{"id":25011,"date":"2020-08-31T07:47:51","date_gmt":"2020-08-31T05:47:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25011"},"modified":"2020-08-31T18:03:06","modified_gmt":"2020-08-31T16:03:06","slug":"le-cujas-28","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=25011","title":{"rendered":"Le Cujas (28)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-25033\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/Samuel.jpeg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"225\" \/>Chapitre 7 \u2014 Samuel Goldenberg<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Premi\u00e8re partie<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lundi 26 octobre 1942<br \/>\nPremier jour de mon journal. \u00c7a fait 3 mois que je suis l\u00e0 mais c\u2019est juste aujourd\u2019hui que je commence. C\u2019est Claude qui m\u2019a dit de le faire. Il m\u2019a donn\u00e9 des raisons pour \u00e7a : pour m\u2019occuper et pour me souvenir plus tard. Mais moi, je commence \u00e0 le conna\u00eetre, Claude. Je l\u2019aime bien, il m\u2019a sauv\u00e9 la mise une fois. Mais c\u2019est un r\u00e9volutionnaire, c\u2019est plut\u00f4t un agitateur qu\u2019un mouton. J\u2019ai compris que ce qu\u2019il voudrait vraiment c\u2019est pour plus tard qu\u2019il y ait des t\u00e9moignages, des gens qui racontent ce qui se passe vraiment ici. Vu comme c\u2019est parti c\u2019est probable que dans pas tr\u00e8s longtemps, des gens, il y en aura plus beaucoup. Mais des trucs \u00e9crits, si on les cache bien, avec un peu de chance, \u00e7a pourra \u00eatre retrouv\u00e9 plus tard quand tout sera fini.<br \/>\nDonc voil\u00e0 : un peu pour lui faire plaisir, un peu pour m\u2019occuper, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de commencer mon journal. Bon mais l\u00e0 j\u2019ai plus le temps. Il va bient\u00f4t faire jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mardi 27 octobre<br \/>\nAvant de commencer \u00e0 raconter ce qui se passe dans le camp, pour que les gens comprennent bien il faut que je dise un peu ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant. Alors voil\u00e0 : apr\u00e8s trois ou quatre jours \u00e0 Drancy, on nous a boucl\u00e9s dans un train sans rien nous dire d\u2019o\u00f9 on allait ni quand ni comment ni pourquoi. \u00c7a discutait ferme dans <!--more-->les wagons \u00e0 bestiaux o\u00f9 ils nous avaient mis. Y en avait qui disaient qu\u2019on partait pour travailler dans les mines du Nord, d\u2019autres qu\u2019on allait creuser des tranch\u00e9es pour les Allemands sur le front russe, et d\u2019autres qu\u2019on allait dans un camp de prisonniers en Alsace. N\u2019importe quoi. Y en avait surtout beaucoup qui disaient rien, qui pleuraient, qui g\u00e9missaient, qui priaient. Moi je pensais pas, je savais pas, j\u2019avais peur. J\u2019essayais d\u2019avoir un peu plus que ma part d\u2019eau et de pain. Je \u00a0poussais pour m\u2019approcher de la petite ouverture grillag\u00e9e pour respirer un peu. J\u2019avais oubli\u00e9 Simone et Casquette et le Marquis. J\u2019\u00e9tais plus l\u2019ancien petit voyou de la bande du Su\u00e9dois, le type qui faisait peur aux bourgeois, ni le mec \u00e0 la coule qui savait parler aux femmes. J\u2019\u00e9tais plus le patron du plus beau claque de Paris. J\u2019\u00e9tais plus rien. J\u2019\u00e9tais comme un chien peureux. Je cherchais plus qu\u2019\u00e0 \u00e9viter les coups et manger et boire de temps en temps.