\u2019\u00e9tait en fran\u00e7ais que je criais. Sur le moment, j\u2019ai pas pens\u00e9 \u00e0 le dire en Polonais. Je sais pas s\u2019ils ont tous compris, mais ils ont bien \u00e9t\u00e9 une centaine \u00e0 me suivre vers le passage. On a commenc\u00e9 \u00e0 passer sous les barbel\u00e9s, les uns apr\u00e8s les autres.\u00a0 Forc\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait long, parce qu\u2019il fallait ramper pas mal. \u00c7a faisait d\u00e9j\u00e0 un bout de temps qu\u2019on avait entendu arriver les automitrailleuses, et puis les rafales, les explosions, les cris. \u00c7a voulait dire que les gars de la barricade \u00e9taient en train de se bagarrer dur. Et puis les coups de feu se sont espac\u00e9s. Pas bon signe. Et tout de suite apr\u00e8s les boches sont arriv\u00e9s \u00e0 la cl\u00f4ture. Y avait encore au moins la moiti\u00e9 qui \u00e9taient pas pass\u00e9s. Les salauds se sont mis \u00e0 tirer dessus \u00e0 la mitraillette. Les pauvres gens se pr\u00e9cipitaient sur les barbel\u00e9s pour essayer de passer quand m\u00eame. Moi, je voyais tout \u00e7a du bord de la for\u00eat o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais planqu\u00e9. J\u2019en \u00e9tais malade, mais je pouvais rien faire. Alors je me suis relev\u00e9 et je me suis mis \u00e0 courir. Qu\u2019est-ce que je pouvais faire d\u2019autre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>B<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je voudrais pas que \u00e7a rate parce que je commence \u00e0 y croire \u00e0 l\u2019\u00e9vasion. \u00c7a pourrait bien marcher. Simon a l\u2019air vraiment costaud comme organisateur. Et puis les boches s\u2019y attendent s\u00fbrement pas. On sait jamais, peut-\u00eatre que \u00e7a va marcher. Y a de l\u2019espoir. Mais l\u2019espoir, c\u2019est \u00e7a qui fout la trouille. 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