\u00a0 J\u2019\u00e9tais devenu un animal. Et j\u2019\u00e9tais pas le seul, vu que \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 sentir vraiment mauvais dans le wagon.<br \/>\nQuatre jours, on a mis \u00e0 arriver \u00e0 Spandau. On nous a fait descendre sur le quai, sauf un homme et un enfant parce qu\u2019ils \u00e9taient morts. On a eu droit \u00e0 de l\u2019eau et une soupe. On a eu le droit de marcher aussi, un peu. Il faisait pas froid et \u00e7a faisait du bien. Mais \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9 : un officier est venu, il est mont\u00e9 sur un tabouret et il a parl\u00e9 deux minutes. Moi je comprenais rien mais on m\u2019a dit apr\u00e8s : nous \u00e9tions tous des juifs polonais et on nous ramenait dans notre pays d\u2019origine ; on allait nous placer dans des fermes ou dans des usines pour la dur\u00e9e de la guerre. Nous, on n\u2019a pas cri\u00e9 de joie, mais quand m\u00eame on \u00e9tait bien soulag\u00e9s, parce que depuis Drancy y en avait qui n\u2019arr\u00eataient pas de dire qu\u2019on nous emmenait \u00e0 l\u2019abattoir. Bon, j\u2019ai presque plus de papier, faut que j\u2019arr\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vendredi 30 octobre<br \/>\n\u00c7a fait deux jours que j\u2019ai pas pu \u00e9crire. J\u2019arrivais pas \u00e0 trouver du papier. Maintenant, \u00e7a va. Bon, apr\u00e8s le topo du boche, on nous a fait nettoyer les wagons vite fait et on est remont\u00e9 dedans. Le train est reparti. Au bout de trois jours on s\u2019est arr\u00eat\u00e9 pas loin de Varsovie. Comme \u00e0 Spandau, on nous a fait descendre des wagons. Cette fois-ci c\u2019est trois cadavres qu\u2019il a fallu sortir. Autour du train y avait des tas de gens qui venaient nous voir, des Polaks surement. Ils nous regardaient sans rien dire. Y avait aussi des tas de soldats qui nous s\u00e9paraient d\u2019eux, mais on a quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 parler un peu avec les gens. D\u2019apr\u00e8s eux, on allait \u00e0 Treblinka comme les autres trains qui \u00e9taient pass\u00e9s avant. C\u2019\u00e9tait un camp de travail pas tr\u00e8s loin. Bon, \u00e7a confirmait un peu le topo du boche de Spandau. C\u2019\u00e9tait pas marrant mais au moins j\u2019\u00e9tais plus en panique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samedi 31 octobre<br \/>\nJe peux pas \u00e9crire beaucoup \u00e0 chaque fois parce que c\u2019est interdit et qu\u2019il faut se planquer. Il y a que la nuit qu\u2019on peut mais c\u2019est pas toujours facile. Et puis faut bien dormir un peu.<br \/>\nBon, quand on est arriv\u00e9 au camp j\u2019ai pas mis longtemps \u00e0 deviner ce qui allait se passer. C\u2019\u00e9tait pas rassurant, pas du tout. C\u2019\u00e9tait m\u00eame clair qu\u2019on nous avait racont\u00e9 des craques juste pour nous faire tenir tranquilles. C\u2019\u00e9tait surement pas vrai qu\u2019on nous ramenait dans notre pays d\u2019origine pour nous faire travailler. D\u2019abord le camp \u00e9tait tout neuf. <em>Treblinka II<\/em>, il s\u2019appelait. C\u2019est donc qu\u2019il y avait un <em>Treblinka I<\/em>. Et il y en avait un. Des bruits circulaient comme quoi <em>Treblinka I<\/em>, c\u2019\u00e9tait un camp de travail pour les opposants \u00e0 Hitler, et que le nouveau camp, <em>Treblinka II<\/em>, c\u2019\u00e9tait juste un camp de triage avant le transfert \u00e0 <em>Treblinka I<\/em> ou dans une ferme des environs. Mais, des bruits, il y en avait plein, partout, et il y en avait surtout un qui disait qu\u2019\u00e0 <em>Treblinka I<\/em>, il n\u2019y avait pas un seul juif. Alors pourquoi est-ce que nous les juifs on nous rassemblait comme \u00e7a dans un camp \u00e0 part ? Et comment \u00e7a se faisait que dans notre camp, y avait des trains entiers de juifs qui arrivaient presque tous les jours et qu\u2019on ne voyait jamais sortir personne ?\u00a0 Ils allaient nous massacrer, tout simplement. C\u2019\u00e9tait pas encore commenc\u00e9 mais \u00e7a n\u2019allait pas tarder. Ils \u00e9taient juste en train de s\u2019organiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mercredi 4 novembre<br \/>\n\u00c7a fait des jours que j\u2019ai pas pu \u00e9crire un mot. C\u2019est pas que j\u2019aie plus de papier ou de crayon, \u00e7a, \u00e7a va, mais j\u2019ai failli me faire gauler. C\u2019est Claude qui m\u2019a encore sauv\u00e9 la mise. Il a bouscul\u00e9 le wachmann qui allait m\u2019alpaguer. \u00c0 Claude, \u00e7a lui a valu une belle vol\u00e9e de coups de canne. Mais au moins, le garde, il m\u2019avait oubli\u00e9. Bon, alors j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater un peu parce que j\u2019avais trop peur. Claude, \u00e7a va mieux maintenant. Il m\u2019a demand\u00e9 de recommencer \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, on \u00e9tait arriv\u00e9 au camp le 2 ou 3 octobre, je sais plus, et au bout de trois ou quatre jours j\u2019avais pratiquement tout pig\u00e9 de ce qui allait se passer. C\u2019est l\u00e0 que je me suis pris d\u2019un sacr\u00e9 cafard ! Je quittais plus ma couchette, je pleurais, je tremblais, j\u2019appelais Simone ou ma m\u00e8re, et m\u00eame le Bon Dieu. Je dormais plus, je pouvais plus avaler le rago\u00fbt \u00e0 l\u2018eau de boudin qu\u2019on nous servait le matin. Apr\u00e8s je sais plus combien de jours comme \u00e7a, un soir j\u2019ai fini par m\u2019endormir. Toute la nuit et toute la journ\u00e9e du lendemain, j\u2019ai dormi. Quand je me suis r\u00e9veill\u00e9 j\u2019\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 m\u2019en sortir. Et \u00e0 tout faire pour \u00e7a.<br \/>\nAu camp, y a les officiers, que des SS, et les soldats allemands. C\u2019est pas souvent que les soldats ou les officiers nous cognent dessus. Eux, ils sont plut\u00f4t du genre \u00e0 nous tirer une balle dans la t\u00eate quand \u00e7a leur chante. Ceux qui nous cognent souvent, c\u2019est les gardes, les wachmann. Les wachmann, c\u2019est pas des allemands. C\u2019est des salopards de prisonniers russes. Des volontaires, des brutes, des sauvages, pires que les allemands. Ils ont pas de pistolet, mais une esp\u00e8ces de canne torsad\u00e9e en bois durci au feu. Ils nous cognent dessus avec pour un oui pour un non. Ils aiment \u00e7a, et comme les soldats s\u2019en foutent et que m\u00eame \u00e7a les fait plut\u00f4t rigoler, ils s\u2019en privent pas souvent. Quand on a plus que la peau sur les os, un coup de cette saloperie de canne, \u00e7a fait dr\u00f4lement mal. Quelques fois m\u00eame ils se mettent \u00e0 plusieurs sur un pauvre type qu\u2019est tomb\u00e9 pendant le rassemblement et le type, c\u2019est rare qu\u2019on le revoie apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 7 \u2014 Samuel Goldenberg Premi\u00e8re partie Lundi 26 octobre 1942 Premier jour de mon journal. \u00c7a fait 3 mois que je suis l\u00e0 mais c\u2019est juste aujourd\u2019hui que je commence. C\u2019est Claude qui m\u2019a dit de le faire. 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